Joseph Pozzo di Borgo est l'un des dirigeants des Croix-de-feu et un résistant français, né à Paris le et mort à Paris le . Il est soupçonné d'avoir appartenu à la Cagoule.
Biographie Un aristocrate et propriétaire terrien, ancien combattant de la Grande Guerre Membre d'une famille de la noblesse corse, fils du comte Charles Jean Félix Pozzo di Borgo et d'Yvonne de Boisgelin, Joseph Pozzo di Borgo devient le quatrième duc Pozzo di Borgo à la mort de son frère Charles. en . Il est licencié et diplômé de l'École libre des sciences politiques. Il possède le château de Dangu, dans l'Eure, et un prestigieux hôtel particulier à Paris au 51, rue de l'Université ().
Après son service militaire, il est mobilisé en 1914 et sert comme sous-lieutenant au de dragons puis est affecté dans l'aviation ; il est breveté pilote militaire en 1916. Lieutenant en 1917, il obtient la croix de guerre et est démobilisé en 1919. Il est décoré chevalier de la Légion d'honneur en 1930Dossier de la Légion d'honneur de Joseph Pozzo di Borgo, sur la base Léonore..
Il épouse le Valérie Norrie (1903-1999), une riche héritière d'origine américaine, ; . Il mène avec son épouse une vie mondaine active à Paris et à Biarritz ; il est membre du Jockey Club, du Saint-Cloud country club, du cercle de l’Union (depuis 1929), du comité France-Amérique (depuis 1932), cf. ces quelques articles pour les années 1937 : Le Figaro, 7 juin 1936 ; Le Figaro, 26 juin 1936 ; Le Figaro, 28 mai 1937 ; Le Figaro, 2 juin 1937 ; Le Figaro, 10 juin 1937 ; Le Figaro, 19 juin 1937 ; Le Figaro, 10 août 1937 ; Le Figaro, 25 août 1937.. Il préside aux destinées du comité général des fêtes corses à Paris.
Membre du comité directeur des Croix-de-feu
L’itinéraire politique de Pozzo di Borgo dans l’entre-deux-guerres fait de lui un activiste d’extrême droite, antiparlementaire, anticommuniste, antimaçon et antisémite.
En 1926, il assiste à une réunion politique de la vieille Ligue des patriotes à Gisors https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k491688w/f4.zoom.r=%20duc%20Pozzo%20di%20Borgo%20%20.langFR Le Journal des débats, 11 novembre 1926, ]. Ami intime du riche parfumeur corse François CotyOn le trouve ainsi parmi les invités à un bal donné par la duchesse Pozzo di Borgo en 1928 : Le Figaro, 20 juin 1928., directeur et propriétaire du Figaro, il est dès 1927 l'un des premiers membres des Croix-de-feu, association d'anciens combattants que Coty appuie à ses débuts, et entre à son comité directeur le . Il préside alors l’Institut antimarxiste de Paris, et y donne des cours ; sa première leçon porte sur le « péril communiste aux colonies ».. Une brochure de sa conférence a été publiée la même année, sous le titre Les soviets et les Indes néerlandaises : conférence faite par di Borgo à l’Institut anti-marxiste. L’Institut, dont Flavien Brenier est le secrétaire général, ne se contente pas de dénoncer le communisme. Il donne aussi dans l’antimaçonnisme. Un article de La Croix en 1929 cite par exemple une « soirée antimaçonnique » donnée par cet Institut et présidée par Pozzo di Borgo. Les orateurs y décrivent . Mais ces ne doivent pas cacher, comme le déclare l’orateur invité, l’ancien député proche de l’Action française Xavier de Magallon, .
Il appuie ensuite l'accès du colonel François de La Rocque à la présidence des Croix de feu, l'accompagne dans des réunions, est l'un des orateurs de plusieurs réunions, préside un temps Les Fils et filles de Croix de feu, et contribue au financement de la ligueLe Matin, 17 avril 1934.. Son épouse a présidé un comité chargé de réunir les fonds nécessaires à la colonie de vacances mise en place par les Croix de feu à PlainfaingLe Figaro, 19 avril 1932, ..
En 1934, interrogé par la commission parlementaire sur les événements du , il dénonce l'ancien président du conseil Camille Chautemps comme franc-maçon, affirmant que ses recherches lui ont permis de découvrir qu'il a le grade de , ce qui lui confère le titre de Sublime prince du royal secret. L'accusation va longtemps poursuivre Chautemps. Il affirme aussi : . Il réitère ensuite dans la presse l'affirmation visant Chautemps - qui semble être inexacte et que ce dernier réfute. Il aurait été selon Henry Coston . Le Matin, 17 avril 1934 ; Le Petit Parisien, 17 avril 1934, Impressions : projets de lois, propositions, rapports, etc. de la Chambre des députés, 1934, L'Action française, 28 juin 1934 (cite un article de Pozzo dans Le Jour). Émile Buré, directeur de L'Ordre, de droite, présente Pozzo en 1937 comme un , et écrit qu'on ne peut se fier à ses déclarations visant La Rocque, donnant comme preuve son affirmation erronée visant Chautemps en 1934 : L'Action française, 3 décembre 1937.
La rupture avec La Rocque en 1936, les procès et la Cagoule
Il se détache progressivement de la Rocque à partir de 1935 et rompt avec lui au moment de la dissolution des Croix de feu en , hostile à sa stratégie légaliste. Lors du conseil d’administration des Croix de feu du , il aurait déclaré : . Il fait connaître publiquement la rupture et son refus d'adhérer au Parti social français fondé par La Rocque. Il lance le projet d'un mouvement nouveau désireux de revenir aux origines des Croix de feu et appelle les anciens Croix de feu à collaborer avec les autres nationaux « Pozzo en quête des siens », ; Philippe Machefer, « L'union des droites. Le PSF et le Front de la liberté, 1936-1937 » dans Revue d'histoire moderne et contemporaine, janvier-mars 1970, .L'Action française, 16 juillet 1936, Ibid., 29 juillet 1936, Le Figaro, 30 juillet 1936..
Il accuse La Rocque l’année suivante, sur la foi d'André Tardieu, ancien ministre de l'intérieur et président du conseilDes rumeurs circulaient depuis plusieurs années. Tardieu les lui confirma lors d'un déjeuner le et lors d'un entretien le : Tardieu lui aurait remis chaque mois puis . Pozzo cite ses paroles dans son article du : cf. ., d’avoir « émargé aux fonds secrets » et donc de s'être mis à la merci du gouvernement, dans des articles du périodique Choc du colonel (de réserve) Maurice Guillaume. Son premier article est intitulé : « Un ancien président du Conseil m'a dit : Je donnais par mois au lieutenant-colonel de La Rocque »Fred Kupferman, Philippe Machefer, « Presse et politique dans les années 1930 : le cas du Petit journal », dans Revue d'histoire moderne et contemporaine, janvier-mars 1975, .. Il l'accuse ensuite d'avoir , dévoilant d'anciennes lettres pour tenter de le prouverL'Action française, 15 septembre 1937. Et d'avoir refusé l'union des nationaux sous les auspices du maréchal Hubert Lyautey au lendemain du , au grand dam de ce dernierL'Action française, 25 août 1937 (Lettre de Pozzo à La Rocque, 13 août 1937).
Les deux hommes s’affrontèrent dans des procès en diffamation retentissants en 1937-1938. Pozzo di Borgo attaqua La Rocque en diffamation lorsque ce dernier repoussa ces accusations à l'occasion d'un meeting à Lyon le . Le communiqué de presse notant que La Rocque aurait déclaré que Pozzo di Borgo . La Rocque ne reconnut pas cependant avoir prononcé ces paroles. Défendu par ses avocats Xavier Vallat, par ailleurs député, et Robert Castille, et aidé de Tardieu qui assume à l'audience ses accusations, Pozzo di Borgo gagne son procès en première instance puis en appelLe Matin, 8 mars 1938, . Le pourvoi en cassation de La Rocque est ensuite rejeté : Journal des débats, 25 février 1939, .. Dans le même temps, la Rocque attaque aussi en diffamation Pozzo di Borgo ainsi que des directeurs de journaux, des journalistes et des personnalités (Charles Maurras, Léon Daudet, Philippe Henriot, le commandant Sicé (autre ancien membre du comité directeur des Croix de feu), le colonel Guillaume, Jean-Maurice Herrmann du Populaire) ayant reproduit les accusations ou témoigné dans le même sens. Pozzo di Borgo est acquitté en première instanceLe Matin, 4 janvier 1938. mais il est condamné en appelLe Matin, 19 juillet 1938, . Pour l'analyse des procès et des motivations des accusateurs, cf. J..
Comme vice-président de l’Union des comités d’action défensive (UCAD), fondée en par le général Édouard Duseigneur, il a été mêlé à la Cagoule dans la mesure où l’UCAD est l’un des noyaux légaux du CSAR selon ses accusateurs. D’ailleurs, Pozzo di Borgo, Deloncle et Méténier ont rencontré à Nancy Maurice Cochinaire, ancien chef régional des Camelots du roi de l'Action française, suspecté d'être le dirigeant de la branche lorraine de la Cagoule, et d’autres activistes en . Arrêté en novembre avec les autres dirigeants de la Cagoule et le général DuseigneurLe Matin, 27 novembre 1937 ; Le Populaire, 27 novembre 1937., interrogé par le juge Béteille, Pozzo affirma qu’il ne savait pratiquement rien de la Cagoule et connaissait à peine Deloncle. L’UCAD n’aurait été qu’un . Face à une éventuelle prise du pouvoir des communistes, il devait être l’un des . De sa prison, il polémique avec Henri de Kérillis, un soutien de La Rocque. . . Il prend comme avocats Xavier Vallat et Robert CastilleLe Jour, 27 novembre 1937.
Son honorabilité, et celle du général Duseigneur, sont défendues par des journaux comme Le Jour de Léon Bailby, pour qui ils dirigèrent Le Jour, 4 décembre 1937 et qui publie des articles en sa faveurLecreux, "Au camarade de guerre et de prison", Le Jour, décembre 1937, Jean Fraissinet, 5 décembre 1937, "Hommage à mon chef d'autrefois et à mon compagnon d'armes", Ibidem. et, en , une pétition de personnalités dénonçant . Elle est signée par des généraux (Robert Altmayer, Charles Brécard, de Bellaigne, Blaviez, de Cugnac, Clément-Grandcourt, Jobert, Koechlin-Schwartz, Henri Mordacq, Henri Albert Niessel, Peltiet, Sainte-Claire-Deville, Sütterlin, Ruillier, de Tavernost, de Vaulgrenant, Wimpffen, de Réals, Lavigne-Delville, Férand, Portalis, Fromheim, Boëlle, Estève, Vincent, de Montarby, Armengeaud, Roger, Pallu, Bulot), des amiraux (Jean Lacaze, de Carné, Hallier), des officiers, des dirigeants d'associations d'anciens combattants (Edmond Bloch, Prosper Josse, Georges Lebecq, de l'UNC), des écrivains anciens combattants (Paul Chack, Roland Dorgelès, François Duhourcau, Binet-Valmer, Claude Farrère), des Académiciens (Henry Bordeaux, Joseph de Pesquidoux), des hommes politiques (Désiré Ferry, Gaston Le Provost de Launay, Charles Trochu, les députés Pierre Taittinger, Fernand Wiedemann-Goiran, Édouard Moncelle, Charles des Isnards), des anciens combattants décorés, de l'UNC notamment et des Camarades du feu, des anciens cadres et membres des Croix de FeuLe Jour, 4 décembre 1937, Ibid., 6 décembre, Ibid., 7 décembre, Ibid., 9 décembre, Ibid., 10 décembre, Ibid., 13 décembre, 18 décembre, Ibid., 19 décembre, Ibid., 21 décembre. Ces officiers en retraite et ces personnalités, souvent marquées à droite, se retrouvent dans un , formé fin , qui prend sa défense et celle de Duseigneur en raison de leur passé d'ancien combattant. Il engrange des signatures de personnalités et tente de tenir un meeting au Vélodrome d'hiver, mais cette réunion est interdite devant la menace d'une contre-manifestationLe Figaro, 31 décembre 1937, Le Jour, janvier 1938 (Appel de l'UNC, au nom de G. Lebecq), Journal des débats, 2 janvier 1938, L'Action française, 4 décembre 1937,L'Action française, 9 janvier 1938,Le Temps, 15 janvier 1938, Ibid., 16 janvier 1938.
Pozzo di Borgo est remis en liberté provisoire le Le Matin, 6 mars 1938. et bénéficie d’un non-lieu. Il publie ses souvenirs de captivité dans Le JourPozzo di Borgo, "Mes cent jours à la santé", Le Jour, 7 mars 1938. Et publie aussi un recueil de ses articles de Choc accompagnés de documents, intitulé La Rocque fantôme à vendre et utilisé par les adversaires du chef du PSFLe Populaire, 31 mars 1938, L'Action française, 5 avril 1938.