Pierre Maine de Biran, de son nom complet Marie François Pierre Gontier de Biran (« Marie » n'apparaît pas dans l'. à Bergerac – à Paris), est un philosophe, précurseur de la psychologie qui appartient au courant du spiritualisme français, après avoir rompu avec la philosophie de la société des idéologues.

Biographie vignette|left|Plaque 39 rue Sainte-Catherine (Bergerac), où il est né. vignette|Tombes de la famille Maine de Biran à Saint-Sauveur (Dordogne), où il est inhumé. vignette|Plaque face à l'église de Saint-Sauveur (Dordogne). Fils de médecin, Maine de Biran est né dans une famille de notables. Son père est médecin, son grand-père et son arrière-grand-père ont été maires de sa ville natale, et, à partir de 1787, il signe « Maine de Biran », du nom d'une terre de son pèreEncyclopædia Universalis (1995) et Robert des noms propres (1974)., près de Mouleydier.

Après ses études secondaires au collège de Bergerac, d'où il sort bachelier, il s'inscrit à l’université de Poitiers. Il y obtient sa licence en droit civil et canon. À dix-huit ans, il est admis dans les gardes du corps et, en , participe à la défense du château de VersaillesJoseph Durieux, Le Périgord militaire. Gardes du corps du roi au , 1921, (lire en ligne). ; à la fin de 1792, il juge prudent de se retirer dans ses terres du château de GrateloupCommune de Saint-Sauveur ; il y repose maintenant, près de l'église, au centre du village., près de Bergerac. Suivent le départ pour la Hollande, puis une période de méditation, entièrement tournée vers la compréhension du monde. Il ne se cloître pas, néanmoins : amateur de sciences, curieux des lois de la physique, de l'optique, il ne cesse de voyager, de se déplacer dans toute l'Europe du Nord, mais dans la solitude et la discrétion. Résistant aux curieux, étranger aux tentations des cours qui pourtant le sollicitent, il arpente l'Europe en voyageur insatiable, toujours attentif à soumettre à l'épreuve de l’expérience les intuitions qui nourrissent sa pensée. Ses fonctions en tant qu’administrateur du département de la Dordogne après la chute de Robespierre, sa création de la Société médicale de Bergerac. et les Mémoires qu'il a soumis à ses séances sous le Premier Empire, sa participation à la Commission des cinq (Ne pas confondre avec la Commission des Cinq des États-Unis.) ., font de Maine de Biran à la fois un personnage de l'histoire locale et une figure de l'histoire de la philosophie ; mais ce sont ses efforts pour donner un fondement aux sciences de l'homme qui le distinguent particulièrement.

Il se maria deux fois en 1795 et 1814 et aura un fils Félix en 1796 et deux filles Eliza 1797 et Adine 1800 qui portèrent tous trois le nouveau patronyme de Maine de Biran.

Son fils Félix n'ayant eu que des filles le nom Maine de Biran s'éteint en 1879 avant d'être relevé à la fin du par Alexandre de Biran, le fils naturel d'une lointaine nièce, Françoise Gontier de Biran, dite Nelly, avec un homme inconnu.

Philosophie Homme du français par sa date de naissance et le milieu culturel de sa formation, Maine de Biran se détache peu à peu d'un sensualisme inspiré de Condillac pour élaborer une psychologie de la subjectivité.

Œuvres de jeunesse Maine de Biran est familiarisé avec l'œuvre de Condillac, en particulier son Traité des sensations, grâce au Mémoire sur la faculté de penser, publié en 1798 par Destutt de Tracy.

Dans l'Influence de l'habitude sur la faculté de penser, Maine de Biran sépare deux classes d'impressions : « Je distingue toutes nos impressions en actives et passives ».Les deux pôles que sont l’activité et la passivité forment l'un des prismes de l'œuvre de jeunesse de Biran : il situe d’un côté la volonté, l’attention et la motricité du côté de l’activité, et de l’autre côté, il situe l’affectivité, l’habitude et un certain genre de perception du côté de la passivité. Maine de Biran dépeint en effet la passivité inhérente aux automatismes engendrés par l'habitude. Selon lui, l'habituation ôte au sujet le caractère volontaire de son action en le privant de la conscience de son activité :« Que les opérations de la sensibilité, de la volonté, et de la pensée peuvent s’obscurcir graduellement par l’effet de l’habitude, ou la répétition fréquente des mêmes actes ou mouvements, au point de ne plus effleurer même le sens interne, et de disparaître tout à fait aux regards de la conscience : la même obscuration peut être produite par l’inattention de l’esprit préoccupé par d’autres impressions ou mouvements (…) ».

Œuvres de maturité

La psychologie mixte Maine de Biran distingue la « psychologie pure » et la « psychologie mixte ». La première, en tant qu'elle est introspective, consiste en un rapport intime du sujet avec lui-même. La psychologie pure est une description des faits de conscience tels qu'ils sont subjectivement vécus. La psychologie mixte, en revanche, tient le psychologique comme solidaire du physiologique. L'approche "mixte" en psychologie s'applique à réunir deux ordres de faits dissemblables. En insistant sur la difficulté à faire coïncider ces deux ordres, Biran relativise la prétention d'associer certaines fonctions psychologiques à certaines aires physiologiques, comme c'est le cas, entre autres, dans les théories de Gall. Les décompositions anatomiques de Gall paraissent arbitraires aux yeux de Biran parce qu'elles « accordent de petites places dans le cerveau pour y loger » des facultés n’ayant pas d’existence individuelle. Gall et Biran s'accordent néanmoins sur l'impossibilité de localiser un siège physiologique au sein duquel lequel l'âme serait logée.

Spiritualisme Parti d'un agnosticisme discrètement teinté de religiosité sous l'influence de Rousseau, il aboutit à une métaphysique fondée sur l'expérience religieuse, selon une acception moderne, et sur la foi chrétienne. La présence du christianisme peut se lire à travers certains commentaires que Biran fait de Plotin, Proclus et Saint-Augustin.

Postérité Maine de Biran entend rester le plus possible près des faits : ils lui sont donnés par les sciences de la vie et l'observation de soi. Nous lui devons le premier journal philosophiqueEncyclopædia Universalis. qui annonce un siècle et demi plus tard le Journal Métaphysique de Gabriel Marcel.

C'est pour lui autour de l'effort et de sa répétition que se construisent la pensée et la personnalité humainesMémoire sur la décomposition de la pensée, .. Merleau-Ponty distingue dans ses travaux un germe de ce qu'on nommera plus tard la phénoménologie. D'autres trouvent en lui un précurseur de Freud., et de l'école spiritualiste en France.

Œuvres Œuvres de Maine de Biran, par ordre de parution

La plupart des œuvres de Maine de Biran sont parues après sa mort, ce qui explique en partie sa méconnaissance. , Paris, Henrichs, An XI (1802). Essai sur les fondements de la psychologie et sur ses rapports avec l'étude de la nature, 1812 Exposition de la doctrine philosophique de Leibnitz, Paris, Michaud, 1819 Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de L'Homme. Ouvrage posthume publié par Victor Cousin, Paris, Ladrange, 1834 Œuvres philosophiques de Maine de Biran, Ladrange, édition de Victor Cousin, 1841, 4 Œuvres inédites, publiées par Ernest Naville, avec la collaboration de Marc Debrit, Paris, Dezobry, E. Magdeleine et Paris, 1859 (3 vol., ainsi qu'une Introduction aux œuvres inédites) , Alexis Bertrand (éd.), Paris, E. Leroux, 1887 , Paris, Armand Colin, 1920 Les discours philosophiques de Bergerac, Paris, Félix Alcan, 1925 Journal intime (1792-1824), avant-propos, trad. et notes par A. de La Valette-Monbrun, Plon, 1927, 2  Journal. Édition intégrale publiée par H. Gouhier, Éd. de la Baconnière, 1954–55 Maine de Biran — La vie intérieure, présenté par Bruce Bégout, Paris, Payot, 1995

Collection d’œuvres publiée chez Vrin Sur papier Écrits de jeunesseInfluence de l'habitude sur la faculté de penser Mémoire sur la décomposition de la pensée De l'aperception immédiate Discours à la Société médicale de Bergerac Rapports du physique et du moral de l'homme Essai sur les fondements de la psychologie Rapports des sciences naturelles avec la psychologie Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l'homme Dernière philosophie Morale et religion Existence et anthropologie Commentaires Commentaires sur les philosophies du Commentaires sur les philosophies du Commentaires sur les philosophies du L'homme public Au temps des « gouvernements illégitimes » (1789-1814) Au temps de « la » légitimité (1815-1824) Correspondance philosophique Maine de Biran – AmpèreAmpère faisait partie du cercle qui se réunissait chez Cabanis, à Auteuil, et qui comprenait : de Biran, Cabanis, Ampère, Royer-Collard, Guizot et Cousin. Correspondance philosophique (1766-1804) Correspondance philosophique (1805-1824) CD-Rom Œuvres complètes, Paris, Vrin

Distinction et hommage Commandeur de la Légion d'honneur en 1818.. Boulevard Maine-de-Biran dans sa ville natale de Bergerac.

Notes et références

Annexes

Iconographie Portrait fait en 1798 par Jean-Bernard Duvivier (Bruges 1762–Paris 1837) et publié par de La Valette Monbrun en 1914

Bibliographie Geneviève Barbillon, De l'idée de Dieu dans la philosophie de Maine de Biran, 1927. François Buhler, Maine de Biran in Les Grands Ecrivains bipolaires, pp. 71-86, Publibook, Paris, 2018. Ernest Naville, Notice historique et bibliographique sur les travaux de Maine de Biran, Paris, 1851 : L'histoire des manuscrits inédits de ce philosophe Le catalogue raisonné de ses ouvrages tant inédits que publiés Le catalogue des écrits relatifs à sa vie et à ses doctrines Auguste Nicolas, , Paris, Auguste Vaton, 1858 Jules Francisque Gérard, , Paris, Germer Baillière, 1876, 519  A. Dujarric-Descombes, Acte de naissance de Maine de Biran, dans Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, 1880, tome 7 , (litr rn ligne) Jean-Amable de La Valette Monbrun, Essai de biographie historique et psychologique : Maine de Biran (1766-1824), d'après de nombreux documents inédits, Paris, Fontemoing, 1914. Georges Legrand, Maine de Biran et Descartes, dans Revue Philosophique de Louvain, 1914, , Victor Giraud, Moralistes français, Hachette, 1923. Victor Delbos, Maine de Biran et son œuvre philosophique, Librairie philosophique J. Vrin, Paris 1931— publication posthume à la base de son cours à la Sorbonne, effectué dans l'année 1910 - 1911 Gaston Fessard, « La méthode de réflexion chez Maine de Biran », dans Cahier de la Nouvelle Journée, , Bloud et Gay, 1938 Henri Gouhier, Les conversions de Maine de Biran, Paris, Vrin, 1948 Michel Henry, Philosophie et phénoménologie du corps. Essai sur l'ontologie biranienne, , PUF, 1965

Lucien Even, Maine de Biran, critique de Locke, avant-propos de Henri Gouhier, , Louvain-la-Neuve, Peeters, 1983, 116 

Su-Young Hwang, L'habitude dans le spiritualisme français : Maine de Biran, Ravaisson, Bergson, Lille, 1996 Masaki Furukawa, Philosophie et religion chez Maine de Biran, Lille, Presses universitaires du Septentrion, 1998 Gustavo Gamna, Oltre l'esistenza : M. F. P. Maine de Biran, N. Berdjaev, D. Bonhoeffer e l'antropofenomenologia, Turin, Castalia, 1998, 152  Gabriel Tarde, Maine de Biran et l'évolutionnisme en psychologie, Paris, Institut d'édition Sanofi-Synthélabo, 2000. .

Articles connexes Famille Gontier de Biran

Liens externes

Bibliothèque de Genève numérique, Pierre Maine de Biran (1766-1824) « Maine de Biran », article de l'encyclopédie Imago mundi Fondation Napoléon ; Maine de Biran, François-Pierre Gontier de Biran dit… (1766-1824), philosophe

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