vignette|300px|Le Temple de Baalshamin à Palmyre, le . Il est détruit par explosion le par l'EI.

À partir de 2014, l'État islamique (EI) procède à la destruction organisée et au vol d'objets appartenant au patrimoine culturel des territoires qu'il contrôle en Irak, en Syrie et en Libye. L'organisation terroriste a notamment ciblé des sites religieux (sanctuaires, églises, mosquées) ainsi que des sites archéologiques et antiques. La plupart des destructions sont réalisées à l'aide d'engins explosifs, à la masse ou au bulldozer.

En Irak, entre la prise de Mossoul en et , l'État islamique a détruit au moins vingt-huit monuments historiques. Les œuvres et objets d'art dérobés ont parfois été conservés pour être revendus au profit de l'EI. Les sites archéologiques de Palmyre, Ninive et Hatra, ainsi que les villes de Mossoul et de Racca, sont les principales cibles des destructions.

L'État islamique dispose d'une unité spéciale (la ) chargée de la destruction du patrimoine culturel. La directrice générale de l'Unesco, Irina Bokova, a qualifié ces activités de et appelle à la mobilisation des acteurs internationaux pour la préservation du patrimoine des zones contrôlées par l'EI. Bien que la Libye, la Syrie et l'Irak soient tous trois signataires de la Convention de la Haye (respectivement depuis 1957, 1958 et 1967), celle-ci n'a pas été respectée.

Motivations Daech justifie la destruction de ces sites du patrimoine culturel par son appartenance au salafisme, qui accorde , et . S'il a souvent été supposé que ses actions de destruction sont des actes de vandalisme aveugles, il existe un fondement idéologique à la destruction des sites. L'EI considère que ses actions dans des sites comme Palmyre et Nimroud sont conformes à la tradition islamique sunnite.

Outre des aspects idéologiques de la destruction, il y a des raisons plus pratiques qui justifient la destruction des sites historiques par l'EI. Il est facile d'attirer l'attention du monde entier en détruisant de tels sites, du fait de l'importante couverture médiatique et la condamnation internationale qui s'ensuit. Cela a entre autres pour conséquence de faire augmenter le prix des antiquités vendues illégalement..

Malgré les images de destruction totale des sites, l'EI a également utilisé les antiquités pillées pour financer ses activités. Malgré l'interdiction par l'ONU du commerce d'artefacts pillés en Syrie depuis 2011, le groupe fait sortir clandestinement ces artefacts du Moyen-Orient et les introduit sur les marchés clandestins d'antiquités en Europe et en Amérique du Nord via des ports francs. Le profit retiré de ce trafic a été estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars par an pendant le conflit.

Sites anéantis ou menacés

Mosquées et sanctuaires islamiques

2014 thumb|La mosquée Nabi Yunus de Ninive, abritant le tombeau du prophète Jonas, ici en 1999. Elle est détruite par une série d'explosions le 24 juillet 2014. En 2014, des médias locaux rapportent la destruction de nombreux sanctuaires et mosquées chiites à travers l'Irak. Parmi eux, la mosquée Al-Kouba Husseiniya de Mossoul, la mosquée Jawad Husseiniya et le sanctuaire Saad ben Aqeel Husseiniya à Tall Afar, ainsi que le sanctuaire sunnite d'Ahmed al-Rifai dans le district de Mahlabiya. La Tombe de la Fille (Qabr al-Bint), un sanctuaire de Mossoul dédié à une jeune fille qui - selon la légende - mourut d'un chagrin d'amour, a également été détruit. L'emplacement du sanctuaire abriterait en outre la sépulture de l'historien arabe du Ibn al-Athîr.

En , l'État islamique détruit au bulldozer le sanctuaire de Fathi al-Ka'en. À Mossoul, l'organisation cible également des tombes constituant le cœur d'un sanctuaire. Elle détruit ainsi l'une des tombes du prophète Daniel en y plaçant des mines. Le , deux mosquées de Mossoul, dont l'une abrite le tombeau du prophète Jonas, sont dynamitées. Le , le sanctuaire de l'imam Aoun al-Din, datant du et rare monument ayant survécu aux invasions mongoles, est rasé à Mossoul. Les terroristes ont d'abord dynamité le bâtiment, puis ont achevé la destruction à l'aide de bulldozers. Le , l'EI détruit le tombeau du prophète Jirjis (Georges). Le , la mosquée Al-Arba'in de Tikrit, qui contient des tombes datant du califat d'Omar (), est également dynamitée.

2015 Le , l'État islamique détruit la mosquée Khoudr () dans le centre-ville de Mossoul. À la même période, il ordonne le retrait de tous les objets d'art décoratif et les fresques des mosquées de Mossoul, même ceux comprenant des versets du Coran : ils sont considérés par l'organisation comme . Au moins un imam de Mossoul s'opposant à cet ordre fut exécuté.

En , l'EI y aurait également rasé au bulldozer la mosquée Hamou al-Kadou, construite en 1880. Le même mois, des terroristes détruisent des sanctuaires soufi à coups de masse et de bulldozers près de Tripoli (Libye). En juin, ils font exploser les tombes ancestrales de Mohamed ben Ali et Nizar Abou Bahaaedine, situées à proximité des ruines de Palmyre.

2017 Le , lors de la bataille de Mossoul, la Grande mosquée al-Nouri est détruite par les djihadistes, ainsi que le minaret al-Habda.

Églises et sanctuaires chrétiens Le , un journal irakien révèle que des membres de l'EI ont eu pour instructions de détruire toutes les églises chrétiennes de Mossoul. Le , des terroristes font exploser l'église de la Vierge Marie de Mossoul avec des engins explosifs improvisés. Le , le Mémorial du génocide arménien de Deir ez-Zor est dynamité. Trois jours plus tard, des terroristes détruisent à la bombe artisanale l'Église Verte (), rattachée à l'Église apostolique assyrienne de l'Orient, dans la ville de Tikrit.

En 2015, l'organisation poursuit sa destruction du patrimoine religieux chrétien en Syrie et en Irak. Début février, l'EI rase l'église Al-Tahera de Mossoul, l'une des plus anciennes églises de la ville (). Le , il s'empare d'une église assyrienne dans la ville de Tel Nasri et la fait exploser le , dimanche de Pâques, alors que les Unités de protection du peuple kurdes et des combattants assyriens tentent d'entrer dans la ville. Le , il détruit l'église catholique chaldéenne de Saint Markourkas.

Début 2015, le monastère des saints Behnam et Sarah, datant du , est dynamité par les terroristes de Daech.

En , quatre enfants auraient perdu la vie lors de l'explosion d'une église de Mossoul. Le , une vidéo montre le monastère de Mar Elian, situé près d'Al-Qaryatayn dans le gouvernorat de Homs, détruit à coup de bulldozer par des membres du groupe.

Le , la destruction du monastère de Saint-Élie de Mossoul, le monastère le plus ancien d'Irak, est confirmée par images satellitesHuffington post, Daech rase le monastère de Saint-Elie à Mossoul, le plus ancien d'Irak, 20 janvier 2016. Le monastère, également connu sous le nom de Dair Mar Elia, aurait été rasé au bulldozer entre fin août et fin .

Sites archéologiques et antiques En , 20 % des archéologiques que compte l'Irak auraient été entre les mains de l'État islamique.

Racca Deux grandes statues de lions assyriens, extraites du site d'Arslan Tash et datant du , sont détruites au bulldozer dans le centre-ville de Racca, ville syrienne devenue la capitale de l’État islamiste. Les photos de la destruction ont été publiées dans le magazine de l'organisation, Dabiq. Parmi les statues aujourd'hui disparues, on dénombre notamment celle de Mulla Othmane al-Mawsili, d'une femme portant une urne ainsi qu'une représentant le poète Abū Tammām.

Ninive (Mossoul) thumb|Une statue de Lammasu près d'une porte du palais royal d'Assurnazirpal II, dans la cité assyrienne de Kalkhu. Le site a fait l'objet d'importantes destructions en mars 2015. Sur le site de Ninive, dans l'actuelle banlieue de Mossoul, plusieurs médias arabes confirment en la destruction des murs d'enceinte antiques par le groupe fondamentaliste. Deux mille livres issus de la collection de la Bibliothèque de Mossoul sont brûlés devant les caméras.

Le , l'État islamique publie une vidéo montrant la destruction de nombreux objets d'art ancestraux au Musée de Mossoul, dont la plupart datent de l'époque assyrienne et proviennent de Hatra. Elle montre notamment la défiguration d'une grande statue de Lammasu en granit au marteau-piqueur. Cette statue était restée enterrée jusqu'en 1941, année où d'importantes pluies ont drainé la terre qui la recouvrait et l'ont mise au jour. Des sources ont affirmé que plusieurs objets détruits au musée de Mossoul n'étaient que des copies, mais le ministre de la Culture irakien, Adel Sharshab, a rapidement démenti cette allégation : .

En , une vidéo de propagande montre la destruction systématique du site de Nimrud (Kalkhu), une cité assyrienne du Les grands reliefs monumentaux en gypse du palais royal d'Assurnazirpal II, déployant des processions de divinités ailées, sont martelés, découpés à la meuleuse et parfois sortis au bulldozer pour être brisés au marteau-piqueur. Devant la dureté des bas-reliefs, le site est totalement dynamité à l'aide de barils d'explosifs posés à même les sculptures. Le , le ministre irakien du Tourisme affirme que les ruines de la forteresse Bash Tapia ont été détruites.

Le , une vidéo de propagande tournée notamment dans le musée de Mossoul montre la destruction de répliques en plâtre, mais aussi d'œuvres authentiques des collections de la statuaire monumentale. Si de nombreuses statues sont des copies, dont les originaux sont au musée archéologique de Bagdad, des génies ailés ou Lammasu provenant de l'ancienne capitale assyrienne Ninive sont défigurés au marteau-piqueur.

En 2016, l'église Notre-Dame de l'Heure est endommagée mais n'est pas détruite à l'aide d'explosifs contrairement à ce qui a été affirmé dans la presse.

Hatra et Dur-Sharrukin Le , des sources kurdes révèlent que l'État islamique a entrepris de raser le site de Hatra, une cité antique vieille de et inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. Située à au sud de Mossoul, dans le nord de l'Irak, la ville était menacée par l'avancée progressive des terroristes dans la région. Le jour suivant, ils pillent la forteresse mésopotamienne de Dur-Sharrukin. En , une vidéo de sept minutes montre des destructions opérées sur des ruines de Hatra. Les masques ornant les édifices du grand sanctuaire solaire sont détruits à la masse et par le tir de fusils-mitrailleurs.

Palmyre vignette|upright|Intérieur de la Tour d'Elahbel.|gauche vignette|Le Lion de Palmyre, statue du temple syrien d'Al-Lât ( endommagée par une explosion en juin 2015. Le , les troupes fondamentalistes entrent dans la ville de Palmyre, surnommée la . Plus de d'art ont été évacuées à Damas mais les répliques en plâtre restantes sont détruites. Dans les jours qui suivent l'arrivée des islamistes, les grands reliefs non transportables de la cour du musée dont la statue du Lion de Palmyre sont également détruits ou fortement détériorés le ..

La première reprise de la ville par les militaires syriens confirmera que des dizaines de statues principalement funéraires n'ont pas été évacuées et qu'elles gisent vandalisées dans les ruines du musée archéologique.

Le , l'ancien directeur des antiquités de Palmyre, Kaled al-Assaad, âgé de 82 ans, est exécuté par des djihadistes du groupe extrémiste à Palmyre.. , a déploré Maamoun Abdelkarim, l'actuel directeur des antiquités du site.

En dépit d'un communiqué des occupants annonçant la préservation des édifices, le temple de Baalshamin, divinité antique, est détruit à l'explosif ; les images sont transmises le ..

Le , une partie du temple de Bêl est détruite à l'explosif.. Le , la destruction des tombeaux d'Elahbel, Khitôt et Jamblique, érigés au début du . est confirmée. Le , l'arc de triomphe datant de Septime Sévère, qui ouvre le decumanus à colonnade, est détruit à l'explosif en raison de son ornementationLemonde.fr, Syrie : l’EI a détruit l’arc de triomphe de Palmyre, 05 octobre 2015.

vignette|redresse|Les quatre tétrapyles (Tétrakionion) de Palmyre en 2010