Le temple de Nabû, à Palmyre en Syrie, est un édifice religieux dédié à Nabû , dieu babylonien du savoir, des arts et de l'écriture. La fondation de l'œuvre architecturale à destination votive est attribué pour la période qui couvre le . À cette époque, au cours du règne de l'empereur Hadrien, Tadmor, et la partie occidentale de la syrie antique, sont alors sous statut provincial romain.

Le temple de Nabû est découvert, puis dégagé au cours du . L'opération se déroule lors d'une expédition archéologique. Cette exploration succède à l'exhumation du site palmyréen de premières ruines urbaines par des marchands d'Alep en 1691.

Ce sanctuaire possède une architecture à la fois romaine, hellénistique et levantine.

Situation géographique du temple sur le site antique de Palmyre

D'après maintes données topographiques observées, la situation spatiale du temple de Nabû, au sein du site antique de Palmyre, se présente de manière singulière. En premier lieu, l'édifice votif est bâti sur l'axe médian d'un terrain irrégulier, lequel est se positionne en hauteur...

Ensuite, le complexe religieux s'oriente d'après une ligne nord/nord-est; sud/sud-ouest et ce, à la manière des temples d'architecture gréco-romaine .

Le sanctuaire s'inscrit au cœur d'une zone délimitée par deux axes remarquables : d'une part, la Grande Colonnade palmyréenne au nord, d'autre part la voie de circulation principale de la ville antico-levantine au sud...

En outre, l'ouvrage architectural est sis à environ au nord-ouest du Temple de Bêl et au sud-ouest du Temple de Baalshamin. Le sanctuaire de Nabû forme, associé à ses deux homonyme, approximativement un triangle rectangle dont il serait le sommet à angle droit. Cette délimitation triangulaire semble constituer une « zone cultuelle ». Cette aire religieuse est elle-même située au sud-est du Wadi, c'est-à-dire l'ancien complexe urbain palmyréen.

Enfin, sur le terrain, les archéologues ont pu mettre en évidence des ruines d'habitats urbains côtoyant le sanctuaire. Les analyses radiocarbones ont révélé que ces structures domestiques sont attribuées à une époque postérieure à celle de la construction du sanctuaire . Ce constat suggère un processus de synœcisme (ou centralisation) urbain autour du bâtiment religieux, mouvement d'accrétion migratoire qu'il est également possible d'observer concernant les deux temples de Bêl et de Baalshamin.

Histoire

Contexte

Au cours du , Tadmor est une puissante ville commerciale fondée par des marchands et des caravaniers...

thumb|upright|La Province de Syrie (rouge foncé) au sein de l'empire romain en 116.|alt= Carte En , le général romain Pompée offre la conclusion de la dynastie des Séleucides en soumettant Mithridate VI. L'année suivante, en , la Syrie occidentale devient une province romaine. À partir du début du , Tadmor est rattachée à la province romaine de Syrie ; elle est également rebaptisée Palmyre et se voit pourvue du statut de ville romaine. C'est au sein de ce contexte historique que débute l'érection Temple de Nabû ..

La construction du Temple de Nabû

À l'instar de différents temples palmyréens pourvus d'une taille relativement restreinte , le sanctuaire de Nabû est édifié sous l'impulsion de riches familles nobiliaires palmyréennes (pour la plupart des marchands).. En ce qui concerne ce dernier, les familles Elhabel.. et Belshuri apparaissent comme en étant les initiatrices..

Les deux tribus familiales se répartissent la tâche et les travaux afférant à l'élévation et la réalisation de l'édifice religieux. La famille Elhabel se charge de la construction de la cella, tandis que la famille Bêlshuri s’octroie l'érection du propylée et du mur d'enceinte encadrant le Temple. Des inscriptions cunéiformes gravées sur celui-ci indiquent que les travaux débutent au cours de la seconde moitié du .

L'édification de l'ouvrage architectural religieux est complexe et se déroule en deux phases distinctes : la première est datée de la fin du , tandis que la deuxième est attribuée à près d'un siècle plus tard. La conception du mur d'enceinte se révèle relativement prompte et aisée. À contrario, la construction du bâtiment sacré présente certaines contraintes. Le terrain sur lequel repose la cella est un tel présentant de grandes irrégularités.

La première phase de l'érection du sanctuaire se termine avec d'une part une enceinte et un propylée finalisés, d'autre part avec l'existence d'une cella. Néanmoins, à la fin de cette première phase de travaux, la cella est encore totalement inachevée. Cette dernière est alors pourvue de six colonnes de façade, mais également quatre sur chacune des faces latérales du péristyle; par ailleurs, les murs de la cella semblent encore se constituer de blocs pierreux non dégrossis et/ ou taillés, lesquels se présentent encore sous forme finement bosselée. À la fin du , le temple de Nabû offre un panorama architectural bancal et déséquilibré.

Il est significatif que pendant la période espaçant les deux phases d'édification du sanctuaire, une nouvelle voie de circulation est percée au nord de celui-ci . Par ailleurs les travaux ayant pour objet l'élévation la colonnade palmyréenne se finalisent, cette dernière longeant le sud de l'œuvre architecturale dédiée à Nabû. Ces deux faits produisent des incidences majeures relatives à la pérennité et à la continuité des travaux réalisés sur le temple lui-même..

Au cours de la deuxième phase, seule la famille Elhabel demeure à la direction de la mise œuvre. L'infrastructure du bâtiment central, lieu de recueil des croyants, est totalement réorganisée. En outre, le tell qui supporte celle-ci, subit un accroissement par le biais d'une nouvelle extension orientée du côté sud. Incidemment, cette transformation topographique, aboutit à une augmentation du péristyle. Pour autant, le péristyle conserve une unique rangée de colonnes organisées en périptère. Cette mutation affecte ainsi le temple à une typologie architecturale dite pseudo-diptère .

Néanmoins, les travaux les plus importants affectent tout particulièrement le bâti nord de la cour sacrée. De facto, les Elhabel entreprennent de mettre à profit la nouvelle voie principale palmyréenne récemment édifiée, en concevant la percée de la façade nord de l'enceinte en trois points formant trois accès au temple. Un propylée muni de dix colonnes est également érigé, complétant ces derniers. En outre, la façade sud est transformée, afin que celle-ci puisse harmonieusement côtoyer à la Grande Colonnade, à présent achevée. Un rapport de ces différentes étapes de construction est établi par le biais d'inscriptions disséminées sur l'ensemble des éléments constitutifs du temple.

thumb|upright|L'Empire de Palmyre (en jaune) en .|alt= Carte

Enfin, la , et tout particulièrement son , subit aussi un profond remaniement..

La cité antique étant alors le poumon politique culturel et économique du vaste empire palmyrène., l'édification du complexe religieux trouve sa conclusion au début du , sous le règne de Septimia Bathzabbai Zénobie., couvrant ainsi près de de travaux..

La destruction partielle du sanctuaire de Nabû

Au cours du , alors que la reine Zénobie a pris sous son égide l'Empire palmyrénien...., l'empereur romain Aurélien, mène une offensive directement sur la ville antique de Palmyre. Ce dernier parvient à la prendre et par la suite la met à sac.

Dans les faits, tandis que le Temple de Bêl et celui de Baalshamin demeurent dans une relative intégrité, le sanctuaire dédié à Nabû est, quant à lui, pleinement affecté par la mise à sac. De l'ouvrage architectural votif, il ne reste quasiment plus que des vestiges, hormis de nombreux portiques ceignant sont , ainsi que des éléments architecturaux appartenant à la . Hormis le lieu central de l'édifice, la majeure partie du périptère, le propylée, mais également l'autel monumental de type syrio-levantin attenant à la cour du sanctuaire sont détruits..

Redécouverte

thumb|right|Vue d'ensemble du site archéologique de Palmyre. Estampe de Robert Wood, réalisée en .

Le temple de Nabû est découvert, puis dégagé au cours du . L'opération se déroule lors d'une expédition archéologique, laquelle succède à l'exhumation du site palmyréen sanctuaire par des marchands d'Alep en .

En , une expédition en destination de la Syrie est entreprise par les deux explorateurs () et Robert Wood (), afin de mettre au jour les ruines des monuments antiques de Palmyre....

Les premières fouilles archéologiques du site de Palmyre sont effectuées en ; les ruines sont dès lors dessenvelies et/ou extraites. À cette occasion, Robert Wood produit de nombreuses estampes figurant fidèlement l'ensemble des monuments mais également une vue d'ensemble du site archéologique. Ces reproductions permettent une première approche pour identifier le temple de Nabû et les autres vestiges antiques...

L'édifice palmyréen est en grande partie analysé et identifié. Ses divers éléments d'architecture sont répertoriés, puis nomenclaturés au début du , grâce à une mission allemande. Cette dernière est entreprise sous l'égide de K. Wulzinger et Theodor Wiegand ( - ). La mise en évidence des ruines du temple est essentiellement réalisé par des techniques de sondages...

Les campagnes de fouilles

Hormis la campagne de prospections archéologiques menée par Robert du Mesnil du Buisson dans les années 1930. ; la principale campagne de fouilles permettant d'attester, d'identifier et de mettre en perspective le temple de Nabû, est réalisée en et par une équipe franco-syrienne dirigée par lassyriologue Syrien Adnan Bounni , et notamment assisté de l'archéologue Jacques Seigne et de l'architecte syrien Nassib Saliby.

Les fouilles permettent de dégager de nombreuses tablettes portant des inscriptions cunéiformes. Ces tablettes sont disséminées sur la globalité du site cultuel, soit ensevelies (enfouies et enterrées), soit affectées en réemploi au sein de différentes structures architecturales demeurées intactes. En outre, ces tessères se présentent tels des rapports et comptes-rendus des dimensions, mises en œuvre successives et descriptions architecturales du sanctuaire, chacune dûment datée. Pour Adnan Bounni, la découverte et la mise au jour de ces reliques scripturales sont essentielles.. Concrètement, elle lui permet d'effectuer une reconstitution historique et descriptive du complexe religieux..

À cela, il faut ajouter qu'au cours de l'année , sont inventoriées, traduites et publiquement délivrées, la globalité des inscriptions associées à l'édifice votif.

À l'instar de la globalité du site dont il est partie intégrante, le sanctuaire de Nabû est reconnu Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'UNESCO en 1980..

Culte de Nabû à Palmyre

En considérant d'une part l'existence de cette statuaire, et d'autre part les divers inscriptions votives et gravées sur certains des éléments architecturaux du temple de Nabû, il est concrètement fondé de penser que le petit sanctuaire syrien fasse référence au dieu Nabû.

thumb|upright|Sculpture en pied du dieu dorigine babylonienne ("Britannica", . Nabû. Au sein de la ville antique de Palmyre, Nabû apparaît telle une divinité dite « mineure ». Cependant, ce dieu est totalement intégré et indissociable des pratiques religieuses de la société palmyréenne de cette époque.. D'origine babylonienne, ce personnage divin est attesté relativement précocement à Palmyre. Néanmoins, l'emprunt de son culte à la culture et à la civilisation proche-orientale antique ne peut intrinsèquement pas contemporaine de la fondation de la ville antique syrienne et ce, à contrario du culte également Babylonnien de Ba'al , lequel se présente comme étant le « dieu ancestral » de Tadmor, établit depuis l'origine du site urbain..

Pour le patron des scribes, cette dernière considération pourrait expliquer ce statut de « dieu mineur » au sein du panthéon palmyréen, bien que Nabû soit une divinité caractéristique de la tradition religieuse du levant antique.