Le traité de Couillet détaille la lourde contribution de guerre imposée par l'Armée impériale allemande à la ville belge de Charleroi et aux communes environnantes, en représailles de l'action qu'auraient menée des francs-tireurs contre ses soldats investissant Charleroi.
Le , lors de la bataille de Charleroi au début de la Première Guerre mondiale, le général allemand Max von Bahrfeldt, commandant de la de réserve s'assigne comme objectif de prendre les ponts sur la Sambre situés à Charleroi et Couillet et tenus par des soldats des 3 et d'armée français. Dans leur progression à travers la ville, les soldats allemands essuient de rares coups de feu de la part des soldats français. Convaincus de la présence de francs-tireurs, les Allemands prennent des civils en otage et incendient des habitations.
Le , craignant une destruction complète de la ville, des notables carolorégiens, dont le bourgmestre Émile Devreux, vont à la rencontre du général pour parlementer. Celui-ci accuse les civils d'avoir fait feu sur ses soldats. Sous la menace des canons, il contraint les membres de la délégation à signer le « traité de Couillet » qui stipule le paiement d'une lourde indemnité de guerre en argent et en nature à régler le jour même à .
Le bilan des exactions commises par les Allemands est de tués et incendiées à Charleroi même. Il y a environ tués et détruits dans l'ensemble du pays de Charleroi.
Le Pays de Charleroi au début du Après la dépression du dernier quart du , la vingtaine d'années qui précèdent la Première Guerre mondiale voient la production belge s'élever à un rythme de croissance supérieur à 3 % l'an..
En raison du fait que le charbon est à l'époque la principale source d'énergie et que le sous-sol de la région renferme les différentes qualités de ce combustible, Charleroi voit éclore un grand nombre d'industries liées à la production de la houille. Cette croissance est également liée à la compétence technologique d'entrepreneurs locaux ou venus d'ailleurs, aux concours de groupes financiers et à l'exploitation des masses laborieuses qui présentaient en 1914 en Belgique un des taux de syndicalisation les plus faibles d'Europe..
L'année de l'exposition de Charleroi de 1911 correspond à l'âge d'or du pays de Charleroi. C'est, pour la ville, l'année du sommet démographique avec , record jamais plus atteint jusqu'à la fusion des communes en 1977. Le budget, en équilibre, est d'un peu moins de .L'équivalent d'environ d'euros de 2013. Montant calculé d'après ..
Première Guerre mondiale et invasion de la Belgique Les tensions provoquées par le contexte international du printemps 1914, l'assassinat de l'archiduc-héritier François-Ferdinand d'Autriche le et ses conséquences font que, le , le roi Albert décide de la mobilisation générale. Le , l'Allemagne réclame le libre passage de ses troupes sur le territoire belge et adresse un ultimatum au gouvernement. vignette|gauche|alt=Monument en pierre blanche avec une frise couleur cuivre présentant des soldats en marche cadrés à mi-corps.|Monument dédié aux et de chasseurs à pied, dans le parc Astrid de Charleroi. Cet ultimatum sera rejeté le lendemain, . Ce même jour, le de chasseurs à pied quitte Charleroi pour Liège sous les ovations de la foule. La brasserie « Aux caves de Munich », située rue du Comptoir, est saccagée par quelques excités. redresse|vignette|alt=Carte postale en noir et blanc. Photo d'une façade et terrasse d'un taverne.|La brasserie « Aux caves de Munich ». Le , les Allemands pénètrent en Belgique près d’Aix-la-Chapelle. Le roi lance un appel à la France et au Royaume-Uni. À Charleroi, la foule s'en prend au consulat d'Allemagne dont l'étendard et l'écusson sont décrochés. Il échappe cependant au sort subi par la brasserie la veille. Le lendemain, la garde civique est mobilisée.
Le , le dernier fort de Liège se rend. La presse commence à évoquer les atrocités allemandes avec massacres de civils et maisons incendiées. Dès lors les autorités multiplient les consignes de calme à la population afin de prévenir tout acte susceptible de provoquer des représailles. À Charleroi, sept ambulancesDurant la Première Guerre mondiale, une ambulance est un poste de secours avancé au plus près du front et capable d'accueillir des soldats blessés pour les premiers soins avant leur évacuation vers un hôpital militaire de campagne. avec médecins volontaires sont prêtes à entrer en actionIl s'agit de l'hôpital civil, l'orphelinat, l'école des estropiés, l'athénée, le collège des Jésuites, les écoles des garçons et des filles du Centre .. Les jours suivants, plusieurs milliers de personnes, surtout des familles d'industriels et de commerçants, quittent Charleroi en train pour rejoindre d'autres villes belges ou la France. Le 20, les 3 et d'armée de la française commandée par le général Lanrezac arrivent en ville où la population les accueille avec enthousiasme et attend le Corps expéditionnaire britannique que l'on sait ne plus être très loin.
Cependant, le lendemain matin, des éclaireurs uhlans de la allemande du Generaloberst von Bülow, à la faveur d'un épais brouillard, arrivent en ville. Ils sont d'abord pris pour des Britanniques, mais sont finalement reconnus par les soldats français qui tiennent la barricade établie sur la rue du Pont Neuf et qui ouvrent le feu. Sur les cinq Allemands, deux sont blessés et un troisième tué. Dans l'après-midi, on apprend, consterné, que les Allemands sont entrés à Bruxelles la veille. Cet après-midi encore, les gardes civiques reçoivent des autorités belges l'ordre de licenciement généralÀ l'approche du front, plusieurs bourgmestres avaient décidé de dissoudre les gardes civiques afin que l'ennemi ne voient pas en eux des francs-tireurs .. Désormais, la garde des ponts sur la Sambre et la défense de la ville incombent aux seuls Français.
Le , commence la bataille de Charleroi, centrée sur la prise des ponts sur la Sambre. Depuis ceux de Tamines, Auvelais et Arsimont, sur la Basse-Sambre, jusqu'à ceux de Lobbes et Thuin, sur la Haute-Sambre. Au cours des trois jours de combats, les civils seront les victimes indirectes mais seront également pris pour cible. De nombreux massacres de civils ont été perpétrés par l'Armée impériale allemande. Les Allemands croyaient en une collusion, y compris armée, entre l'Armée française et les civils belges.
La manière de faire face à d'éventuels francs-tireurs préoccupe intensément les officiers de l'Armée impériale allemande depuis la guerre franco-allemande de 1870. Ils étaient convaincus qu'ils auraient à en affronter lors d'un prochain conflit avec la France. Cette peur collective, liée à d'autres facteurs tels que l'alcool, l'inexpérience, l'épuisement physique et nerveux des combattants, et la désorientation due aux combats en zone urbaine font que, pour eux, la ville était perçue comme un « nid de francs-tireurs » et ils en voyaient surgir de partout.
À cela s'ajoute un fanatisme religieux. Les soldats allemands présents, protestants, considéraient que les prêtres catholiques incitaient leurs ouailles à la guerre populaire. La crainte d'une insurrection ouvrière est beaucoup plus faible. Cependant, en 1906 paraît en Allemagne un roman intitulé (1906 : la Chute du vieux monde). Il s'en serait vendu pas moins de . Il met en scène une guerre entre l'Allemagne et la Grande-Bretagne, durant laquelle .
Journée tragique du 22 août vignette|alt=""|upright=1.5|Carte topographique de Charleroi au début de la Première Guerre mondiale avec le cheminement des soldats allemands et les lieux principaux. Le , la allemande venant du nord cherche à prendre les ponts sur la Sambre pour s'établir sur la rive droite. Vers le matin, les troupes de la de réserve du général Max von Bahrfeldt, unité de la , viennent de Gosselies par la chaussée de Bruxelles. Leurs objectifs sont les ponts de Charleroi et Couillet. Précédées par des civils belges pris en otage, elles sont mitraillées par les soldats français retranchés au lieu-dit La Planche à Dampremy. Après cette altercation, les soldats allemands rebroussent chemin et remontent la chaussée vers le lieu-dit Bon-Air à Lodelinsart où, prétextant que des civils ont été aperçus à côté de la barricade, ils pillent et incendient des maisons. Depuis les hauteurs de Jumet, l'artillerie allemande bombarde le fond de la vallée et Charleroi.
À Bon-Air, le général von Bahrfeldt divise ses troupes en deux colonnes. L'une se dirige vers Montignies-sur-Sambre et Couillet pour prendre le pont de l'Écluse sur la Sambre. L'autreLe d'infanterie de réserve . doit prendre à revers les Français retranchés à La Planche, qui entretemps ont évacué les lieux. Elle se dirige vers Dampremy via le Warchat et le terril Deschassis pour finalement déboucher, toujours précédée de civils pris comme boucliers humains, au lieu-dit Viaducs par la rue de Heigne.
Depuis cet endroit, les Allemands se dirigent vers le pont de la Prison par la rue du Grand Central. Depuis le pont, les Français, dont la seule mission est d'arrêter les incursions de la cavalerie allemande, mitraillent, tuant et blessant soldats et otages. Les pionniers allemands trouent portes et fenêtres pour projeter des pastilles incendiaires à l'intérieur des maisons. Toute la rue du Grand Central et la place de la Digue flambent. Une vingtaine d'otages trouvent la mort ou sont blessés.
Plus tard dans la matinée, les Allemands, toujours précédés d'otages, avancent dans le boulevard Audent. Les soldats, sous prétexte de possibles francs-tireurs, incendient méthodiquement les maisons bourgeoises du boulevard Audent, mais également dans le boulevard Defontaine et la rue d'Orléans. Seuls le Palais de Justice, le temple protestant et quelques maisons environnant le collège des Jésuites qui sert d'hôpital d'ambulance, sont épargnés. Les Allemands arrivent à la rue du Pont Neuf au carrefour du café du Luxembourg d'où ils tirent vers la barricade installée par les Français à l'avant du pont.
Estimant problématique la prise de la Ville Basse et les ponts sur la Sambre avant la fin de journée, alors que les Français ont pourtant évacué les lieux, les officiers allemands obliquent vers l'est pour se diriger vers Montignies-sur-Sambre.
À neuf heures du soir, les maisons des boulevards, rues et places dans l'axe est-ouest brûlent toujours.
Les habitants de la ville s'interrogent sur les intentions des Allemands. Vont-ils continuer à incendier la ville, la bombarder ? Des réfugiés venant de Couillet prétendent que des canons sont braqués sur Charleroi. Léon Henvaux, secrétaire de la chambre de commerce, communique cette information au bourgmestre Émile Devreux.
La journée du 23 août +Texte du traitéUne photo du manuscrit original en allemand est publié dans .A comparu le Bourgmestre de la ville de Charleroi, M. Devreux, devant le Commandant de la de Réserve (Res. Div.) qui fait les réquisitions suivantes :
La ville de Charleroi, a à fournir pour ce soir, 23 août, de l’après-midi : d’avoine, de pain, de conserves et viandes fumées, de café, de sel, de sucre, de benzine, de glycérine.
Tous ces articles sont à fournir sur des voitures attelées et doivent être fournis pour de l’après-midi, devant la mairie de Montignies-sur-Sambre.
Il y a à fournir : Cinq automobiles ; toutes les armes et munitions qui se trouvent en possession des habitants, revolvers, poudres, etc., également sur la place de la Mairie de Montignies.
Enfin la ville a à fournir en cinq versements la somme de dix millions de francs, et le premier versement aujourd’hui 23 août à de l'après-midi, sera de deux millions en espèces ou en valeur sûres ou en lettres de change. Les paiements suivants de même import avec intervalle de six à vingt jours. La réception de la somme aura lieu dans la mairie de Charleroi jusqu’au paiement de toute la somme. Le Bourgmestre et deux respectables citoyens de la ville seront gardés comme otages.
Lu et signe : Von Bahrfeldt. E. Deveux.