John Wilkes Booth, né le à Bel Air (Maryland) et mort le à Port Royal (Virginie), est un acteur de théâtre américain et sympathisant des Confédérés. Il assassine Abraham Lincoln, seizième président des États-Unis et membre du parti républicain, au théâtre Ford de Washington le .

Booth avait rencontré le succès dans le Maryland où il était acteur de théâtre et membre d'une famille d'acteurs. Il éprouvait un profond mécontentement à la suite de la défaite des Sudistes, à l'issue de la guerre de Sécession (1861-1865) ; il était notamment fermement opposé à la décision de Lincoln d'étendre le droit de vote aux esclaves récemment émancipés.

John Wilkes Booth constitua un groupe de conspirateurs dont le but était de tuer Abraham Lincoln et d'autres personnalités, comme le vice-président, Andrew Johnson et le secrétaire d'État, William Seward, dans une tentative désespérée de venir en aide à un Sud vacillant. Bien que l'armée de Virginie du Nord, menée par le général Lee, eût capitulé quatre jours plus tôt, Booth pensait que la guerre n'était toujours pas terminée dans la mesure où l'armée du général confédéré Joseph Johnston affrontait toujours l'armée de l'Union, conduite par le général Sherman. De tous les conspirateurs, Booth fut le seul à atteindre son objectif.

Après l'attentat contre Lincoln, Booth s'enfuit à cheval vers le sud du Maryland et s'abrita dans une ferme du nord de la Virginie, où il fut repéré et abattu par des soldats de l'Union deux semaines plus tard. Plusieurs autres conspirateurs furent jugés et pendus peu de temps après..

Ironiquement, le propre frère de John Wilkes Booth, Edwin Booth, avait sauvé la vie d'un des quatre fils d'Abraham Lincoln, Robert Lincoln, quelques années auparavant.

Biographie

Contexte et premières années de John Wilkes Booth Ses parents, le célèbre acteur shakespearien et sa maîtresse l'actrice Mary Ann Holmes, émigrèrent d'Angleterre aux États-Unis en 1821 et achetèrent une ferme près de Bel Air, dans le comté de Harford (Maryland), où John Wilkes Booth vit le jour le Joseph Geringer, John Wilkes Booth: A Brutus of His Age, Crime Library. Court TV.La maison de la famille Booth, le « Tudor Hall », avait été construite en 1847 et est toujours debout de nos jours. Le comté de Harford en a fait l'acquisition en 2006 dans le but d'en faire un musée ouvert au public.. Il devait son prénom au révolutionnaire britannique John Wilkes, dont la famille se disait cousineL'oncle de Booth, Algernon Sydney Booth, est l'arrière-arrière-arrière-grand-père de Cherie Blair (née Booth), l'épouse de l'ancien Premier ministre du Royaume-Uni Tony Blair – ..

John Wilkes Booth fut éduqué par la littérature classique et notamment Shakespeare. Il suivit les cours de l'académie de Bel Air, dont le proviseur le décrivait comme un jeune homme Stanley Kimmel, The Mad Booths of Maryland, Bobbs-Merrill, Indianapolis, 1940..

En 1850-1851, il étudia à la Boarding School de Milton, une école pour garçons située à , dans le MarylandLe bâtiment de la Boarding School de Milton, à Sparks, existe toujours. C'est aujourd'hui un restaurant, nommé la Milton Inn.. Comme le racontait la sœur de Booth, Asia Booth Clarke, dans son livre The Unlocked Book, le futur acteur rencontra une vieille femme gitane dans les bois près de l'école ; celle-ci lui prédit des moments difficiles et lui dit qu'il mourrait jeuneAsia Booth Clarke, The Unlocked Book (1938).. En 1851, à l'âge de , Booth était à Saint Timothy's Hall, l'académie militaire de Catonsville, dans le Maryland. Marchant sur les traces de leur père qui était mort en 1852, Booth et ses frères, Edwin et Junius Brutus Jr. devinrent des acteurs très renommés pour le milieu du On fait souvent le lien entre Booth et l'assassin de Jules César, Marcus Junius Brutus, dont le père de Booth portait d'ailleurs le prénom. Le , Booth jouait, dans une version du Jules César de Shakespeare, le rôle de Marc Antoine. Son frère Edwin jouait le rôle principal, celui de Brutus – ..

Carrière théâtrale et guerre civile vignette|John Wilkes Booth, Edwin Booth et Junius Brutus Booth Jr. jouant dans le Jules César de Shakespeare en 1864. À l'âge de , John Wilkes Booth joua le comte de Richmond dans le Richard III de Shakespeare, mais il ne joua plus jusqu'en 1857, lorsqu'il rejoignit la compagnie du théâtre d'Arch Street, à Philadelphie. À sa demande, il figurait au générique sous le nom de « J.B. Wilkes », un pseudonyme qu'il avait choisi pour faire oublier le nom célèbre qu'il portait. En 1858, il fut accepté comme membre de la compagnie du théâtre de Richmond (Virginie), et devint extrêmement populaire. Certains critiques l'avaient même élu « plus bel homme d'Amérique ». Il mesurait , avait des cheveux de jais et était fin et athlétique. Il était excellent escrimeur. Nombre d'observateurs contemporains notaient ses performances physiques et acrobatiques George Alfred Townsend, The Life, Crime and Capture of John Wilkes Booth, New York, éd. Dick & Fitzgerald, 1865 .. Une actrice qui le côtoyait se souvient qu'il s'était un jour coupé avec sa propre épée.

Le , John Wilkes Booth assista à la pendaison du militant abolitionniste John Brown, exécuté pour sa prise de l'arsenal de Harpers Ferry, en Virginie (aujourd'hui en Virginie-Occidentale). Booth acheta un uniforme à un soldat de la milice des GrisSurnom donné aux soldats confédérés du Nord, en raison de la couleur de leur uniforme. de Richmond, qui allait à Charles Town, et rejoignit les soldats confédérés qui assuraient la surveillance du procès de Brown. Lorsque Brown fut pendu, Booth s'avança jusqu'au pied de l'échafaud.

Abraham Lincoln, élu président le , avait pour but d'abolir l’esclavage et de donner plus de droits aux Afro-Américains. Booth, et une grande majorité des personnes vivant au sud des États-Unis, n’appréciaient pas ce changement, ce qui créa des tensions entre le Nord, soit le gouvernement fédéral et le sud, soit les États Confédérés. Le mois suivant, Booth écrivit un long discours condamnant l'abolitionnisme du Nord et exprimant son soutien franc au Sud et à son système d'esclavagisme. Le , la guerre civile éclata et onze États du Sud firent sécession de l'Union. La famille de Booth était originaire du Maryland, un État frontière qui demeura dans l'Union durant la guerre, en dépit d'une partie importante de la population favorable à l'Armée confédérée. Comme le Maryland avait une frontière commune avec le district de Columbia (Washington), Lincoln y instaura la loi martiale et ordonna l'emprisonnement des leaders politiques du Maryland pro-sécession au fort McHenry afin de prévenir la sécession de cet État. Beaucoup, dont Booth, jugèrent cet acte anticonstitutionnel M. Kauffman, American Brutus: John Wilkes Booth and the Lincoln Conspiracies, 2004, .. thumb|left|Le théâtre Ford au , par Mathew Brady. Bien que Booth fût en faveur des Confédérés, sa famille, comme beaucoup de gens du Maryland, était divisée. Afin de préserver l'harmonie parmi ses frères, Booth promit à sa mère qu'il ne s'engagerait pas dans l'Armée confédérée. Sa carrière d'acteur l'obligeait à voyager beaucoup, au nord comme au sud, et jusqu'à La Nouvelle-Orléans, à l'ouest. Fidèle à ses convictions pro-sudistes et anti-Lincoln, Booth fut arrêté au début de l'année 1862 par un prévôt de Saint-Louis pour avoir parlé contre le gouvernement.

John Wilkes Booth et Lincoln se croisèrent à plusieurs reprises. Lincoln était un grand amateur de théâtre et aimait particulièrement Shakespeare. Le , il assista à une représentation du Cœur de marbre de Charles Selby, au théâtre Ford de Washington, dans laquelle Booth interprétait le rôle de Raphaël. À un moment de la pièce, Booth aurait pointé le doigt en direction de Lincoln en déclamant une tirade. Lincoln était alors assis dans la tribune présidentielle où il serait plus tard assassiné.

La dernière apparition de John Wilkes Booth sur la scène du théâtre Ford eut lieu le dans le rôle du duc Pescara, dans L'Apostat. Ce fut la dernière interprétation de sa carrière. Sa famille était amie de longue date avec John Thomson Ford, le propriétaire du théâtre, et Booth y avait ses habitudes. Il s'y faisait même livrer son courrier. Il avait donc la possibilité de pénétrer dans le théâtre à sa guise, de jour comme de nuit.

Complot pour l'enlèvement de Lincoln vignette|John Wilkes Booth avait décidé d'enlever Lincoln dans la vieille maison des Soldats. En 1864, la guerre tournait en faveur du Nord. Celui-ci bloqua les échanges de prisonniers afin de tenter de diminuer la taille de l'Armée confédérée et parce que les Confédérés refusaient d'échanger des prisonniers afro-américains. John Wilkes Booth commença à échafauder un plan pour enlever Lincoln dans sa résidence d'été, la Vieille Maison des Soldats (Old Soldiers Home), située à de la Maison-Blanche, et lui faire traverser le Potomac pour Richmond. Il aurait été échangé contre environ sudistes retenus dans les geôles du Nord. Il parvint à recruter de vieux amis comme complices : Samuel Arnold et Michael O'Laughlen Benjamin P. Thomas, Abraham Lincoln, a Biography, New York, éd. Random House, 1952..

Durant l'été 1864, John Wilkes Booth rencontra plusieurs sympathisants bien connus des Confédérés à la Maison Parker, à Boston (Massachusetts). En , il fit sans raison apparente un voyage à Montréal. Montréal était alors un centre réputé pour héberger clandestinement des activistes pro-Confédérés. Il y resta dix jours et séjourna un temps à Saint-Lawrence Hall, un lieu de réunion des services secrets confédérés et y rencontra au moins un forceur de blocus. Il est vraisemblable que c'est en cette circonstance qu'il rencontra aussi le directeur des services secrets confédérés, James Dunwoody Bulloch, ainsi que , jadis ambassadeur des États-Unis en Grande-Bretagne. Booth aurait été un membre actif des « Chevaliers du Cercle d'or », décrit comme un « nid d'espions secesh » (c'est-à-dire pro-sécessionniste). vignette|gauche|Portrait de John Wilkes Booth. Des chercheurs en histoire se sont interrogés sur les motivations du voyage de Booth à Montréal et ce qu'il y a fait. Aucune preuve solide liant la tentative d'enlèvement ou d'assassinat de Lincoln au gouvernement confédéré n'a pu être établie, bien que cette éventualité ait été longuement développée dans deux ouvrages : Spying For America, de Nathan Miller, et Come Retribution: the Confederate Secret Service and the Assassination of Lincoln, de William Tidwell.

John Wilkes Booth commença à consacrer de plus en plus d'énergie et d'argent à mettre au point son plan d'enlèvement d'Abraham Lincoln après la réélection de celui-ci au début de . Il rassembla une bande de sympathisants sudistes, dont David Herold, George Atzerodt, John Surratt et Lewis Powell (aussi connu sous le nom de Lewis Payne). Ils commencèrent à se rencontrer à la pension de la mère de Surratt, Mary Surratt.

Le , John Wilkes Booth monta sur scène la première et unique fois accompagné de ses deux frères, Edwin et Junius, dans une représentation unique de Jules César de Shakespeare, au théâtre de Winter Garden à New YorkLes recettes permirent l'érection d'une statue de William Shakespeare à Central Park, monument toujours debout.. La représentation fut interrompue par une tentative avortée d'agents confédérés clandestins de mettre le feu à plusieurs hôtels et, partant, à toute la ville de New York, par le moyen d'un feu grégeois. Un de ces hôtels se trouvait à côté du théâtre, mais le feu fut rapidement maîtrisé. Le lendemain matin, en compagnie de son frère Edwin, Booth se montrait très amer contre Lincoln et la guerre. vignette|redresse|Lucy Hale, fiancée de John Wilkes Booth en 1865.