Le royaume de Hollande () était l'État successeur de la République batave. Il a été créé par Napoléon Bonaparte comme un État client pour son troisième frère, Louis Bonaparte, afin de mieux contrôler les Pays-Bas. Le nom de la principale province, la Hollande, fut désormais pris pour désigner l'ensemble du pays. En 1807, la Frise orientale et la seigneurie de Jever ont été ajoutées au royaume.

En 1809, la Hollande dut céder tous les territoires au sud du Rhin à l'Empire français, à la suite de l'expédition de Walcheren. La même année, les forces armées hollandaises ont combattu du côté français, en contribuant à la défaite de la rébellion allemande anti-bonapartiste menée par Ferdinand von Schill, lors la bataille de Stralsund.

Le roi Louis Bonaparte n'a pas répondu aux attentes de Napoléon, en essayant de servir les intérêts néerlandais au lieu de ceux de son frère, ce qui aboutit à la dissolution du royaume en 1810, après quoi les Pays-Bas ont été annexés par l'Empire français jusqu'en 1813. La Hollande couvrait le territoire de l'actuel royaume des Pays-Bas, à l'exception du Limbourg et de plusieurs parties de la Zélande, qui étaient sous souveraineté française, ainsi qu'avec l'ajout de la Frise orientale. Il s'agissait de la première monarchie formelle aux Pays-Bas depuis 1581.

La conséquence à long terme pour le pays a été l'installation durable de la monarchie, ce qui a permis de faciliter la capacité de la maison d'Orange-Nassau à assumer, après la chute de Napoléon, le statut de monarques à part entière, mettant fin à leur statut ambigu de stathouders. Ce statut avait été la source d'instabilité et de longs conflits sous le régime des Provinces-Unies.

Histoire Le royaume de Hollande est créé par le traité signé à Paris, le , entre l'empereur des Français, Napoléon , représenté par Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, et la République batave, représentée par une délégation des États généraux composée de Charles Henri Ver-Huell, Alexander Gogel, Johann van Styrum, Guillaume Six et Gerard Brantsen.

Napoléon avait ordonné à son frère de rester français, mais Louis Napoléon se présentait comme un roi très hollandais. Il se montrait récalcitrant à l'introduction de mesures françaises négatives pour la Hollande, comme la conscription et le blocus continental. Le roi avait comme devise « Bien faire et laisser dire » ( en néerlandais), ce qui signifie « Faites le bien et ne regardez pas en arrière ». Ses efforts pour bien se faire voir par la population néerlandaise mécontentaient son frère l'empereur.

En 1809, l'invasion anglaise de l'île de Walcheren fut repoussée par les armées françaises et hollandaises, mais l'empereur Napoléon Bonaparte trouva l'action menée trop hésitante et le roi Louis Bonaparte perdit encore du crédit en tant que souverain.

Ainsi, pendant l'hiver de 1809-1810, on parlait déjà de supprimer le royaume de Hollande. Par décret impérial, Napoléon mit d'abord le sud du royaume sous gouvernement français. Quelques mois plus tard le reste de l'ancien royaume de Hollande suivait. Le roi Louis abdiqua, espérant ainsi garder la souveraineté de la Hollande. Le , son jeune fils de six ans Napoléon-Louis était formellement proclamé roi, mais l'empereur Napoléon ne tint pas compte de cette décision et annexa les Pays-Bas quelques semaines plus tard, le .

Les Pays-Bas firent partie intégrante du Premier Empire pendant trois ans, jusqu'en . Guillaume Frédéric d'Orange-Nassau débarqua à Schéveningue le et prit quelques jours plus tard le titre de prince souverain des Pays-Bas.

Territoire Par le traité signé à Fontainebleau le , le royaume s'accroît des territoires suivants : la principauté de Frise-Orientale ; la seigneurie de Jever ; les territoires de Zevenaar, Huissen et Malbourg.

Mais le roi cède le territoire de Léemel et la partie méridionale du territoire d'Éertel en échange de la partie septentrionale du territoire de Gerstel. Il cède aussi la ville et le port de Flessingue avec un territoire de 1 800 mètres de rayon autour de son enceinte.

En outre, la seigneurie de Kniphausen et celle de Varel sont médiatisées.

Par un sénatus-consulte organique du , la partie du royaume située sur la rive gauche du Rhin est incorporée à l'Empire françaisSénatus-consulte organique du 24 avril 1810, article : ..

Divisions administratives

Le royaume de Hollande fut d'abord divisé en neuf départements : Hollande Gueldre Brabant-Septentrional Frise Overijssel Zélande Stad en Lande Groningen Utrecht Drenthe

Le , le département de Hollande fut divisé en deux départements : l'Amstelland et le Maasland.

Pendant la Quatrième Coalition, les armées françaises et hollandaises occupèrent la Frise orientale prussienne et le Jeverland prussien. En 1807, ces deux régions furent rattachées au royaume de Hollande, formant le département de Frise-Orientale.

Le Limbourg, l'île de Walcheren et la Flandre zélandaise n'appartenaient pas au royaume de Hollande. Comme la Belgique, ces régions étaient directement sous le gouvernement de l'Empire français.

Louis divisa le pays en départements/provinces, plaçant à la tête de chacun un gouverneur (landdrost) qui, à l'exemple des préfets français, surveillait à son niveau la politique locale. Les maires des grandes villes furent désormais nommés par le souverain. Grâce aux réformes de Louis, l’État néerlandais a été renforcé, simplifié, moderniséAnnie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, ..

La politique royale thumb|right|220px|Louis en 1806. Le roi Louis désira travailler au bonheur et la prospérité de ses peuples ; pour cela, il voulut connaître son royaume, non seulement par des rapports mais par des inspections, et lancer de nombreuses réformes dans les domaines administratifs, législatifs, culturels, sanitaires. Louis voulut ranimer le sentiment national de ses sujets en chantant les gloires anciennes de la nation et de ses héros tout en célébrant ses propres actions et les multiples progrès enregistrés durant son règne. Son ambition était d'exalter l’histoire du royaume de Hollande en y associant sa politique d'unité nationale : il s'agissait d'en finir avec les dissensions politiques, l'esprit fédéraliste, les luttes entre aristocrates et démocrates, afin que tous travaillent à la régénération de la patrie. L’idée de Louis de nationaliser l'ancienne fédération néerlandaise n’était pas neuve ; les révolutionnaires bataves avaient aussi souhaité établir un corps de nation mais Louis pensait qu'une monarchie à la fois centralisée et constitutionnelle était mieux à même d'atteindre cet objectif. Louis déclarera dans ses mémoires : Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, ..

Pacification religieuse Les minorités religieuses obtinrent davantage de droits. Certes, la révolution batave avait accordé l’égalité civile aux juifs et aux catholiques, mais dans la pratique la discrimination n’avait absolument pas disparu. C'est pourquoi en 1808 il proclama officiellement l’égalité religieuse, fit entrer en toute connaissance de cause des juifs dans l’administration et s'irrita du manque d'intérêt des catholiques qui continuaient à se tenir à l’écart. Sur ordre du roi, les protestants rendirent même quelques lieux de culte aux catholiques, comme la cathédrale Saint-Jean à Bois-le-Duc.

Unification et humanisation du droit Au moyen de la codification du droit, Louis travailla à la fois à son unification et à son humanisation.

Louis s'occupa également de démêler le maquis juridique car le manque d’une législation uniforme avait pour résultat que les peines variaient considérablement à l’intérieur du pays. Dans tel village, par exemple, le vol pouvait être puni de mort, alors que le même délit n’encourait qu’une amende dans un autre village. La codification prévue à l'époque révolutionnaire n’avait pu être menée à bien faute de consensus. Les travaux s’étaient amorcés et les commissions avaient émis des idées, mais les troubles politiques en avaient freiné l’achèvement la diffusion, tandis que la Haute Cour nationale renâclait à en accepter les nouveautés. Sous la direction autoritaire de Louis, ces codes vont être rapidement achevés et introduits juste avant l’annexion de 1810. Le Code civil français fut adapté et adopté le et Louis fit en outre rédiger un code national de droit pénal qui fut achevé un peu plus tard. La codification, comme en France, fut un moyen d'unifier davantage le droit mais aussi l’État et la nation. Louis exprima le souhait de donner à la Hollande des lois qui soient de préférence « celles qui réunissent le plus de clarté et de précision, et qui sont les plus favorables à la conservation des mœurs et du caractère nationalAnnie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, . ». Il ne s'agissait pas de plaquer le modèle français mais de l'adapter dans un souci de renforcement de l'unité et de l'identité nationale.

Les idées libérales de Louis transparaissaient dans le nouveau code avec l’abolition de la torture et du travail forcé. Lors de l’achèvement du code pénal, le ministre de la justice et de la police, Cornelis van Maanen, et les juristes en général ont freiné les avancées plutôt humanitaires proposées par Louis qui voulait abolir la peine de mort, les amendes et peines financières injustes pour les pauvres ; de fait, il usa généreusement du droit de grâce ce qui contraria son frèreAnnie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, ..

Politique culturelle Louis s’intéressait beaucoup à la culture et était conscient que les sciences et les arts sont un apport essentiel pour la réputation et la prospérité d’une nation et pour les progrès de l’esprit humain. Il prit de nombreuses initiatives dans ce domaine :

Institution culturelles Le , fut créée une direction générale des beaux-arts ; un décret de 21 articles précisa les domaines de la mission de ce fonctionnaire : les musées, l’élévation du niveau de l’art grâce à un rapatriement des artistes travaillant à l’étranger, l’organisation de concours et d’expositions dans le but de dresser un inventaire toujours plus précis de la vie artistique en Hollande ; l’amélioration de l’enseignement artistique et la gestion du patrimoine sous forme de collections nationales ; l'établissement d'un rapport détaillé sur ces sujets à publier mensuellement dans un Journal des Beaux-Arts, ainsi qu’un bilan financier annuel ; la mission principale était la promotion de l’art contemporain hollandais ; le , la fonction fut confiée à Johan Meerman, qui devint directeur général des sciences et des arts. Le , il fonda le musée royal d'Amsterdam ; il reçut de La Haye les tableaux de la Galerie nationale créée en 1800 et devait de servir de lieu de formation pour les artistes ; la même fonction allait être attribuée à son successeur le Rijksmuseum. Le , il créa l'Institut royal des sciences, des lettres et des beaux-arts, qui devint un organe consultatif pour le roi et son gouvernement ; prédécesseur de l'académie royale néerlandaise des sciences, la quatrième classe les beaux-arts et la musique devait formuler des rapports et des recommandations à la demande du roi et des ministres. En 1806, fut créée une bibliothèque royale qui s'enrichit rapidement sous son impulsion avec l'achat en 1807 de la collection de l’avocat Joost Romswinckel, comprenant près de volumes, principalement sur l’histoire des Pays-Bas et cartes, puis en 1809, de la collection d’incunables et de manuscrits de Jacob Visser, procureur du gouvernement.

Architecture thumb|right|220px|Projet d'église simultanée au Loo (F.L. Gunckel, 1810). thumb|right|220px|Projet de Palais des Sciences et des Arts à Amsterdam (Abraham van der Hart, 1809).