Un atelier d'écriture désigne généralement un lieu coopératif consacré à l'écriture qui, à la fois, suscite et sollicite la créativité des participants, en particulier au moyen d'inducteurs et de « contraintes » artistiques volontaires proposées au groupe par l'intervenant. Comme toutes les pratiques artistiques de groupe, l'atelier d'écriture peut avoir différents objectifs (création, formation, initiation, lutte contre l'illettrisme, visée thérapeutique) en fonction du public et des lieux institutionnels dans lesquels il se développe.

Historique de la technique

Comme souvent dans l'histoire des idées on ne peut attribuer à une seule personne l'origine de ce mouvement. Les ateliers d'écriture ont cependant plusieurs points d'émergence.

Aux États-Unis La technique des ateliers d'écriture est ancienne aux États-Unis, où elle s'appelle « creative writing » dans le cadre de « writing workshops ». Elle constitue même un des points d'opposition culturelle entre ce pays et l'Europe — notamment la France — où les écrivains ont, jusqu'à ces dernières années, toujours soutenu que l'on n'apprenait pas à écrire. Aux États-Unis, où le pragmatisme est de règle, on trouve dans tous les départements de littérature des ateliers d'écriture qui sont dirigés par des écrivains reconnus. Mais l'opposition culturelle est aussi dans les fondements qui sous-tendent le métier, différents en Angleterre ou au Japon (même si l'appellation en anglais est la même) ainsi que dans le monde francophone (France, Québec, Afrique…).

En France, Belgique et pays francophones

Les prémices des ateliers d'écriture peuvent remonter par exemple à Louise Michel, l’une des figures de la Commune de Paris, qui les a utilisés pour aider les Canaques auprès desquels elle était emprisonnée en Nouvelle-Calédonie, comme outil pédagogique pour défendre la liberté, la connaissance et la parolehttp://www.scd.uhp-nancy.fr/docnum/SCDMED_MORT_2011_DEMARE_LUCIE.pdf.

Bien plus tard, Émilia Ferreiro, psycholinguiste argentine, soutient — dans une recherche sur les processus d’appropriation de la langue écrite par l’enfant et sa façon de concevoir le système d’écriture, menée au Mexique« Lire-écrire à l’école, comment s’y apprennent-ils ? », CRDP Lyon, 1988. —, que « L’essentiel de l’activité de l’enfant face à l’écrit est d’ordre cognitif…» et que l'acquisition de l'écrit ne commence pas à l'école. Dans le même temps apparaissent des mouvements, eux aussi d'avant-garde, à l'école: Montessori, Freinet, ainsi que des pratiques développées par des instituteurs d'après-guerre confrontés à des enjeux de reconstruction et d'éducation des enfants, qui ont parfois élaboré, seuls dans leurs classes, des approches pédagogiques originales et novatrices. C'est l'héritage d'une certaine (école) "Communale", caractérisée par des savoir-faire transmis lors d'une formation longue: devenir instituteur passe par l'École Primaire supérieure puis l'École Normale, de 12 à 18 ans. Cette formation vise à acquérir des compétences pédagogiques et une ouverture culturelle que les instituteurs proposent ensuite dans leur enseignement. Parmi ceux qui ont fait mouvement, Célestin Freinet a mis au point dès 1935 une technique de pédagogie active dite Pédagogie Freinet fondée sur la mobilisation des élèves avec, entre autres, l'écriture de textes libresPour les praticiens actuels, les ateliers d'écriture se démarquent nettement du texte libre de Célestin Freinet, en raison notamment du recours à divers dispositifs, contraintes ou procédures qui caractérisent les premiers, alors que les seconds ont un caractère par définition plus spontané. à partir d'un thème.

Vers la fin des années 1960 Henri Tramoy, Plaidoyer contre la professionnalisation des ateliers d'écriture, Livres , bulletin de l'Agence régionale du livre, Provence Alpes Côte d'Azur, 1999, une nouvelle impulsion est donnée aux ateliers d'écriture, menée par le Secteur Poésie-Écriture du Groupe français d'éducation nouvelle (GFEN) Sous l'impulsion notamment de Michel Ducom, Jacqueline Saint-Jean, Pierre Colin, Michel Cosem qui fut responsable du secteur de 1967 à 1987, etc. et la revue Encres VivesIsabelle Rossignol, L'invention des ateliers d'écriture en France, L'Harmattan, 1996. Les ateliers d'écriture du GFEN se sont immédiatement inscrits dans une problématique double : d'un côté, la construction du pouvoir d'écrire (lieu : le savoir, l'école, la formation) ; de l'autre, la création littéraire en général et poétique en particulier. Ces pratiques ont notamment été diffusées au moyen de la revue Cahiers de Poèmes. Le GFEN a créé une biennale des ateliers d'écriture. Ce mouvement et cette recherche sont encore féconds aujourd'hui. Certains animateurs des ateliers GFEN ont fondé, dans les années 1970-1980, des revues de création : Glyphes, Filigranes, Rivaginaires, Soleils et cendre.

En 1969, Élisabeth Bing commence à travailler avec des enfants en difficulté scolaire et psychique à Dieulefit dans la Drôme. Elle surmonte les problèmes en mettant au point un mode d'incitation à l'écriture pour les enfants.

L'Université d'Aix-en-Provence et Élisabeth Bing, ouvrent alors des ateliers pour des adultes concernés par le désir d'écrire, les deux sont reconnues en France comme initiatrices de cette démarche. L'atelier d'écriture tel que décrit par Élisabeth Bing se situe radicalement du côté de la création littéraire.

La thèse d'Isabelle Rossignol (1994) identifie trois points de friction :

Statut de l'écriture : conception existentielle vs approche métier Rôle des contraintes : libération psychique vs structuration cognitive Finalité sociale : thérapie individuelle vs professionnalisation collective

Comme le notait déjà Claudette Oriol-Boyer en 1984, cette synthèse franco-française constitue "une troisième voie entre le modèle thérapeutique anglo-saxon et l'académisme patrimonial germanique ». Elle témoigne d'une conception de l'écriture comme pratique sociale autant qu'artistique.

En 1975, Pierre Frenkiel et Roland Gohlke fondent à Paris le CICLOP (Centre Interculturel de Communication Langues et Orientation Pédagogique). Cette association propose au grand public et aux institutions des ateliers d'écriture centrés sur la personne et non sur le texte. Il s'agit en effet de proposer aux participants des groupes ayant comme objectif de changer positivement la relation à l'acte d'écrire. L'hypothèse des fondateurs est que cette relation peut être facilitée ou empêchée pour des raisons relationnelles. C'est donc en mettant en œuvre diverses techniques de mise en relation entre les personnes que l'on peut dépasser les difficultés initiales.

Anciennement réunies sous l’appellation European Network of Creative Writing Programmes (ENCWP), les principales structures européennes d'ateliers d'écriture se sont regroupées depuis 2010 sous le nouveau titre d’EACWP (European Association of Creative Writing Programmes)..

Les universités ouvrent des ateliers et des enseignements sur l'écriture littéraire et la création, notamment l'Université de La Sorbonne-Nouvelle ou La Sorbonne.

Fonctionnement des ateliers d'écriture Les principes fondateurs

Les applications récentes Les écrivains français s'opposaient historiquement à l'idée même que l'on puisse apprendre à écrire"L'écriture est une affaire personnelle et de longue haleine. Il n'existe évidemment pas de recette." Paul Desalmand in 'Le guide de l'écrivain, 2004, LEDUC.S Éditions.. CertainsPar exemple, François Bon, Hubert Haddad, Pierre Colin, Jacqueline Saint-Jean ou Philippe Berthaud défendent aujourd'hui cette démarche et sont devenus des adeptes de cette méthode et conduisent régulièrement des ateliers dans des lieux de résidence, des lycées, des collèges, des écoles primaires, des maisons de jeunes, des maisons de retraite et des lieux critiques comme une usine, une prison, un quartier en difficulté. « Le propre d'un atelier d'écriture, et ce, quel que soit son public, est d'abord de décoder la pratique de l'écriture. Le langage est un code et l'écriture, l'une des formes de ce code. » Thierry Maricourt, Aux marches du savoir : les ateliers d'écriture, Licorne L'Harmattan, 2009, ..

Certaines facultés ont intégré dans la formation des ateliers d'écriture, comme à Cergy, Nîmes, Aix, à l'Université de Provence. Certains IUFM forment les futurs enseignants à l'animation d'ateliers d'écriture. CY Cergy Paris Université propose des formations en écriture créative.

La plupart des grandes maisons d'édition ou des magazines et journaux à grands tirages proposent désormais leurs propres ateliers d'écriture : NRF chez Gallimard, Lire-Le Magazine littéraire, La Croix l'Hebdo.

Les ateliers en Suisse romande Depuis une trentaine d’années, le mouvement des ateliers d’écriture s’est aussi étendu en Suisse francophone. Au début des années 1980, Mary Anna Barbey, écrivaine romande d’origine américaine, développait les premiers groupes dans la région de Lausanne. Parmi les institutions pionnières ont figuré les Universités populaires, notamment celle de Lausanne.

D’autres ateliers ont fleuri dans la région de Genève, le plus souvent à l’initiative d’un initiateur passionné. Le concept reste cependant marginal en Suisse romande, et ne bénéfice guère du soutien des autorités culturelles.

Différente est l’ambition de l’Institut littéraire suisse, unique dans le pays, né en 2006 dans une forte controverse, en particulier au sein de l’Association des auteurs et des autrices suisses. Parmi les questions les plus vivement débattues, le thème de l’écriture littéraire, que l’on peut ou non apprendre selon les opinions, et la crainte de voir les étudiants sortir d’un « moule » rigide et stéréotypés.

Autres formes d’ateliers d’écriture

L'atelier d’écriture spontanée Si les ateliers d’écriture ont généralement un objectif littéraire, il existe une autre forme d’atelier : l’atelier d’écriture spontanée. L’écriture spontanée aide à avoir accès à son monde intérieur et permet de découvrir son potentiel créatif« Le but de ces ateliers est d'amener tout un chacun, quel que soit son milieu ou son niveau intellectuel, à se connecter à sa source de créativité, à être en mesure d'exprimer ses émotions, à ramener à la surface des perceptions à peine effleurées pour leur donner forme et les partager éventuellement avec les autres. C'est accompagner le participant à s'éveiller à son identité profonde, à des parties encore inexplorées de lui-même. » Alia Isselée, Les ateliers de la Plume. . Loin de toute contrainte formelle ou académique« Ecrire spontanément nécessite de se démarquer des attitudes scolaires, professionnelles ou des représentations que l’on veut avoir de l’écrire (écrire bien, faire des phrases correctes, sans fautes, énoncer clairement, etc.) et d’accepter de laisser venir dans l’écriture le nouveau, le surprenant, l’insu… » Christiane Rebattet, Passages d’Ecriture , l’atelier d’écriture spontanée est « un outil d’éveil à son identité profonde par le biais de la créativité ».. Il s’agit de laisser jaillir les mots. « Spontané » signifie en effet « qui se laisse aller à son propre mouvement, à son impulsion naturelle sans se laisser freiner ou entraver par les blocages du conformisme, de la raison, de la réflexion, de la volonté, etc. »..

L'atelier d’écriture créative L’objectif premier d'un atelier d’écriture créative est de partager avec d'autres le plaisir d’écrire. Ces ateliers offrent un espace ludique permettant l’expression et le développement de l’imaginaire et de la créativité. Les participants y viennent pour écrire, pour se faire du bien, pour travailler leur style, découvrir de nouveaux outils, ou pour stimuler et aiguiser leur plume. Ces ateliers sont animés en général par des auteurs, des autrices ou des spécialistes de l’écriture créative.

L'atelier d’écriture thérapeutique