Clara Zetkin (prononcé : Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API.), née Clara Eißner () le à Wiederau, en royaume de Saxe, et morte à Arkhangelskoïe, près de Moscou, le , est une enseignante, journaliste et femme politique marxiste allemande, figure historique du féminisme, plus précisément du féminisme socialiste.

Après avoir été membre jusqu'en 1917 de l'aile gauche du SPD, elle rejoint l'USPD (pacifistes) pour se retrouver dans le courant révolutionnaire que constitue la Ligue spartakiste. Ce courant donne naissance pendant la révolution allemande au Parti communiste d'Allemagne (KPD), dont Clara Zetkin est députée au Reichstag durant la république de Weimar, de 1920 à 1933. Elle est à l'origine de la journée internationale des droits des femmes.

Biographie Jeunes années Clara Eißner est la fille de l'instituteur Gottfried Eißner et de la féministe Joséphine Vitale, d'origine française. À la retraite de Gottfried, la famille s'installe à Leipzig en 1872. Clara intègre l'institut von Steyber pour l'éducation des jeunes filles, ce qui lui donne accès à l'une des plus hauts niveaux d'instruction qu'une jeune femme pouvait espérer à l'époque, l'accès aux universités leur étant encore fermé. Elle a notamment comme enseignante l'éducatrice et féministe Auguste Schmidt...

Elle fréquente les mouvements féministes, participant aux discussions de l (Association générale des femmes allemandes). Une camarade de classe, une jeune Russe nommée Varvara, l'introduit auprès de la communauté narodnik de Leipzig, où elle rencontre son compagnon Ossip Zetkin, révolutionnaire russe d'origine juive ashkénaze et en exil. Elle adopte son patronyme, et découvre les idées du socialisme révolutionnaire, et par son frère Arthur, les publications de la social-démocratie allemande..

Son père décède en 1875. À la suite de l'intervention de sa mère, personnalité influente dans les milieux féministes, l'institut la dispense de payer en 1878, pour sa dernière année, les droits d'inscription qu'elle ne peut pas acquitter. Elle obtient son diplôme de professeur en langues étrangères. Elle s'éloigne de sa famille et du féminisme « bourgeois » et adhère la même année au SAP, ancêtre du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), interdit la même année par les premières lois antisocialistes du chancelier Otto von Bismarck..

Période d'exil vignette|gauche|Clara Zetkin à 40 ans (1897). Malgré les lois antisocialistes, Clara Zetkin (qui a pris le nom de son compagnon sans mariage), participe clandestinement à la diffusion du journal du SPD, . Ossip Zetkin est arrêté et expulsé d'Allemagne à l'été 1880, elle-même est bientôt expulsée de Saxe. Elle se réfugie à Zurich puis rejoint Ossip Zetkin en 1882 à Paris..

Ossip devient le secrétaire du premier mouvement d'ouvriers immigrés à Paris, majoritairement composé de Russes et de Roumains. Clara devient correspondante de . Ils rencontrent Louise Michel, Jules Guesde, Laura Marx et son mari Paul Lafargue. En Suisse, elle influence l'Union suisse des ouvrières par son opposition au féminisme bourgeois, qui n'adhère ainsi pas à l'Alliance de sociétés féminines suisses..

Clara Zetkin a deux enfants avec son compagnon, Maxime (1883) et Constantin (1885). En 1886, elle contracte la tuberculose et retourne quatre mois à Leipzig pour se soigner.

Fondation de la Deuxième Internationale vignette|Clara Zetkin vers 1890. En 1889, l'année du décès d'Ossip Zetkin, se tient à Paris le congrès fondateur de la Deuxième internationale, à la préparation de laquelle elle participe. Alors qu'il est attendu d'elle un rapport sur la situation des travailleuses en Allemagne, elle déclare devant ses camarades qu'elle ne l'effectuera pas, la situation des travailleuses étant , mais qu'elle parlera plutôt du principe même du travail des femmes, et de la place qu'elles doivent prendre dans la lutte des classes..

Les socialistes sont divisés sur la question du travail des femmes : sa massification est accusée de faire baisser les salaires. Certains socialistes ont une vision conservatrice de la place « naturelle » de la femme au foyer, comme le défendaient les partisans de Proudhon lors de la Première Internationale. Le discours de Clara Zetkin à Paris plaide pour une émancipation de la femme en deux temps, le premier étant l'accès au travail.

Elle contrecarre les arguments contre le travail des femmes, dont elle attribue les conséquences néfastes au système capitaliste. Enfin, elle fustige le « féminisme bourgeois » auquel s'opposent traditionnellement les marxistes de l'époque, et dont elle considère que les priorités (accès aux études supérieures, droit de vote des femmes…) ne sont pas celles des travailleuses.

Elle plaide enfin pour l'union des travailleurs et travailleuses au sein du mouvement socialiste.

Il s'agit de l'un de ses premiers discours publics. Celui-ci a un fort impact : ralliant à ses arguments les représentants présents, elle fait inscrire dans la nouvelle ligne politique de l'Internationale la revendication de l'égalité économique, juridique et politique des femmes, le droit d'accéder librement au travail, ainsi que la recommandation pour les socialistes de tous les pays à inviter les femmes dans la lutte des classes.

Retour en Allemagne et essor politique thumb|, une du . La même année 1889, de violentes grèves dans toute l'Allemagne aboutissent, en 1890, à l'abolition des lois antisocialistes. En 1891, Clara Zetkin rentre en Allemagne et crée en 1892 le journal (l'Égalité), dont elle devient rédactrice-en-chef et qu'elle publie jusqu'en 1917. Le journal se veut un outil d'éducation populaire des femmes ouvrières et d'information sur leurs conditions de travail. Son travail d'agitation participe à la structuration d'un important mouvement social-démocrate féminin.

L'adhésion à un parti politique étant interdite aux femmes par la loi prussienne, elle crée une structure parallèle au SPD, qui existe à moitié dans la clandestinité, à moitié en contournant la législation. Cette structure se dote d'une ligne politique claire, d'une responsable centrale (Ottilie Baader) salariée par le SPD, et sera rejointe par Rosa Luxemburg, Helene Stöcker, , Anita Augspurg, Minna Cauer, Lily Braun, et bien d'autres. À chaque congrès du SPD, les femmes socialistes envoient des déléguées élues en assemblées non-mixtes. En 1893, une première tentative d'organiser une conférence socialiste des femmes est empêchée par la police.. À partir de 1900, la Conférence des femmes réussit à se réunir avant chaque congrès du parti, et ses comptes-rendus sont joints aux procès-verbaux de celui-ci.

Malgré les succès, Clara Zetkin est critiquée en interne pour son autoritarisme, son zèle à régenter et sa rigidité doctrinaire, qui l'oppose à l'aile réformiste du parti qui plaide pour plus de modération et à laquelle appartient Lily Braun. Elle s'oppose également, revendiquant l'égalité de traitement entre hommes et femmes, à la revendication de mesures légales spécifiques pour les travailleuses, excepté les femmes enceintes. De plus, son journal, est également critiqué, non pas pour sa qualité mais pour le niveau de langue trop soutenu et le niveau de conceptualisation théorique, mettant la plupart des ouvrières, pour Lily Braun, « hors d'état de le comprendre ».

L'historienne Nicole Gabriel situe la fin de l'« ère Zetkin » vers 1906, alors que s'assouplissent peu à peu les lois interdisant la politique aux femmes, permettant aux femmes d'adhérer officiellement au SPD. Il est alors question de rattacher la section féminine, jusque-là autonome, au parti, voire de la supprimer pour intégrer les femmes en tant que travailleurs comme les autres, ce auquel les femmes socialistes s'opposent fermement.

Des questions de rapport de force entre réformistes et marxistes orthodoxes entrent en jeu : le mouvement des femmes de Clara Zetkin se situe de manière très majoritaire dans la ligne orthodoxe, et cette section autonome, au-delà des droits des femmes, est un atout de l'aile gauche du parti.

C'est dans ce climat qu'en 1907, Clara Zetkin organise à Stuttgart, sa ville de résidence, la première conférence internationale des femmes socialistes, événement fondateur de l'Internationale socialiste des femmes, pendant féminin de la Deuxième Internationale socialiste. Pour l'historienne Nicole Gabriel, , même si elle compte, du même coup, .

Internationale socialiste des femmes thumb|droite|280px|Copenhague, 1910, Congrès de l'Internationale socialiste, au centre Clara Zetkin avec Alexandra Kollontaï. La première conférence internationale des femmes socialistes, accolée à un congrès de la Deuxième Internationale, est un succès en termes de fréquentation. Elle consacre également Clara Zetkin présidente de l'Internationale socialiste des femmes, élue à l'unanimité sans même avoir eu à présenter officiellement sa candidature. Son journal, , devient l'organe officiel de l'internationale des femmes, et le siège de l'organisation est fixé dans ses locaux.

Elle est réélue par acclamation à la de Copenhague en 1910. Lors de cette conférence d', elle propose, avec le soutien de la Russe Alexandra Kollontaï, d’organiser une Journée internationale des femmes, sur le modèle de la Journée nationale des femmes de Theresa Serber Malkiel, militante juive et ouvrière.. La conférence, qui réunit des militantes venues de adopte la proposition, qui vient après les manifestations d’ouvrières des États-Unis en 1908 et en 1909. L'objectif principal de l'Internationale des femmes socialistes est l'obtention du droit de vote pour toutes les femmes. Mais la Journée internationale des femmes se veut une journée de manifestation annuelle qui permet de militer non seulement pour le droit de vote, mais aussi pour l'égalité entre les sexes et le socialisme. La première Journée, à laquelle participe Clara Zetkin, est fixée le . Même si cette initiative n’est pas la première journée de lutte pour le droit des femmes, elle passe à la postérité comme à l’origine de la journée internationale du droit des femmes, organisée depuis chaque .

Divergences stratégiques Si la place de Clara Zetkin à la tête du mouvement international est incontestée, elle ne parvient pas à imposer aux différents mouvements nationaux une tactique commune. En effet, dans un certain nombre de pays, le suffrage est masculin et censitaire, donc réservé aux hommes de la bourgeoisie. Dans le but d'obtenir le droit de vote pour les femmes ouvrières, certains mouvements nationaux sont d'avis d'opérer par étapes : vignette|Clara Zetkin (à gauche) et Rosa Luxembourg, se rendant au Congrès de la SPD, Magdebourg, en 1910. soit en militant pour l'obtention du droit de vote des ouvriers hommes avec les mouvements socialistes, comme l'a fait le mouvement autrichien d'Adelheid Popp soit en militant pour l'obtention du droit de vote des femmes « dans les mêmes conditions que les hommes », avec des féministes « bourgeoises » telles que les suffragettes, comme le font la Française Madeleine Pelletier ou les Britanniques du Parti travailliste indépendant (ILP).

Clara Zetkin tente d'imposer une politique d'intransigeance, focalisée sur l'obtention sans étapes intermédiaires du suffrage universel, comme elle l'applique elle-même en Allemagne. Mais les situations locales très diverses rendent cette uniformisation difficile. Clara Zetkin se heurte dès la première conférence, en 1907, à la fronde des déléguées anglaises et autrichiennes..