L’invasion de la Géorgie du Sud (en ), également connue sous le nom de bataille de Grytviken, a lieu le , lorsque les forces navales argentines prennent le contrôle de la côte orientale de la Géorgie du Sud après avoir écrasé un petit groupe de Royal Marines basé à Grytviken. Cette opération militaire se déroula dans le cadre de la guerre des Malouines, le lendemain de l'invasion des îles Malouines.
L’intervention argentine avait débuté le , lorsqu’un groupe de ferrailleurs civils arrive illégalement à Leith Harbour à bord du navire de transport et érige le drapeau de l'Argentine. Ces ferrailleurs avaient été infiltrés par des marines argentins, sous couvert d’être des scientifiques in Nick van der Bijl, Nine Battles to Stanley, Londres, Leo Cooper tel que cité dans in Rowland White, Vulcan 607, Londres, Bantam Press, ..
Contexte L'unique présence britannique à Leith le consiste en une petite équipe du British Antarctic Survey (BAS), dont le chef, Trefor Edwards, transmet un message de Londres au commandant du Buen Suceso, capitaine Briatore, demandant le retrait du drapeau argentin et le départ du groupe. Au même moment, l'équipage argentin devait se présenter devant le responsable du BAS à Grytviken, Steve Martin. Briatore répond que la mission avait reçu l'accord de l'ambassade britannique à Buenos Aires.
Le capitaine argentin finit par ordonner d'abaisser le drapeau, sans en informer Grytviken. Le responsable du BAS envoie un message au gouverneur des îles Malouines Rex Hunt (la Géorgie du Sud étant sous son autorité). Après avoir consulté le gouvernement à Londres, Hunt reçoit pour instruction d'envoyer le en Géorgie du Sud avec un détachement de 22 Royal MarinesBritain Small Wars.
vignette|250px|Le , le premier navire de la Marine argentine à arriver à Grytviken en décembre 1981. La raison justifiant le débarquement de ferrailleurs à Leith réside dans un contrat signé en 1978 entre l'homme d'affaires argentin Constantino Davidoff et la compagnie britannique , pour le démantèlement d'une usine baleinière abandonnée et de bâtiments sur l'île. Mise au courant de ce contrat, la Marine argentine imagine un plan pour détourner ce contrat, afin d'établir une base dans ce territoire disputé en utilisant cette couverture. L'opération reçoit le nom de code d'« Opération Alpha ».
Deux autres expéditions argentines avaient auparavant eu lieu en Géorgie du Sud : en , à bord du brise-glace argentin , lorsque Davidoff avait réalisé un inventaire des bâtiments à détruire et en , lorsqu'un concurrent commercial prétendu de Davidoff, l'employé de banque Adrian Marchessi, réalise une visite discrète de Leith. Marchessi examinera les bâtiments de Leith qu'il rallie à bord du yacht Caiman, immatriculé au Panama, qui était parti de Mar del PlataInsight Team Sunday Times, . Il se rendra par la suite à Grytviken, affirmant qu'il faisait partie du plan de Davidoff et donnera aux autorités britanniques des détails sur l'inspection du mois de décembre et y compris sur des expéditions argentines ayant eu lieu dans les années 1970.
Le refus manifeste des Argentins de se conformer aux formalités diplomatiques conduit Whitehall à opter pour une intervention de petite ampleur. Dans le même temps, une protestation formelle est émise par l'ambassade britannique de Buenos Aires. La réponse du Ministre des Affaires Étrangères argentin semble désamorcer la crise ; la note affirmait que le Buen Suceso quitterait les lieux sous peu et que la mission n'avait reçu aucun caractère officiel.
Dans la matinée du , le Buen Suceso quitte Leith Harbour. Cependant, dans l'après-midi, un poste d'observation du BAS détecte la présence de personnel argentin et transmet l'information à Londres. En conséquence, le Foreign Office décide d'ordonner au HMS Endurance d'évacuer tout personnel argentin présent en Géorgie du Sud.
vignette|300px|Le à la base navale de Mar del Plata, pendant son voyage aux îles Malouines en février 1982 Les réactions britanniques entraînent une série de contremesures argentines : les corvettes et ARA Granville sont déployées entre les Malouines et la Géorgie du Sud, ce qui leur aurait permis d'intercepter le et de récupérer tout personnel argentin se trouvant à bord. Par ailleurs, en arrivant à Leith, le HMS Endurance trouve le navire de surveillance antarctique ARA Bahía Paraíso à l'ancre. Ce vaisseau avait débarqué une équipe de 10 commandos de marine argentins en provenance des îles Orcades du Sud.
Faisant face à une action militaire potentielle, le Foreign Office se met à la recherche d'une sorte de compromis. Lord Carrington propose à son homologue argentin, , d'autoriser la présence des travailleurs argentins à Leith, pourvu qu'ils soient munis des documents requis, qui pourraient prendre la forme de permissions temporaires tamponnées en lieu et place de passeports, une concession importante à la position argentine. Cependant, l'intention des Argentins était que l'arrivée de l'un de ses citoyens en Géorgie du Sud devrait suivre les procédures convenues lors du traité de 1971. Le gouverneur Rex Hunt rejette fermement cette extension de l'accord, valable uniquement dans la juridiction des Malouines, et fait part de ses craintes au gouvernement britannique. Les deux pays sont alors à la veille du conflit.
La bataille 2 avril Peu de temps avant les débarquements argentins dans les îles Malouines, l'ARA Bahía Paraíso et le jouent au chat et à la souris au large de la Géorgie du Sud, jusqu'au , lorsque les deux navires se perdent de vue. Le plan britannique voulait que Martin soit responsable jusqu'à ce que les forces argentines ne montrent des intentions hostiles. Si cela devait avoir lieu, le lieutenant par intérim Keith Mills, l'officier le plus gradé de l'équipe de Royal Marines, prendrait le commandement. Le , le capitaine Alfredo Astiz, un vétéran de la Guerre sale, dont l'extradition avait été demandée par la France pour violation des Droits de l'homme, annonce au personnel argentin à Leith que l'Argentine avait pris possession des îles Malouines.
Dans le même temps, la Marine argentine ordonne à la corvette de la classe d'Estienne d'Orves de rejoindre le Bahía Paraíso, embarquant deux hélicoptères (un Puma de l'armée de terre et un Alouette III de l'Aviation navale argentine) et 40 fusiliers marins, ainsi que l'équipe d'Astiz à Leith. L'objectif est de capturer Grytviken. Le groupe est baptisé Grupo de Tareas 60.1 (Groupe d'intervention 60.1), et placé sous le commandement du capitaine Trombetta, à bord du Bahía Paraíso.
Après avoir appris la chute de Port Stanley, Mills prend des mesures urgentes : ses hommes fortifient la plage à King Edward Point, à proximité de l'entrée de la baie, avec des fils barbelés et des mines, et préparent des défenses autour des bâtiments du BAS. Le HMS Endurance, à quelques miles au large, assurerait les communications entre le petit détachement britannique et Londres. Les nouvelles règles d'engagement autorisaient Mills à « faire feu en légitime défense, après avoir avertiEn ». Une consigne ultérieure du gouvernement britannique demandera aux marines de « ne pas résister au-delà du point où des vies pourraient être perdues en vainEn . »
Côté argentin, les plans prévus pour le en Géorgie du Sud sont contrariés par de mauvaises conditions météorologiques. Ces plans consistent à débarquer les forces spéciales d'Astiz sur Hope Point, près de Grytviken, afin de sécuriser l'arrivée du gros des forces terrestres, transportées par hélicoptère. Le Guerrico fournira un soutien avec son artillerie navale depuis l'extérieur de la baie. Mais l'arrivée de la corvette est retardée par une tempête, un nouveau plan d'action est donc décidé pour le lendemain.
D'après ce nouveau plan, le premier débarquement serait conduit par l'hélicoptère Alouette de l'ARA Guerrico, suivi par trois vagues de fusiliers-marins à bord du Puma du Bahia Paraiso. Après avoir envoyé un message radio demandant aux Britanniques de se rendre, Trombetta ordonnerait au Guerrico de pénétrer dans le port de Grytviken, juste en face de King Edward Point. Les règles d'engagement argentines autorisaient la corvette à tirer ses munitions uniquement sur la demande des forces débarquées à terre. Les hommes d'Astiz resteraient en réserve à bord du Bahia Paraiso. Toutes les forces impliquées devaient éviter les pertes ennemies aussi longtemps que possible. L'historien britannique Lawrence Freedman pense que Trombetta avait pris ces dispositions pensant qu'il n'avait affaire qu'à une équipe du BAS« Apparently under the missapprenhension at this point that, in the absence of Endurance, he was dealing only with the civilian BAS party, Trombetta ordered the corvette Guerrico to close to shore, sent his Alouette hélicoptère to recconoitre, and loaded the first group of Marines into his other hélicoptère, a Puma. » .
3 avril À , la météo s'améliorant, le ARA Bahia Paraiso demande la reddition de Grytviken. Le message indiquait que Rex Hunt avait signé la reddition non seulement des Malouines, mais également de ses dépendances, ce qui était faux. Le lieutenant Mills copie et transmet le message au , avec l'intention de gagner du temps. Au même moment, il invite le personnel du BAS à trouver refuge à l'intérieur de l'église locale. À ce moment-là, l'Alouette survolait déjà Grytviken et le Guerrico faisait son entrée dans la baie.
D'après Mayorga, le capitaine Carlos Alfonso, commandant du Guerrico, hésita sur le fait de savoir s'il devait exposer la corvette dans une zone avec si peu de dégagement. Citant un rapport officiel, Mayorga soutient également les suppositions de Freedman relatives aux erreurs d'appréciation de Trombetta quant à la présence militaire britannique autour du port. Trombetta avait également quelques réserves au sujet de la préparation au combat de la corvette, cette dernière ayant été placée en cale sèche, quelques jours à peine avant de quitter la base navale de Puerto Belgrano, son port d'attache.
Un hélicoptère abattu vignette|Restes de l'hélicoptère argentin Puma, abattu pendant l'invasion ; photo de 1999. Le Puma dépose un premier groupe de 15 fusiliers marins argentinsArgentine marines on Bahia Paraiso helipad à King Edward Point à , à l'opposé de Shackleton House, où les Royal Marines étaient retranchés. À ce moment là, à bord du Guerrico, les Argentins savent que la zone de déploiement des Royal Marines se trouvait sur la rive nord de l'embouchure de la crique. La deuxième vague de marines argentins décolle du pont du Bahia Paraiso à bord du Puma à . Le commandant du groupe argentin déjà à terre, le lieutenant Luna, demande par l'intermédiaire du Guerrico — il n'avait pas de moyen de communication direct avec le Bahia Paraiso — que la deuxième vague d'hommes soit équipée de , mais l'hélicoptère était déjà en vol lorsque son message parvient. L'atterrissage devait avoir lieu à l'est de la position de Luna, bien en vue du détachement britannique.
L'hélicoptère est repéré par Mills et ses hommes et doit faire face à un feu intense à l'arme automatique. Le pilote parvient à traverser la baie et à faire atterrir en catastrophe son appareil sur la rive sud de la baie. Deux hommes sont tués et quatre blessés lors de l'atterrissage. Dans le même temps, les troupes de Luna commencent leur marche en direction de Shackleton House, mais les tirs nourris des Royal Marines les forcent à s'immobiliser. Luna demande alors au Guerrico un soutien au moyen de son artillerie.
ARA Guerrico vignette|La corvette Guerrico en 2013.