Les Vosges saônoises forment en France un territoire culturellement lié à une économie, à une géographie, à une histoire et à un folklore montagnard axé autour du massif des Vosges.
Situé dans le nord et l'est du département de la Haute-Saône, en région Bourgogne-Franche-Comté. Il est composé d'un ensemble de montagnes, de collines et de plaines vallonnées appartenant au massif des Vosges au nord et à celui du Jura au sud. Il se prolonge au sud, sur le plateau de la Haute-Saône, et a donné son nom au pays des Vosges saônoises, une structure de regroupement de collectivités locales.
Les Vosges saônoises sont également une région naturelle française qui comprend uniquement la partie nord et montagneuse de la région culturelle.
Géographie Localisation Les Vosges saônoises sont situées dans le tiers nord-est du département de la Haute-Saône et dans le nord de la région de Bourgogne-Franche-Comté, occupé par la dépression sous-vosgienne et la trouée de Belfort. Cette zone forme un croissant partant de Passavant-la-Rochère et allant en direction de l'est, passant par Saint-Loup-sur-Semouse, Luxeuil, Fougerolles, Ronchamp jusqu'au Territoire de Belfort. Puis l'axe s'infléchit et s'oriente vers le sud jusqu'au département du Doubs passant par Champagney et Villersexel mais en excluant le secteur d'Héricourt qui appartient à la région naturelle de la Trouée de Belfort. La zone est limitée par le Pays de Vesoul à l'ouest, le département des Vosges au nord et le Territoire de Belfort à l'est.
Topographie Le paysage est marqué par la limite du massif des Vosges dans le nord, dont les sommets atteignent l'étage collinéen et montagnard mais aussi subalpin pour les points culminants. Les premiers contreforts du massif du Jura sont présents dans le sud, vers Saulnot et Héricourt.
Les principaux sommets sont le ballon de Servance (), la Planche des Belles Filles (), le ballon Saint-Antoine () pour leur altitudeCartes IGN consultées sur Géoportail. et la colline de Bourlémont () pour son histoire..
Géologie La partie nord est formée, dans sa limite septentrionale par deux types de granite dit et mais elle reste majoritairement constituée par du Viséen. Les vallées de l'Ognon et du Rahin présentent un modelé glaciaire avec une forme en auge caractéristique d'une érosion provoquée par un important glacier. Celui-ci a laissé des moraines et des verrous..
La partie sud est dominée par un épais Permien (grès rouge et divers types d'argiles) à l'est recouvrant le bassin houiller stéphanien sous-vosgien exploité par les houillères de Ronchamp et de Mourière qui affleure au nord de Ronchamp et Champagney et qui s'enfonce jusqu'à plus d'un kilomètre de profondeur vers le sud avec une forme de coque de bateau. Différentes couches datées du Trias sont présentes à l'ouest, notamment le terrain du bassin houiller keupérien de Haute-Saône qui est constitué de grès, de marnes irisées, de dolomies de gypse, du fer, de sel gemme et de houille. Cette zone est marquée par la limite septentrionale du Jura plissé, ici constitué du Lias recouvert par le Dogger. Le pays de Lure, au centre-ouest est caractérisé par un dépôt d'alluvions du Quaternaire exploité pour ses granulats.
Hydrographie
Les vallées sont traversées par des ruisseaux et des rivières prenant leur source dans les massifs montagneux (Ognon, Rahin, Breuchin, Combeauté, Lanterne, Raddon, Augronne, Semouse). Il existe plusieurs cascades comme le saut de l'Ognon (qui est une chute artificielle.). L'énergie hydraulique fournie par ces cours d'eau fut utilisée par des différentes activités (moulins, scieries, verreries, forges, usines et mines)..
Des étangs, lacs et tourbières marquent cette région naturelle, notamment dans la région des Mille étangs (formés par les glaciers il y a .) pour les plans d'eau d'origine naturelle mais modifiés par l'Homme et à Lure et Champagney pour les plans d'eau totalement artificiels (ballastières, gravières, sablières et réservoirs)..
Climat Le secteur subit une triple influence, océanique, semi-continentale et montagnarde. Les températures hivernales sont très basses, et les hivers sont longs avec un enneigement relativement important tout comme la hauteur annuelle de précipitations. Les vents peuvent être soutenus, essentiellement d'ouest, frais et humides, et secondairement d'est ou de nord-est : la bise. Les phénomènes d'inversion de température sont fréquents en hiver dans la partie nord, pendant lesquels l'air froid s'accumule dans la vallée, sous un couvercle de brouillard, tandis que le relief émerge au soleil, dominant une mer de nuages, et jouissant de températures douces. ... Dans les zones les plus hautes (à partir de ) et à mesure que l'on gagne en altitude, l'influence du climat montagnard se fait plus présente..
Faune et flore
La région est couverte d'une forêt de feuillus comprise entre l'étage collinéen et l'étage montagnard du massif des Vosges. Les myrtilles (Vaccinium myrtillus) sont des fruits très répandus dans les Vosges saônoises..
Histoire
Abbayes et ermitages thumb|L'abbaye de Lure.
À la fin du , Saint Colomban s’installe à Annegray avec douze moines pour établir un ermitage.. Le roi Childebert lui offre les ruines du château de Luxeuil en 590. Le site devient alors l'abbaye de Luxeuil. En 613, l'abbaye de Lure est fondée par Saint Desle, disciple de Saint Colomban.. Vers 620 Valbert s’intaille en ermite, dans une grotte située à quelques kilomètres au nord de l'abbaye de Luxeuil et donne son nom au village de Saint-Valbert construit à proximité. En 1563, la grotte est aménagée en chapelle..
Une autre abbaye est fondée à Bithaine au .. Le prieuré de Marast est fondé en 1123 par des moines de l'abbaye de Chaumousey (Vosges).. Vers 1530, un ermite se serait installé sur le Mont de Vanne (auquel il a donné son nom), sur les hauteurs de Fresse. Une chapelle y est construite en 1681..
Industries thumb|La filature de Ronchamp.
Papier et tissage Du , une quinzaine de papeteries sont en activité dans la vallée du Breuchin.. Au , l'industrie textile se développe fortement dans les vallées des Vosges saônoises (notamment à Mélisey.) grâce à la mécanisation rendue possible grâce à la force motrice d'abord fournie par les cours d'eau, puis par le charbon extrait dans les houillères de Ronchamp qui alimente les machines à vapeur des nouvelles usines construites à l'écart des cours d'eau, et enfin par l'électricité produite par la centrale thermique de Ronchamp. L'industrialisation s'accentue à partir de 1872, à la suite de l'accueil des Alsaciens fuyant l’annexion de l’Alsace-Lorraine. Cette industrie va prospérer jusqu’au milieu du avant de lentement décliner..
Mines thumb|L'entrée d'une ancienne galerie de mine à Plancher-les-Mines.
Les Vosges saônoises sont particulièrement riches en métaux précieux. Des mines de plomb et d'argent sont exploitées à Faucogney au . Des gisements de manganèse sont également exploités dans cette commune et celle d'Esmoulières jusqu’en 1936, ainsi que des filons de plomb argentifère, par intermittence, à Saint-Bresson. De la fluorine est extraite de 1959 à 1962. Les mines de la vallée de Saint-Antoine sont abondamment exploitées du et sont définitivement abandonnées en 1930.. Du fer est extrait à Servance, Saulnot et Fallon.
thumb|left|Le puits Saint-Louis, au pied des massifs. thumb|left|Le puits Arthur-de-Buyer.
Les seules mines industrialisées des Vosges saônoises sont les houillères de Ronchamp dont l'exploitation a démarré dans des galeries à flanc de coteau avant que ne soit creusé le puits Saint-Louis en 1810. Les couches de charbon s'enfonçant de plus en plus, les puits se succèdent et sont de plus en plus profonds jusqu'à ce que la compagnie finisse par creuser deux fois de suite le puits le plus profond de France ; le puits du Magny () en 1878 et le puits Arthur-de-Buyer () en 1900. En 1904, ce sont de charbon qui sont extraites des houillères de Ronchamp. Un petit gisement situé près du hameau de Mourière est exploité entre 1844 et 1891 mais de façon artisanale dans des couches de faible épaisseur et de piètre qualité...
Les mines de Ronchamp sont exploitées pendant plus de deux siècles, du milieu du jusqu'au milieu du et ont profondément marqué le paysage avec leurs terrils, cités minières et puits de mine, mais aussi l'économie et la population locale (immigration polonaise et traditions minières notamment). Une forte camaraderie et une conscience de classe se développent, notamment avec l'arrivée des Fressais, qui favorisent plusieurs grèves et mouvements sociaux. L'une d'entre elles, survenue illégalement en , cause le renvoi de certains ouvriers. La compagnie veille d'ailleurs à étouffer tous les mouvements de protestation dans le bassin minier notamment par le renvoi des et favorise les réclamations individuelles. À l'inverse, le dialogue s'ouvre entre les employés et les administrateurs en 1890 lorsque les mineurs peuvent élire leurs délégués, chargés de défendre les droits ouvriers et de surveiller la sécurité du travail. Sur le plan culturel, les houillères ont apporté des associations artistiques de musique, danse, art, religion ainsi que des clubs sportifs (notamment l'Étoile sportive de Ronchamp). Les mines possèdent également une harmonie et favorisent le commerce de proximité..
thumb|L'entrée de la saline de Gouhenans.
La découverte de la houille du bassin keupérien remonte à la fin du . À cette époque, la Saulnère du Saulnot (seigneurie de Granges), utilise deux chaudières pour cuire la saumure, l'une chauffée à la houille et l’autre au bois. Les mineurs qui tirent la houille des montagnes sont payés en argent et en chandelles.. Le bassin houiller keupérien est exploité entre la fin du et le milieu du dans le sud du territoire des Vosges saônoises. Bien qu'il soit exploité plus longtemps et sur un plus grand territoire que le bassin minier de Ronchamp et Champagney, son influence économique et sociale est moindre, sa production étant plutôt artisanale et irrégulière. L'activité atteint son apogée au en particulier à Gouhenans, où la pyrite et le sel gemme sont également exploités en grande quantité, permettant la production de verre et de produits chimiques..
Dentelle
La dentelle arrive en Haute-Saône à la Renaissance et connait une baisse d'activité pendant la Révolution. L'activité est relancée sous Napoléon et se développe considérablement entre les années 1850 et 1950 avec près de et dans tout le département, plus particulièrement autour des villes de Luxeuil et Lure. Ce travail était souvent un complément pour des femmes dont la famille avait de faibles revenus..
Verre thumb|La verrerie de la Saulnaire.
À la fin du Moyen Âge, les forêts françaises sont surexploitées par les verriers et leur droit d'exploitation leur est retiré en raison de ces destructions. Une quarantaine de verriers des Vosges et de la vallée du Rhône s'installent en Franche-Comté, plus particulièrement dans les Vosges saônoises. Miellin compte la première verrerie en 1637, un autre atelier est construit un siècle plus tard. Une verrerie est ouverte en 1700 par la famille Grézely à Malbouhans. Celle-ci emploie une centaine de personnes et utilise le charbon de Ronchamp et celui de la concession de Mourière (appartenant au même industriel pendant plusieurs décennies). Elle ferme en 1890, n'ayant pas investi dans des laminoirs à vitre. Une seconde verrerie est créée en 1780 par Célestin Grezely au lieu-dit La Saulnaire, dont la production est vendue à Paris. À la même période, un autre établissement ouvre à Roye..
Guerres La région des Vosges saônoises est régulièrement le théâtre d'opérations militaires en raison de sa proximité avec la Trouée de Belfort : guerre de Trente Ans dont les combats franc-comtois sont appelés guerre de Dix Ans, guerre de Hollande, guerre franco-prussienne, Première Guerre mondiale et Seconde Guerre mondiale.
Guerre franco-prussienne