La Mutuelle nationale des étudiants de France (MNEF), ensuite devenue LMDE, est créée en 1948 en même temps que le régime de sécurité sociale étudiant pour le gérer. La création d'un régime étudiant de sécurité sociale est obtenue par l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) et se fait dans le cadre de la charte de Grenoble qui dispose dans son article 2 qu'« en tant que jeune, l’étudiant a droit à une prévoyance sociale particulière, dans les domaines physique, intellectuel et moral ». Elle disparaît en 2000 dans le cadre d'un important scandale politico-financier.

Histoire de la MNEF

Loi créant et finançant une mutuelle nationale en 1948

La MNEF est créée en 1948, peu après le vote des députés en faveur du régime étudiant de sécurité sociale que l'UNEF vient d'obtenir, avec un financement dédié.

La loi consacre la gestion du régime par les étudiants eux-mêmes. La MNEF reçoit une délégation de service public pour le gérer sur l'ensemble du territoire, à l'exception de la Lorraine où l'AGE de Nancy crée la MGEL.

Cette loi du prévoit que les étudiants reçoivent les prestations de santé par l'intermédiaire des sections locales d'une mutuelle nationale. Pour dédommager cette dernière des frais administratifs ainsi engagés, la MNEF reçoit pour chaque étudiant assuré, une " remise de gestion ", versée par l'assurance-maladie, qui s'ajoute aux cotisations proprement mutualistes que lui versent ses adhérents. La cotisation est fixée par la MNEF mais le montant de la " remise de gestion " est fixé chaque année par le gouvernement, sans obligation précise de suivre l'inflation"En réserve de la révolution" par  Bruno Frappat le 9 mai 1972 dans Le Monde  .

Mutuelle locale ou mutuelle nationale ? L'UNEF gère à cette époque de nombreuses œuvres : restaurants universitaires, logements… Le niveau de direction est alors local, chaque association générale des étudiants d'une ville (ou AGE) les gérant de façon autonome. L'ampleur de la tâche pour gérer un régime de sécurité social rend plus pertinent la création d'une structure nationale plutôt qu'une fédération de structures locales (il y a à cette époque ). Le niveau national garantit aussi une indépendance face aux autorités universitaires et politiques locales.

Deux mutuelles locales vont cependant apparaître, la MGEL (Mutuelle générale des étudiants de Lorraine) et la MEM (Mutuelle des étudiants de Marseille). La MEM réintègre rapidement la MNEF en en devenant une section.

Années 1950 : conquêtes et réalisations de la MNEF La mutuelle a une vie autonome de l'UNEF, malgré des liens forts avec le syndicat étudiant. Les dirigeants de la mutuelle sont élus sur listes, offrant un champ d'expression aux courants internes à l'UNEF (majo/mino). À partir des années 1950, c'est plutôt dans la « mino » de la direction de l'UNEF "que se reconnaît la direction mutualiste" de la MNEF, tout comme "une partie de la gauche syndicale expérimentera ses orientations dans la MNEF au cours des années 60", selon l'historien Robi Morder.

Prestations ajoutées, vaccinations, dispensaires et aide psychologique De nouvelles prestations (caisse d'invalidité et de décès, assurance accidents, dommage aux tiers) viennent complémenter le régime de sécurité sociale créé après la guerre, dans les années 1950, la MNEF les présentant dans son journal La Mutu, réservé aux adhérents.

La prévention contre la tuberculose et le BCG suivent.

Un premier dispensaire ouvre en 1952 à Paris, puis à Lyon, suivi d'une clinique dentaire à Lyon et d'un centre de vaccination BCG à Lille. En 1953, la MNEF entre au conseil d'administration de la FSEF (fondation santé des étudiants de France).

Des Bureaux d'aide psychologique universitaire (BAPU) sont créés dans le sillage de celle, en 1955, du Comité national universitaire pour la santé mentale (CNUSM).

Plus tard, en 1972 la MNEF créera à Paris son premier centre d'orthogénie, «en violation de la législation française, deux ans avant qu'elle change, en comptant sur le soutien d'un large secteur de l'opinion.

Centres de vacances et logements En 1956, la MNEF propose des logements en passant un accord avec les OPHLM.

La création de la Coopérative de l'Uni-club permet de gérer trois centres de vacances (France, Espagne et Corse). La commune corse de Cervione accueille ainsi sur la plage de Prunete un des deux centres de vacances créés par l'Uni-club, lui-même crée par le syndicat étudiant UNEF, l'autre étant en Espagne. Ce village de bungalow fait office en cours d'année scolaire de centre d'entraînement au sport et de formation à l'encadrement étudiant au cours de stages. L'Uni-Club est en 1965/66 repris par la MNEF, quatre ans après d'être diversifié, avec une «coopérative de l'Uni-club» qui étend son objet le 1° à «approvisionner en livres, polycopiés (..et comme) centrale d'achats» les étudiantsArticle par Robi Morder .

Années 1960 : l'expansion permise par la remise de gestion Les années 1960 voient une explosion des effectifs étudiants, qui recourent par ailleurs beaucoup plus aux soins ; la mutuelle doit faire face à une forte augmentation du nombre de dossiers traités (+ 59,3 % pour 20,6 % d'adhérents supplémentaires). Les effectifs salariés de la mutuelle doivent être augmentés et mettent en difficulté ses comptes. En 1971, la MNEF compte .

Le système de remise de gestion créé en 1948 permet de prendre en considération le travail qu'effectue la MNEF pour le compte de la sécurité sociale. Il est consolidé par un rapport de la Cour des comptes, qui a en effet estimé en 1956 que « la sécurité sociale des étudiants ne finance pas la MNEF, c'est l'inverse qui est vrai ».

Les remises de gestion seront ensuite régulièrement réévaluées en fonction des coûts, même si elles restent souvent inférieures au minimum préconisé par l'IGAS.

En 1962, la MNEF lance une revue prospective, Recherches universitaires, afin de développer les réflexions sur l'université et les conditions de vie et d'études des étudiants.

La croissance de la mutuelle s'adosse à celle du syndicat étudiant qui l'a fondée"Des militants en costume cravate. Regard socio-historique sur l'engagement des dirigeants étudiants de la MNEF (1973-1986)" par Camilo Argibay, dans la revue Le Mouvement Social  en 2014  . De 1948 à 1968, UNEF et MNEF restent fortement imbriquées. Entre 1962 et 1969, 18 des 25 membres du bureau de la MNEF sont ainsi passés par des instances décisionnaires de l’UNEF. Les congrès on lieu au même endroit et au même moment, à Pâques. Les premiers jours sont consacrés à la mutuelle et les suivants au syndicat. La MNEF apparaît comme la « vice-présidence santé de l’UNEF » .  À partir de 1966-1967, toutes deux sont dirigées par des étudiants issus du PSU.

Années 1970 Dans les années 1970, les élections étudiantes perdent de l'influence sur le fonctionnement réel de la MNEF, dont les salariés sont liés aux courants politiques qui se disputent la mutuelle. La cotisation est fixée par le gouvernement, qui module sa valeur en période d'inflation causée par les chocs pétroliers, mais aussi en fonction des groupes politiques qu'il veut gêner ou au contraire pousser sur l'échiquier et des mutuelles concurrentes qu'il encourage. Par ailleurs, les pertes sont épongées en fonction du bon vouloir d'autres partenaires, les mutuelles de salariés.

Nouvelle situation avant et après Mai 1968 La MNEF subit la nouvelle situation dans le monde étudiant au moment de Mai 1968, l'extrême-gauche s'étant renforcée depuis 1966-1967 de groupes maoïstes et trotskistes qui ont fait scission du PCF, auxquels ils s'opposent violemment tout en s'opposant aussi entre eux. Les socialistes sont aussi présents chez les étudiants mais divisés aussi, l'aile gauche s'étant rapprochée des communistes, en anticipant le programme commun qui ne sera signé qu'en 1972.

L'aile droite des socialistes, influente à la Fédération nationale de la mutualité française et la MGEN, reproche elle à la MNEF de rouler pour le PSU, qui a refusé de rejoindre François Mitterrand lors de la création du Parti socialiste au Congrès d'Epinay en 1971 : le fichier de la MNEF et ses moyens financiers auraient alors serviraient selons les socialistes aux étudiants du PSU jusqu'en 1972 pour recruter des militants. Jusqu’au début des années 1970, la MNEF est présidée par un étudiant bénévole qui passe le relais tous les printemps, lors du congrès annuel, mais elle s'est politisée à partir de 1967, qui la voit contrôlée comme l'UNEF par le PSU.

A la direction de l'UNEF, lors des congrès de et , les étudiants du PSU ont de plus en plus de mal à bénéficier des alliances avec les moïstes et la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR, trotskiste), qui leur avaient permis, avant, pendant et après Mai 68, de résister à la montée de l'Organisation communiste internationaliste (OCI, trotskiste-lambertiste). En , la JCR quitte l'UNEF, où son entrée dans les comités d'action est contestée, tandis qu'en 1969 le place prise par les Mao-spontex est critiquée.

Les étudiants du PSU décident à leur tour, en , d'abandonner l'UNEF, mais restent finalement à la tête de la MNEF, contrairement à ce que prévoyaient les dirigeants nationaux, car les assemblées générales, congrès, comités, commissions, et stages des administrateurs leur ont souvent permis, aux frais de la Mutuelle, , observe Le Monde et empêcher leurs adversaires politiques de l'UNEF-Renouveau de prendre le contrôle de la Mutuelle, au point de rencontrer leurs rivaux de droite de la Fédération nationale des étudiants de France (FNEF). Les étudiants du PSU eux-mêmes sont divisés sur la question.

Quand l'UNEF se scinde en deux en 1971, les étudiants communistes d'un côté et les trotskistes de l'OCI de l'autre, la mutuelle affirme son autonomie en organisant ses propres congrès et en recrutant ses dirigeants en dehors des deux nouveaux syndicats, générant une direction administrative qui rompt avec le bénévolat. Jusqu'en 1972, la présidence change souvent. S'y succèdent Pierre Masson, Marc Gentes et Alain SchrempCahiers du Germe , tandis que Michel Silland, élu trésorier depuis , assure une relative continuitéBiographie de Michel Silland .

Ces étudiants du PSU ont donné à leur gestion de la Mutuelle un sens politique, en voulant par exemple le premier centre d'orthogénie mutualiste, à une époque où l'avortement est toujours illégal. Mais des accusations graves, qui n'ont jamais pu être prouvées devant les tribunaux, pourtant fréquemment saisis, leur reprochent de tricher pour se maintenir à la direction. La rumeur veut qu'une camionnette, transportant les urnes après un vote, mit deux heures pour faire un trajet d'à peine 30 minutes. En réponse, leur avocat Pierre Gonzalez de Gaspard dresse la liste des procès gagnés« La mutuelle des étudiants : gestion et politique », Le Monde du 9 mai 1972 cité par Camilo Argibay dans sa thèse  .

Les étudiants PSU décident néanmoins d'abandonner la direction de la MNEF, ce qu'ils font lors du congrès de Thonon le . Pour les élections à Paris, le bureau sortant renonce à se présenter et se borne à soutenir une liste de militants du CERES, l'aile gauche du Parti socialiste. L’appartenance politique des nouveaux dirigeants figure ainsi au compte-rendu officiel du congrès en 1972.