Pour la conquête de Rome I (titre original : ) est un film ouest-germano-italo-roumain réalisé par Robert Siodmak, sorti en 1968. Tourné en Roumanie avec des acteurs de dix nations différentes, ce film s'inspire librement d'un roman historique de Felix Dahn paru en 1876, . Sa suite, Pour la conquête de Rome II, du même réalisateur, sort en 1969.

Réalisation Alors que le genre cinématographique du péplum était en déclin en Italie, son foyer traditionnel, le producteur germano-polonais Artur Brauner décide de le relancer. Les studios roumains venaient de réaliser deux grands films d’inspiration historique et patriotique commandé par le régime communiste, Les Guerriers sorti en 1967 et en 1968, montrant la lutte des Daces contre la conquête romaine de Trajan. Brauner, qui avait contribué au second, profite du fait que les Roumains disposent d’une grande quantité de décors, d’armures romaines et accessoires ainsi que de chevaux et figurants en abondance fournis par l’armée roumaine, sans commune mesure avec ce que pouvaient mobiliser les studios ouest-européens.

Le tournage dure cinq mois, de mai à , aux studios Bukaresti à Buftea, et se passe par une chaleur étouffante atteignant parfois . Siodmak déserte plusieurs fois les plateaux pour aller visiter des membres de sa parenté européenne.

Le sujet était tiré d’un roman historique allemand de Felix Dahn, paru en 1876 et qui s’était vendu à deux millions d’exemplaires, ce qui augurait bien du succès du film. En 1966, le film allemand Nibelungen de Harald Reinl, également inspiré de l'épopée germanique, avait fait trois millions d'entrées en . Les producteurs avaient d'ailleurs songé à Harald Reinl comme réalisateur avant que les banquiers n'imposent le choix de Robert Siodmak, plus connu.

La version originale allemande est sortie en deux parties : Pour la conquête de Rome I (1968), longue de , et Pour la conquête de Rome II (1969), longue de ; pour la distribution aux États-Unis, les deux ont été fusionnées en un seul film de , ce qui entraîne parfois une mortalité étonnamment rapide des personnagesGary Allen Smith, 2009, p. 156..

Synopsis L’action se déroule en Italie au après la fin de l’Empire romain d’Occident. Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths et fondateur d’un éphémère royaume romano-germanique, meurt dans sa capitale, Ravenne, en 526. L’empereur Justinien (Orson Welles) et son épouse Théodora (Sylva Koscina), qui règnent sur l’Empire romain d’Orient à Constantinople, intriguent pour rétablir l’unité de l’Empire ; ils s’appuient sur Céthégus (Laurence Harvey), le , un aristocrate prêt à tout pour chasser les Goths d’Italie. Céthégus attise la rivalité entre les deux filles de Théodoric, Mathaswintha (Harriet Andersson) et Amalaswintha (Honor Blackman). L’armée byzantine envoyée par Justinien en profite pour débarquer en Italie et chasser les Goths de Rome. Les Ostrogoths reviennent l’assiéger, en vain.

Mathaswintha, d'abord supplantée par sa sœur et enfermée dans un château, prend sa revanche et la fait assassiner : dans une séquence singulièrement sensuelle puis violente, Amalaswintha prend son bain nue avant d'être asphyxiée par une fumée jaune qui envahit la pièce tandis que Mathaswintha jouit du spectacle en regardant la scène par une lucarne en forme de masque. Cette scène, absente du roman de Dahn, paraît inspirée de la mort de Fausta, épouse de l'empereur Constantin, que son époux, selon certaines sources, fit suffoquer dans un bain surchaufféChristoph Lanzendörfer, Julian « Apostata », Books on Demand, Norderstedt, 2022, , .

Au cours du film, quatre grandes batailles se succèdent. L’un après l’autre, les protagonistes sont assassinés ou tués au combat jusqu’à la bataille du Vésuve en 552. Finalement, les derniers Goths s’embarquent sur une flotte viking pour retourner dans leur pays d’origine, l’île de Gotland dans la mer Baltique, et y enterrer les corps de leurs chefs.

Réception Le contenu historique du film s’inspire du récit de l’historien byzantin Procope de Césarée mais Hervé Dumont estime que Dahn, trop passionné par son sujet, est passé à côté de la réalité des faits. Dahn a voulu montrer l’épopée tragique de la destruction d’une tribu germanique : l’historiographie nationaliste allemande de son temps opposait volontiers les nobles héros germains aux Byzantins décadents représentés par des généraux eunuques même si, en fait, les clivages étaient beaucoup moins tranchés et les combattants passaient facilement d’une allégeance à l’autreWalter Pohl, « Carrières barbares pendant et après la guerre gothique ». In: La noblesse romaine et les chefs Barbares du . Actes du Colloque International organisé par le Musée des Antiquités Nationales et l'URA 880 du CNRS (Saint-Germain-en-Laye, 16-19 mai 1992) Chelles : Association française d'archéologie mérovingienne, 1995. . (Mémoires de l'Association française d'archéologie mérovingienne). Le jeune roi Totila, qui assure le commandement des Goths dans la guerre, reprend l’ambition de Théodoric d’unir les Goths et les Romains pour en faire un seul peuple mais son rêve débouche sur une issue fataleMyriam Cottias, Le corps, la famille et l’État, Presses universitaires de Rennes, 2010, .

Brauner déclare avoir voulu faire . Cependant, Siodmak, avec plusieurs scénaristes dont Ladislas Fodor, s'est donné beaucoup de mal pour retirer du film les éléments trop nationalistes du roman. Siodmak dit ;

Malgré ces précautions, selon Derek Elley, le film souffre de son excessive longueur, du caractère trop statique de la mise en scène et du manque d'implication des acteurs. L'accueil de la presse allemande est moqueur ou défavorable. Mais ce film, le dernier réalisé par Siodmak, a un grand succès auprès du public allemandCharlotte Woodford et Benedicte Schofield, The German Bestseller in the Late Nineteenth Century, Camden House, 2012, , .

Acteurs Les producteurs avaient pressenti plusieurs acteurs célèbres dont Stewart Granger, Peter van Eyck, Gina Lollobrigida, Nadja Tiller et Johanna von Koczian.

Le général byzantin Narsès, un eunuque que les auteurs anciens décrivent comme petit et maigre, est interprété par l'acteur nain américain Michael DunnChrista Pöppelmann, Allgemeinbildung Personen der Weltgeschichte für Dummies, 2018, p. .

Fiche technique Titre : Pour la conquête de Rome I. Titres originaux : (titre allemand) ; (titre italien) ; Lupta pentru Roma I (titre roumain) Réalisation : Robert Siodmak, assisté d'Andrew Marton et Sergiu Nicolaescu Scénario : Ladislas Fodor, Photographie : Richard Angst Montage : Alfred Srp Musique : Riz Ortolani Son : Max Galinsky Décors : Lamberto Giovagnoli Effets spéciaux : Antonio Baquero Producteur : Artur Brauner Société de production : CCC Filmkunst GmbH, Pegaso Films, Studioul Cinematografic Bucuresti Budget : 15 millions de DM Distribution : Allied Artists, Titanus, Ricordi Video, BMG Video Pays de production : , , Langue : anglais Système et pellicule : Techniscope, Technicolor Format image : 2.35 Longueur de pellicule : Durée : Genre : drame, historique, aventure Dates de sortie : Allemagne de l'Ouest : Autres titres connus : : Struggle for Rome (titre international) : The Fight for Rome : The Last Roman : La invasión de los bárbaros : Walka o Rzym, czesc I : Harc Rómáért

Distribution

Laurence Harvey : Cethegus Orson Welles : l'empereur Justinien Sylva Koscina : l'impératrice Théodora Harriet Andersson : Mathaswintha Honor Blackman : Amalaswintha Robert Hoffmann : Totila Michael Dunn : Narsès Ingrid Boulting (créditée comme Ingrid Brett) : Julia Lang Jeffries : Bélisaire Florin Piersic : Vitigès : Teja Friedrich von Ledebur : Hildebrand Dieter Eppler : Thorismund Ewa Strömberg : Rauthgundis : Aligern : Furius : Aspa Alexandru David : soldat

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Articles connexes Liste de films se déroulant dans la Rome antique Pour la conquête de Rome II

Liens externes

Le Dernier des Romains (Pour la conquête de Rome) sur le site « PEPLVM - Images de l'Antiquité » La calata dei Barbari sur le site « Cinema e Medioevo » La calata dei Barbari sur le site « Comingsoon » Affiche de la version roumaine Batalia pentru Roma

Catégorie:Film ouest-allemand sorti en 1968 Catégorie:Film italien sorti en 1968 Catégorie:Film roumain sorti en 1968 Catégorie:Film réalisé par Sergiu Nicolaescu Catégorie:Film réalisé par Robert Siodmak Catégorie:Film réalisé par Andrew Marton Catégorie:Film dramatique ouest-allemand Catégorie:Film dramatique italien Catégorie:Film dramatique roumain Catégorie:Film historique ouest-allemand Catégorie:Film historique italien Catégorie:Film historique roumain Catégorie:Péplum italien Catégorie:Péplum ouest-allemand Catégorie:Péplum roumain Catégorie:Film d'aventure ouest-allemand Catégorie:Film d'aventure italien Catégorie:Film d'aventure roumain Catégorie:Film en deux parties Catégorie:Film tourné en Roumanie Catégorie:Film se déroulant dans la Rome antique Catégorie:Film se déroulant au haut Moyen Âge Catégorie:Film se déroulant au VIe siècle Catégorie:Empire byzantin dans l'art et la culture Catégorie:Film sur une guerre médiévale Catégorie:Théodora au cinéma Catégorie:Film en anglais