Foulques de Villaret, né au château d'Allenc et mort le à Teyran, est élu grand maître des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem de à à la suite de son oncle Guillaume de Villaret. C'est sous son magistère que le siège de l'ordre est déplacé à Rhodes.

Biographie Avant la grand maîtrise Foulques de Villaret est né dans le château familial de la seigneurie d'Allenc, en Gévaudan, il est le fils du seigneur de Serviès. Il est tout d'abord amiral, responsabilité qu'il obtient le . Puis, le , il devient grand précepteur. Il profite de ce que son oncleFoulques et Guillaume étaient considérés comme frères par les auteurs anciens, Guillaume, soit le grand maître de l'ordre pour en devenir son lieutenant ad interim en 1303.

La grand maîtrise

C'est en que Foulques de Villaret est élu comme maître de l'Ordre, succédant ainsi à son oncleDelaville Le Roulx n'ayant pas connaissance de la lettre de Foulques de juillet 1305 indiquait la période entre le et le Delaville Le Roulx (1913) page=2.. En 1305, il répond dans un mémoire à une demande du pape en proposant diverses mesures pour préparer une nouvelle croisade, dont l'établissement d'une dîme sur les biens ecclésiastiques et d'une taille sur les Juifs de la Chrétienté. À cette époque, Clément V, comme ses contemporains, est aussi préoccupé par la fusion des ordres militaires.

La conquête de Rhodes

À son arrivée à la tête de l'Ordre, les chevaliers étaient stationnés à Chypre. Le , avec l'aide du Génois Vignolo de Vignoli, deux galères de l'Ordre et quelques autres bateaux avec à leurs bord trente-cinq frères et de pied se lancent à l'attaque de l'île de Rhodes. Les Hospitaliers s'emparent le du château ruiné de Pheraclos, mais leur assaut sur la ville de Rhodes cinq jours plus tard est repoussé. En novembre, ils prennent par trahison le château de et peu après la forteresse de Lindos. Entretemps, Villaret est retourné à Chypre où se tient un chapitre général le . Les Hospitaliers s'adressent à l'empereur Andronic II Paléologue lui proposant de lui fournir, contre les Persesc'est-à-dire les Turcs, en échange d'une reddition. L'empereur, indigné, rejette l'offre en La date de 1308 donnée entre autres par Delaville Le Roulx, (1904, p. 277) résulte d'une mauvaise interprétation de l'œuvre de Pachymère (Failler, 1992, p.117). Avant ou après cet épisode, les Rhodiens reçoivent l'aide de huit galères byzantines pour défendre la cité de Rhodes en 1307.

En 1307, Foulques de Villaret se rend sur la demande de Clément V à Poitiers où il est présent au moins dès et où il reste jusqu'au . Le pape revient sur la problématique de la croisade mais Foulque propose un « passage » limité pour s'assurer de solides points d'appui avant un « grand passage ». Il correspond avec le roi de France Philippe le Bel qui promet sa participation mais cette croisade n'aboutissait pas, elle était chaque jour retardée. Villaret avait réuni des armes et des chevaux, achetés un important approvisionnement en vivres, fait construire ou galères, il avait convoqué , tout cela sans résultat.

Foulques part de Marseille le et emmène des renforts aux escales de Gênes, Naples et Brindisi ; il se trouve alors à la tête de et de . Il arrive à Clarence au et débarque en mai à Rhodes dont il achève la conquête. Le « passage particulier » organisé par le pape et Villaret a au moins servi pour en finir avec Rhodes.

L'année de la prise de la ville de Rhodes est discutée, en raison de la discordance des sources originales, mais on sait qu'il s'agissait d'un . Jonathan Riley-Smith parle de 1306 ou 1307 ; Joseph Delaville Le Roulx pense qu'il s'agissait de l'année 1308se basant sur la durée de deux ans attribuée au siège par les trois plus anciennes chroniques le décrivant (Failler, 1992, p. 125-126), suivi par Venance Grumel, Paul Lemerle ou A. S. Atiya et Anthony Luttrell dans ses premiers travaux ; ce dernier opte ensuite pour 1309, année indiquée par Jürgen Sarnowski comme « probable », de même qu'É. Baratier et R. Reynaudet ou É. Zachariadou ; R. de Vertot, G. Golubrovich, F. Heidelberger, F.-M. Delorme et A. L. Tăutu, M. L. Dulst-Thiele et récemment Alain Demurger retiennent la date de 1310, « l'opinion traditionnelle » suivant A. Failler. Selon la date effective de la prise de la ville, l'expédition du aura servi soit à achever la conquête de l'île, soit à précipiter la fin du siège.

Affaires chypriotes En , le roi Henri II de Chypre alors en exil en Cilicie désigne Foulques comme son représentant à Chypre, en attendant son retour. Après l'assassinat le de l'usurpateur Amaury, les Hospitaliers jouent un rôle déterminant dans la restauration d'Henri et peuvent récupérer en 1312 les possessions templières sur l'île.

Relations avec les émirats côtiers turcs

En 1311/12, le roi de Naples lui envoya Colard de Pernes pour conclure une alliance contre les Mamelouks d’Égypte. Foulques de Villaret refusa car on demandait aux Hospitaliers de s'engager aussi contre la compagnie catalane qui venait d'envahir le Duché d'Athènes.

Selon Marino Sanudo, qui l'a connu à Rhodes, Foulques était habile à mettre la discorde parmi ses voisins turcs, ce qui lui aurait permis de briser la puissance de l'émir de Menteshe en soutenant ses fils. En 1311, les Hospitaliers rompirent avec les Génois qui s'allièrent alors à l'émirat de Menteshe. En 1312, une flotte turque de , appartenant probablement à ce dernier, passa en vue de Rhodes. Il se lança à leur poursuite jusqu'à l'île d'Amorgós. Après avoir mis le feu à la flotte, il poursuivit les Turcs, au nombre d'environ , jusque sur une éminence où après un échange sanglant, il remporta une victoire. Il perdit et mais seuls en réchappèrent.

En 1313, Foulques affirme avoir capturé plusieurs forteresse sur la côte turque. Il dirigea aussi sa police des mers contre les négociants chrétiens qui trafiquaient avec les Musulmans dans la contrebande de guerre (bois, fer, armes, etc.). Un navire génois à destination de l'Égypte fut capturé par les Hospitaliers en pleine mer et conduit à Brindisi. Les Génois saisirent le pape qui chargea l'archevêque de Gênes et l'évêque de Nola de réunir les preuves du trafic et les archevêques de Naples et de Brindisi de faire restituer aux Hospitaliers les marchandises mises sous séquestre. Dans le même temps les Génois déléguaient Antoine Spinola pour réclamer aux Hospitaliers le navire et sa cargaison séquestrée. Devant le refus de Foulques, des négociants génois avec l'aide d'un sarrasin, Madachia, firent arrêter plus de rhodaniens. Madachia accepta pour recruter des mercenaires contre les Hospitaliers. Il ne parvient pas à s'emparer de l'île mais entretient des galères pour riposter à la police hospitalière. Foulques délégua les prieurs de Rome et de Lombardie pour faire cesser ces agissements. Clément V, le , envoya une lettre et son chapelain à Gênes, Bozzolo de Parme, pour exiger la remise des prisonniers et la restitution des marchandises. Le , les Hospitaliers arraisonnent , et d'autres bâtiments qui allaient de Chypre à Gênes, confisquant les marchandises et emprisonnant les équipages.

En 1318, sous les ordres d'Albert de Schwarzbourg, les Hospitaliers reprirent la mer. Nous n'avons aucun détail mais le pape confirma Schwarzbourg dans la charge de grand précepteur en lui accordant la concession viagère sur l'île de Kos en reconnaissance. L'année suivante, en 1319, Schwarzbourg organisa une autre expédition avec , , les sergents d'arme et chevaux utiles à ce type d'expédition. Il partit de Rhodes le et rejoignit à île de Chios le Génois Martin Zaccaria. Il apprit le qu'une flotte turque composée de , et de avec se préparait. Il fut informé le que cette flotte venait à lui. Il ne se refusa pas au combat et avec et de Zaccaria décida de les affronter. Avec le renfort opportun de génoises il livra un combat sanglant et au coucher du soleil la victoire lui fut acquise. Les pertes turques étaient de tués ou noyés ; à peine et s'échappèrent à la faveur de la nuit.

Dévolution des biens de l'ordre du Temple

Au début du , une querelle oppose le roi de France Philippe le Bel au pape Boniface VIII, ce dernier ayant affirmé la supériorité du pouvoir pontifical sur le pouvoir temporel des rois, en publiant une bulle en 1302, Unam Sanctam. Le roi s'entoure de légistes royaux qui prépare la réponse du roi de France. Elle arrive sous la forme d'une demande de concile aux fins de destituer le pape, lequel, à son tour, excommunie Philippe le Bel et toute sa famille par la bulle Super patri solio. Boniface VIII meurt le , peu après l'attentat d'Anagni perpétré par Guillaume de Nogaret, conseiller du roi et son garde du Sceau. Son successeur, Benoît XI, a un pontificat très bref puisqu'il meurt à son tour le . Clément V est élu pour lui succéder le .

Au , la vocation militaire de l'ordre du Temple est mise en doute publiquement par Philippe le Bel. Le , le pape ordonne une enquête sur les accusations porté par le roi de France. Pour forcer la main du pape, le , Philippe le Bel fait incarcérer tous les Templiers qui se trouvent sur son territoire et nomme des administrateurs chargés de gérer les possessions templières. Le , Clément V ordonna alors à tous les souverains d’arrêter aussi tous les Templiers qui se trouvaient sur leur territoire mais cela eut un résultat divers. L'Angleterre s'y conforma mais laissa les Templiers libres jusqu'à leur comparution et au Portugal, en Allemagne ou en Sicile aussi. En Aragon, en Castille, en Navarre, en Roussillon, à Naples, en Provence s'y conforma et à Chypre l'ordre pontifical fut exécuté à contre cœur mais après la mort d'Aimery II de Lusignan, ils furent soumis à la question et périrent tous avant d'être jugés.

Le pape toujours convaincu de leur innocence, demande à les interroger personnellement à Poitiers. Leurs dépositions donnent raison au roi de France. La bulle Faciens misericordiam reconnait les soi-disant égarements des Templiers et organise des commissions d’enquêtes. L'enquête donna des résultats contradictoires et Clément V convoqua le concile de Vienne qui finalement le par la bulle Vox in excelso dissous les Templiers et disposa de leurs biens. Le suivant l'ensemble de leurs biens revient aux Hospitaliers par la bulle Ad providam.

La bulle Considerantes dudum du réserva le sort des dignitaires de l'Ordre au pape. Le , la commission formée pour les juger, condamna les accusés à la prison perpétuelle mais à la lecture du jugement, le grand maître Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay, maître de Normandie, reviennent sur leurs aveux et clament leur innocence et celle du Temple. En conséquence, les juges condamnent Molay et Charnay au bûcher, condamnés comme relaps pour être retombés dans leurs erreurs. Philippe le Bel les livre aux flammes le jour même, sur l'île aux Juifs.

C'est Foulques qui reçut, le , la dévolution des biens de l'ordre du Temple. Aussitôt il nomma le grand précepteur de l'Hospital, Albert de Schwarzbourg, avec le titre de visiteur et lui donna les pouvoirs les plus étendus. Le , il nomma un conseil composé du grand drapier Richard de Ravellino, du prieur de Rome, Philippe de Graguana, du prieur de Venise Léonard de Tiberti et des commandeurs Henri de Mayniers, Arnaud de Solers, Artaud de Chavanon et Durand de la Prévôté avec mission de conseil et d'assister Schwarzbourg en Occident. Alors que la négociation était en cours avec Édouard II, Schwarzbourg résigna sa charge qui fut donnée le à Léonard de Tiberti, procureur général de l'Hôpital auprès du Saint-Siège et son neveu Fr. de Tiberti comme nouveau membre de la commission. Les Hospitaliers mettront une dizaine d'années à se faire remettre la plupart des biens des Templiers à l'exception d'une partie de ceux de la péninsule ibérique.

Expansion territoriale