Les viols durant l'occupation du Japon sont des viols de guerre ou viols commis durant l'occupation militaire du Japon par les Alliés de la Seconde Guerre mondiale. Les troupes alliées se rendent coupables de beaucoup de viols au cours de la bataille d'Okinawa durant les derniers mois de la Guerre du Pacifique et pendant l'occupation du Japon subséquente. Les puissances alliées contrôlent le Japon jusqu'en 1952 mais la préfecture d'Okinawa reste sous gouvernement américain pendant encore deux décennies.
Contexte En 1945, les troupes américaines pénètrent et occupent le territoire habité par des civils japonais. Le , les troupes américaines débarquent sur Iwo Jima et le sur Okinawa. En , le Japon capitule et les troupes alliées d'occupation débarquent sur les îles principales, commençant ainsi l'occupation formelle du Japon. L'occupation alliée prend fin dans la plus grande partie du Japon le mais se poursuit à Okinawa jusqu'au lorsque les termes du Traité de San Francisco de 1951 entrent en vigueur.
Pendant la guerre du Pacifique, le gouvernement japonais fait souvent usage de propagande affirmant que si le pays était défait, les Japonaises seraient violées et assassinées par les soldats alliés. Le gouvernement utilise cette affirmation pour justifier les ordres donnés aux soldats et aux civils dans les zones envahies par les forces alliées de combattre jusqu'à la mort ou de se suicider.
Bataille d'Okinawa
Selon Calvin Sims du New York Times : « On a beaucoup écrit et débattu sur les atrocités que les habitants d'Okinawa ont souffert aux mains tant des Américains que des Japonais au cours de l'une des batailles les plus meurtrières de la guerre. Plus de soldats et civils, dont un tiers de la population d'Okinawa, ont été tués ».
Viols présumés de l'armée américaine Il n'y a aucune preuve documentée que le viol de masse a été commis par les troupes alliées durant la Guerre du Pacifique. Il existe cependant de nombreux témoignages crédibles qui prétendent qu'un grand nombre de viols ont été commis par les forces américaines au cours de la bataille d'Okinawa en 1945.
L'historien okinawais Oshiro Masayasu (ancien directeur des archives historiques de la préfecture d'Okinawa) écrit :
Selon Toshiyuki Tanaka, 76 cas de viol ou de viol suivis d'assassinat ont été signalés pendant les cinq premières années de l'occupation américaine d'Okinawa. Il affirme cependant que cela n'est probablement pas le chiffre exact car la plupart des cas n'ont pas été signalés.
Peter Schrijvers note qu'il est remarquable qu'une apparence asiatique suffisait pour être en danger de viol par des soldats américains, comme il est par exemple arrivé à certaines femmes de réconfort coréennes que les Japonais avaient amenées de force sur l'île. Schrijvers écrit que « beaucoup de femmes » ont été sauvagement violées « sans la moindre pitié ».
Selon des entretiens conduits par le New York Times et publiés dans ses colonnes en 2000, plusieurs personnes âgées d'un village d'Okinawa ont avoué qu'après que les États-Unis ont remporté la bataille d'Okinawa, trois marines armés ont continué à venir au village chaque semaine pour forcer les villageois à rassembler toutes les femmes de la région qui étaient ensuite emmenées dans les collines et violées. L'article approfondit la question et affirme que le récit des villageois — vrai ou non — fait partie d'un « sombre secret longtemps gardé » dont le dénouement a « recentré l'attention sur ce que les historiens disent être l'un des crimes les plus largement ignorés de la guerre » : « le viol généralisé des femmes d'Okinawa par les militaires américains ». Bien que les rapports japonais de viol ont été largement ignorés à l'époque, les estimations des universitaires avancent que plus de femmes d'Okinawa peuvent avoir été violées. Il a été affirmé que le viol était si répandu que la plupart des habitants d'Okinawa de plus de 65 ans autour de l'an 2000, soit connaissaient, soit avaient entendu parler d'une femme qui avait été violée au lendemain de la guerre. Les responsables militaires ont nié les viols de masse et tous les anciens combattants survivants ont refusé les demandes d'entrevue du New York Times.
Professeur d'études est-asiatiques et expert d'Okinawa, Steve Rabson dit : « J'ai lu de nombreux récits de ces viols dans les journaux et livres d'Okinawa mais peu de gens sont informés à leur sujet ou sont prêts à en parler ». Livres, journaux, articles et autres documents font référence à des viols par les soldats américains de diverses races et origines. Samuel Saxton, capitaine à la retraite, a expliqué que les anciens combattants et témoins américains ont peut-être cru : « Il serait injuste que le public ait l'impression que nous étions tous un tas de violeurs après que nous avons travaillé si dur pour servir notre pays ». Masaie Ishihara, professeur de sociologie, soutient : « Il y a beaucoup d'amnésie historique à ce sujet, beaucoup de gens ne veulent pas reconnaître ce qui est vraiment arrivé ».
Une explication donnée pour expliquer pourquoi l'armée américaine n'a aucun document sur des viols est que peu de femmes d'Okinawa — et peut-être même aucune — n'ont signalé de maltraitance, la plupart du temps par crainte et honte. Les historiens soupçonnent que celles qui les ont signalées ont été ignorées par la police militaire des États-Unis. Par ailleurs, aucun effort à grande échelle pour déterminer l'ampleur de ces crimes n'a jamais été mené. Plus de cinq décennies après la fin de la guerre, les femmes supposées avoir été violées ont toujours refusé de faire une déclaration publique, les amis, les historiens locaux et les professeurs d'université qui leur ont parlé disant qu'elles préféraient ne pas en discuter publiquement. Selon un porte-parole de la police okinawaise de Nago : « les victimes ressentent trop de honte à le rendre public ».
Dans son livre Tennozan: The Battle of Okinawa and the Atomic Bomb, George Feifer note qu'en 1946 moins de 10 cas de viol à Okinawa sont rapportés. Il explique que c'est « en partie à cause de la honte et du déshonneur, en partie parce que les Américains étaient vainqueurs et occupants ». Feifer affirme : « En tout, il y a probablement eu des milliers d'incidents mais le silence des victimes a fait de ces viols un autre sale secret de la campagne ». Beaucoup se sont demandé pourquoi le sujet n'est jamais revenu à la lumière après les naissances inévitables de bébés américano/okawanais que de nombreuses femmes doivent avoir eus. Dans les entrevues, les historiens et les anciens d'Okinawa disent que certaines femmes violées d'Okinawa ont donné naissance à des enfants issus de deux races, mais que beaucoup d'entre eux ont été immédiatement tués ou abandonnés par honte, dégoût ou terrible traumatisme. Le plus souvent cependant, les victimes de viol ont subi des avortements brutaux avec l'aide de sages-femmes des villages.
Selon George Feifer, la majorité des probables milliers de viols ont été commis dans le nord où la campagne était plus facile et les troupes américaines n'étaient pas aussi épuisées que dans le sud. Selon Feifer, ce sont surtout les troupes débarquées en vue d'occuper le terrain qui ont commis les viols.
Silence à propos des viols Presque toutes les victimes de viols ont gardé le silence sur ce qui leur était arrivé, ce qui a contribué à maintenir les viols comme un « sale petit secret » de la campagne d'Okinawa. Les principales raisons pour expliquer le silence des femmes et le faible nombre de viols signalés sont, selon George Feifer, la position des Américains comme vainqueurs et occupants et les sentiments de honte et de déshonneur. Selon Feifer, alors qu'il y a probablement eu des milliers de viols, moins de 10 cas ont été officiellement signalés en 1946 et la quasi-totalité d'entre eux ont été assimilés à des « lésions corporelles graves ».
Plusieurs facteurs ont contribué à ce que seules quelques grossesses révélatrices de viol par des Américains sont venues à terme ; la plupart des femmes étaient devenues temporairement infertiles à cause du stress et d'une mauvaise alimentation et beaucoup de celles tombées enceintes ont réussi à avorter avant que leurs maris ne reviennent.
Viols présumés de l'armée japonaise Thomas Huber du a écrit que des soldats japonais ont également maltraité des civils lors de la bataille d'Okinawa. Selon Huber, les viols ont été commis « librement » par les soldats japonais qui savaient qu'ils avaient peu de chance de survivre en raison des interdictions de l'armée contre la reddition. Ces abus ont contribué à une fracture après-guerre entre les habitants d'Okinawa et les Japonais des quatre îles principales de l'archipel.
Politique officielle américaine et attentes des civils japonais Ayant toujours été une nation distincte jusqu'en 1879, la langue et la culture d'Okinawa diffèrent à bien des égards de celles de la partie continentale du Japon où les Okinawaiens étaient souvent victimes de discrimination et traités de la même manière que les Chinois et les Coréens.
En 1944, les lourds bombardements aériens américains de Naha ont fait morts et sans-abri et réfugiés dans des grottes, et les bombardements navals ont ajouté au nombre de morts. Au cours de la bataille d'Okinawa entre et habitants ont été tués. Les survivants ont été placés dans des camps d'internement par les Américains.
Au cours des combats, certaines troupes japonaises ont maltraité des civils d'Okinawa, s'emparant par exemple des grottes où ils s'abritaient et les forçant à en sortir et en tuant certains directement que les soldats soupçonnaient d'être des espions américains. Au cours des derniers mois de combats acharnés, ils étaient aussi incapables de fournir nourriture et médicaments à la population d'Okinawa.
La propagande japonaise relative aux atrocités commises par les Américains a conduit de nombreux civils d'Okinawa à croire que lorsque les Américains arriveraient, ils violeraient toutes les femmes et les tueraient. Au moins civils se sont suicidés. Des soldats américains ont parfois tué délibérément des civils d'Okinawa bien que cela soit contraire à la politique officielle américaine. Les Américains ont également fourni nourriture et médicaments, ce que les Japonais étaient dans l'incapacité de faire. Compte tenu de la propagande affirmant que la politique américaine serait le viol, la torture et l'assassinat, les habitants d'Okinawa étaient souvent surpris de ce « traitement relativement humain ». Au fil du temps, les habitants d'Okinawa deviendront de plus en plus déçus des Américains mais au moment de la reddition, les soldats américains étaient moins brutaux que prévu.
Après-guerre
Craintes du public et « Association pour les loisirs et l'amusement »
Dans la période suivant l'annonce par l'empereur Hirohito que le Japon se rendrait, de nombreux civils japonais craignaient que les troupes alliées d'occupation violent les Japonaises quand elles arriveraient. Ces craintes étaient, pour une grande partie, motivées par la crainte que les troupes alliées aient un comportement semblable à celui des forces d'occupation japonaises en Chine et dans le Pacifique. Le gouvernement japonais et les gouvernements de plusieurs préfectures ont émis des avertissements recommandant que les femmes prennent des mesures pour éviter tout contact avec les troupes d'occupation, comme de rester chez elles et de n'être en compagnie que d'hommes japonais. La police de la préfecture de Kanagawa où était attendu le débarquement des Américains, a recommandé que les jeunes femmes et les filles évacuent la zone. Plusieurs autorités préfectorales ont également suggéré que les femmes se tuent si elles étaient menacées de viol ou l'avaient été et ont appelé à « l'éducation morale et spirituelle » pour faire respecter cette directive.