New Sweden est une ville située dans l’État américain du Maine, dans le comté d’Aroostook. Fondée en 1870 par William Widgery Thomas, alors commissaire à l'immigration dans le Maine, New Sweden est l'une des premières communautés planifiées de la nation américaine.
Géographie
Municipalités limitrophes
Topographie New Sweden présente un relief peu accentué avec quelques collines dont les plus hautes avoisinent les de hauteur : Fogelin Hill, Capitol Hill, Gelot Hill et Jacobson Hillrespectivement, 309 m, 300 m, 298 m et 281 m (cf https://peakery.com/region/North-America-mountains/)..
L'eau y est très présente avec des zones humides, des étangs, des ruisseaux et des cours d'eau qui se jettent dans la Little Madawaska River et le Caribou Stream. New Sweden est traversée par deux rivières : Little Madawaska dans sa partie nord et Bearsley Brookorthographié aussi Beardsley Brook à partir du ., l'un de ses affluents, dans sa partie sud. Les deux étangs les plus importants par leur superficie sont respectivement Fogelin Pond et Gelot Pond, au pied des collines éponymes.
Sols La nature et les types de sols présents dans le comté d'Aroostook et ses localités ont fait l'objet d'une étude approfondie en 1964United State Department of Agriculture-Soil Conservation Service's Aroostook County Soil Survey - Northeastern Part, 1964.. Il apparaît que de sols différents se trouvent à New Sweden, avec une prédominance de loams argileuxMonarda and Burnham silt loams., des sols propices à l'agriculture. Douze des treize types de sols sont classés comme sols forestiers de première qualité (prime forestand soils). La ville et ses résidents peuvent dépendre de ces sols très productifs pour leurs besoins futurs en bois, qu'il soit de construction ou de chauffage.
Climat Le climat à New Sweden est de type tempéré froid. Les précipitations y sont importantes, même pendant le mois le plus sec de l'année.
La moyenne des précipitations annuelles atteint . Il pleut en moyenne par an, le mois le plus pluvieux étant avril avec une moyenne de près de de pluie et un cumul de précipitations de . Il neige d'octobre à mai, à raison en moyenne de par an, les chutes de neige culminant en février avec une moyenne de et plus de de neige accumulée.
La température moyenne annuelle est de . Le mois le plus chaud dans l'année est juillet avec une température moyenne de et le mois le plus froid est janvier avec une température moyenne de . +Moyennes des températures de 1991 à 2021moistempérature moyennetempérature minimaletempérature maximalejanvier - 11,5 - 15,6 - 8,8février - 9,7 - 13,7 - 5mars - 4,6 - 8,60,2avril2,4 - 1,87,3mai10,55,716juin15,711,220,8juillet18,914,823,5août18,214,110,2septembre14,210,218,9octobre73,811,1novembre0,3 - 2,83,9décembre -7,2 - 10,7 -3,3
Voies de communication New Sweden est traversée par une artère routière du réseau national du Maine, la route 161 (qui fait et va du poste-frontière de Fort Fairfield à Allagash) et par des routes de desserte, Station Road, Jemtland Road, Westmanland Road et Capitol Road, qui sont toutes cinq entretenues par l'Etat du Maine. Elle est aussi desservie par une vingtaine de routes municipales dont l'entretien relève de la ville.
Il existe par ailleurs deux ponts sur le territoire de la municipalité : le pont de Beardsley Brook, emprunté par la route 161 et le pont d'East Jemtland, emprunté par la Jemtland Road. Ces ouvrages, qui appartiennent au département des transports du Maine et sont entretenus par ce service, sont complétés par trois ponceaux (culverts) dont deux se situent sur la route 161, le troisième se trouvant sur Westmanland Road, à l'ouest de la piste de l'Aroostook Valley Railroad. Il n'y pas eu de pont à New Sweden jusqu'à l'année 1900 : le passage se faisait à gué et lors des crues, un pont de fortune en rondins était jeté au travers de la rivière ou un radeau en bois servait de ferry pour transporter hommes et animaux d'une rive à l'autre.
Aucune des routes de la localité ne comporte de feux de signalisation. Il n'y a pas non plus de trottoirs ou de passages piétons dans la ville. Un relevé des accidents de la route survenus entre 2015 et 2020 fait apparaître comme cause principale d'accident une collision avec un orignal ou un cerf, entrainant dans un certain nombre de cas une sortie de route. Aucun de ces accidents n'a été mortel et aucun blessé grave n'a été déploré durant cette période.
Il n'y a pas d'aéroport à New Sweden, le plus proche se trouvant à Presque Isle. L'aéroport municipal de Caribou est quant à lui un aéroport d'aviation générale. Il n'y a plus de desserte ferroviaire de New Sweden, pas de desserte en bus mais les services de taxi du comté desservent la ville.
Histoire Fondation en 1870
Contexte En , William Widgery Thomas, Jr quitte la Suède où il avait été envoyé par le président Lincoln comme courrier diplomatique pendant la guerre civile américaine afin d'y promouvoir l'Union. Dès son retour dans le Maine où il est né, Thomas constate le déclin de la population de cet état depuis le dernier recensement de 1860. Convaincu de l'attrait que pourraient représenter les grandes étendues sauvages du Maine pour les Scandinaves, il fait campagne pour l'établissement d'une colonie agricole dans les bois du Nord, près de Caribou dans le comté d'Aroostook. Il est nommé commissaire des terres publiques du Maine en 1869 puis commissaire à l'immigration le , après le vote deux jours plus tôt de la Législature en faveur du projet de loi autorisant une aide publique à l'immigration suédoise.
De Göteborg à New Sweden En , le commissaire repart pour la Suède et regagne Göteborg le , où il avait servi en tant que vice-consul. Après une intensive propagande et moins de quarante jours plus tard, il rassemble une colonie composée de , et qui embarquent le sur le bateau à vapeur lOrlando vers l'Angleterre et jusqu'au port de Hull. De là, la colonie s'achemine par le chemin de fer jusqu'à Liverpool où elle reprend la mer et embarque sur le City Antwerp de la ligne Inman pour traverser l'Atlantique. Arrivés à Halifax le , les colons traversent le lendemain la péninsule de Nova Scotia et la baie de Fundy jusqu'à Saint-Jean. De là, ils descendent le fleuve jusqu'à Fredericton. Thomas y loue deux barges et le voyage se poursuit jusqu'à Tobique qu'ils rejoignent le . Ils traversent la frontière entre le Canada et les Etats-Unis en carriole et leur arrivée sur le sol américain est saluée par un coup de canon de Fort Fairfield où un déjeuner leur est offert par la Ville. En signe de bienvenue, une foule de les attend près du pont traversant la rivière Aroostook, qui les escorte, avec une fanfare, jusqu'à Caribou où un souper leur est offert par les habitants. Le , toujours accompagnés par le commissaire à l'immigration Thomas, les colons arrivent sur leurs terres, dans le canton N 15 R 3. Ils se rassemblent pour une prière d'action de grâce autour de leur guide qui baptise le jour-même la localité du nom de New Sweden.
Conditions d'installation Pour contrer les effets néfastes de la conquête de l'Ouest sur la démographie du Maine et favoriser l'implantation rapide et durable des immigrants suédois, la Législature autorise le gouverneur Chamberlain, fervent adepte de l'immigration, à accorder une aide publique aux premiers colons arrivés à New Sweden. Chaque chef de famille reçoit de terre pour établir sa ferme ainsi que cinq acres de coupe de bois sur son lot pour permettre la circulation de l'air et de la lumière, une cabane en rondins, des vivres et des outils jusqu'aux premières récoltes. Dès le mois de septembre 1870, un bâtiment communautaire est édifié sur un lot réservé à cet effet au centre de la localité et au croisement des voies qui la traversent. Il comprend un cellier en sous-sol, un débarras pour stocker les provisions et les outils au rez-de-chaussée ainsi que deux bureaux pour servir de quartier général au commissaire de l'immigration qui vit au sein de la colonie, et une grande salle commune à l'étage utilisée pour le culte, la classe des enfants et l'administration de la communauté. Le bâtiment, de belles proportions, est d'emblée baptisé par les habitants de New Sweden. En trois années, la colonie, qui a attiré de nouveaux immigrants et quelques américains, acquiert son autonomie. Son succès étant assuré, la commission à l'immigration au Maine est dissoute en 1873 et sur la recommandation de William Widgery Thomas, l'aide spéciale apportée par l'état est suspendue. gauche|vignette|William Widgery Thomas, Jr, fondateur de la colonie suédoise (portrait de 1891).
Développement de la colonie (1870-1876) En 1873, la population de New Sweden est passée de 50 à .
Tous les colons suédois embarqués en 1870 ont survécu à leur voyage de quatre mois, excepté une petite fille âgée de neuf mois, Hilma, enfant du capitaine Nicholas P. Clazé, morte le à l'approche de Florenceville (actuelle Florenceville-Bristol) que ses parents n'ont pu se résoudre à abandonner sur place. Embaumée, placée dans un cercueil construit à la hâte, la petite dépouille est amenée jusqu'à New Sweden où elle est inhumée le lendemain de son arrivée.
La première naissance dans la localité a lieu le et le premier mariage est célébré le .
Le commissaire à l'immigration donne une large publicité à la fondation de New Sweden. Dès le début du mois d'août 1870, une lettre conjointe des Suédois à leurs familles et amis pour faire part du succès de leur voyage et de leur excellent accueil dans le Maine est communiquée aux principaux organes de presse de la Suède qui la publient. Une est imprimée en suédois et distribuée en Scandinavie avec l'accord des autorités. Ce texte est par ailleurs reproduit dans Amerika, un journal d'immigrants. De nouveaux immigrants arrivent de Suède avant que l'hiver ne s'installe : douze le et vingt autres le . En décembre, la colonie compte .
Dès le printemps 1871, les immigrants affluent par dizaines puis par centaines à partir du mois de mai. Le premier anniversaire de l'arrivée des Suédois est fêté dans le Capitole où le révérend Andrew Wiren, pasteur suédois venu rejoindre la colonie en juin, célèbre la première messe luthérienne de New Sweden. La première église luthérienne de New Sweden est créée sous sa direction : elle regroupe , et . Dans le courant de l'été, plusieurs artisans s'installent dans la localité : un tailleur, un étameur, un cordonnier et un forgeron. Une scierie est construite sur le Beardsley brook et les fondations d'un moulin à farine sont posées. Les récoltes de septembre s'avérant bonnes, l'état du Maine transfère l'aide spéciale allouée aux premiers colons aux nouveaux arrivants. Une école publique ouvre en novembre pour accueillir les en âge d'être scolarisés. Le pasteur, qui avait résidé dans l'Ouest des États-Unis pendant quatre ans, fait office d'enseignant. Des cours du soir sont ouverts aux adultes pour l'apprentissage de la langue anglaise. Parallèlement, les enfants apprennent à tricoter pour fournir des bas, des mitaines et des écharpes à la communauté, le cardage des laines étant assuré par les femmes.
En 1872, le journal de Caribou, le North Star consacre quotidiennement une chronique aux immigrants, rédigée en suédois : la .
De 1870 à 1872, le commissaire Thomas a le contrôle total de la colonie. Il s'est cependant entouré d'assistants compétents : Jacob Hardison, son bras droit, qui dispose d'une solide expérience en matière de défrichement et d'aménagement ; le capitaine Clasé, un marin suédois polyglotte qui parle sept langues dont l'anglais qu'il maîtrise, et Andrew Wiren, un pasteur suédois jeune et cultivé, capable d'enseigner. Par la suite, le commissaire adjoint à la gestion de la colonie un comité composé des représentants, élus, des neuf districts constitués sur la localité et d'un membre de droit, le pasteur, qui occupe une place éminente dans la communauté.