The Sugarcubes (ou Sykurmolarnir en islandaisLe groupe s'appelle originellement Sykurmolarnir en Islande et c'est sous ce nom qu'il a publié ses deux premiers EP (Einn Mol'á Mann en 1986 et Luftgitar en 1987), puis il est appelé The Sugarcubes à l'étranger.) est un groupe de pop rock islandais, originaire de Reykjavik. Il est formé en 1986, séparé en 1992 et reformé pour un concert unique en novembre 2006 en Islande. Il a eu la faveur des critiques des États-Unis et du Royaume-Uni. Il est d'autant plus marqué par la voix d'enfant de la chanteuse Björk Guðmundsdóttir qui a par la suite poursuivi une carrière solo avec succès.
Biographie Smekkleysa (1986) gauche|vignette|Einar Örn Benediktsson, l'un de membres fondateurs des Sugarcubes. Parmi les personnes gravitant autour du groupe Kukl se trouvaient certains membres du groupe littéraire et culturel Medúsa qui se réclamait des mouvements surréaliste et dadaïste et auquel appartenait Einar Melax lui-même. Sjón et Þór Eldon en particulier se produisaient parfois sur scène, en première partie de leurs concerts, pour clamer des poèmes de leur composition, ce qui n'était pas toujours du goût des membres de Crass moins guidés par des motivations culturelles que politiques.
À la fin du printemps, début de l’été 1986, Einar rentre d’Angleterre et passe une grande partie de son temps au domicile de Björk Guðmundsdóttir et Þór Eldon, le couple ayant souvent accueilli les membres de Kukl pour les répétitions du groupe dans les différents lieux d’habitation qu’ils ont occupés durant cette période. Einar et Þór envisagent la création d’une association culturelle de portée plus générale et plus ambitieuse que Medúsa. Il en résulte la formation de l’organisation Smekkleysa s.m. hf dont la date officielle de création est choisie symboliquement et précisément le , à , date et heure de naissance du fils de Björk et Þór, Sindri. La charte officielle de l'organisation est éditée le sous le titre Heimsyfirráð eða dauði et comporte les deux articles suivant : « 1 - Etant entendu que le et la sont les pires ennemis de la création et du dynamisme, Smekkleysa s.m. hf se propose d’œuvrer avec force contre tout ce qui peut être classé comme étant de et ; 2 - Dans le combat qu’il mène contre les éléments précités (le , etc.) Smekkleysa s.m. hf se réserve le droit d’utiliser tous les moyens concevables et inimaginables, tels qu’endoctrinement, éradication, publicité et annonce de mauvais goût, distribution et vente de déchets et détritusSykurmolarnir, Árni Matthíasson, Örn og Örlygur, 1992, . »
La publication de cette charte et la devise qui lui sert de titre reflètent, tant par leur forme que leur fond, le nouvel état d'esprit d'Einar et de ses compagnons de route; le sérieux et la tension perpétuelle qui caractérisaient Kukl ne sont plus de mise, à leur place l'autodérision et le second degré prévalent. Les premiers membres du collectif sont : Ásmundur Jónsson, Björk Guðmundsdóttir, Bragi Ólafsson, Einar Örn, Friðrik Erlingsson, Jóhamar (Jóhannes Óskarsson, musicien et écrivain, ami de Þór), Sigtryggur Baldursson et Þór Eldon. Le programme déclaré des activités est la mise en place d'une station de radio, Útvarp Skratta (la Radio du Diable), l'attribution d'une distinction
La production et la distribution de disques, ainsi que l’édition d’œuvres littéraires deviennent cependant rapidement les activités principales de Smekkleysa qui, par ailleurs, prend le nom de Bad Taste pour les autres pays. Des expositions seront montées et des soirées organisées qui ne seront pas sans rappeler celles du groupe Medúsa, souvent caractérisées par la prédominance d’un humour d’un goût effectivement parfois douteux. Des concerts seront également organisés. Quant au prix du « mauvais goût », il ne sera attribué que deux fois : au responsable de la partie islandaise des programmes de télévision, Hrafn Gunnlaugsson, et au leader du groupe Stuðmenn, Jakob Magnússon, groupe alors en vogue en Islande et pour lequel Einar avait travaillé durant l’été 1986 en organisant un concert devant se tenir en septembre dans la salle Laugardalshöll avec, à l’affiche, un nouveau groupe du nom de Sykurmolarnir. Si Hrafn Gunnlaugsson accepte officiellement le prix de bonne grâce, au moins dans un premier temps, Jakob Magnússon, lui, le refuse et s’en offusque au point de se brouiller durablement avec Einar et les membres du collectif.
Formation de Sykurmolarnir (1986–1987) Parallèlement à la constitution du collectif Smekkleysa, et dans le même esprit, il est décidé de fonder un nouveau groupe composé d’Einar Örn au chant et à la trompette, Björk Guðmundsdóttir au chant, Þór Eldon et Friðrik Erlingsson aux guitares, Bragi Ólafsson à la basse, Sigtryggur Baldursson à la batterie et Einar Melax aux claviers. Einar a en effet fait appel à ses deux compagnons et amis de Purrkur Pillnikk, Bragi ayant, entre-temps, joué dans le groupe Ikarus puis en s’établissant une année en Espagne, Friðrik, lui, ayant vecu à Akureyri. La formation se produit tout d’abord sous le nom de Þukl durant les mois de juillet et , en référence au groupe Kukl dont la moitié des membres sont issus. Mais l’analogie ne va pas au-delà du nom car les compositions, portées par les deux guitaristes, sont résolument orientées vers la pop et le chant de Björk se fait plus mélodique.
En le groupe prend le nom de Sykurmolarnir (littéralement « morceaux de sucre »). Durant l’automne ils enregistrent une douzaine de titres destinés à un album qu’ils espèrent sortir début 1987. Einar Melax n’y participe pas; fatigué des tournées de la précédente formation, supportant de plus en plus difficilement les exils de plusieurs semaines et embarqué dans l’aventure Sykurmolarnir malgré lui, il abandonne rapidement le groupe. Björk assure les parties de claviers sur plusieurs morceaux. Deux titres, Ammæli et Köttur, sont choisis pour figurer sur un single intitulé Einn mol’á mann (un morceau par personne) qui sort en Islande le , jour de l’anniversaire de Björk, en 500 exemplaires. Bien qu’il ait obtenu son diplôme au printemps 1986, Einar Örn retourne en Angleterre en automne pour suivre son épouse, Guðrún Margrét Jónsdóttir, qui décrochera son BS en sciences physiques au printemps 1987. Il en profite pour confier les enregistrements du groupe à son ami Derek Birkett, lequel a fondé en 1985 un nouveau label One Little Indian avec son épouse, Sue Birkett, et Tom Kelly, de Flux of Pink Indians, Derek étant
Einar demande à son ami s’il peut faire paraître les enregistrements en Angleterre sous son label et obtient également une aide financière pour la sortie de Einn mol’á mann en Islande, coproduit donc par Smekkleysa et One Little Indian (le reste du financement ayant été trouvé chez le grossiste en sucre Dansukker). Einar, les membres de One Little Indian et d’autres personnes de leur entourage passeront beaucoup de leurs temps libres pour retravailler les bandes, de sorte que le premier single ne sortira en Angleterre que le sous le titre Birthday (Ammæli), accompagné de Cat (Köttur). L’album ne paraîtra qu’en , sous le titre Life’s Too Good. Le groupe se produira entre-temps en différents lieux d’Islande, avec ou sans Einar, entre l’automne 1986 et la fin de l’été 1987. Friðrik Erlingsson s’investissant de plus en plus, après son divorce, dans son travail de designer, préfère abandonner la formation au printemps 1987.
Notoriété sous le nom The Sugarcubes (1987–1988) En été 1987, Einar et son épouse reviennent définitivement en Islande. À la recherche d’un logement et d’un emploi, le couple se voit offrir les deux dans l’établissement Fjölbrautaskóli Vesturlands de la ville d’Akranes, où Guðrún enseigne la physique et Einar les techniques des médias. Emporté par le succès inattendu du groupe en Angleterre à partir de l’automne 1987, sous le nom de The Sugarcubes, Einar fera pratiquement tous les soirs l’aller-retour entre Akranes et Reykjavik pour les répétitions. Les destinées de Guðrún et d’Einar prennent alors petit à petit des chemins divergeant et le couple se sépare dans la première moitié de l’année 1988. Einar démissionne de son poste au bout d’un semestre pour se consacrer entièrement à Smekkleysa et à la formation.
Le magazine musical britannique Melody Maker consacre Birthday dans son numéro du . Le le groupe se retrouve simultanément en couverture des deux principaux hebdomadaires musicaux britanniques, New Musical Express (NME) et Melody Maker. En l’espace de six mois, trois couvertures du Melody Maker, une du NME, une de Sounds leur sont consacréesMM : 24 octobre 1987, 2 janvier 1988, 16 avril 1988, NME : 24 octobre 1987, Sounds : 12 mars 1988, pour ne citer que ces quelques exemples.
En 1988, les Sugarcubes sont devenus la coqueluche de la presse musicale anglaise qui ne tarit pas d’éloges dans leurs articles, critiques de disques, ou autres comptes-rendus de concerts. Le monde musical découvre l’Islande. Life’s too Good est généralement bien accueilli, par la critique comme par le public, en Angleterre, mais également aux États-Unis, au Japon, et sur le continent européen, même si la presse y est en général plus mesurée: en France par exemple, dans l’en-tête de la première interview du journal qui leur est consacrée, Les Inrockuptibles se demandent s’il s’agit d’un « talent réellement singulier car élevé loin de toute influence sur son île de glace, ou [d’un] simple coup de foudre d’une presse en mal d’exotisme ? »Les Inrockuptibles (bimestriel), n°12, été 1988, The Sugarcubes : Icecubes, Jean Daniel Beauvalet.
À la fin 1988, exemplaires de Life’s too good auront été vendus en Grande-Bretagne, aux États-UnisGuitare & Claviers, Les Sugarcubes: La pop pervertie du chaud et froid, Dominique Guillerm, n°91, décembre 1988. Au bout d’un an et demi les chiffres seront respectivement de et albums (l'album se vendra à environ un million d'exemplaires dans le monde)Björk : The illustrated story, Paul Lester, Hamlyn (Reed Consumer Books Limited), 1996, . « Après deux singles fulgurants, Birthday et Deus, un album de l’année, Life’s Too Good, et des origines exotiques déclarées, le groupe est vite devenu l’obsession de la presse musicale mondiale. Avec, immédiatement, de vilains malentendus. La moindre des fausses notes n’étant pas la fixation maniaque des photographes et journalistes pour la ravissante Björk. Le guitariste Thor […] explique plus tranquillement que la jeune chanteuse n’a pas à supporter toute la pression des médias : Elle ne peut être sans cesse dans la lumière des projecteurs, celle-ci est vraiment brûlante. Au fil des mois, les Sugarcubes ont appris à repérer le photographe faisant un portrait de groupe avec l’objectif braqué sur le nez de Björk ainsi que les reporters à l’affût d’une playmate mensuelle »Rock & Folk, n° 283, mars 1991, Histoires de cubes, Phil Ox..
C’est par ces lignes que Phil Ox, de Rock & Folk, résume, en 1991, le revers de cette notoriété soudaine pour Einar et les autres membres de la formation. Il est à noter à ce propos que, sur les trois premières couvertures du Melody Maker consacrées au groupe, y figure uniquement Björk, deux d’entre elles représentant des portraits rapprochés de la chanteuse. Mais cela ne sera pas, pour Einar, la seule cause d’amertume.
Désillusion (1989–1990) gauche|vignette|The Sugarcubes lors d'un concert au Japon en 1992.