Les Soufflaculs de Nontron sont une tradition populaire de la ville de Nontron, dans le département français de la Dordogne en région Nouvelle-Aquitaine. Initialement très répandue dans le Midi de la France, cette fête carnavalesque ne subsiste que dans quelques localités, et notamment à Nontron. La journée de célébration est caractérisée par le défilé des Soufflaculs, vêtus de chemises de nuit et de bonnets de coton blanc, qui, avec un soufflet, ont pour mission de défiler dans la ville et de chasser les mauvais esprits qui se cacheraient sous les jupes des femmes.
Durant cette mascarade qui remonte au Moyen Âge, le peuple se déguise à l'origine pour se moquer des riches, des ecclésiastiques et des puissants. Malgré des difficultés économiques et politiques à se maintenir d'une année sur l'autre, ce carnaval reste l'événement majeur de la vie festive locale. Inscrits dans l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2010, les Soufflaculs de Nontron sont devenus célèbres pour leur vision comique, caricaturale et satirique de la société.
Historique Origines des Soufflaculs
Peu d'archives ou d'éléments historiques permettent de retracer entièrement l'origine des Soufflaculs. La plus vieille iconographie connue du souffle-à-cul remonte au et semble être celle des bas-reliefs sculptés sur le bois, à l'extérieur de l'hôtel Brusttuch, à Goslar, en Allemagne... Un démon est représenté avec un coqueluchon et des pattes d'oie et se prépare, avec son soufflet, à venter une sorcière dont le bras droit est en position d'offrande anale. Sa baratte déborde de la crème volée pendant la nuit de Walpurgis.. Un manuscrit médiéval du ., un cul-de-lampe du situé dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes et une bannière de la Compagnie de la Mère-Folle du semblent pourtant évoquer un usage similaire du soufflet avant le .
Le souffle-à-cul est une tradition carnavalesque du Moyen Âge qui prend diverses formes selon les régions en France.. De manière générale, le personnage de la « vieille Bouchée » intervient comme une personnification du cycle du carnaval.. Le fait de venter la vieille Bouchée peut être considéré comme le symbole du Carême que l'on cherche à évoquer, le mercredi des Cendres, à l'aide d'un soufflet.. Souvent comparée à un jeu enfantin ou, au contraire, à un geste obscène., la pratique du souffle-à-cul consiste à inverser le circuit interne du souffle et de l'âme dans notre corps, de haut en bas et de bas en haut, afin d'expulser les mauvais esprits..
De plus en plus populaire au , la pratique du souffle-à-cul est principalement répandue dans le Midi de la France..... Certains départements pratiquent une variante catalane, appelée la « danse du feu aux fesses » (ou « Tiou-tiou ») ; les participants allument chacun un tire-bouchon de papier pendu aux fesses de celui qui est situé devant lui.. La pratique des Soufflaculs ne semble faire son apparition à Nontron qu'au .
Les Soufflaculs à Nontron au alt=Les retombants en cul-de-lampe représentent d'un côté un joueur de chabrette et, de l'autre, un bouffon qui tient de la main gauche une marotte à face d'animal.|vignette|Fenêtre sculptée du , à Saint-Pardoux-la-Rivière (Dordogne). Le geste du joueur de chabrette rappelle celui des Soufflaculs.
Le Nontronnais du est le premier titre de presse connu à faire mention de la pratique du souffle-à-cul à Nontron : .. Les journalistes évitent de parler de cette tradition populaire que la morale réprouve à cette époque et qui irait à l'encontre des valeurs de leurs lecteurs. D'autres en parlent, mais pour la condamner, la qualifiant de .
Le , Le Nontronnais consacre une longue chronique à la description du carnaval, mais va y décrire uniquement la tenue du bal, les déguisements et les masques que portent les participants. En 1865, comme en témoigne un article publié le de cette année-là, une douzaine de personnes se déguisent comme ils l'entendent : des costumes de Don Quichotte, de mousquetaires, de Sancho Panza, de pages de , de , de Méphistophélès, d'Arlequin et de Pierrot sont notamment aperçus en ville... Le nombre de participants varie ensuite en fonction des éditions : cinq ou six Soufflaculs en 1872, une trentaine en 1894 et une quarantaine en 1900.
En , le Courrier de Nontron est le premier journal à publier une description chronologique du carnaval nontronnais. Les festivités de quatre jours débutent le dimanche soir lorsque les Nontronnais sont conviés à un bal masqué qui se tient dans la grande salle de l'ancien Café Italien. Le lundi, les jeunes participants se travestissent et improvisent une cavalcade dans les rues de Nontron. Les Soufflaculs jugent et brûlent Carnaval le mercredi des Cendres..
Le même jour, deux célébrations sont également organisées à Nontron, tout comme à Daglan, Terrasson-Lavilledieu et Périgueux. La première, appelée « l'assouade », consiste à faire monter sur un âne les maris cocus ou battus.. À Nontron tout particulièrement, ils sont installés à l'envers, tournés vers l'arrière-train de l'âne, lequel se voit être venté par un soufflet. Les maris sont promenés et moqués publiquement dans toute la ville, vêtus d'une robe, d'un fichu et d'une coiffe... La deuxième tradition, moins répandue que la première, est appelée les « cornes ». :
alt=La scène est animée et montre la tenue d'un marché. Au premier plan, une compétition entre la figure du Carnaval et celle du Carême avec leurs cortèges respectifs ; au centre un puits et un étal de poissons ; et, dispersés tout autour, des aveugles et des estropiés mendiants, des danseurs en rond et des musiciens et des nonnes en procession.|gauche|vignette|Le Combat de Carnaval et Carême (tableau peint à l'huile par Pieter Brueghel l'Ancien en 1559) représente le contraste de la vie au Moyen Âge, entre Mardi gras et le mercredi des Cendres, jour où débute le Carême.
Jusqu'au début du , le carnaval de Nontron est avant tout la « fête du cochon »... Chaque propriétaire (qu'il soit fermier, métayer, cabaretier ou bourgeois) élève un goret, souvent le dernier de la portée, pour participer à la « tuerie du cochon » le jour du Samedi gras, trois jours avant le carnaval. Une fois que les hommes ont abattu et dépecé l'animal, les femmes lavent les abats le matin, pour en faire une fricassée de porc. Dans un contexte où la famine est régulière en Périgord et où l'hiver est synonyme de privations alimentaires., la fricassée, très riche en graisses et en calories, constitue l'un des meilleurs plats de la période carnavalesque. Les morceaux de foie, de rate, d'osseline et de ris sont sautés dans une sauce à l'oignon abondamment épicée. Le tout est servi sur des pains grillés et aillés. Le samedi après-midi, le dimanche et le lundi sont consacrés à la confection de boudins cuits dans de l'eau salée.
Dans la tradition du Bœuf Gras, essentiellement perpétuée après la Première Guerre mondiale, les habitants de Nontron dégustent aussi des pièces de bœuf.. Les bêtes sont attachées aux anneaux fixés dans le sol de la halle de la commune, avant d'être abattues par le boucher devant les enfants du bourg. Les bœufs sont volontairement assommés, saignés et écorchés devant les clients pour leur rendre compte de la qualité de la marchandise. Le jour de Samedi gras, la foire du village permet de s'approvisionner en viande, suspendue sur les crocs des boucheries et décorée de guirlandes et de branches de sapins fleuris. Des soupes, des farcis, des tartes, des tourtes et des beignets sont également exposés à la vente. La viande est tout particulièrement consommée en abondance dans chaque foyer (deux ou trois plats par personne), la veille du premier jour d'abstinence du Carême.
Les Soufflaculs de Nontron depuis 1979 alt=Carte des départements français en 1947. En vert, ceux qui célèbrent les Soufflaculs uniquement : la Dordogne, le Lot, les Ardennes, l'Yonne, la Nièvre, le Jura, l'Ain, la Haute-Loire, l'Ardèche, le Gard, le Vaucluse, les Alpes de Haute Provence, les Hautes Alpes, les Bouches du Rhône, le Var, les Alpes Maritimes, l'Aude. En orange, celui qui célèbre les Soufflaculs et la danse du feu aux fesses (« Tiou-Tiou ») : l'Hérault. En rouge, ceux qui célèbrent la danse du feu aux fesses uniquement : les Pyrénées-Orientales et le Puy de Dôme.|vignette|Tradition des Soufflaculs en 1947.
Tombé en désuétude dans les années 1950 et après une tentative de remise sur pied en 1968, le carnaval de Nontron renaît en 1979, sous l'impulsion de l'association locale de rugby., ainsi que de la Compagnie des soufflets de Nontron, constituée en association loi de 1901 et présidée par Michel Meyleu.... C'est à partir de cette date que les Soufflaculs sont organisés tous les ans, pendant un dimanche du mois d'avril.. Avec la commune de Saint-Claude (Jura)., la tradition est encore perpétuée en Dordogne et dans l'Hérault., avec plus d'une trentaine de villages participants depuis la fin des années 1970...
Si la ville de Nontron l'utilise généralement comme un véritable outil de promotion touristique, l'événement se heurte parfois à un manque de moyens financiers ou à une mésentente avec certains des maires qui se sont succédé, ce qui l'empêche alors de se tenir certaines années. Par ailleurs, l'originalité dont les Soufflaculs bénéficient depuis plusieurs décennies commence à faire défaut à la fin des années 1980 : le manque de nouveauté et de modernité dans le carnaval entraîne une baisse du nombre de participants et de spectateurs.. Les organisateurs tentent alors d'intégrer d'autres figures carnavalesques historiques, tout en préservant l'identité des Soufflaculs.
Les Soufflaculs de Nontron font partie du patrimoine culturel de la ville, transmis de génération en génération... En 1986, une statue représentant un Soufflacul en action est construite par une classe du lycée de la ville. À l'édition 2003, une équipe de télévision sud-coréenne vient à Nontron pour filmer les Soufflaculs et devient ainsi le premier média étranger à diffuser l'événement.. Une des voies de Nontron porte le nom de « rue des Soufflets »..
alt=En premier plan, le mannequin Bufador et le bûcher sont remorqués par un tracteur sur une place de Nontron. Les Soufflaculs et les spectateurs sont situés tout autour.|gauche|vignette|Bufador est tracté au milieu des spectateurs en 2009.
Dans le cadre de la mission « Institut occitan 2008-2010 » pilotée par Marie Hirigoyen et Christine Escarmant-Pauvert, une enquête de labellisation du carnaval est menée les 26 et , le et les 17 et à Nontron. Les enquêtrices rencontrent notamment Michel Meyleu et Gilbert Cibert, co-refondateurs des Soufflaculs en 1979, ainsi que Jean-Louis Dumontet, le président de l'association. Les Soufflaculs de Nontron sont inscrits dans l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis le ., au titre de . En 2011, l'équipe organisatrice cherche également à obtenir une notoriété plus internationale en lançant une procédure d'inscription au patrimoine culturel immatériel mondial de l'UNESCO.
En 2011, et malgré sa récente reconnaissance dans l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel qui lui permet, entre autres, d'obtenir des subventions du conseil régional d'Aquitaine, l'association qui organise les Soufflaculs reste déficitaire et rencontre encore des difficultés à trouver les soutiens financiers nécessaires à la pérennisation des festivités.. En 2012, les Soufflaculs n'ont exceptionnellement pas lieu, pour cause de premier tour d'élection présidentielle.. En 2013, l'événement n'est pas renouvelé, faute d'organisateurs volontaires. Une nouvelle équipe de bénévoles prend le relais et les Soufflaculs sont organisés en 2014 et en 2016 . Souvent cité comme un événement majeur de la vie locale et une tradition faisant , chaque édition annuelle attire généralement plusieurs miliers de personnes..