Les Mabi - ou Mabea - sont un peuple d’Afrique centrale que l’on retrouve au Cameroun dans la région du Sud, le département de l’Océan, ainsi que dans les villes de Kribi et Campo.

Les Mabi font partie du grand groupe Kwasio constitué des Mvumbo (Ngumba), des Bisio (Guinée équatoriale) et des Shiwa ou Makina (Gabon).

Ethnonymie

Le nom « Mabi » vient du fait que pendant leurs pérégrinations au cours des siècles, un événement va marquer la vie de ce peuple. Les hommes et femmes valides pour se nourrir allaient dans des cours d’eau pour pratiquer la pêche à l’écope (lúa). À une personne âgée qui avait demandé pourquoi une telle précipitation, quelqu’un répondit : « ô wa yèyi Mabi Mabi » (ici, on attrape tous azimuts). Mabi qui signifie dans la langue d’antan « pêche miraculeuse » (Bi= arrêter, attraper, faire une prise). Le peuple tout entier accepta la proposition de s’appeler désormais « Mabi ».

Histoire

Les Mabi (Mabéa) forment un groupe ethnique bantou que l’on retrouve aujourd’hui sur la côte camerounaise dans la zone qui va du fleuve Lokoundjé au nord, jusqu’au fleuve Ntem au sud. Ils sont comme la plupart des Bantous descendus du haut Nil, partis d’Égypte, à cause de la désertification, des guerres et du déclin de l’Égypte, ce qui leur permettra de faire de longues pérégrinations à travers la savane puis la forêt avant d’atteindre la côte de l’océan atlantique. Cet itinéraire migratoire qu’ils ont suivi a été accompagné de guerres, de combats et de razzias pour l’occupation de l’espace. Ce qui provoqua des déplacements massifs des populations à la recherche d’un espace vital et paisible, cela a conduit ce peuple vers l’océan atlantique. Les migrants ont continué leur route vers le sud, chassant des éléphants à travers la forêt, en espérant atteindre le « lieu où la terre s’achève », considéré comme mythique. Arrivés dans l’actuelle région d’Ebolowa et à la suite d'une divergence, ils se divisent en deux colonnes qui prennent deux directions différentes : l’une plein sud et l’autre vers le sud-ouest. Les Mabi sont une communauté de personnes que l'on retrouve dans le département de l’océan. Ils habitent pour les uns dans la forêt et pour d’autres en bordure de mer. Ils vivent de l’agriculture, la pêche, la chasse et du petit commerce. Ils cohabitent avec les Bagyiéli, les Batanga, les Iyassa, les Fangs ainsi qu’avec des peuples qui ont migré dans le centre-ville de Kribi.

Langue

La langue Mabi (Mabéa) appartient au groupe des langues Bantou. Elle est parlée par environ que l’on retrouve dans les arrondissements de Kribi , Kribi , Lokoundje, Nyété et Campo.

Le Mabi est une langue à ton, qui s’est fortement modifié et enrichie au fil des siècles et des migrations au point qu’à nos jours, « le parler Mabi » est une sorte de syncrétisme linguistique, constitué d’un peu de toutes les langues bantoues voisines. Certains mots dérivent du Bulu comme Nkatefô (nlèpuô) qui signifie catéchiste ; mais aussi de l’Anglais avec le mot hammer(hama) signifiant marteau en français, et towel(tawul) qui équivaut à serviette ; du Batanga : Mfondo(mpondo)=chemise, fatili(pachili)=boutique… le vocabulaire maritime a donné naissance aux mots tels : mang=mer, nsah mang=côte. Cette langue transmet les valeurs, les rites, les us, les coutumes, l’éducation et les pratiques sociales. Elle est porteuse de tout ce qui constitue la culture. La Langue Mabi permet aussi bien de rassembler le peuple que de le séparer, car ne pas pouvoir parler avec autrui est généralement une difficulté suffisante pour empêcher tout rapprochement. Les Mabi font partie de la grande famille linguistique Kwasio, composée des Ngoumba au Cameroun, Bisio en Guinée équatoriale et des shiwa au Gabon dont ils gardent la structure grammaticale et même quelques bases lexicales. Le Mabi est une langue à ton : le ton haut, le ton bas, le ton moyen. Exemple : kànda=aller, kánda=ceinture, kanda=récipient ; la tonologie peut être fonction de la consonance, exemple : mbvuôh=pluie et mbvuoh=toiture. La variance ou n’existe pas en Mabi, on utilise plutôt u, ou une double consonne, exemple : mua=enfant ou mwa=enfant.

Une fois arrivée dans la ville de Kribi et ses environs, certaines reformes linguistiques ont été initiées et cela est dû à la présence des peuples Batanga et pygmées Bagyiéli. Nous remarquons que les Mabi se trouvant sur l’axe routier qui mène à Lolodorf ont gardé l’accent, l’intonation qu’ils ont ramenée de chez les Ngoumba. Pour préserver la langue Mabi aujourd’hui, il faut d’abord l’étudier de fond en comble, puis l’enseigner afin de pouvoir résister aux invasions linguistiques des peuples voisins ou venus d’ailleurs.

Société et religion

Les Mabi ont cette double spécificité d’être à la fois peuple de l’eau et peuple de la forêt.

Organisation familiale L’organisation sociale des Mabi est, comme la plupart des bantous, basée sur le lignage, le clan et la famille, bien que composée de la famille nucléaire ou étendue. La descendance se conçoit par le système matrilinéaire ou patrilinéaire. Les caractéristiques de cette organisation sont : le clan, la famille, le système de parenté et le mariage.

L’étude de la parenté chez les Mabi vise essentiellement les phénomènes sociaux qui marquent les relations de consanguinité aussi bien que l’affinité. L’étude ethnographique montre que les Mabi descendent d’un ancêtre commun. Comme la plupart des sociétés camerounaises, on distingue trois types de parentés chez les Mabi : par consanguinité, par alliance et par adoption. La femme est responsable de l'éducation des enfants et la maîtresse de la maison. L'homme est le représentant de la famille. Les membres de la famille sont réunis autour du groupe patrilocal qui est Ndtoh Buri. La famille est à la fois l’unité structurelle, la plus petite et la plus large du clan.

La famille est la cellule la plus étroite du groupe qui est constituée par une résidence commune, une coopération économique et comprenant les adultes de deux sexes dont deux au moins entretiennent des relations matrimoniales, un ou plusieurs enfants, propres ou adoptés issus de ces adultes. Chez les Mabi, elle s’organise autour du père, la mère, les enfants, les oncles, les tantes et les grands-parents. La famille est généralement polygyne, les plus courantes étant celles qui sont monogamiques et, elle est considérée comme l’élément important de la socialisation. C’est à travers elle que l’enfant est imprégné du détail de sa culture, parce qu’elle moule sa personnalité de base. La famille joue un rôle important au sein du groupe, elle modélise les habitudes et les comportements du groupe. Elle fait partie des instances d’intégrations, c’est-à-dire de l’ensemble des lieux autour desquels se nouent les liens sociaux, elle transmet dès la naissance les normes et les valeurs. De plus elle est le lieu commun et, joue par conséquent un rôle fondamental dans l’intégration et la socialisation primaire de l’individu. La famille est aussi un réseau d’entraide et de solidarité entrainant la cohésion sociale. Il existe entre les membres un ensemble de droits et d’obligations réciproques.

La famille Mabi est constituée comme suit :

Membre de la famille (Mabi) Membre de la famille (français) Mbpambo Grands-parents Ndtah Petit-fils Song Père Njibung Arrière-petit-fils Nyong Mère Dualè Nkuong Arrière-arrière-petit-fils Ntdumi/Miung Frère Ndtumi mah Nyong Oncle maternel (Frère germain de la mère ou cousin) Kali Sœur Kali mah Song Tante paternelle Kuerh Oncle maternel (avec parenté à plaisanterie) Mbpambpambo Aïeul /aïeule Mua Enfant

Avec l’arrivée des colons, les Mabi qui étaient animistes sont devenus chrétiens appliquant ainsi le culte catholique ou protestant. C’est par l’arrêté du que le gouvernement allemand reconnut officiellement le culte catholique dans la ville de Kribi. La présence des premiers missionnaires protestants remonte en 1879, lorsque les premiers missionnaires américains avaient fondé le premier poste à Ikehike. Il existe plusieurs cultes religieux chez les Mabi. Le christianisme étant le plus ancien et le plus étendu. La religion se fonde sur une conception dualiste où le bien et le mal s’opposent et s’excluent mutuellement. Chez les Mabi, on retrouve les Églises anciennes (Catholique, Église Presbytérienne Camerounaise, Église Presbytérienne Africaine, Église Presbytérienne Orthodoxe, Église Adventiste du , Église Baptiste Évangélique…) et les Églises pentecôtistes (Vraie Église de Dieu du Cameroun, Église Apostolique du Cameroun, Mission du Plein Évangélique du Cameroun, Église Évangélique du Cameroun…)

Dot Elle peut se voir comme un achat/vente, mais cette coutume n’a rien à voir sur le principe avec une transaction commerciale, elle est purement symbolique. Ce qui rend la dot importante chez les Mabi est le fait qu’elle soit basée sur un procédé qui unit deux familles, le respect mutuel et la dignité sont présents tout le long du procédé et l’amour entre l’homme et la femme est élargi. Cependant, la tradition évolue et le mariage est exposé aux abus et aux distorsions dans un monde dit globalisant. Chez les Mabi, les éléments suivants sont constitutifs de la dot : du riz, du poisson (morue salée séchée), du rhum, la machette, les cuvettes, cigarettes, tissus pagne (wax hollandais), lime, whisky, tabac, verre, dame-jeanne de vin rouge, sac d’oignons, huile, et une modique somme d’argent que l’on remet au père de la mariée. Lorsque les parents de la fille qui doit se marier sont divorcés, les éléments constitutifs de la dot sont en double, c’est-à-dire que toute chose qui est donnée au parent paternel doit aussi être donnée au parent maternel de la fiancée. La quantité de biens versés est fonction des moyens financiers que possèdent les parents du marié.

Le divorce est une rupture légale d’une union. Les phénomènes de divorce sont très rares chez les Mabi, car le mariage réunit deux familles. La décision de mariage n’est pas prise au hasard. Aujourd’hui les raisons du divorce sont nombreuses : l’infidélité, la stérilité, l’alcoolisme, le conflit tribal, l’inceste, la pression extérieure, la sorcellerie et le décès d’un conjoint. Lorsqu’un couple divorce, si la dot n’est pas remboursée, les enfants issus du nouveau mariage de la femme appartiennent au précédent mari.

Rites Durant leurs pérégrinations, les Mabi ont développé des rites qui leur ont permis d’être liés à leur culture. Plusieurs sont encore célébrés, pendant que d’autres ont disparu du fait de la modernité et de la naissance des nouveaux mouvements religieux.

Rite funéraire Il est constitué d’un ensemble d’activités qui ont lieu après le décès d’une personne. C’est le moment de séparation entre les vivants et les morts. Il débute par la neuvaine (révua) et se termine par les funérailles (massala ma kuli).

Rite de protection Ce rite sert à se protéger contre les esprits maléfiques dans la famille, lors d’un déplacement, quand on doit se présenter ou prendre la parole devant des hommes dont on ne connait nullement les capacités de nuisance. Ce rite peut être interne au travers des scarifications (ma mpong) ou externe à l’aide des éléments tels que des bagues (londo), talisman (shiang), huile (mavurè), écorces (pàh) Le rite de protection en langue Mabi est Bandè nyuli.

Rite de purification Ce rite est pratiqué par des personnes qui croupissent sous le joug de la malédiction générationnelle à travers les accidents de voiture, le suicide, le meurtre Il permet aussi d’épurer le sang versé par un individu lors d’une interaction qui a conduit à un décès. Laver le corps (fia nyuli) est l’un de ces types de rites.

Rite de veuvage Il consiste à préparer le veuf ou la veuve à une solitude pendant une longue durée tout en faisant son deuil. La veuve (pfussè mura) ou le veuf (pfussè munung) doit porter le deuil pendant une durée déterminée. Le non-respect du rite de veuvage (vula ma guio) entraine des sanctions pouvant conduire à la mort.

La chefferie