vignette|upright=1.5|Le bombardement de Varsovie (alors une ville de l'Empire russe) en septembre 1914 par le dirigeable allemand 2. Les dirigeables militaires les plus connus sont les zeppelins allemands. Un dirigeable militaire est un ballon dirigeable, c'est-à-dire un aérostat manœuvrable et capable de se propulser, employé par une force armée. Les premiers modèles furent développés au début du , principalement en France et en Allemagne : les forces armées de ces deux pays se livrèrent alors à une course aux armements. Les expérimentations de ces aéronefs militaires furent largement médiatisées, malgré de nombreux accidents mortels.
Dès le début de la Première Guerre mondiale, la concurrence des avions militaires et le développement de la défense anti-aérienne condamnent rapidement l'emploi des dirigeables pour les missions au-dessus du champ de bataille, que ce soit pour la reconnaissance, le renseignement ou le bombardement tactique. Leur emploi se poursuit néanmoins, côté allemand pour le bombardement stratégique et la reconnaissance maritime, côté allié pour la lutte anti-sous-marine.
Leur utilisation périclite pendant l'entre-deux-guerres, pour être très marginale lors de la Seconde Guerre mondiale et anecdotique depuis. Quelques exemplaires sont encore utilisés et des projets de dirigeables militaires dans la très haute atmosphère sont à l'étude.
Débuts en France
Premiers ballons militaires vignette|Le ballon de Coutelle au siège de Mayence en 1795. Le premier usage militaire d'un ballon remonte aux guerres de la Révolution française : en 1794, Coutelle et Conté construisent au château de Meudon L'Entreprenant, un ballon captif (relié au sol par un câble) sphérique de de diamètre pour , gonflé à l'hydrogène (tandis que les montgolfières le sont à l'air chaud). Des ballons sont de nouveau utilisées lors de la guerre franco-allemande de 1870, cette fois-ci en vol libre et gonflé au gaz d'éclairage, pour assurer quelques communications entre le camp retranché de Paris, assiégé par les armées allemandes, et la province (« poste aérienne »).
En 1875 est fondé un centre d'études, d'expérience et d'instruction à Chalais-Meudon, dépendant du génie (qui a la charge des fortifications) : il est commandé par le colonel Charles Renard et il s'occupe de l'emploi opérationnel de ballons captifs, pour des missions d'observation et de réglage d'artillerie. En 1877, le centre prend le nom d'« établissement aérostatique militaire ». L'armée française a en 1879 huit parcs d'aérostation de campagne et cinq de place. Le décret du créé quatre compagnies d'aérostiers (correspondant aux quatre places-fortes de Verdun, de Toul, d'Épinal et de Belfort), à raison d'une par régiment du génie ; en 1900 ces compagnies sont toutes regroupées au sein du de sapeurs aérostiers à Versailles sous les ordres du colonel Auguste Hirschauer..
Premiers dirigeables Le premier ballon dirigeable, capable de se propulser et de se diriger, est expérimenté dès 1852 : c'est l'aérostat d'Henri Giffard, de 44 mètres de long et d'un volume de , gonflé au gaz d'éclairage. Il est équipé d'une machine à vapeur, d'une hélice et d'un gouvernail.
Le siège de Paris avait montré l'intérêt de pouvoir manœuvrer sans dépendre uniquement du vent ; l'ingénieur Henri Dupuy de Lôme est chargé de trouver une solution à partir d' : son aérostat expérimental fait un vol d'essai en à Vincennes. Gonflé à l'hydrogène, faisant 36 mètres de long et de volume, il avance par propulsion humaine. Le projet s'arrête là. En 1883 et 1884, les frères Gaston et Albert Tissandier réalisent deux vols à bord d'un dirigeable propulsé avec un moteur électrique, qui manquait de puissance pour remonter le vent.
En 1879, le colonel Charles Renard obtient du ministère de la Guerre la récupération de la galerie des machines de l'exposition universelle de 1878 : la structure métallique sert à la construction à Meudon par Paul Renard du hangar Y (toujours debout à côté du site de l'ONERA). Dans ce hangar sont construits d'abord des ballons captifs, puis un dirigeable en collaboration avec le capitaine Arthur Constantin Krebs : baptisé La France, ce dirigeable à structure souple fait 52 mètres de long, a un volume de et il est propulsé par un moteur électrique de huit chevaux-vapeur. Le , il effectue le premier vol en circuit fermé, entre Chalais et Villacoublay (soit ).. Ce modèle expérimental ne fait que quelques vols d'essai.
Course aux armements avant 1914 Dans les premières années du , le développement des moteurs à explosion et la course aux armements que se livrent la République française et l'Empire allemand dans tous les domaines ont comme conséquence le développement en parallèle de deux flottes de dirigeables destinés à des usages militaires.
Développement en France À partir de 1902, la société Lebaudy Frères se lance dans la construction aérostatique dans son hangar de Moisson, à côté de l'une de ses raffineries de sucre. En juillet 1905, les frères Paul et Pierre Lebaudy prêtent leur premier dirigeable, le Lebaudy (surnommé le Jaune en raison de sa couleur), à l'armée française pour quelques vols d'essai. Mais lors de son trajet entre Moisson et l'Est de la France, l'enveloppe du dirigeable se déchire sur un arbre ; reconstruit à Toul, c'est un semi-rigide de de long en toile caoutchoutée (de chez Continental, à Hanovre), il a un volume de et est propulsé par un moteur Daimler à essence de . À Toul, il fait plusieurs ascensions, dont celle du avec le ministre de la Guerre Maurice Berteaux à bord. En 1906, il est offert à l'armée., qui l'utilise pour l'instruction à Chalais.
vignette|Le Patrie à Belleville-sur-Meuse près de Verdun, le .
L'entreprise Lebaudy réalise un second dirigeable, commandé par l'armée en 1905, nommé Patrie, de 60 mètres de long pour et équipé d'un moteur Panhard et Levassor. Il fait son premier vol à Mousson le ; il quitte son lieu de construction pour Meudon le ; le , il fait un survol de Paris. Le , le président du Conseil Georges Clemenceau et le ministre de la Guerre Georges Picquart font une ascension à bord. Le , il fait le voyage jusqu'à la place fortifiée de Verdun, où il est désormais affecté.. Mais, à la suite d'une avarie du moteur, il se pose à Souhesmes-la-Grande le , et fini emporté par le vent le , sans équipage : si, dans les premiers jours, les Français sont inquiets qu'il ne se trouve en Allemagne, il est repéré le matin au-dessus de Cardigan au Pays de Galles, puis l'après-midi à Holywood près de Belfast et enfin le au large des îles Hébrides.
vignette|Le Ville-de-Paris, offert par Henry Deutsch de la Meurthe.
Le , l'industriel Henry Deutsch de la Meurthe propose d'offrir à l'armée le Ville-de-Paris de 1906 en remplacement du Patrie.. Ayant fait son premier vol le , il fait 60 mètres de long pour , puis a été modifié à en 1908. Le nouveau dirigeable arrive à Verdun le et reste opérationnel jusqu'en 1910.
À la suite de ces premiers vols opérationnels, plusieurs autres dirigeables sont commandés par l'armée : le premier est le République, livré en par Lebaudy. Envoyé participer aux grandes manœuvres dans le Bourbonnais en , son retour est empêché par une rupture d'hélice, qui fait éclater l'enveloppe et s'écraser la nacelle près de Moulins (quatre morts).. Il est remplacé à Meudon par le Liberté, un Lebaudy plus grand () et avec un moteur plus puissant. Meudon accueille ensuite en 1911 le Capitaine-Marchal puis en 1912-1913 le Selle-de-Beauchamp, deux autres Lebaudy de .. Le , le Selle-de-Beauchamp arrive à Mourmelon-le-Petit.
D'autres constructeurs reçoivent des commandes militaires. En 1908, Édouard Surcouf et Henry Deutsch de la Meurthe fondent la société Astra à Issy-les-Moulineaux, qui réalise successivement le Colonel-Renard (Astra V), le Lieutenant-Chauré (Astra X), l’Adjudant-Réau (Astra XI) et le Conté (Astra XII). La société Clément-Bayard à Lamotte-Breuil construit l’Adjudant-Vincenot en 1911, le Dupuy-de-Lôme en 1912 et le Mongolfier en 1913. La société Zodiac à l'aérodrome de Saint-Cyr-l'École réalise le Capitaine-Ferber, le Commandant-Coutelle et le Spiess (premier dirigeable rigide français, finalement pas acheté par l'armée) en 1913.
Usage par l'armée française vignette|upright=1.3|L'avenir () tel qu'imaginé en 1899 par des auteurs fantaisistes : de puissants croiseurs dirigeables, armés de canons. Les différents modèles correspondent à des tailles définies par les militaires : les « vedettes » d'entrainement font environ , les « éclaireurs » font , les « croiseurs » de pour le bombardement, et il est prévu de commander des « grands croiseurs » de pour le bombardement lointain. En 1911, il est décidé d'abandonner l'emploi des ballons captifs pour les compagnies d'aérostiers, au profit des dirigeables aptes au bombardement. Quatre compagnies de place sont maintenues, avec en 1914 le Fleurus affecté au camp retranché de Verdun (à Belleville-sur-Meuse), l’Adjudant-Vincenot à celui de Toul (à Dommartin-lès-Toul), les Dupuy-de-Lôme et Mongolfier à Maubeuge (dans le quartier du Pont-Allant) et le Conté au camp retranché d'Épinal (sur le plateau de la Louvroie à Golbey). ; les autres dirigeables sont basées au camp de Châlons et à Saint-Cyr-l'École.
Rapidement l'emploi militaire des dirigeables est concurrencé par les avions. Après les premiers vols de Clément Ader en 1890 dans le parc d'Armainvilliers et des frères Orville et Wilbur Wright en 1903 sur la plage de Kitty Hawk, les « aéroplanes » (renommés « avions » en 1911 en hommage aux prototypes d'Ader) se perfectionnent rapidement. Le premier militaire à être breveté pilote (par l'Aéro-Club de France) est le capitaine Ferdinand Ferber, détaché du RA, le (il est tué dans un accident d'avion le ) ; le premier avion livré à l'armée française est un biplan Wright à Satory le .. En , les grandes manœuvres de Picardie sont marquées par la participation du Clément-Bayard, du Liberté et du Ville-de-Paris, dont les hangars provisoires sont montés à Briot-Grandvilliers, mais surtout par celle de plusieurs avions. Les premières unités d'aviation sont créées en 1912.
Les grandes manœuvres du Sud-Ouest en 1913 montrent une certaine supériorité de l'avion sur le dirigeable. Elles ont lieu dans la partie orientale du Gers, entre les « bleus » (dirigés par le général Paul Pau, composés du et du , venant du nord) et les « rouges » (du général Nicolas Chomer, et , venant du sud). Les bleus ont le Fleurus, basé à l'aérodrome de Pau, tandis que les rouges ont l’Adjudant-Vincenot, basé à Albi. Le , le Fleurus approche de l'aérodrome du polygoneLe polygone de Toulouse est à l'emplacement actuel de la base de défense, de la ZAC Cartoucherie, du parc des expositions, du lycée d'hôtellerie et du jardin du Barry. de Toulouse (où les rouges ont leurs tentes à avion et leurs voitures ateliers), mais il est rapidement intercepté par les avions rouges et considéré comme détruit selon les arbitres. Sa lenteur le rend trop vulnérable, basé sur La dépêche du Midi et sur ..
Développement des zeppelins vignette|Le LZ-3 sortant du hangar à dirigeables flottant sur le lac de Constance : il fut le premier zeppelin militaire, sous le nom de Z-1. Le premier zeppelin est le LZ-1 (LZ : , « aéronef Zeppelin »), construit en 1899 à Friedrichshafen et expérimenté en 1900. Il a comme particularités d'avoir une structure rigide (avec des ballonnets à l'intérieur) en aluminium et d'être plus grand que les modèles français : il faisait 128 mètres de long et un volume de , propulsé par deux moteurs Daimler et gonflé à l'hydrogène. Par manque de financement, Zeppelin fit détruire son dirigeable.
vignette|L'empereur Guillaume II et son invité François-Ferdinand aux de 1912. Les deux dirigeables (un parseval et un zeppelin) ont été rajoutés par photomontage : les grands dirigeables sont des instruments de prestige.