Ahmed al-Charaa (ou al-Chareh, en ), également connu par son nom de guerre d'Abou Mohammed al-Joulani (en ), né le à Riyad, en Arabie saoudite, est un homme d'État, ancien commandant djihadiste et rebelle syrien. Il est le fondateur et le chef du Front al-Nosra, puis de Hayat Tahrir al-Cham, et le président de la République arabe syrienne à titre transitoire depuis le .

En 2003, au commencement de la guerre d'Irak, il quitte la Syrie pour rallier Al-Qaïda en Irak, puis l'État islamique d'Irak. Arrêté par les Américains, il est emprisonné plusieurs années à Abou Ghraib et Camp Bucca.

En 2011, au début de la guerre civile syrienne, il regagne son pays sur ordre d'Abou Bakr al-Baghdadi afin d'y étendre le djihad. En 2012, il fonde le Front al-Nosra, qui s'allie aux rebelles et participe activement aux combats contre le régime de Bachar el-Assad. Cependant l'unité entre les groupes djihadistes se fissure en 2013, lorsqu'Al-Baghdadi annonce la fusion sous son autorité de l'État islamique d'Irak et du Front al-Nosra afin de former l'État islamique en Irak et au Levant. Joulani refuse la fusion et prête directement allégeance à Ayman al-Zawahiri, le chef d'Al-Qaïda. En 2014, les tensions entre le Front al-Nosra et l'État islamique en Irak et au Levant dégénèrent en guerre ouverte.

En 2016, Joulani rompt également avec Al-Qaïda et forme en 2017 une nouvelle organisation, Hayat Tahrir al-Cham (HTC). À la suite d'affrontements avec d'autres groupes rebelles, HTC devient la force dominante dans le gouvernorat d'Idlib et forme un chargé d'administrer les territoires sous son contrôle. Pendant cette période, Joulani s'éloigne du djihadisme et réprime les partisans d'Al-Qaïda et de l'État islamique. Tout en administrant sa région de manière autoritaire et conservatrice, il n'impose pas une application rigoriste de la charia et accorde une relative liberté de culte aux chrétiens et aux druzes, afin de se concilier les populations locales et la communauté internationale.

En , Joulani lance une offensive depuis la région d'Idlib qui entraîne l'effondrement de l'armée syrienne et la chute du régime de Bachar el-Assad en seulement douze jours. Il devient dès lors l'homme fort du pays, étant à la tête du commandement général, ainsi que de l'Administration des opérations militaires.

Le , le porte-parole de l'Administration des opérations militaires, Hassan Abdel Ghani, annonce sa nomination comme président de la République arabe syrienne pour la période de transition.

Biographie Famille et jeunesse Ahmed Hussein al-Charaa naît à Riyad en 1982Benjamin Barthe, « L’ascension d’Abou Mohammed Al-Joulani, de djihadiste en Irak à nouvel homme fort de la Syrie », Le Monde, 9 décembre 2024., officiellement le , même s'il affirme qu'il serait en fait né le .. Son père, Hussein al-Charaa, économiste de formation, acquis aux idéaux de la gauche nationaliste arabe, travaille alors comme ingénieur au ministère du pétrole saoudien. Sa famille, originaire de Fīq, une colonie syrienne du plateau du GolanNote : Son nom de guerre « Abou Mohammed al-Joulani » (du Golan) montre son attache à l'origine géographique de son père., où le grand-père Ali possédait plus de 80 % des terres du village, s'était auparavant établie à Damas en Syrie, après avoir fui l'occupation israélienne lors de la guerre des Six Jours. La généalogie d'Ahmed et son père remonte à un ancêtre nommé « Taleb », qui aurait participé à la résistance contre le mandat français de Syrie et est issue du clan Salamat de la tribu Anizah..

Il a plusieurs frères dont Maher al-CharaaNote : Maher al-Charaa, un gynécologue vivant en Russie depuis des années avec son épouse et proche de l'élite russe, est nommé ministre de la Santé par intérim puis Secrétaire général de la présidence syrienne de son frère., Hazem al-CharaaNote : Hazem al-Charaa possède un doctorat en économie de l'Université américaine au Caire. et Jamal al-Shara. Un cousin de son père est Farouk al-Chareh, homme politique syrien ayant servi auprès de la famille Assad. gauche|vignette|225x225px|Ahmed al-Charaa en 1996. Ahmed al-Charaa passe ses sept premières années en Arabie saoudite, jusqu'à ce que sa famille retourne s'établir en Syrie. Il grandit à Mezzeh, un quartier huppé de Damas, puis entame des études de médecine qu'il n'achève pasPierre Fesnien, « Syrie : qui est Abou Mohammed al-Joulani, le chef des rebelles islamistes qui ont pris le contrôle de Damas ? », RFI, 8 décembre 2024., puis des études dans la communication. ainsi que d'arabe littéraire à l'université de Damas.

Durant ses études, il vit une relation avec une jeune fille alaouite, mais la relation n'aboutit pas du fait de l'opposition des deux familles au mariage. Cette expérience va le sensibiliser aux implications du sectarisme dans les divisions de la société.. Fréquentant une mosquée chaféite, il devient pratiquant à dix-sept ans..

Guerre d'Irak Selon une interview donnée en 2021, Ahmed al-Charaa commence à se radicaliser en 2000, au moment de la Seconde intifada : .

En 2003, le début de la guerre d'Irak le pousse à prendre les armesMadjid Zerrouky, « Les habits neufs d’Al-Qaida en Syrie », Le Monde, 29 juillet 2016.. Il quitte l'université de Damas et se rend à Bagdad en bus, peu de temps avant l'arrivée des troupes américaines. Il rallie alors un groupe islamiste actif à Mossoul, Saraya al-Mujahideen, qui fait ensuite allégeance à Al-Qaïda en Irak, dirigé par Abou Moussab Al-Zarqaoui.

Selon les déclarations à l'Associated Press de hauts responsables des renseignements militaires irakiens, Al-Charaa aurait quitté l'Irak à la suite de la mort d'Al-Zarqaoui, lors d'une frappe aérienne américaine en 2006 et se serait installé brièvement au Liban, dans le but d'offrir un soutien logistique au groupe Jound al-Cham, qui suit aussi l'idéologie d'Al-QaïdaElusive Al-Qaeda leader in Syria stays in shadows, AP, 4 novembre 2013.. Pour le journaliste Wassim Nasr, ce fait n'est cependant pas avéréVisages de l'actu : Al-Joulani, le nouvel homme fort de la Syrie, France Culture, 31 janvier 2025..

En 2005, il est arrêté à Mossoul par les forces militaires américainesFrancesca Fattori, Cécile Hennion, Victor Rocher, Xemartin Laborde et Victor Simonnet, Ahmed Hussein Al-Charaa, le stratège aux mille visages, Le Monde, 15 mars 2025., qui l'incarcèrent à Abou Ghraib, puis à Camp Bucca, au sud de l'Irak. Dans ce camp, où les forces militaires américaines retiennent des dizaines de milliers de prisonniers, il enseigne l'arabe classique aux prisonniers et rencontre plusieurs chefs djihadistes, dont Abou Bakr al-Baghdadi.

En 2009, Ahmed al-Charaa est libéré et rejoint les rangs de l'État islamique d'Irak (EII), dirigé par Abou Omar al-Baghdadi, puis par Abou Bakr al-Baghdadi, qui le nomme à la tête des opérations de l'EII dans la province du Ninive. Al-Charaa prend à ce moment le surnom d'« Abou Mohammed al-Joulani », en référence au Golan, la région d’origine de son père et dont al-Joulani est le gentilé.

Fondation du Front al-Nosra en Syrie En , quelque temps après le début des manifestations contre le régime de Bachar el-Assad, Abou Mohammed al-Joulani regagne la Syrie avec un petit groupe de six djihadistes irakiens et syriens. Il forme le Front al-Nosra et en prend la direction, dont il annonce officiellement la fondation le dans le but revendiqué de .Ignace Leverrier, Syrie. Bachar al-Assad, le Front de Soutien, l’Etat islamique et le peuple syrien (2/4), Un œil sur la Syrie, 3 avril 2014...

Le , al-Joulani est désigné comme par les États-Unis"Terrorist Designation of Al-Nusrah Front Leader Muhammad Al-Jawlani".. La même année, il est placé sous sanctions par l'ONU. et par la Suisse..

Rupture avec l'État islamique d'Irak Le , Abou Bakr al-Baghdadi, chef de l'État islamique d'Irak (ÉiI), révèle le parrainage du Front al-Nosra par son organisation et le choix d'Abou Mohammed al-Joulani pour le diriger« Al-Qaïda en Irak revendique la paternité d'un groupe de djihadistes anti-Assad », France 24, 9 avril 2013.Syrie: Al-Qaïda en Irak parraine le Front jihadiste Al-Nosra, AFP, 9 avril 2013. Il annonce alors la fusion de l'État islamique d'Irak avec le Front al-Nosra et la formation de l'État islamique en Irak et au LevantRomain Caillet, De la désaffiliation de l'État islamique à al-Qaïda, The Huffington Post, 8 octobre 2013.(ÉiIL). Mais al-Joulani ne répond pas favorablement à l'appel d'al-Baghdadi : il reconnaît avoir combattu sous ses ordres en Irak, puis d'avoir bénéficié de son aide en Syrie, mais affirme ne pas avoir été consulté à propos de la fusion. Dix ans plus tard, al-Joulani expliquera sa rupture avec al-Baghdadi par son refus de s'en prendre à d'autres comme celui-ci lui aurait demandé.. Le , al-Joulani prête allégeance non pas à al-Baghdadi, mais à Ayman al-Zawahiri, l'émir d'Al-QaïdaSyrie : le front rebelle Al-Nosra prête allégeance au chef d'Al-Qaeda, AFP, 10 avril 2013.. Ce dernier prend le parti d'al-Joulani : il déclare dans une lettre relayée le par Al Jazeera que la formation de l'ÉiIL est invalidée et que le Front al-Nosra demeure une branche indépendante d'Al-Qaïda ; il appelle les deux groupes à coopérer et nomme un religieux, Abou Khaled al-Souri, membre des Ahrar al-Cham, comme médiateur... Ces déclarations sont confirmées par un document audio diffusé le : al-Zawahiri y réaffirme la dissolution de l'État islamique en Irak et au Levant, l'État islamique en Irak restant opérationnel en Irak et le Front al-Nosra restant opérationnel en SyrieSyrie : le Front Al-Nosra devient la "branche" officielle d'Al-Qaida, Le Monde avec AFP, 8 novembre 2013.. Ayman al-Zawahiri reconnaît le Front al-Nosra comme la seule branche d'Al-Qaïda en SyrieZawahiri affirme que le Front Al-Nosra est la branche d'Al-Qaïda en Syrie, AFP, 8 novembre 2013.. Mais Abou Bakr al-Baghdadi passe outre : il envoie des hommes en Syrie, tandis qu'une partie des membres du Front al-Nosra font défection et lui prêtent allégeanceHélène Sallon, L’État islamique en Irak et au Levant, l'avenir du djihadisme mondial, Le Monde, 10 juin 2014..

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), al-Joulani aurait été blessé au pied en , lors d'un bombardement de l'armée syrienne au sud de la province de DamasSyrie: le chef du groupe jihadiste Al-Nosra blessé près de Damas, AFP, 8 mai 2013.. L'information est cependant démentie par le Front al-NosraSyrie: la mort du chef d'al-Nosra annoncée mais pas confirmée, AFP, 25 octobre 2013.

En , al-Joulani est interviewé, visage caché, par Tayseer Allouni, un journaliste de la chaîne qatarie Al Jazeera. Dans cet entretien, il déclare notamment : ..

Le , un conflit général éclate entre les rebelles syriens et l'État islamique en Irak et au Levant.. Abou Mohammed al-Joulani appelle à un cessez-le-feu le Syrie: le chef du Front al-Nosra appelle à un cessez-le-feu, AFP, 7 janvier 2014.. Mais à Raqqa, contrairement aux autres régions, le Front al-Nosra entre en guerre contre l'ÉiIL et combat dès le aux côtés des rebellesCéline Lussato, Syrie : La guerre des djihadistes a-t-elle éclaté ?, Le Nouvel Observateur, 7 janvier 2014. Le week-end du et , l'ÉiIL exécute près d'une centaine de prisonniers du Front al-Nosra et du Front islamique, dont Abou Saad al-Hadrami, l'émir du Front al-Nosra à Raqqa, retenu captif depuis le .... Abou Khaled al-Souri, le médiateur nommé par Ayman al-Zawahiri, est tué dans un attentat-suicide le à AlepLe chef d'al-Qaïda perd son représentant en Syrie, tué à Alep RFI : Le chef d'al-Qaïda perd son représentant en Syrie, tué à Alep. L'État islamique et le Front al-Nosra entrent alors en conflit.