L’attentat du train Thalys le est une tentative terroriste avortée par armes à feu qui s'est déroulée à bord du train Thalys reliant Amsterdam à Paris sur la ligne LGV Nord, alors que celui-ci se trouve aux alentours de la commune d'Oignies, dans le Pas-de-Calais.

L'attaque, projetée par Ayoub El Khazzani, un ressortissant marocain proche de l'islamisme radical, est déjouée par des passagers du train dont des militaires américains en vacances, qui immobilisent le terroriste. En 2020, l'agresseur est jugé pour tentatives d'assassinats, association de malfaiteurs et détention d'armes, le tout en relation avec une entreprise terroriste. Le , il est condamné en appel à la réclusion à perpétuité.

La même cellule terroriste franco-belge, constituée autour d'Abdelhamid Abaaoud et dirigée depuis Raqqa, prépare, coordonne et commet également les attentats déjoués à Verviers en , les attentats du 13 novembre 2015 en France et les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles.

Contexte

L’événement survient à la suite d'une série d'actes terroristes liés au salafisme djihadiste, perpétrés sur le territoire français entre 2010 et 2015, et dans un contexte de mondialisation du terrorisme islamiste. Les assaillants nient systématiquement leur implication lors des tentatives avortées..

Déroulement des faits vignette|Le train Thalys au départ de la gare de Bruxelles-Midi en . vignette|Carte des principales lignes empruntées par le Thalys.

Le vendredi vers , un individu de , armé d’un fusil d'assaut Kalachnikov (type AKM) avec neuf chargeurs pleinsCapacité de trente cartouches par chargeur., d’un pistolet automatique et d’un cutter., monte en gare de Bruxelles-Midi à bord du train à grande vitesse Thalys reliant Amsterdam à Paris. Peu après le passage du convoi en France à Oignies (Pas-de-Calais), il ouvre le feu dans le train.

vignette|gauche|Diagrame de l'attaque du train provenant du rapport interne de Thalys..

Alors que l'assaillant sort des toilettes, un premier voyageur, « Damien A. », un Français âgé de tente de le désarmer. Un autre passager, Mark Moogalian, un Franco-Américain de http://viaf.org/viaf/89852065/. vient au secours du voyageur français ; il empoigne à son tour le fusil d'assaut du tireur et parvient à s'en emparer. Le tireur sort alors son pistolet Luger et fait feu, atteignant Moogalian dans le haut du dos et lui reprenant le fusil d'assaut..

Le tireur entre alors dans la du train. Pendant qu'il tente d'ouvrir le feu, son arme semble avoir une défaillance. Deux passagers américains en vacances, Alek Skarlatos (militaire de réserve de la Garde nationale américaine) et Spencer Stone (ambulancier de l'US Air Force), se jettent à mains nues sur le tireur et l'immobilisent. Ensuite, aidés par le Britannique Chris Norman et l'étudiant américain Anthony Sadler, ami d’enfance de Stone et Skarlatos, ils désarment l’agresseur et le maîtrisent. Un autre passager français, conducteur de trains en repos, participe également à la lutte.

Au cours de la lutte, Stone est blessé à coups de cutter à la main et au cou, ce qui ne l’empêchera pas de porter secours à Moogalian, touché par le tir du pistolet.. Une fois la situation maîtrisée, Skarlatos et Sadler courent vers les autres voitures pour annoncer la fin du drame aux passagers choqués et pour chercher une trousse de secours. Sadler essaya également d'entrer dans la motrice à deux reprises, sans y parvenir, les employés de Thalys s'étant enfermés à l’intérieur..

Entre et , l'individu est interpellé en gare d'Arras (Pas-de-Calais) vers laquelle le Thalys a été dérouté.. Pris en charge dans un gymnase proche, les du train voient leurs identités vérifiées et leurs bagages fouillés avant d’être acheminés dans la nuit à Paris. Lors de l'enquête, la police technique et scientifique française ne retrouve dans le train qu’un seul étui (« douille » d’arme légère).

À , le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve, se rend à Arras. Peu avant , le président de la République, François Hollande, indique que sur cette affaire. L’Élysée précise une heure après que le président français et le Premier ministre belge, Charles Michel, dans l’enquête. Quelques minutes après, la section antiterroriste du parquet de Paris se saisit de l’enquête.

Le lendemain , le suspect, transféré tôt le matin dans les locaux de la sous-direction anti-terroriste (SDAT) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), nie être un terroriste, une version qui ne tient pas du fait des investigations en cours.. Vers , le gouvernement belge décide de renforcer les mesures de sécurité dans les trains et les gares du pays. Vers , le Premier ministre français, Manuel Valls, annonce que la SNCF va mettre en place un , numéro qui existait déjà pour traiter les cas d'urgence ou d'agression dans les trains..

Profil du suspect

Le suspect interpellé dans le train n'étant pas muni de ses documents d'identité lors de son arrestation, son identité est d'abord fondée sur ses déclarations aux forces de l'ordre. L'identité fournie correspond à celle d'un Marocain de fiché dans trois pays comme islamiste radical, dont la France, où il fait l'objet d'une fiche S (pour ).

Le vers , l'homme est formellement identifié comme étant Ayoub El Khazzani, un ressortissant marocain qui résidait en Espagne en 2014 et en Belgique en 2015. Il a été signalé en aux services français par leurs confrères espagnols comme appartenant à la mouvance islamiste radicale. Il est localisé à Berlin le et aurait embarqué pour la Turquie, puis la Syrie, avant de revenir en France.

D'après les médias, le terroriste est connu pour avoir fréquenté des mosquées radicales et s'être rendu en Syrie. L'homme portant cette identité a participé à un trafic de drogue, pour lequel il a été condamné à une peine de détention en Espagne. En , des informations à son sujet ont été transmises à la France, en raison de sa volonté de quitter son domicile d'Algésiras pour s'établir en France.. Son basculement dans l'islam radical semble remonter à la fréquentation, dès 2010, de la mosquée Taqwa d'Algésiras, un lieu de culte aux prêches virulents dont le trésorier est son frère.

Il dément toute volonté terroriste, expliquant qu'il voulait les voyageurs.. Selon les trois Américains qui ont maîtrisé le forcené, il n'y avait aucun doute que l'agresseur voulait commettre un attentat et non rançonner les voyageurs : , indique Anthony Sadler. Selon Alek Skarlatos, ..

Interrogé par la justice française, il revient sur ses précédentes déclarations et reconnaît le son implication dans l'attaque djihadiste. Son avocate Sarah Mauger-Poliak explique qu'il aurait eu et . Signalé pour islamisme radical par les services de renseignements espagnols, où il a vécu plusieurs années, il avait séjourné en Belgique à Molenbeek-Saint-Jean. Il tente plusieurs fois de prendre l'avion en Turquie pour pénétrer dans l’espace Schengen, mais est refoulé faute de passeport adéquat. Il reçoit alors l'instruction d'attendre un nommé « Hamza » et l'ouverture de corridors pour les réfugiés. « Hamza » est identifié ultérieurement comme Bilal Chatra, un Algérien de , qui est interpellé en Allemagne en .. Les enquêtes sur les actes terroristes de 2015 et 2016 ont mis en évidence que, de retour de Syrie à l'été 2015, il a voyagé avec le djihadiste Abdelhamid Abaaoud. Ils sont arrivés à Budapest le en se mêlant aux migrants et ont séjourné dans le même hôtel. Le , Abaaoud quitte la Hongrie pour l'Autriche en voiture, alors qu'El Khazzani part en train le lendemain.

Polémiques L'acteur français Jean-Hugues Anglade, présent avec ses enfants et sa compagne dans le train lors de la fusillade, se blesse légèrement à la main en voulant accéder au marteau brise-vitre... Dans les heures qui suivent, il blâme l'attitude du personnel de la compagnie Thalys., estimant que celui-ci a abandonné les passagers pendant l'attentat... Le magazine Le Point remet en cause la pertinence de son propos et un contrôleur la véracité de son témoignage..

La société Thalys, par l'intermédiaire de sa directrice générale Agnès Ogier, réagit et défend ses employés : ., et précise . L'acteur est reçu le par Agnès Ogier et le président de la SNCF, Guillaume Pepy. et un communiqué de presse conjoint est publié, dans lequel il est indiqué que le témoignage incontestable de Jean-Hugues Anglade, comme celui des autres passagers, sera pris en compte dans l'enquête interne de la société Thalys..

L'avocat d'Ayoub El Khazzani dénonce pour sa part le traitement réservé à son client pendant son transfert au palais de justice...... La chaîne I-Télé est mise en garde par le parquet de Paris pour avoir diffusé une photographie du suspect menotté..

Enquêtes Deux enquêtes distinctes ont été ouvertes par les autorités : une en France, une autre en Belgique. Par ailleurs, la société Thalys mène une enquête interne.

Enquête française Le , la section antiterroriste du parquet de Paris se saisit de l’enquête .

Au vu des faits qui lui sont reprochés, le suspect est placé en garde à vue pour une durée qui peut être portée à . D'après la police, par son mode opératoire, cette attaque ressemble à une attaque terroriste.

Dans la nuit du au , l'auteur de l'attaque, Ayoub El Khazzani, est mis en examen pour tentatives d'assassinats, association de malfaiteurs et détention d'armes, le tout en relation avec une entreprise terroriste. Conformément aux réquisitions du parquet, il est placé en détention provisoire. Selon le procureur de la République de Paris, François Molins, El Khazzani a été neutralisé .. Le procureur indique que, avant l'attaque, l'assaillant s'est motivé en consultant à bord du Thalys, depuis un téléphone mobile activé quelques heures auparavant pour éviter tout repérage, un fichier sonore diffusé sur YouTube dans lequel un inconnu exhortait ses fidèles . Il ajoute que l'assaillant avait une lors du passage à l'acte et a fait pour tenter d'éliminer ceux qui s'opposaient à lui dans le train. François Molins estime que le de l'assaillant .

Le , lors d'un interrogatoire devant le juge d'instruction, El Khazzani affirme : « "J'ai pas pu tuer" : l'auteur de l'attentat du Thalys s'explique sur les faits », Charlotte Piret, France Inter.fr, 9 mai 2018.. Il affirme également avoir refusé la ceinture d'explosifs que lui proposait son donneur d'ordres, Abdelhamid Abaaoud : , mais ajoute : . Lors d'un précédent interrogatoire en , El Khazzani a affirmé qu'Abaaoud lui a , et qu'il lui aurait donné pour consignes d'acheter un billet pour le train de 17 heures, et de monter dans la rame 12. Ensuite, selon lui : .

Enquête belge Le parquet fédéral belge, d'après son porte-parole, ouvre une enquête le . Il estime que la Belgique est concernée par le fait qu'une personne lourdement armée a pris le train en gare de Bruxelles-Midi, en Belgique. Le une équipe commune d’enquête franco-belge procède à quatre interpellations en région bruxelloise et en Wallonie. Deux des quatre hommes ont été inculpés de « participation aux activités d’un groupe terroriste », l'un d'entre eux en qualité de « dirigeant » puis tous les deux sont écroués en Belgique. Ce sont les premières inculpations dans ce pays. Les deux hommes sont soupçonnés d’avoir aidé le terroriste Ayoub El Khazzani.

Enquête sur l'activité antérieure du terroriste Selon une étude du Centre d’analyse du terrorisme dirigé par Jean-Charles Brisard et publiée en par la revue américaine spécialisée Sentinel, Ayoub El Khazzani serait entré en Europe durant l'été 2015 en compagnie d'Abdelhamid Abaaoud (responsable opérationnel des attentats du 13 novembre 2015 en France), leur présence étant prouvée le en Hongrie.