L’ancienne église Sainte-Marie (dite aussi de l’Assomption), qui desservait la chartreuse de Buxheim, est une église de style baroque à Buxheim près de Memmingen, en Souabe.

Il n’existe plus de vestiges de l’église primitive, qui datait sans doute du . Le chœur des moines, du est aujourd’hui la partie la plus ancienne de l’église, le chœur des frères date du . Au , les frères Dominikus et Johann Baptist Zimmermann, ont profondément remanié l’église dans le style baroqueDehio, p. 223..

Après sa sécularisation en 1802, l’ancienne chartreuse tomba aux mains du comte Maximilian von Ostein, et, après la mort de ce dernier, aux comtes Waldbott von Bassenheim, qui transformèrent ce lieu de culte en église funéraire. L’édifice est aujourd’hui propriété de l'État de Bavière, qui l’a acquis en 1916. De 1955 à 1994, les Salésiens de Don Bosco ont disposé du droit d’usage de l’église. Depuis lors, elle est devenue une partie du Musée allemand des chartreuses, et est connue surtout pour son ensemble de stalles baroques, œuvre d’.

thumb|300px|L’église et son cloître thumb|300px|Intérieur, de 1957 à 1993

Situation thumb|Plan actuel du couvent

L’église orientée occupe une position centrale dans l’ancien complexe conventuel situé sur une hauteur de la partie inférieure de la vallé de l’Iller. Le bras occidental du promenoir du cloître sépare comme un tunnel le chœur des moines de celui des frèresBuxheim, Kartause und Pfarrkirche, pp. 1 et 15..

Histoire La première église a sans doute été construite lors de la fondation de cet ensemble religieux vers l’an 1100. L’actuel chœur des moines date sans doute du , on suppose qu’à l’origine il constituait l’église collégiale de la première congrégation. Il s’agissait alors d’une construction en briques, non crépies, avec des fenêtres à remplages en tiers-point et des voûtes gothiques. Les chartreux ayant reçu le couvent en 1402, une donation leur permit en 1435 de se procurer un grand retable. La plus importante transformation architecturale consista en la construction d’un chœur des frères, avec jubé, élevé vers 1450 par le frère-lai Collmanus pour la séparation des moines et des frères-lais. Au nord du chœur des moines, on construisit une sacristie sur deux niveaux, dont l’étage fut destiné à la conservation des archives du couvent p. 61..

Une autre donation permit en 1512 la construction d’une galerie occidentale dans le chœur des frères, desservie par un escalier à vis en terre cuite. Cette tribune – sur laquelle figuraient deux autels (donnés en 1955 à l’abbaye d’Ottobeuren) – était réservée aux hôtes du couvent et permettait d’accéder directement à l’hôtellerie conventuelle. En 1680, commencèrent les premières études relatives à la baroquisation de l’église, les travaux proprement dits étant exécutés de 1709 à 1711. À cette occasion, on fit l’acquisition de tableaux de peintre Johann Friedrich Sichelbein, de Memmingen, tandis que les célèbres stalles baroques ont été sculptées par Ignaz WaibelDehio, p. 224.. Dans le chœur des moines, on supprima les ogives gothiques, dans celui des frères, on les transforma. La baroquisation des fenêtres fut entreprise par les frères Zimmermann, occupés à la chartreuse entre 1709 et 1741. Les remplages gothiques furent remplacés par des fenêtres en plein cintre, à décor en stuc p. 67.. Dominikus Zimmermann renouvelle alors la charpente sous la direction du maître maçon Christian Wiedemann, du couvent d’Elchingen. On construisit à cette occasion, dans le comble au-dessus du chœur des moines, des arcs maçonnés qui passent encore aujourd’hui encore pour audacieuxDas Buxheimer Chorgestühl, p. 68..

thumb|upright|Coupe sur l’église Sainte-Marie après la rénovation de 1956

Les parois latérales du chœur des frères ont été surélevées en réutilisant les matériaux de démolition des voûtes d’ogives. Ceci est encore observable sur les murs formant la base des combles. Seul le vestibule n’a pas été transformé. Dominikus Zimmermann a reconstruit de 1737 à 1741 la chapelle de la Vierge Marie et de saint Hugues, pour abriter les reliques de Quartillus, un saint des catacombesDas Buxheimer Chorgestühl, S. 53.

En 1802, dans le cadre de la sécularisation générale des biens d’église en Bavière, la chartreuse a été sécularisée et cédée au comte Maximilian von Ostein. Les religieux, tolérés dans l’abbaye jusqu’en 1812, continuaient à utiliser le chœur des moines comme église.

L’ultime «première messe» d’un chartreux a été célébrée en . Le dernier prieur impérial, et avant-dernier prieur de l’ancienne chartreuse, est mort en à 85 ans et a été enterré dans l’égliseDas Buxheimer Chorgestühl, p. 55. Le cimetière des chartreux, qui se trouvait devant le chœur, a été profané en 1815.

Après la mort du comte d’Ostein en 1809, les comtes Waldbott von Bassenheim deviennent propriétaires du couvent. En 1830, ils font établir dans le chœur des moines un caveau funéraire destiné aux membres de leur famille. Le comte Friedrich Karl von Bassenheim est le premier à y être inhumé. Ce caveau, pourvu de deux entrées, était entouré d’une grille en ferronnerie artistement ouvragée. Des besoins financiers en raison d’un style de vie dispendieux amena les comtes de Bassenheim, à vendre progressivement les biens et trésors culturels de l’abbaye. En ce qui concerne l’église, les pertes les plus importantes ont été la vente des stalles du chœur des moines et de celui des frères, des autels, de l’argenterie, et de quelques peintures à l’huile. L’église a été acquise par l’État de Bavière en 1916 et en 1955 son usage a été concédé aux Salésiens de Don Bosco actifs à Buxheim (Souabe) depuis 1926.

Lors d’une rénovation de l’église, le jubé a été notablement déprécié par la suppression des parois du promenoir du cloître p. 56.. Josef Lutz, de Leutkirch, restaura en 1956 toutes les fresques de l’égliseGisela Richter, p. 187.. Les parois du promenoir du cloître ont été remplacées par des colonnes. C’est ainsi que les deux chœurs ont été réunis en une grande église subdivisée par un jubé. L’église transformée a été consacrée en 1956 par l’évêque d’Augsbourg, Joseph Freundorfer. Les stalles ont été vendues aux enchères en 1883. Après avoir changé plusieurs fois de propriétaire, elles ont été finalement installées en Angleterre dans une chapelle construite aux dimensions du chœur de Buxheim. Elles ont pu être rachetées en 1980 par le district de Souabe. Ces stalles restaurées ont été réinstallées en 1994 à leur ancien emplacement. Par la même occasion, des parties du jubé, détruites en 1955-1956, ont été reconstruites. Aujourd’hui, l’église et sa sacristie font partie du musée allemand des chartreuses.

Description architecturale La façade baroque de l’église, à deux tours, est plutôt sobre et crépie de blanc.

L’église se compose du chœur des moines, du chœur des frères, de la chapelle de Marie et de la sacristie. À l’extérieur, elle comporte des contreforts gothiques. Le promenoir du cloître forme jubé et, à la manière d’un tunnel, sépare le chœur des moines de celui des frères.

Le chœur des moines comporte de hautes fenêtres dont l’ancien arc brisé a été transformé en plein cintre.

Le clocheton à l’extrémité occidentale de la toiture, comporte un bulbe sommé d’une lanterne, garnie d’une cloche. La pointe forme une croix.

Chœur des moines thumb|Plan de l‘église

Le chœur des moines, un peu plus étroit que celui des frères, comporte trois travées ainsi qu’un chœur liturgique à trois pans (18 × 11 × 11,75 m de haut). À son extrémité occidentale, un jubé haut de 5 m environ le sépare du chœur des frères, On y accède depuis le promenoir du cloître par une porte en bois aménagée dans les stalles. La sacristie donne accès à la fois au chœur des moines et au cloître. Sur le jubé, un passage sécurisé par une balustrade en faux marbre mène à une section de l’orgue, réparti de part et d’autre, et à un autel de jubé.

Chœur des frères Le chœur des frères-lais, à nef unique (14,2 × 10 × 13,3 m de haut), est séparé du chœur des moines par le jubé du promenoir du cloître. On y accède par ce jubé, ou par une porte ménagée dans le mur nord.

L’ancien vestibule sur la façade ouest a été transformé en chapelle Don Bosco lors des transformations des années 1950 (3,65 × 2,65 × 4,76 m de haut). Une table toute simple sert d’autel, et une statue de Don Bosco accompagné d’enfants orne la paroi ouest.

À l’ouest du chœur des frères figure une tribune dont le garde-corps en fer forgé réutilise l’ancienne barrière entourant précédemment le «caveau Bassenheim», dans le chœur des moines.

Aménagement du chœur de moines Stalles

Les stalles de l’ancienne chartreuse de Buxheim ont été sculptées par Ignaz Waibl entre 1687 et 1691. Le comte Hugo Waldbott von Bassenheim les a fait vendre aux enchères en 1883. On ignore qui les acheta à l’époque. Le directeur de la Banque d’Angleterre les acquit en 1886 lors d’une seconde vente aux enchères et les donna aux sœurs de l’hôpital St Saviour’s à Londres. Celles-ci les firent recouvrir entièrement de laque noire. Ces religieuses déplacèrent leur institution en 1963 à Hythe (Kent) dans le Kent et s’y construisirent une chapelle délibérément édifiée aux dimensions du chœur de Buxheim. Lorsque cette communauté a abandonné Hythe, le district de Souabe a pu acquérir les stalles pour le prix de 450 000 livres sterling, ce qui équivaut à un peu plus d’un million d’euros. De 1980 à 1994, les stalles ont été soumises à une restauration très complète. La laque noire a été supprimée, les pièces perdues ont été en partie reconstituéesBuxheim, Kartause und Pfarrkirche, p. 18..

Siège du célébrant thumb|upright|Le siège du célébrant

Le siège du célébrant était protégé par une structure élaborée et très représentative, sculptée par Ignaz Waibl en bois de chêne, tout comme les stalles.

Le siège proprement dit a été vendu aux enchères et a depuis lors disparu. Il a été remplacé par un siège disparate.

Son abri monumental, auquel on accédait par deux marches, est conservé. Il est dominé par les allégories des trois principales vertus théologiques, la Foi, l’Espérance et l’Amour, et flanqué, de part et d’autre, par une paire de colonnes agrémentées de pampres. Les colonnes intérieures portent des têtes d’angelots. Les figures sculptées sur les colonnes extérieures illustrent Spes (l’Espérance, avec une ancre), Fides (la Foi, avec une croix). Entre ces paires de colonnes, des niches sont garnies des statues de deux diacres ; à droite, saint Étienne, à gauche, saint Laurent de Rome. Les figures élégantes sont légèrement déhanchées. La niche du siège de célébrant comporte une paroi arrondie en forme d’absidiole, ornée de coquillages et de fleurs. Elle est coiffée d’un baldaquin hexagonal et couronnée de feuillages en volutes avec les têtes d’angelots et une statue de Caritas (la Charité). Celle-ci porte un ample vêtement et tient sur son bras droit un enfant. Sa main caresse la tête d’un second enfant, qui se serre contre elle. Une photo, prise après les travaux des années 1950-1980, atteste que lors de la dernière restauration, les statues de Fides et de Caritas ont été interchangées. Anciennement, la Foi occupait le centre du couronnementp. 192..

Crédence thumb|upright|La crédence dans le chœur des moines