Gros-Câlin est un roman de Romain Gary, publié sous le pseudonyme d'Émile Ajar en 1974.
Ce livre retrace l'histoire de M. Cousin, un statisticien troublé, qui cherche désespérément à combler le vide de son existence auquel fait écho la vacuité des relations. À défaut de trouver l’amour chez ses contemporains, il s'éprend d'un python adulte capable de l’enlacer dans une puissante étreinte. Mais la vie parisienne avec Gros-Câlin, le reptile chéri, ne va pas sans tracas. Objet de curiosité pour certains et repoussoir pour d’autres, Gros-câlin représente un obstacle supplémentaire dans la quête affective du héros. De fait, il matérialise l’inadéquation du personnage. Progressivement, le lecteur comprend que l’étrangeté du reptile, sa présence incongrue dans Paris, l’improbable potentiel de communication que la bête manifeste sont aussi des caractéristiques de Cousin. Déçu par des amitiés chimériques et un projet de mariage qui n’existait que dans sa tête, le personnage se referme sur lui-même, confiant au hasard et à la contingence le soin de lui rappeler sa propre existence.
Romain Gary, avec ce premier titre publié sous le pseudonyme d’Émile Ajar en 1974, présente une fable humoristique étrangement annonciatrice de la société individualiste et technocrate qui va grandissant depuis les années 1980.
Étude du roman
Composantes romanesques Les lieux visités par Cousin
Les lieux décrits dans le roman de Romain Gary sont en lien direct avec l’état affectif de M. Cousin. Ce sont pour la plupart des endroits fermés, mis à part le centre-ville où il est accompagné par Gros-Câlin et se sent totalement libre de s’exposer et d’attirer les regards. Prenons par exemple, l’ascenseur qui est l'un des lieux principaux du roman. L’ascenseur est un lieu propice où il devient fébrile face à son imaginaire. Étant donné qu’il se trouve face à des gens, son insécurité émotive prend le dessus sur sa raison. C’est alors qu’il se met à fabuler en donnant des noms de pays à chaque étage de l’édifice où il travaille (). De plus, il imagine une panoplie de fantasmes amoureux entre lui et Dreyfus. Il croit avec certitude qu’elle est trop timide pour répondre à ses avances et qu’elle est follement amoureuse de lui. Mais au fond, elle n’est qu’une simple collègue de travail.
Il y a également la maison des bonnes putes qui est un endroit très significatif. Il va les visiter afin de combler un vide affectif et pour avoir de la compagnie féminine. Il adore se faire serrer dans leurs bras, car cela lui donne un sentiment de sécurité. ()
Il y a aussi le restaurant chinois qui lui procure un sentiment de bien-être, car il se sent entouré, accompagné. La proximité entre les tables, le fait d’entendre les conversations des autres, lui donnent l’impression qu’on lui porte attention et qu’on s’adresse à lui.()
Son milieu de travail est l’endroit où il se sent le moins à l’aise, car il se sent jugé par ses collègues. Il est conscient de son côté marginal, et ses pairs ne font qu’alimenter en lui ce sentiment de différence et de rejet.
Sa demeure est l’endroit où il se sent le plus à l’aise et en sécurité. La présence de Gros-Câlin lui apporte la chaleur humaine et l’affection dont il a tant besoin. Même s'il vit des états d’anxiété, il réussit tout de même à se ressaisir grâce à la sécurité et la stabilité des objets qui l’entourent, par exemple ses meubles.
Le rapport au temps
Dans un autre ordre d’idée, dans le roman de Romain Gary, nous pouvons observer que par rapport au temps M. Cousin décrit beaucoup plus ses soirées et ses temps libres que ses journées de travail. Lors de ses temps libres, il passe une bonne partie de ses journées à attendre patiemment devant l’appartement de M. Tsourès. Il fait également quelques sorties au restaurant et quelques visites chez les bonnes putes. De plus, il prend le temps d’écrire des lettres qu’il n’envoie pas et il se promène dans la grande ville de Paris, avec son serpent qui l’entoure chaleureusement. Il passe la majorité de son temps chez lui accompagné de ses animaux. M. Cousin ne parle presque pas de ses journées de travail, mis à part ses moments dans l’ascenseur et le café où il se rend fréquemment. Donc, nous pouvons conclure qu’il accorde peu d’importance à son milieu de travail.
Aspects du schéma actantiel Quête du héros
La quête du héros consiste à trouver l’amour et l’affection. Il y a plusieurs personnages dans le roman qui jouent le rôle d’adjuvants ou d’opposants.
Adjuvants
Monsieur Tsourès (soucis en yiddish) est un personnage qui vit au-dessus de Cousin. C’est un professeur, renommé pour ses connaissances et Cousin recherche désespérément son amitié. Du point de vue de Cousin, le professeur peut lui offrir une amitié et de l’affection, il joue le rôle d’adjuvant; le professeur ne perçoit Cousin que comme un simple voisin.
Gros-Câlin est le personnage qui gravite le plus autour de Cousin. Ce python joue aussi le rôle d’adjuvant dans ce roman. Cousin lui parle et, à chaque soir, l’emmène avec lui dans son lit. Le python est le personnage immédiat à qui Cousin va offrir cet amour et de qui il va en recevoir. À plusieurs reprises, il va s’enrouler autour de lui, où ce dernier va interpréter cette action comme de l’affection.
Cousin a aussi une souris qui se nomme Blondine. Elle est le second personnage à qui Cousin va offrir de l’affection. Le héros place Blondine dans la paume de sa main lorsqu’il dort pour ressentir une chaleur. Elle joue alors le rôle d’adjuvant.
Les putes, Greta étant sa préférée, chez qui Cousin se présente souvent, sont les personnages de qui Cousin reçoit le plus d’affection et d’amour. Ces filles ont autant besoin de Cousin que Cousin a besoin d’elles. Elles jouent aussi le rôle d’adjuvants.
Dreyfus est une femme qui travaille au même bureau que Cousin. Étant une guyanaise, Cousin croit qu’elle va être une des seules femmes qui va approuver la vie avec un python. Ils se voient à tous les jours dans l’ascenseur pour quelques instants, où Cousin se prépare à lui parler de ses sentiments. Cette relation n’est réaliste que dans la tête de Cousin, car elle ne le perçoit que comme un collègue de bureau. Elle joue le rôle d’adjuvant.
Opposants
Le personnage qui joue le rôle d’opposant est le garçon de bureau. D’ailleurs, tous les employés qui travaillent avec Cousin le perçoivent comme une personne étrange et n’acceptent pas sa façon de penser. Ils insistent qu’il ne devrait pas vivre avec un python, car il ne va jamais trouver une femme qui voudra vivre avec cet animal.
La femme de ménage portugaise joue le rôle d’opposant. Lorsqu’elle a fait le ménage pour la première fois chez Cousin, elle a crié de peur en voyant Gros-Câlin et elle s’est présentée au poste de police. L’insultant de tous les noms, elle n’accepte pas une personne qui vit avec un python.
Différences entre le début et la fin
Cousin est très seul et trouve un réconfort transitoire avec son python. C’est perçu comme un réconfort transitoire car il ne restera pas toute sa vie avec lui. De plus, il est amoureux de Dreyfus, qui est d’origine guyanaise et qui est une collègue de travail. Cousin cherche à lui dire à quel point il l'aime, mais à chaque rencontre dans l'ascenseur, (lieu de travail) il n’y arrive pas. Cependant, vers la fin du roman, Dreyfus ne se présente plus au travail; Cousin, inquiet va à sa recherche et découvre son nouvel emploi : la prostitution. Elle lui explique que ce travail lui offre le sentiment d’être importante dans la vie des autres. Enfin, Cousin paye pour le travail qu’elle va lui offrir. Subséquemment, Cousin offre Gros-Câlin au «Jardin d'Acclimatation» car il n’a plus besoin de lui. Ainsi, peu de temps après, Cousin fait l'acquisition d'une montre qu'il appelle tendrement Francine. «Je désire au contraire une montre qui aurait besoin de moi et qui cesserait de battre si je l'oubliais» (). Cousin est un garçon troublé du début à la fin du roman. Peu importe comment il essaie de trouver de l'affection humaine ou animale, cela ne lui suffit pas, il se cherche constamment.
Analyse du héros Aspects psychologiques : de la dépendance à la schizophrénie
Monsieur Cousin est un homme qui éprouve, selon lui, un trop plein d’amour à partager, ce qu’on peut constater à la lecture de l’extrait suivant : « Je souffre de surplus américain. Je suis atteint d’excédent. » (page 80). Il souffre vraisemblablement de dépendance affective. Il s’attache très rapidement à autrui. Par exemple, il achète une souris pour nourrir son serpent, mais il décide d’en faire sa compagne de vie. Il est donc très malheureux d’avoir autant d’amour à partager car il n’a ni conjointe, ni enfants, ni famille. Ajoutons à cela qu’il garde des séquelles de son enfance, où il a souffert de solitude : « Mes parents m’ont quitté pour mourir dans un accident de circulation et on m’a placé d’abord dans une famille, puis une autre, et une autre et j’ai commencé à m’intéresser aux nombres, pour me sentir moins seul » (page 57). Son rêve est de rencontrer l’amour. On l’entend même fantasmer d’épouser sa collègue de bureau et d’avoir des enfants métissés avec elle, bien qu’il n’entretient que de brèves conversations avec elle lorsqu’il se rend au bureau. Il est très émotif, il se sent souvent touché ou ému par de petits gestes posés par ses animaux ou par des gens de son entourage.
Toutefois, il est timide et angoissé par les rapports avec autrui. Monsieur Cousin est très tourmenté. Il a peur de beaucoup de situations : « J’étais complètement épouvanté par mon for intérieur » et « Je me suis fait tellement peur que je m’étais évanoui » (page 75). Par ailleurs, il éprouve plusieurs symptômes d’une personne souffrant de crise d’angoisse ou de panique :
Il est pris de peurs injustifiées et irrationnelles ; Il sue lorsqu’il se met à paniquer : « J’étais couvert de sueur froide, mais c’était plus fort que moi » (page 75) ; Il semble étouffer parfois lorsqu’il est angoissé : « Le tout est de continuer à respirer. J’avalais l’air ». (page 167) ; Son sommeil est souvent perturbé par des cauchemars et même qu’il fait souvent de l’insomnie la nuit : « Heureusement, lorsque je me suis réveillé, Gros-Câlin et Blondine dormaient paisiblement à leurs places respectives, rien n’était arrivé, c’était seulement moi. » (page 136) ; Il montre aussi certains troubles obsessionnels, par exemple : il se lave toujours le rectum.
Monsieur Cousin présente aussi un trouble d’identité. Il se confond avec son serpent. À titre d’exemple, lorsqu’il cherchait son python et se demandait où il se trouvait, on peut lire : « La seule explication possible, c’était qu’il avait dû faire des heures supplémentaires au bureau. Il était peu probable qu’il était allé chez les bonnes putes, car il y va en général qu’entre midi et deux heures, ce sont des heures creuses et il s’imagine qu’il y a moins d’hommes à l’intérieur. » (page 152). Il énumère donc des activités quotidiennes se rapportant à lui-même en tant qu’humain et non à un serpent.
En outre, il est à considérer la possibilité de schizophrénie chez notre protagoniste. En effet, il se confond tellement avec son python, qu’il va même se nourrir de souris vivantes à la fin du récit : « Il y avait là six souris et j’en ai tout de suite avalé une pour l’acceptation et ce comme il faut, pour rassurer la brave personne sur mon caractère humain. » (page 212). Y a-t-il un homme, sain d’esprit, qui engloutit des souris vivantes ?
Somme toute, il présente plusieurs déséquilibres psychologiques et peut-être même quelques malaises psychiatriques.
Aspects sociaux