(littéralement : ) est un poème épique albanais, écrit par le prêtre et poète Gjergj Fishta et publié dans sa version définitive en 1937. Composé en dialecte guègue de Shkodër, le texte comporte trente chants et octosyllabiques rimés. Il retrace plusieurs événements historiques survenus entre 1862 et 1912, année où l'Albanie devient indépendante.

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Le chant expose au lecteur la situation politique des Balkans telle qu'elle se présente vers le milieu du . Voilà des centaines d'années que les Albanais languissent sous le joug des Turcs, mais la puissance de ces derniers est déclinante. Les Russes sont à l'affût et le tsar enjoint à ses amis slaves dans les Balkans de s'en prendre à l'Empire ottoman. Le Knjaz Nikolla (Nicolas Ier de Monténégro) convoque Vulo Radoviqi, l'un des chefs tribaux du royaume et l'encourage à former une bande de brigands pour attaquer l'Albanie. Les chants à évoquent plusieurs escarmouches et une bataille entre Albanais et Monténégrins ayant eu lieu à Vranina (Vranjina au Monténégro) en 1862. Ces cinq premiers chants forment un cycle dont le héros est l'Albanais , qui périt avec un grand nombre de ses ennemis en faisant exploser le dépôt d'armes de Vranina.

Le chant retrace l'expédition d', commandant l'armée ottomane dans une offensive en Albanie et au Monténégro en 1876. Le chant évoque le congrès de Berlin de 1878 et les décisions prises par les Grandes Puissances concernant les Albanais qui se voient perdre des territoires (Plav et Gusinje) qu'ils peuplent majoritairement, au profit du Monténégro. Le chant est un intermède qui voit l (créature de la mythologie albanaise) de l'Albanie parler à , un des chefs des insurgés (Montagnards du nord de l'Albanie). Le chant IX est consacré à la première réunion de la Ligue albanaise de Prizren en 1878, événement historique majeur du réveil albanais à la fin du . Le chant X raconte ce qu'on a nommé par la suite , à savoir l'encerclement et l'assassinat de (envoyé par Istanbul au Kosovo afin de persuader les Albanais de céder les territoires de Plav et Gusinje) en par des insurgés albanais. Ces cinq chants forment eux aussi un cycle, qu'on peut qualifier de .

Le chant est un nouvel intermède où le Knjaz Nikolla est incité par le (sorte de vampire-fantôme du folklore albanais) de Mehmet Ali Pasha à attaquer rapidement les Albanais s'il souhaite s'emparer de leurs terres. Les chants et sont tous deux consacrés à l'organisation de la résistance albanaise dans la région de Hoti. Le chant narre la bataille qui s'est déroulée le entre insurgés albanais et troupes monténégrines à Rrzhanica. Le chant voit l'arrivée à Cetinje d'un messager qui rapporte au Knjaz la défaite des Monténégrins. Le chant est un nouvel intermède au cours duquel apparaissent de nombreuses figures de la mythologie albanaise, (héros ailé), (sorte de dragon), et (sorte de nymphes). Les chants et décrivent de nouvelles batailles entre Albanais et Monténégrins survenues dans les régions de Plav et Gusinje à la fin de l'année 1879 et au début de la suivante. Dans le chant l'on voit le père Jean, personnification de Gjergj Fishta lui-même, prendre la tête d'un groupe de Montagnards et partir à la guerre. Le chant décrit une nouvelle bataille dans la même région. Dans le chant , alors que la nuit tombe et le combat cesse, le père Jean entreprend une médiation entre les belligérants afin chacun puisse soigner ses blessés et enterrer ses morts. Le chant est consacré à , une jeune fille dévouée à son frère blessé au combat et qu'un Monténégrin abat. Le chant est encore une longue description d'affrontements tantôt lointains, tantôt au corps-à-corps qui ne permettent ni aux Albanais ni à leurs adversaires de l'emporter. Le chant narre l'enterrement de Tringa par les , le suivant est consacré à la dernière bataille pour le contrôle de Plav et de Gusinje, qu'après une intervention des et des de chaque camp, les Monténégrins finissent par perdre. Ces quinze chants forment le cœur de poème épique, et si la description des batailles et des combats singuliers occupe une place importante, on y trouve l'évocation de nombreuses coutumes et mythes albanais (coutume du (frère d'élection), apparition d'un , combat héroïque des contre la ).

Les cinq derniers chants, écrit plus tardivement par le poète, racontent des événements survenus après l'arrivée au pouvoir des Jeunes-Turcs à Istanbul. Ainsi, dans le chant , des dignitaires ottomans discutent du problème albanais, qui devient au fur et à mesure des insurrections, plus alarmant pour l'Empire. L'option la plus dure l'emporte et lui-même part à la tête d'une grande armée pour mater les révoltes en Albanie. Encore une année a passé et le chant raconte la deuxième expédition de Turgut Pasha pour tenter encore une fois de réprimer des insurrections qui deviennent permanentes et incontrôlables dans toute l'Albanie. Rien n'y fait et la situation empire même avec la Première guerre balkanique (chant ). C'est la conférence de Londres, durant les réunions de laquelle les représentants des Grandes Puissances reconnaissent l'Albanie.

Réception La a été publiée en plusieurs fois (de 1905 à 1937). D'après qui a publié une traduction de l'épopée en français, la publication des premiers volumes de celle-ci en 1905 et 1907 a eu une influence certaine sur les populations du nord de l'Albanie. À sa publication définitive, l'œuvre a été très bien accueillie et qualifiée . Comme le rapporte Robert Elsie ; ..

Cependant, peu après cette publication, Gjergj Fishta meurt et la fin de la Seconde Guerre mondiale voit l'instauration d'un régime communiste en Albanie. À cause de ses positions envers les Slaves de ses opinions politiques favorables à l'Italie et de son appartenance au clergé catholique, les œuvres de Gjergj Fishta sont bannies de l'espace public comme des livres. Dans les montagnes du nord et à Shkodër, continue cependant de circuler sous le manteau et dès 1991 le grand poète a été réhabilité. Depuis, le poème est paru dans de multiples réimpressions au Kosovo comme en Albanie. a été traduite dans plusieurs langues : en allemand par le savant Maximilian Lambertz, en anglais par les Canadiens Robert Elsie et , universitaires spécialistes de la littérature albanaise et en français par Abidin Krasniqi.

Notes et références

Bibliographie

Catégorie:Épopée en albanais Catégorie:Livre paru en 1937