Les chasseurs forestiers ont existé entre 1875Décret du 3 avril 1875 du président de la République fixant l’organisation du nouveau corps des chasseurs forestiers mobilisés dans l’armée. et 1924Loi du 25 juillet 1924 supprimant le corps des chasseurs forestiers. en tant que troupe d'élite.

Il sembleLucien-Bernard Balanger, de l'École nationale des eaux et forêts - Les forestiers dans la défense nationale, 12 pages. que ce soit les forestiers eux-mêmes qui aient poussé à leur incorporation dans l’armée. En effet, ayant fait la guerre de 1870 dans les compagnies de guides-forestiers pour une partie d’entre eux, et souffert de l’inorganisation qui les avaient marqués, ils firent pression pour obtenir un véritable « statut militaire ».

Missions et organisation Le décret du fixe l’organisation du nouveau corps des chasseurs forestiers mobilisés dans l’armée à partir de cette date. Chaque conservation est dans l’obligation de fournir, suivant son effectif, une ou plusieurs compagnies ou sections qui peuvent se décliner en détachements. Le décret en fixe également l’organisation en deux catégories : une compagnie active, qui sera intégrée aux régiments d'infanterie (avec des forestiers de ), une compagnie territoriale, destinée à renforcer l'armée territoriale (forestiers de ).

Le décret du modifie cette première organisation. Il précise en particulier la destination des unités de chasseurs forestiers. La compagnie territoriale est concernée par l’affectation des chasseurs forestiers aux troupes qui défendent les ouvrages fortifiés du secteur.

Le décret de 1875 fut modifié et complété en 1882, en 1883 et surtout par celui de 1890Décret du 18 novembre 1890 du Président de la République, réorganisant sur de nouvelles bases le corps des chasseurs forestiers.. Ce dernier énonce que « le personnel de l'Administration des forêts entre dans la composition des forces militaires du pays ». Il détermine aussi, en cas de mobilisation, les affectations des agents ou préposés de l'Administration des forêts dans le corps des chasseurs forestiers. En cas de mobilisation, les préposés forestiers sont organisés, suivant l'effectif en compagnies, sections ou détachements de chasseurs forestiers. Ces unités sont destinées à seconder dans la région de leur service, les opérations des armées actives ou de la défense des places fortes. Les cadres des compagnies, sections et détachements des chasseurs forestiers sont pris dans le personnel de l'Administration forestière et composés, autant que possible de manière que les préposés soient placés sous les ordres de leurs chefs du temps de paix. Ils varient avec les effectifs des unités. Une compagnie comprend au maximum : 1 capitaine commandant, 1 capitaine en second, 2 lieutenants (ou 1 lieutenant et 1 sous-lieutenant), 1 sergent-major, 5 sergents dont un fourrier, 8 caporaux, 2 clairons. Les cadres peuvent être réduits à 2 officiers.

Les cadres d'une section ne peuvent dépasser un demi-cadre de compagnie. Ils peuvent être réduits à 1 officier.

Ceux d'un détachement ne peuvent dépasser un quart du cadre d'une compagnie. Ils peuvent ne pas comprendre d’officier.

Les commandants de compagnie sont montés en cas d'appel à l'activité.

Assimilations de grade et d'emploi Les assimilations de grade et d'emploi peuvent être donnés comme suit : Grades de l'Administration Assimilations de grades Emplois Conservateur Lieutenant-Colonel Missions spéciales ou états-majors Inspecteur Chef de bataillon Missions spéciales ou états-majors Inspecteur adjoint Capitaine Unités de chasseurs forestiers, infanterie active ou territoriale ou états-majors Garde général de , et Lieutenant Unités de chasseurs forestiers, infanterie active ou territoriale ou états-majors Garde général adjoint Sous-lieutenant Unités de chasseurs forestiers, infanterie active ou territoriale ou états-majors Brigadier Sous-officier Unités de chasseurs forestiers Garde de Caporal Unités de chasseurs forestiers Garde Chasseur de Unités de chasseurs forestiers

Dès que l'ordre de mobilisation est donné, le corps des chasseurs forestiers est à la disposition du Ministre de la guerre. Les hommes font alors intégralement partie de l'armée et jouissent des mêmes droits, honneurs et récompenses. Les agents forestiers employés dans l'armée comme officiers de réserve ou de l'armée territoriale conservent l'uniforme du corps des chasseurs forestiers.

Les agents (officiers) sont nommés par le Président de la République au grade qui leur a été attribué. Les nominations des sous-officiers, caporaux et clairons dans les compagnies de chasseurs forestiers appartiennent aux conservateursCirculaire de l'Administration des Forêts..

Les élèves de l'École Forestière reçoivent une instruction militaire pendant leur séjour à l'école. S'ils sont admis, ils sont alors nommés sous-lieutenants de réserve d'infanterie et accomplissent en cette qualité dans le corps auquel ils sont affectés, le stage prévu.

Ce décret est très bien analysé dans l’article de L. Breton ( de 1889) alors garde général à Saint-Marcellin (Isère)Breton L. - de l'École nationale des eaux et forêts - Revue des Eaux et Forêts d’octobre 1894 - Tome 33 - à 446 : organisation militaire des chasseurs forestiers.. Lui aussi souligne le manque de doctrine d’emploi du corps qui conduit à « risquer de ne pas demander aux chasseurs forestiers tout ce qu’ils sont capables de donner, ou bien, au contraire de trop présumer de leurs forces et de leur demander plus qu’ils ne peuvent donner ». Il souligne aussi l’insuffisance de l’instruction militaire des préposés forestiers qui constituent la troupe, faute de séances d’instruction assez fréquentes et de participation active aux manœuvres de l’armée.

En application du décret de 1890 le corps des chasseurs forestiers comprenait (6000 en métropole et 500 en Algérie) et 280 officiers (260 en métropole et 20 en Algérie). L’armement était identique à celui de l’Infanterie. Il était fourni par l’armée ainsi que les équipements (sacs, cartouchières, guêtres, chaussures) et les matériels de campement. L’uniforme était celui de l’Administration des Eaux et Forêts. Les chasseurs forestiers étant classés parmi les « troupes d’élite » en portaient les signes distinctifs. Ils se répartissaient en France en 48 compagnies (dont 2 de forteresse), 36 sections (dont 18 de forteresse) et 15 détachements. En Algérie étaient organisés trois escadrons d’infanterie montée à raison d’un par conservation.

En Algérie, dès 1892, les unités de chasseurs forestiers sont destinées à seconder, en principeInstruction Ministérielle du 4 avril 1892 reprise dans la Circulaire de l'Administration des Forêts ., dans la région de leur service de paix, les opérations des colonnes ; elles peuvent aussi concourir à la défense des centres de colonisation et à la surveillance des voies de communication. Le cadre d'une section comprend au maximum : 1 capitaine commandant, 1 lieutenant ou 1 sous-lieutenant, 1 sergent adjoint au commandant de la section pour l'administration, autant de sous-officiers que la section comporte de détachement. Chaque détachement, commandé par un sergent, est pourvu d'un nombre de caporaux variable selon l'effectif. Les chasseurs forestiers d'Algérie sont habillés, armés et équipés en hommes à pied ; leur équipement subit toutefois des modifications analogues à celles qui sont adoptées dans les compagnies d'infanterie montée.

Au début de 1914, par décretDécret du Président de la République Française du 21 janvier 1914 repris par la Circulaire du 13 février 1914 de la Direction Générale des Eaux et Forêts., le Président de la République autorise l'armée à employer les unités de chasseurs forestiers en dehors de la région de leur service de paix pour seconder les opérations des armées actives ou de défense des places fortes.

Cette même année, un projet de doctrine d’emploi des chasseurs forestiers cohérent est enfin définiCours d’instruction militaire de l’École nationale des eaux et forêts paru en juin 1914.. C’était bien tard et la tourmente d’ empêcha sa mise en application. D’autre part, à partir de 1890, les élèves de l’École Forestière durent signer un engagement de trois ans en entrant à l’École Forestière : deux ans d’école durant lesquels leur était donnée une instruction militaire de base et une troisième année comme sous-lieutenant dans une unité d’infanterie. Cette mesure permettait d’augmenter la capacité opérationnelle des futurs cadres des unités de chasseurs forestiers et de préparer des officiers de réserve pour l’infanterie où étaient affectés, pour la mobilisation, ceux qui ne trouvaient pas place dans les chasseurs forestiers (50 % environ). Seuls les gardes généraux et les inspecteurs adjoints encadraient les chasseurs forestiers. Les inspecteurs et conservateurs étaient affectés dans les états-majors. Ceci explique bien les pertes très importantes que subirent les officiers forestiers subalternes pendant la Grande guerre durant laquelle ils combattirent en première ligne dans l’infanterie. On relève en effet sur le monument aux morts de l’École les noms de 96 anciens élèves de l’École forestière de Nancy qui furent tués de 1914 à 1918.

Il faut aussi ne pas oublier les nombreux blessés et invalides dont l’efficacité ultérieure pour le service forestier fut plus ou moins réduite, voire nulle pour certains grands invalides.

Le corps forestier mettra longtemps à se remettre de cette « saignée » qui concerna essentiellement les jeunes classes d’âge qui reçurent en première ligne le choc des combats très meurtriers du début de la guerre. Les responsables réalisèrent les effets immédiats et futurs de cette hécatombe et en 1916 retirèrent des premières lignes les forestiers (ainsi que beaucoup d’ingénieurs et spécialistes indispensables à la poursuite de l’effort de guerre industriel).

Cela évita « l’éradication totale » de la classe d’âge 25/40 ans, mais les vides creusés ne purent être comblés après la guerre que vers 1930. La gestion forestière souffrit pendant 15 ans (et même au-delà) de cette pénurie, accentuée par les besoins accrus en ingénieurs que réclamait la reprise en main de la gestion en Alsace-Lorraine et son intensification en Algérie et dans les colonies ainsi que la reconstitution des forêts dévastées par la guerre sur la ligne de front.

Retirés des tranchées (où restèrent leurs camarades, affectés à des unités d’infanterie ordinaires), les chasseurs forestiers furent affectés à l’approvisionnement en bois des armées dans les zones de front (service forestier des armées) ou à la garde d’états-majors comme celui du général Joffre. Ceci permit de mettre fin aux coupes anarchiques effectuées pendant les deux premières années par les militaires dans les zones de front et de sauver la vie de bien des forestiers.

Si au cours de cette guerre un grand nombre de forestiers furent tués ou blessés, un nombre aussi très important fut décoré (ce fut d’ailleurs très souvent les mêmes). Le drapeau unique du corps reçut la Légion d’honneur et la Croix de guerre.

La tenue En 1873, le Corps des Chasseurs Forestiers n'est pas encore officiellement créé que la tenueCirculaire du 9 mai 1873 de la Direction Générale des Forêts, définissant la tenue des agents forestiers. des agents forestiers (les officiers) dans l'exercice de leurs fonctions est définie comme comportant : un veston-jaquette en drap vert foncé à deux rangs de quatre boutons grelots d'argent, portant aux angles du collet rabattu des cors de chasse en canetille d'argent et paillette, un pantalon en drap gris avec bande en drap vert de largeur , un "képy" en drap vert à visière carrée, avec cor de chasse brodé sur le bandeau et jugulaire en cuir verni soutaché d'argentthumb|Képi de Sous-Inspecteur de l'Administration des Forêts, défini par la Circulaire de 1873,