vignette|upright=1|Migrants lors de la crise entre la Colombie et le Venezuela.

Une crise diplomatique, humanitaire et migratoire a lieu entre la Colombie (gouvernement du président Juan Manuel Santos) et le Venezuela (gouvernement du président Nicolás Maduro) du au . L'élément déclencheur de cette crise est la volonté proclamée des autorités vénézuéliennes, de refréner l'expansion du , qui, selon la version du gouvernement vénézuélien, se serait manifesté par une embuscade contre la force publique vénézuélienne. Cela aboutit à la mise en place de l'état d'exception dans plusieurs municipalités des États de Táchira, de Zulia, d'Apure et d'Amazonas, limitrophes de la Colombie, ainsi qu'à la fermeture définitive de certaines portions de la frontière entre les deux pays. Au , le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés estime que plus de Colombiens ont quitté le Venezuela, dont plus de 85 % volontairement, mais pour certains expulsés.

Historique La fermeture subite de la frontière vénézuélienne Contexte Depuis les années 1970, les Colombiens ont fui au Venezuela pour éviter le conflit armé colombien qui touche leur pays. et, dans les années 1990, ils représentent 77 % de tous les immigrants au Venezuela, selon Raquel Alvarez, sociologue à l'université des Andes au Venezuela.. Lorsque la crise frontalière éclate, plus de 5 millions de Colombiens vivent au Venezuela, dont plusieurs centaines de milliers ont immigré illégalement. La présence de ces derniers reste néanmoins acceptée par les autorités vénézuéliennes, et les migrants illégaux peuvent également bénéficier des programmes sociaux proposés par leur pays d'accueil. Au début des années 2000, le président vénézuélien Hugo Chávez avait développé de nombreux programmes sociaux appelés « Missions bolivariennes »... Avec ces programmes, le gouvernement de Chávez a accordé aux Colombiens la résidence, le droit de voter et d'autres services sociaux, offrant même les trajets en bus pour faire traverser la frontière aux Colombo-Vénézuéliens souhaitant participer aux élections.. La création de contrôles des changes et de subventions sous l'ère Chávez a également entrainé un développement des activités de contrebande au niveau des frontières.. Ainsi, des bandes organisées colombiennes, paramilitaires ou non, profitaient souvent des subventions du gouvernement bolivarien sur les produits d'usage courant, pour les transporter illégalement vers la Colombie où les mêmes marchandises s'échangeaient sur des prix beaucoup plus élevés ..

Par ailleurs, les groupes paramilitaires colombiens orchestraient, selon le gouvernement chaviste, des meurtres de nature politique au Venezuela, comme ceux de Danilo Anderson, procureur vénézuélien chargé de l’enquête sur des personnes impliquées dans la tentative de coup d’État d'avril 2002, assassiné en 2004 ; et de Robert Serra, élu socialiste à l'Assemblée nationale tué avec son épouse en 2014.

Début de la crise vignette|upright=1|Municipalités colombiennes et vénézuéliennes touchées par la crise entre les deux pays. Le , à la suite d'une embuscade dans laquelle trois militaires et un civil sont blessés, le président du Venezuela Nicolás Maduro ordonne la fermeture pour 72 heures d'une portion de la frontière avec la Colombie, dans le nord-ouest du Venezuela, au niveau de San Antonio del Táchira et d'Ureña. Selon Maduro, l'attaque s'est déroulée alors que les militaires , demandant alors , ..

État d'exception décrété Le , au terme des 72 heures, Maduro décide de fermer indéfiniment la partie de la frontière et décrète l'état d'exception pour une durée prorogeable de 60 jours dans plusieurs villes de l'ouest du pays., à savoir Bolívar, Pedro María Ureña, Junín, Libertad, Independencia et Rafael Urdaneta situées dans l'État de Táchira... Le gouvernement vénézuélien a ainsi recours à l'état d'exception pour la première fois depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de la république bolivarienne du Venezuela promulguée par Hugo Chávez en 1999.. Cette décision unilatérale de Caracas, qui attise les tensions entre les deux pays, est alors déplorée par le président colombien Juan Manuel Santos. Ce dernier plaide pour davantage de collaboration entre la Colombie et le Venezuela afin de lutter plus efficacement contre les activités de guérilleros, de paramilitaires, de trafiquants de drogue et de contrebandiers..

Le , lors d'une conférence de presse devant les médias nationaux et internationaux au palais de Miraflores à Caracas, Nicolás Maduro annonce que le groupe de six individus ayant attaqué les trois soldats des Forces armées vénézuéliennes (FANB) a été capturé.. Il serait composé de quatre Colombiens. : Erika Moncada Higuita, âgée de 29 ans et qui serait l'épouse du chef du groupe paramilitaire ayant perpétré l'attaque ; Carlos Andrés Arango, 31 ans, alias El Paisa ; Sergio Onofre Ojeda, 19 ans, alias El Caliche ; Franklin Valerio, 22 ans, alias El Baraja. Deux Vénézuéliens, Julio César Villacid León et Willmer Alexis Tarazona, alias El Soldado, auraient également été impliqués dans l'embuscade.

Expulsion et exode des Colombiens

upright=1|vignette|Officiers de la police nationale colombienne fournissant des articles à une femme et son enfant. À la suite de la déclaration d'état d'exception du , une opération policière, appelée « opération de libération du peuple », est menée pour chercher des paramilitaires colombiens à San Antonio del Táchira, dans le quartier La Invasión où 90 % des habitants seraient Colombiens. José Rozo, ex-président vénézuélien de la chambre de commerce de cette ville, explique que . Il souligne également que de nombreux Colombiens ont été expulsés, sans pouvoir emporter leurs effets personnels et que des cas de maltraitance de la part des militaires ont été constatés. Des familles auraient été séparées, les parents colombiens étant renvoyés de force en Colombie sans leurs enfants lorsque ceux-ci avaient la nationalité vénézuélienne.

Dès le au soir, un " centre de commandement commun " est mis en place à Cúcuta, sous le commandement de la police de San Mateo, afin de selon un communiqué officiel signé par Juan Manuel Santos. De la nourriture, des soins de santé et des services de transport pour ceux qui arrivent à la frontière et dans les centres de migration sont également distribués. Le ministre de l'Intérieur colombien, Juan Fernando Cristo, considère que .

Le , Juan Manuel Santos ordonne le rappel de l’ambassadeur colombien au Venezuela, officialisant par cette mesure l'état conflictuel des relations entre les deux pays . Il juge ainsi qu'.

Face à la crise, des discussions inquiètes, mais sans grand aboutissement Première réunion entre les ministres colombienne et vénézuélienne des Affaires étrangères

Afin de tenter de trouver une solution à la crise qui secoue les deux pays, les ministres des Affaires étrangères vénézuélienne, Delcy Rodríguez et colombienne, María Ángela Holguín se retrouvent le lors d'une réunion dans la ville colombienne de Carthagène des Indes. Outre le problème de la crise frontalière, elles abordent également d'autres thèmes tels que les trafics de drogue et la contrebande d'essence et de denrées alimentaires. Si les deux femmes déclarent avoir eu un et fait , elles ne parviennent néanmoins pas à trouver un accord définitif après près de cinq heures de discussions à huis clos.

Lors de ce dialogue bilatéral, Rodríguez accepte que les déportés colombiens puissent retourner au Venezuela, accompagnés par les autorités, afin de récupérer les biens qu'ils ont dû abandonner lors de leur expulsion. Elle convient également avec Holguín de travailler conjointement sur un protocole pour les déportations. Néanmoins, elle affirme que les déportés colombiens n'ont pas été maltraités et qu'il s'agit d'une manipulation médiatique contre son pays, certifiant que sa nation est l'une des constitutions respectant le plus les droits de l'homme.

Rappel des ambassadeurs et extension de l'état d'exception Le , une rencontre est prévue au niveau du pont international Simón Bolívar reliant Cúcuta à San Antonio del Táchira, entre le , , et le gouverneur de l'État de Táchira, . Elle n'a finalement pas lieu car le gouvernement de Nicolás Maduro ne permet pas à Otálora de rentrer sur le territoire vénézuélien afin de traiter du sujet des migrants. Dans la foulée, Bogota rappelle son ambassadeur au Venezuela, Juan Manuel Santos expliquant ce choix par le fait que le Venezuela n'ait pas respecté l'accord trouvé la veille, permettant une visite du défenseur du peuple colombien à San Antonio del Táchira pour vérifier des allégations d'abus commis sur des Colombiens expulsés. C'est la première fois en cinq ans de présidence que Santos décide de faire revenir son ambassadeur, alors qu'il tentait jusque lors de rétablir de bonnes relations entre les deux pays, relations qui étaient très tendues du temps d'Álvaro Uribe (2002-2010) et de Hugo Chávez (1999-2013). Le gouvernement vénézuélien réplique alors en faisant de même avec son ambassadeur en poste à Bogota. Delcy Rodríguez déclare à cette occasion que .

Le lendemain, Nicolás Maduro annonce qu'il étend l'état d'exception à quatre nouvelles municipalités situées à l'ouest de l'État de Táchira et frontalières à la Colombie (Ayacucho, García de Hevia, Lobatera et Panamericano) comme indiqué dans l'article 1 du décret 1969.

Non-intervention de l'Organisation des États américains

Devant faire face à une situation qualifiée de par les dirigeants colombiens, la Colombie demande à l'Organisation des États américains (OEA) d'organiser une réunion spéciale entre ministres des Affaires étrangères afin d'analyser le conflit frontalier qui l'oppose au Venezuela depuis le . Cette requête est alors sujette à un vote de la part de l'OEA lors de la session du , mais Bogota y essuie un revers dans sa confrontation avec Caracas, l'OEA refusant de se saisir du dossier. Selon les règles définies, la Colombie devait obtenir au moins 18 votes en sa faveur parmi les 34 pays membres pour que la demande soit validée. Avec 17 votes pour, 5 contre, 11 abstentions et une absence, il manque ainsi une voix pour que l'OEA se prononce sur le conflit entre les deux pays après avoir été prévenue des déportations de plus d'un millier de Colombiens en provenance du Venezuela.

Les votes se sont répartis comme suit : Pour : Colombie, Costa Rica, Salvador, États-Unis, Guatemala, Guyana, Honduras, Jamaïque, Mexique, Paraguay, Pérou, Sainte-Lucie, Uruguay, Bahamas, Barbade, Canada et Chili ; Contre : Équateur, Haïti, Nicaragua, Bolivie et Venezuela. Abstentions : Panama, Grenade, République dominicaine, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Suriname, Trinité-et-Tobago, Antigua-et-Barbuda, Belize, Brésil et Argentine ; Absence : Dominique.

Après l'annonce des résultats, María Ángela Holguín, la ministre colombienne des Affaires étrangères, afin de justifier les causes de son revers diplomatique, affirme que le Venezuela exerce une influence sur les Caraïbes via l'entreprise publique vénézuélienne Petrocaribe qui fournit du pétrole à des conditions préférentielles aux pays caribéens. Par ailleurs, elle exprime sa surprise devant la position du Panama qui aurait changé son vote à la dernière minute. Le président panaméen Juan Carlos Varela justifie la position de son pays en déclarant que . Néanmoins, Holguín, qui considère que c'est une défaite pour l'OEA au sujet des droits de l'homme et des migrants, a préféré relativiser le résultat en valorisant les votes de soutien à la Colombie qui sont .