Claude-Henri Grignon est un journaliste et écrivain québécois né le à Sainte-Adèle et mort dans la même ville le .
Critique littéraire et pamphlétaire à ses débuts, il se fait connaître du public sous le nom de plume Valdombre dans les années 1920. Il connaît le succès auprès de la critique et du public en 1933 avec son roman Un homme et son péché, mettant en scène le personnage de Séraphin Poudrier, paysan de Saint-Adèle rongé par le péché d'avarice.
Le succès de son roman campé dans les Laurentides de la fin du , à une époque où les valeurs conservatrices et l'amour de la terre règnent en dogmes, mène à la création de plusieurs œuvres : notamment une série radiophonique, Un homme et son péché (1939-1962), et deux séries télévisées, Les Belles Histoires des pays d'en haut (1956-1970) et Les Pays d'en haut (2016-2021).
Le succès et la longévité de l'univers fictif créé par Claude-Henri Grignon font de lui l'un des auteurs les plus populaires de la littérature québécoise au 20e siècleÉmile Gervais, S.J., « Autour des téléromans », Relations, février 1969, p. 54-55. Consulté le 24 septembre 2023.Louise Cousineau, « Mourir d'un trop grand personnage », La Presse, 14 mars 1995, cahier B, p. 9. Consulté le 24 septembre 2023.Les Belles Histoires des Pays d'en haut détiennent le record de longévité pour une série télévisée québécoise jusqu'en 1997. Voir Josée Lapointe, « Watatatow parle aux adolescents depuis sept ans », Le Droit, 24 novembre 1997, p. 27. Consulté le 24 septembre 2023..
Biographie Jeunesse
Famille vignette|Wilfrid Grignon et sa famille en 1899. Claude-Henri est le plus petit.|gaucheClaude-Henri GrignonSon véritable nom était Henri Grignon. , né Eugène-Henri GrignonRegistre de la paroisse de Ste-Adèle, comté de Terrebonne, pour l'année 1894, Baptême 39, feuillet 14 recto (Collection Drouin), vient au monde à Sainte-Adèle, dans les Laurentides. Il est le benjamin d'une famille de quatre garçons et quatre filles nés du Dr Wilfrid Grignon (1854-1915), un médecin originaire de Saint-Jérôme, et d'Eugénie Baker (1907), une Acadienne d'ascendance américaineLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 3 et 5. .
Son enfance se déroule dans le contexte de la colonisation des Laurentides, à la fin du . Le père de Claude-Henri Grignon s'était installé à Sainte-Adèle en 1879 – à la demande du curé Antoine Labelle – afin de participer à l'effort de colonisation de cette région du QuébecMarc-André Lapointe et Samuel Mathieu, La Famille Grignon de Sainte-Adèle, Balado Découverte. Consulté le 18 septembre 2023.. En tant que médecin, au fil des ans, le Dr Grignon a fini par occuper diverses fonctions au sein de sa communauté (entre autres, celles de conseiller municipal, maire, préfet de comté, commissaire aux permis d'alcool et juge de paix). Par le truchement de ses activités, le Dr Grignon a fait la connaissance de personnages et la découverte de lieux pittoresques dont il recueille les traces.
À travers les récits de son père, Claude-Henri Grignon développe très tôt le goût de l'écriture. Grandissant avec le sentiment d'être investi d'une mission, il se considère responsable de garder vivant le souvenir des « Pays d'en haut », un héritage intimement associé à la survivance de son peuple, lié à un territoire et à une époque bien préciseLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 6..
Formation De tempérament rebelle et bohème, dès le primaire, Claude-Henri Grignon supporte mal la discipline imposée à son école. Délaissant les classes, il passe son temps au bord de la rivière aux Mulets, à parler avec les draveurs qui y travaillent, ou en forêt, à la chasse et à la pêcheLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 5..
En 1907, le malheur frappe sa famille. Sa mère Eugénie meurt subitement. Moins d'un an plus tard, son père se remarie avec Hermine Longpré. À la suite de ce remariage, Claude-Henri Grignon est envoyé en pension au Collège Saint-Laurent à Montréal. Cette expérience, dans un milieu et une ville nouvelle, lui est particulièrement pénible. Il y fait toutefois la connaissance de Louis Francœur, futur journaliste de La Patrie et du Star, qui demeure son ami tout au long de sa vie. Revenu à Sainte-Adèle en 1910, son père décide de prendre en main son éducation en embauchant un professeur privé pour son fils. Après un court passage de deux ans à l'École d'agriculture d'Oka, en 1914, Claude-Henri Grignon décide d'abandonner ses études définitivement. Il demeurera toute sa vie un autodidacteLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 7..
Le , son père meurt subitement à l'âge de 61 ansLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 9-10.. Cette mort est un terrible choc pour le jeune homme. L'année suivante, il décide de quitter Sainte-Adèle pour s'installer à Montréal, où il occupe un poste de fonctionnaire au ministère des DouanesSociété d'histoire de la Rivière-du-Nord, Une histoire ... à suivre!, automne 2016, no 38, p. 5. Consulté le 18 septembre 2023..
Journalisme
Débuts Malgré ses difficultés scolaires, Claude-Henri Grignon est un grand lecteur. Il affectionne les auteurs français (en particulier ceux du : Honoré de Balzac, Gustave Flaubert, Charles Péguy et Charles Maurras)Claude-Henri Grignon, Un homme et son péché : les belles histoires des pays d'en haut, Stanké, 1977, p. I-IX.. Peu à peu, son intérêt pour l'écriture et la lecture l'attire vers le journalismeGhyslain Hotte, « Claude-Henri Grignon et les droites radicales françaises de l’entre-deux-guerres : influences et échanges », Bulletin d'histoire politique, vol. 27, no 2, hiver 2019, p. 119-145. Consulté le 18 septembre 2023.. Son premier article paraît dans L'Avenir du Nord de Saint-Jérôme, un journal alors identifié au Parti libéral, en . Si ses chroniques concernent au départ des sujets variés, rapidement, son attention se concentre sur la critique littéraire. De sa plume truculente, sous divers pseudonymes, il livre ses premières attaques contre des personnalités, notamment le critique Camille Roy qu'il qualifie « d'écrivain le plus malicieux du QuébecLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 10-11. ».
Ses talents le font remarquer. Le , il commence à collaborer au journal La Minerve dirigé par Arthur Sauvé, alors chef de l'Opposition à Québec. Il y produit une série d'études sur le mouvement littéraire et artistique au Canada français. Ses écrits ont tôt fait d'attirer l'attention d'un journaliste bien connu pour sa verve (et que Grignon a déjà attaqué dans ses écrits), Olivar Asselin. En octobre de la même année, les deux hommes se rencontrent. Malgré les critiques passées, Asselin complimente Claude-Henri Grignon au sujet des textes signés par son plus récent pseudonyme – Valdombre – et lui offre de collaborer à l'une de ses publicationsLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 11.. vignette|Dans les années 1920, Claude-Henri Grignon fréquente la bibliothèque Saint-Sulpice, dans le Quartier latin de Montréal.
Naissance de Valdombre Le , Claude-Henri Grignon fait son entrée à l'École littéraire de Montréal. Au sein de cette confrérie où il débat fréquemment, il à l'occasion de défendre sa conception de la littérature, opposant les « Vivants » (employant une langue et des thèmes plus près de la vraie vie des Canadiens français) et les « Exotiques » (employant plutôt la langue et les thèmes en vogue dans les salons littéraires parisiens de l'époque)Gaston Pilotte, « Victor Barbeau et la querelle du régionalisme », Études françaises, vol. 7, n° 1, février 1971, p. 24-48. Consulté le 22 septembre 2023.. C'est dans ce contexte que Grignon publie un premier ouvrage sous le pseudonyme de Valdombre, Les Vivants et les autres, en Jean Des Lys, « Les vivants et les morts », La Patrie, 3 juin 1922, p. 27. Consulté le 17 septembre 2023.Berthelot Brunet, « Valdombre critique violent », Le Matin, 24 juin 1922, p. 3. Consulté le 17 septembre 2023. :
À la même époque, Grignon fréquente assidûment la bibliothèque Saint-Sulpice. Influencé par le conservateur Ægidius Fauteux, il découvre les écrits polémiques de Léon Bloy. Son style percutant et intransigeant, prônant une littérature catholique et s'opposant aux écrits jugés matérialistes et socialistes (qui donnent lieu à plusieurs débats en France de la fin du XIXe au début du XXe siècle) le marquent profondémentLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 12-13..
Le Secret de Lingbergh En 1928, Claude-Henri Grignon publie son premier roman, Le Secret de Lingbergh, offrant un récit romancé de la traversée du célèbre pilote du Spirit of St. Louis de New York à Paris. La critique est mitigée et l'ouvrage est soumis, sans succès, au jury du prix David.
En au Québec, la bourse s'effondre aux États-Unis. C'est le début de la Grande Dépression. Tout en collaborant à La Nation de Québec, à La Vie canadienne et à d'autres journaux, et malgré l'aide occasionnelle de son ami Olivar Asselin et sa chronique hebdomadaire au Petit Journal, Grignon n'est plus en mesure de continuer à vivre en ville. Il décide alors de quitter Montréal pour se réinstaller à Sainte-AdèleLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 14-15..
Ombres et Clameurs En 1933, Claude-Henri Grignon publie un recueil de critiques intitulé Ombres et Clameurs. Les ombres portent sur des ouvrages qu'il n'apprécie pas et les clameurs, sur ceux qu'il approuve. À la même époque, Grignon se retrouve fortement endetté. Tentant de trouver du réconfort dans la foi catholique, son angoisse et sa détresse atteignent leur maximum durant cette périodeLuc Bertrand, Claude-Henri Grignon : Le Lion du Nord, LIDEC, 2007, p. 15..
Un homme et son péché En , alors que son moral est au plus bas à cause de ses problèmes d'argent, Claude-Henri Grignon fait une rencontre qui l'inspire. Lors d'une discussion avec une femme de Sainte-Adèle, celle-ci emploie le mot « pesat », désignant une tige de pois ou de brins de paille dont on se servait jadis pour nettoyer les planchers avec du sable blanc arrosé d'eau. Cette image, symbole d'un immense dépouillement, inspire à Grignon les premières lignes d'une histoire :
Le roman met en scène des personnages connus directement et indirectement par l'auteur (notamment à travers les souvenirs racontés par son père), « bousculé par les événements, vivant dans une atmosphère extrêmement favorable de sensations anciennesClaude-Henri Grignon, Un homme et son péché : les belles histoires des pays d'en haut, Stanké, 1977, p. XXVI. ». Le personnage principal de son intrigue, Séraphin Poudrier, rappelle l'harpagon de MolièreEntretien avec Claude-Henri Grignon, Fernand Seguin, Le Sel de la semaine, Société Radio-Canada, 2 septembre 1968. Consulté le 24 septembre 2023.Entretien avec Claire Grignon, Au jour le jour, Société Radio-Canada, 12 décembre 1983. Consulté le 24 septembre 2023..
Les autres personnages, inspirés des anecdotes du père de Claude-Henri Grignon, forment ainsi la base de l'univers d'Un homme et son péché.
Succès