Stéphane Zagdanski est un romancier, essayiste et artiste français, né à Paris le .

Biographie Stéphane Zagdanski est le troisième garçon d'une famille juive ashkénaze dont les grands-parents ont émigré de Pologne au début du .

Peu avant sa naissance, à Paris, ses parents déménagent avec ses deux frères dans la banlieue ouest de Paris, où le jeune Stéphane mènera une enfance qu'il décrit dans ses mémoires comme parfaitement épanouie.

À vingt ans, en même temps qu'il poursuit des études de philosophie à la Sorbonne, la lecture d'Emmanuel Levinas l'introduit au Talmud et à la pensée juive, laquelle l'enthousiasme aussitôt pour le mélange de profondeur et de fantaisie qui caractérise la littérature selon lui.

À vingt-trois ans, il passe une maîtrise de philosophie, intitulée « Les voix de la Loi »Stéphane Zagdanski : « Arendt était traversée de préjugés typiquement antisémites », Times of Israel., inspirée par l'œuvre de Levinas, en même temps qu'il écrit un roman resté inédit.

Sitôt sa maîtrise obtenue, il se consacre à l'écriture en différents genres, et par la suite, à d'autres formes d'expression artistique.

Chronologie des textes Premiers textes en revue En paraît dans la revue Pardes sa première étude consacrée à la pensée juive, intitulée « La Chair et le Verbe », reprise en volume en 2003 dans Fini de rire. Il s'agit d'une réflexion sur l'incarnation selon l'axe thématique de la putréfaction dans la littérature rabbinique.

En , la revue Les Temps Modernes publie une étude où Zagdanski mêle à une méditation sur Le Château de Kafka des considérations sur le temps dans la pensée juive« Signes du Temps. Essai sur la temporalité dans la littérature rabbinique et dans Le Château de Kafka ». Repris dans Fini de rire en 2003..

L'Impureté de Dieu En 1991, paraît aux éditions du Félin son premier ouvrage, L'Impureté de Dieu : Souillures et Scissions dans la pensée juive. Rendant hommage à la mystique et à la pensée juives, Zagdanski reprend quelques éléments de son étude « La Chair et le Verbe » et tâche d'analyser le thème de l'impureté selon diverses perspectives bibliques et rabbiniques, parmi lesquelles la création du monde, le péché originel, la babélisation des langues, l'herméneutique, le rituel, etc. « Cela donne », écrit John GelderRevue d'Esthétique, mars 1992, « un dialogue étonnant, roboratif ou obsessionnel avec les mots, à l'instar d'un Dieu joueur et désinvolte. »

Céline seul En 1993, Zagdanski publie chez Gallimard, dans la collection de Philippe Sollers, Céline seul, un essai où il tente de résoudre la question complexe de l'antisémitisme de Céline, et du rôle cathartique que cette furie pamphlétaire a pu jouer dans l'élaboration de son génie romanesque. « La méthode de Zagdanski », écrit John GelderRévolution, 15 avril 1993, « est une approche passionnante des textes et des déclarations de Céline : méthode talmudique, l'auteur le dit tout net, qui consiste à confronter différents niveaux interprétatifs, à ne pas trancher en lieu et place du lecteur. »

Soulignant l'hostilité globale de la réception critique à cet essai« Dans le concert imprécatoire, Zagdanski m'a paru maltraité au-delà du bon sens, comme s'il devait porter tous les péchés d'Israël avec ceux de Céline. » Revue des Deux Mondes, septembre 1993, l'écrivain Michel Host justifia dans la Revue des Deux Mondes le parti-pris mystique et littéraire de Céline seul : « L'entreprise de Stéphane Zagdanski me paraît paradoxale en ce qu'elle tend à assimiler Céline, et singulièrement celui des “pamphlets”, à ce que ces derniers désignent singulièrement comme l'inassimilable, comme l'autre-à-jamais-répulsif, le Juif. C'est un tel paradoxe et ses causes qu'il faudrait interroger au lieu de vouer aux gémonies l'auteur de Céline seul et son livre. »

Le sexe de Proust Poursuivant le parallèle établi dans Céline seul entre Céline et Proust, paraît en 1994 chez Gallimard Le Sexe de Proust, essai qui questionne les frontières imaginaires entre « normalité » et « inversion » dans À la recherche du temps perdu, frontières que Proust, selon Zagdanski, ne s'est jamais interdit de traverser en pensée.

« Sa démonstration extraordinairement enlevée », écrit Jacques FranckLibre Belgique, 31 décembre 1994, « vise à établir que “la révélation primordiale de la Recherche est l'hétérosexualité de l'écriture, ce que Proust n'a découvert qu'autant qu'il était lui-même hétérosexuel dans l'âme, comme on est circoncis du cœur. L'âme… le corps… le cœur… l'esprit…, toute une théologie - la catholique - en dehors de quoi il est ridicule de prétendre lire Proust, comme d'espérer faire aimer Sade à un mormon.”»

De l'antisémitisme En 1995, Zagdanski publie chez Julliard De l'antisémitisme, un essai sur la « question juive », considérée à la lumière de l'exégèse midrachique de l'histoire de Balak et Balaam dans le livre des Nombres, exégèse entremêlée de dialogues avec deux complices imaginaires et anagrammatiques, ainsi que de nombreux petits récits vécus. « Ni étude, ni thèse, ni pamphlet », écrit Josyane SavigneauLe Monde des Livres, 6 mai 1995, voici une sorte de traité, très personnel, paradoxal et provoquant comme son auteur, mêlant le journal intime, le roman (dialogues avec des personnages qui sont des sortes de doubles), l'essai, et jouant sans cesse de la digression, de la dérision.» La parution de ce quatrième essai de Zagdanski est l'occasion pour Sébastien LapaqueLe Quotidien de Paris, 19 mai 1995 de souligner l'unité d'une démarche entreprise depuis L'impureté de Dieu: « Zagdanski bâtit une œuvre cohérente. Il n'abandonne pas un sujet une fois qu'il l'a traité, mais le réintègre à sa réflexion qui avance continuellement, en bousculant les idées reçues sur son passage. »

S'estimant caricaturé dans le chapitre «Une soirée juive» du livre, le psychanalyste Daniel Sibony intente un procès à Zagdanski. Ce dernier est condamné au franc symbolique, et les noms des personnages du chapitre seront modifiés dans la Seconde édition de 2006 aux Éditions Flammarion/Climats.

De l'antisémitisme vaut à Zagdanski l'expérience de ses premières invitations sur les plateaux télévisés françaisVoir en ligne trois interviews télévisées de Stéphane Zagdanski à propos de l'antisémitisme sur LCI puis France 2, en mai et octobre 1995 et une notoriété médiatique naissanteCf. Maquillage du crime, réflexion inspirée par l'expérience des plateaux télé, et Le roi Reflet, consacré à la notoriété médiatique.

C'est durant ces années qu'il s'initie à l'hébreu biblique et au grec antiqueCf. Les Intérêts du temps 29-30 : « Pourquoi j'aime autant le grec. Parce que j'aime le français /…/ Je m'abîmais bientôt avec fougue dans ce que Chateaubriand nomme les "conjugaisons perplexes" du grec. ».

Les intérêts du temps En 1996, son premier roman, Les intérêts du temps, explore les ravages planétaires de la cybernétique à travers l'itinéraire d'un jeune érudit nommé « Martin Heidegger », passionné de littérature grecque antique, confronté aux coulisses grotesques d'un magazine culturelCf. l'analyse d'une invitation de Zagdanski à Nulle Part Ailleurs lors de la sortie des Intérêts du temps, par Philippe Le Guern et Philippe Teillet dans « Canal Plus de légitimité ? Les processus médiatico-publicitaires de consécration culturelle à l’émission Nulle Part Ailleurs », dans la revue Cairn 117, janvier 2003.. Le narrateur y croise des personnages interlopes et nihilistes à l'image de l'époque qu'il décrit« Rien n'arrête le progrès. Le progrès est programmé pour ne pas s'arrêter avant d'avoir jeté l'humanité dans l'abîme du grand Rien. ».

« Stéphane Zagdanski » écrit Éliane Tonnet-LacroixLa littérature française et francophone de 1945 à l'an 2000, L'Harmattan, 2003, « vise à donner une vision d'ensemble de l'époque. Son premier roman, Les intérêts du temps (1996), se présente comme une sorte d’"agenda" du héros, Martin Heidegger, écrivain et penseur comme son illustre homonyme (cette référence au philosophe de l'Être, qui condamne le règne de la technique, est révélatrice). Alternant scènes comiques, conversations savantes, réflexions acides et paradoxales, Zagdanski fait, avec brio et un sens évident de la provocation, un tableau féroce de notre monde technologique, érotique et médiatique, où règnent les simulacres de la culture comme ceux de l'amour. »

« Les intérêts du temps », analyse Philippe ForestDe Tel Quel à l’infini, Allaphbed 2, éditions Cécile Defaut, janvier 2006, « premier roman de Stéphane Zagdanski, a paru à l'automne 1996. De septembre à septembre, le lecteur y suit une année dans la vie d'un jeune écrivain. En son sein, le roman offre différentes définitions de lui-même. Il se présente comme une sorte d'agenda, composé sur les marges où le temps s'écrit de lui-même, révélant la fiction de son pourquoi, la fibre de son comment. De cela vient la structure éminemment mobile d'un roman qui laisse joyeusement se multiplier en lui les instants joués sur la scène écrite de la perception et de la pensée. »

Mes Moires L'année de ses 33 ans, Zagdanski écrit ses mémoires qu'il intitule Mes Moires, livre publié chez Julliard en 1997. Il s'agit de notices rapides portant chacune un intitulé, sur le modèle d’Aurore de Nietzsche. Zagdanski y révèle son parcours combatif de jeune écrivain, évoquant la résistance qu'eurent à contrecarrer ses textes avant leur publication, jusqu'à la parution de L'impureté de Dieu. Il y décrit également nombre de rencontres érotiques, y publie une part de sa correspondance, et achève le livre, après la reproduction en fac-similé d'un cardiogramme automatique obtenu en pharmacie, sur la réaffirmation de sa joie de vivre dite résurrectionnelle.

« Stéphane Zagdanski », écrit Marlène AmarNouvel Observateur du 17-23 juillet 1997, « provoque, titille, fait joujou avec le lecteur, le balade avec virtuosité du plaisir à la colère, de l'abattement à la jubilation pour finalement l'abandonner sans même prendre la peine de donner l'estocade, en déclarant, hautain: “L'espèce humaine n'est pas mon genre.” »

Miroir amer En 1999 paraît chez Gallimard le second roman de Zagdanski, Miroir amer. Ce roman traite de la manipulation du vivant et médite sur ce qui relie le naître et le mourir. On y découvre les affres d'un homme qui ne se remet pas de sa propre conception par fécondation in vitro. Ce roman est également une critique des leurres que ce qu'il nomme « la Technique » place dans l'existence des hommes, et le double sens du titre évoque la cécité d'un reflet devenu le seul horizon du destin (« amer » désignant aussi en termes de navigation un point de repère sur lequel un navire se guide).

Philippe Forest, dans son analyse de Miroir amer, énumère les thèmes abordés par Zagdanski : « On touche là à un gisement de sens particulièrement dense et profond (l'enfance et la mort, la sexualité et la technique, l'identité et la gémellité) dont le lecteur s'étonnera peut-être qu'il fournisse sa matière à un roman aussi elliptique que Miroir amer. Avec son style souvent sur-écrit, son intrigue discontinue se défaisant en une série de scènes floconneuses, avec ses personnages absents au drame de leur propre vie, le nouveau roman de Zagdanski peut sonner étrangement aux oreilles d'un lecteur habitué à un traitement plus naturaliste de thèmes semblables. Mais on aurait tort d'imputer trop vite la tonalité bizarre du récit à la maladresse ou à la confusion du propos. En vérité, Miroir amer nous fait entrer dans ce monde d'après la Technique qui est déjà le nôtre et où toute forme d'intériorité se trouve comme évidée, congédiéeAllaphbed 2, 315. Lire en ligne l'étude de Philippe Forest sur Les Intérêts du temps et Miroir amer ».