Pierre-Émile Thomas, dit Thomas-Payen, né à Paris le Paris, État civil reconstitué, vue 49/51. et mort à Marseille le , est un chimiste et ingénieur civil français, connu pour avoir été le premier directeur des Ateliers nationaux en 1848.
Biographie
Avant 1848
Issu d'une famille bourgeoise originaire du Hainaut et spécialisée dans l'exploitation de carrières de marbreHistoire des ateliers nationaux..., ., Pierre-Émile Thomas est le petit-fils de Pierre Thomas et le fils d'Albert-Gabriel Thomas, magistrat municipal de l'ancien et directeur concessionnaire de l'entrepôt de douane des Marais, qui meurt à la limite de la faillite en 1845. Sa mère, Marie-Élise Payen, est la sœur du célèbre chimiste Anselme Payen, dont Thomas accole plus tard le patronyme au sienJules Claretie, La Vie à Paris, 1880, Paris, Havard, 1881, ..
Élève de l'école orthomatique (fondée en 1829 au n 35 de la rue du Faubourg-Saint-Martin par Antoine-Désiré Lourmand pour la Société des méthodes d'enseignement présidée par Lasteyrie), Émile devient bachelier ès-lettres et ès-sciences à l'âge de seize ans. L'année suivante, il est admis avec l'un de ses frères à l'École centrale des arts et manufactures (promotion 1898), mais il en sort au bout d'un an et demi, effrayé par la difficulté des cours de mathématiques. Il rejoint alors le Conservatoire des arts et métiers pour y suivre les cours de chimie industrielle professés par son oncle maternel et pour assister celui-ci en tant que préparateur.
Il crée en 1844 un cabinet d'ingénieurs chimistes en association avec les centraliens Victor Dellisse et André Boucard. En 1846, il donne également des cours d'économie rurale à l'Athénée des arts, sciences et belles-lettres (installé depuis 1804 à l'hôtel de ville de Paris). En tant qu'ingénieur civil, il dirige la construction d'une usine métallurgique à Beaumont-sur-Oise peu de temps avant 1848Histoire des ateliers nationaux..., ..
Directeur des ateliers nationaux (mars-mai 1848) vignette|Organisation des Ateliers nationaux par Emile Thomas
Quand la Révolution de février 1848 éclate, Émile Thomas fait partie d'une compagnie de grenadiers de la de la garde nationaleHistoire des ateliers nationaux..., .. Comme beaucoup de bourgeois parisiens, il est surpris par la mise en place d'une Deuxième République et n'était jusqu'alors partisan que d'une réforme de la Monarchie de Juillet : il se définit donc lui-même comme un « républicain du lendemain ».
Le , le gouvernement provisoire instaure les Ateliers nationaux afin de venir en aide aux ouvriers sans travail. Plus proche des ateliers de charité de l'Ancien régime que des théories nouvelles d'organisation du travail, cette institution est surtout considérée par la fraction modérée du gouvernement comme un moyen de contrecarrer auprès des ouvriers l'influence du socialiste Louis Blanc et de sa Commission du Luxembourg.
Émile Thomas constate très vite les défauts d'organisation des Ateliers nationaux, dont l'un des deux bureaux centralisateurs, placé sous la responsabilité de M. Higonnet, est situé juste en face de sa demeure, rue de Bondy (actuelle rue René-Boulanger). Il entre alors en contact avec le ministre des Travaux publics, Marie, par l'intermédiaire d'un ancien ami de son père, Cauchois Lemaire, et d'Armand Coquet, chef de cabinet de MarieHistoire des ateliers nationaux..., .. Le , Thomas présente ainsi au ministre et au maire Garnier-Pagès un projet inspiré des idées saint-simoniennes d'organisation semi-militaire des ouvriers et propose d'en confier l'encadrement aux élèves et anciens élèves de l’École centrale des arts et manufactures. Son plan ayant été adopté le par les maires des douze arrondissements, il est nommé dès le lendemain commissaire de la République et directeur du bureau central des Ateliers nationaux établi dans l'ancien manège du parc Monceau, rue de Valois-du-Roule (ou rue de Valois-Monceau), à l'écart du centre. Cette nomination est officialisée par un arrêté ministériel en date du .
vignette|En tant que directeur des Ateliers nationaux, Thomas est logé au pavillon du parc Monceau (lithographie de 1838).
Très vite, Thomas se heurte à des difficultés telles que l'afflux trop important d'ouvriers à employer, l'agitation révolutionnaire, l'insuffisance des chantiers ouverts, les relations difficiles avec les ingénieurs du corps des ponts et chaussées et la faiblesse des moyens alloués par le gouvernement.
vignette|Les Ateliers nationaux vus par Victor Adam.
Bien que non candidat aux élections des 23 et 24 avril à la ConstituanteHistoire des ateliers nationaux..., ., Thomas obtient tout-de-même voix dans le département de la SeineJournal des débats, 2 mai 1848, . grâce à une influence réelle sur les ouvriers des Ateliers nationaux, dont il réussit à dissuader une bonne partie de se joindre aux manifestants de la Journée du 15 maiHistoire des ateliers nationaux..., ..
Quelques jours avant ce dernier événement, Marie a été remplacé au ministère des Travaux publics par Ulysse Trélat, qui se montre d'emblée très hostile au maintien des Ateliers nationaux. Le , Trélat communique à Thomas une série de mesures destinées à recenser précisément les ouvriers des Ateliers nationaux puis à les disperser en envoyant les plus jeunes (18-25 ans) à l'armée et en réaffectant les autres aux rares chantiers privés parisiens (où le salaire serait défini par les patrons) et surtout à des chantiers publics en province, où ils seraient payés à la tâche et non plus à la journéeHistoire des ateliers nationaux..., .. Le 25, il place Thomas sous les ordres d'une commission dont le secrétaire est l'ingénieur des ponts et chaussées Léon LalanneHistoire des ateliers nationaux..., ., qui n'est autre que le beau-frère du ministre. Le lendemain, , Thomas est convoqué au ministère, où Trélat lui demande d'écrire sa lettre de démission. Bien que Thomas ait recommandé, pour lui succéder, le propre fils du ministre, Émile Trélat, qui avait été son camarade à l’École centrale, c'est Lalanne qui est immédiatement nommé à la direction des Ateliers nationauxHistoire des ateliers nationaux..., ..
Après les Ateliers nationaux
vignette|Affiche pour les élections complémentaires de septembre 1848.
Aussitôt sa démission signée, Thomas apprend qu'il doit partir sur le champ à Bordeaux. Après avoir tout d'abord évoqué une prétendue mission (consistant à mener une étude du prolongement du canal des Landes), Trélat reconnaît que ce déplacement a pour seul but d'éloigner Thomas de Paris. N'ayant même pas eu l'autorisation de prévenir ses proches, l'ex-directeur des Ateliers nationaux doit quitter Paris le soir même en chaise de poste, sous la garde de deux policiers. Malgré plusieurs péripéties (arrestation à Carbon-Blanc par les gendarmes, qui entreprennent de l'emmener au fort du Hâ avant de le conduire à la gendarmerie) dues aux ordres contradictoires télégraphiés par le ministre, Thomas est à nouveau libre de ses mouvements à son arrivée à BordeauxHistoire des ateliers nationaux..., ..
Rentré à Paris quelques jours plus tard, il se présente aux élections complémentaires de juinHistoire des ateliers nationaux..., . (sans succès, car il ne figure pas parmi les 29 candidats ayant obtenu le plus de voix)Journal des débats, 9 juin 1848, . puis écrit aux membres de la Commission exécutive pour exiger une enquête sur les circonstances de son évictionLa Presse, 10 juin 1848, .. Finalement rendues publiques le , les mesures destinées à disperser les ouvriers des Ateliers nationaux provoquent les sanglantes Journées de Juin. À la suite de ces événements, une commission d'enquête parlementaire entend de nombreux témoins, dont Émile ThomasAlexandre Quentin-Bauchart, Rapport fait au nom de la commission chargée de l'enquête sur l'insurrection qui a éclaté dans la journée du 23 juin et sur les évènements du 15 mai (séance du 3 août 1848), Paris, Assemblée nationale (n 286), ..
À l'occasion de nouvelles élections complémentaires au mois de septembreLa Presse, 10 septembre 1848, ., il ajoute sa candidature à celles d'Émile de Girardin et de Louis-Napoléon Bonaparte en tant que « triple protestation des électeurs indépendants contre la violation des libertés nationales »Les Affiches rouges, reproduction exacte et histoire critique de toutes les affiches ultra-républicaines placardées sur les murs de Paris depuis le 24 février 1848, Paris, Giraud et Dagneau, 1851, .. Contrairement à Bonaparte, Thomas n'est pas élu. Deux mois plus tard, il s'embarque à la demande du gouvernement pour les Antilles, afin d'y étudier, quelques mois après l'abolition de l'esclavage, la réorganisation de la production de sucre en GuadeloupeLa Presse, 25 mars 1849, . ainsi que la possibilité d'y implanter des familles de travailleurs européensLa Presse, 29 novembre 1848, .. Cet éloignement temporaire de la métropole l'empêche opportunément d'être entendu par la commission chargée de la vérification des comptes du gouvernement provisoireAlfred Antony, Politique financière du Gouvernement provisoire, février-mai 1848, Paris, Rousseau, 1910, .. En , il postule à la chaire d'économie rurale à l'Institut agronomique de VersaillesLa Presse, 24 décembre 1849, ..
Rallié au bonapartismeLouis Blanc, Histoire de la Révolution de 1848, t. 2, Paris, Marpon et Flammarion, 1880, ., Émile Thomas devient le rédacteur en chef du journal Le Dix Décembre à partir du L'Argus, 26 mars 1850, . avant d'être nommé administrateur du domaine du prince-président à Lamotte-Beuvron en SologneTaxile Delord, Histoire du second Empire (1848-1869), , t. I, Paris, G. Baillière, 1869, . en 1851. Cette même année, après avoir été marqué par la lecture des Harmonies économiques de Bastiat, il participe à la diffusion des théories libérales en collaborant au Dictionnaire de l'économie politique de Coquelin et en traduisant l'Organisation de l'industrie de Banfield.
Sous le Second Empire, il reprend ses travaux de chimie industrielle et d'agronomie.
Installé à Marseille vers 1868Le Figaro, 16 juin 1880, ., Thomas fait partie du Cercle français de la rue Pisançon quand celui-ci organise un bataillon de francs-tireurs provençaux destiné à prendre part à la guerre de 1870La Presse, 25 août 1870, .. Il meurt le en son domicile marseillais du quartier Saint-Jérôme, atteint d'une ossification d'une artère du cerveau.
Publications Histoire des Ateliers nationaux considérés sous le double point de vue politique et social, des causes de leur formation et de leur existence, et de l'influence qu'ils ont exercée sur les événements des quatre premiers mois de la République, Paris, Michel Lévy frères, 1848. Rapport sur la réorganisation du travail libre et l'immigration européenne aux Antilles, 1849. Des Conditions vraies de la science économique, de la théorie de la rente et du principe de population, Paris, Guillaumin, 1850. (Traduction et annotation de) Thomas-Charles Banfield, Organisation de l'industrie, Paris, Guillaumin, 1851. (Articles dans) Charles Coquelin (dir.), Dictionnaire de l'économie politique, , Paris, Guillaumin/Hachette, 1854.
Références
Sources bibliographiques Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains, Paris, Hachette, 1880, . Fragment d'un discours du citoyen Émile Thomas, recueilli et publié par le citoyen Siméon-Venceslas Lebé, brigadier aux ateliers nationaux. Pouvant servir à sa biographie, Paris, 1848.
Liens externes
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