La chouannerie normande est une insurrection contre la République qui, pendant près de sept ans, de l'automne 1793 au printemps 1800, de la rive gauche de la Seine aux marges du Perche, du Maine et de la Bretagne, et débordant à l'occasion, intéresse jusqu'à en 1799, même s'ils ne sont jamais mobilisés tous ensemble. Ces effectifs montrent l'importance du soulèvement, en particulier dans le bocage normand, les chefs chouans se révélant incapables d'entretenir une révolte profonde et durable dans le reste de la Normandie.

L'association du Souvenir de la Chouannerie Normande, créée en 1957, agit pour entretenir et embellir le patrimoine chouan en Normandie. Elle agit également pour en maintenir le souvenir historique.

La naissance de la chouannerie L'antagonisme entre les paysans et les villes et gros bourgs éclate dans la chouannerie. Les bourgeois ont fait la Révolution avec l'aide d'une partie du peuple et l'ont confisquée à leur profit exclusif, ont racheté les biens du clergé et des nobles avec des assignats dépréciés; les fermiers et tenanciers n'ont fait que changer de maîtres, plus durs que les anciensFélix Jourdan, La chouannerie dans l'Avranchin, 1907 (préface de Maurice Barrès, introduction, in Normannia.info.

En 1790, les prêtres qui refusent le serment civique quittent leurs presbytères, partent à l'étranger ou restent dans le pays et commencent une périlleuse vie clandestine, protégés par la population. Leur persécution double leur autorité car elle fait d'eux des martyrs. Des prêtres assermentés les remplacent mais, devant l'hostilité de la population, ils sont obligés de partir et ferment les églises, posant le problème de la déchristianisation.

Le , des troubles éclatent à Saint-Jean-des-Bois pendant la fête patronale. Le , à la suite d'une rixe sanglante à Flers, la garde nationale de la Carneille intervient. Le , 40 hommes de la garde de Tinchebray s'emparent des barreaux et ferrures de l'Abbaye de Belle-Étoile pour les transformer en piques. Le a lieu le désarmement des communes du canton de Tinchebray, "gangrenées d'aristocrates" et particulièrement Chanu où on trouve 68 fusils et 3 pistoletsLucien-Victor Dumaine, Tinchebray et sa région au Bocage normand, tome 3, pages 119-125.

Les premières bandes La loi du , ordonnant la levée en masse de , porte à son comble l'irritation. Les premières bandes apparaissent en automne 1793, des réquisitionnaires et des déserteurs, bandes d'une dizaine, d'une quinzaine d'hommes refusant de partir à la guerre et qui n'ont qu'une issue, l'insoumission sauvage. Enfin des marginaux, braconniers, contrebandiers et autres faux-sauniers apportent à l'insurrection un redoutable contingent. La forêt est leur refuge et ils jouent un rôle déterminant dans les bandes chouannes en train de se constituer. vignette|upright=.7| C'est à Saint-Jean-des-Bois, dans le département de l'Orne, au cœur du bocage, près de la forêt de la Lande Pourrie et à six kilomètres du bourg fortifié de Tinchebray que naît véritablement la chouannerie normande. Un taillandier, Michel Moulin dit Michelot Moulin, "un aristocrate très prononcé", est le meneur des jeunes de son village où ils sont contrôlés et désarmés. En , réquisitionnés à Domfront pour se diriger vers Mayenne et marcher au devant de l'armée vendéenne, après avoir obtenu des armes par ruse, ils désertent et entrent dans la clandestinité, s'empressant de désarmer la garde nationale de Saint-Jean-des-Bois.

Tous les chefs des paroisses voisines s'adressent à Moulin et se réunissent dans l'épais Bois Dauphy à Chanu. Trois compagnies sont formées : Landisacq, Flers et Truttemer-le-Grand; les chefs nommés décident de désarmer les gardes nationaux et de creuser des souterrains. Outre les désarmements, des humiliations et quelques escarmouches, il faut noter un coup d'éclat : l'évasion de l'abbé René Joseph Dulaurent de la Prison royale de Tinchebray, réussie par Moulin, a un impact important dans la région.

La répression est menée par le général Lazare Hoche, commandant de l'Armée des Côtes de Cherbourg, disposant en , pour la Basse-Normandie, de neuf à dix mille hommes. Du quartier général de Vire, il multiplie les petits postes qui patrouillent contre les quatre à cinq cents chouans qui courent la campagne des districts de Mortain, Vire et Domfront. Certains de trouver partout des vivres et des amis, ils ne portent que leurs armes.

Mais cette chouannerie est surtout défensive, locale, limitée en nombre, manquant d'armes, de munitions et sans vision d'ensemble. L'insurrection au début de l'année 1795 n'est plus que sporadique ; elle manque d'un chef reconnu.

Louis de Frotté vignette|Château de Flers - Quartier général de Frotté Louis de Frotté est né à Alençon en 1766 d'une famille normande dont le chef de famille est à Couterne, dans le département de l'Orne. En 1781, il est dans le régiment de son cousin bas-normand de Rabodanges et ressent en 1791 le malaise de la Basse-Normandie. Après l'échec du siège de Granville subi par les Vendéens, la République est partout victorieuse fin 1793.

Émigré, Frotté veut se battre en France, sous le commandement d'un prince de la famille royale et, en 1794, il rencontre Joseph de Puisaye qui a organisé la chouannerie bretonne et qui lui démontre que la guerre d'embuscade est très efficace et utile à un débarquement des émigrés. Il obtient la confiance du comte d'Artois et quelques sympathies du gouvernement anglais. Nommé lieutenant-colonel par et sous le contrôle de Puisaye, il rencontre et gagne Billard de Veaux qui erre depuis 1793 sur les lisières de l'Orne, la Mayenne et la Manche et Jean-Nicolas de Saint-Paul de Lingeard, un peu perdu avec sa bande dans la région de Domfront et de Passais.

Après avoir reçu une mission sur le continent, il doit soulever la Normandie au nom des princes français et celui du gouvernement britannique. Il débarque en France en avec le titre de colonel-général, des pouvoirs étendus et fait du château de Flers son quartier général. Il est reconnu comme général par la compagnie de Saint-Jean-des-Bois et Michelot Moulin conduit son nouveau chef aux compagnies de Flers, Landisacq, La Chapelle-Biche, La Lande-Patry, Lonlay-l'Abbaye, Truttemer-le-Grand, Ger et Le Fresne-Poret où il s'impose comme un chef indiscutable.

La première guerre : 1795-1796 vignette| L'armée chouanne Le Frotté prend le commandement de ses troupes, environ dans la forêt de Saint-Jean-des-Bois où ils sont rejoints par la légion d'Ambrières-les-Vallées commandée par Saint-Paul qui repart pour une tournée dans la Manche. Frotté passe par Saint-Poix où le comte de Ruays se rallie avec une centaine de volontaires, puis Saint-Sever, les environs d'Avranches, la Haye-Pesnel, la forêt de Gavray, Percy, Pont-Farcy, mais il y a beaucoup de désertions, les réfractaires pensant que Frotté veut gagner la mer pour les embarquer en Angleterre. Seule, la compagnie de Saint-Jean-des-Bois tient bon.

Frotté visite Flers, La Carneille, Domfront et le Passais pour organiser l'Armée catholique et royale de Normandie. Bataillon de Flers : Flers, la Lande-Patry, Landisacq et la Chapelle-Biche, commandant : de Marguerye. Bataillon de Saint-Jean-des-Bois : Saint-Jean-des-Bois, Truttemer-le-Grand, de petits détachements de Sourdeval, Ger, Saint-Quentin-les-Chardonnets, Vassy - commandant : du Lorent. Bataillon d'Ambrières-les-Vallées, commandants : de Saint-Paul de Lingeard et Billard de Veaux. Légion d'Avranches, levée, organisée et commandée par le comte René-François de Ruays. Légion de Villedieu-les-Poêles et Saint-Sever, une centaine d'hommes - commandant : Charles du Rosel de Courson. Vire, chef : Drudes de Campagnoles.

Chaque chef fait sur le terrain ce qu'il juge utile. Deux corps sont formés plus tard : les Chevaliers de la couronne et les Déserteurs employés au combat pour leur courage. Formés de 25 dragons et d'éléments perturbateurs, ils sont sévèrement encadrés et en contact avec le bataillon de Saint-Jean-des-Bois.

Les combats vignette|vignette|Les divisions de Saint-Jean-des-Bois et Flers de 1795 à 1800 Une poussière de faits et quelques grandes affaires, guerre de clair de lune ou de fin d'après-midi, les chouans pour les grandes affaires sont rarement plus de mille, mais vont par groupes de quatre à dix hommes, vite réunis, aussi vite disparus. Frotté cantonne dans la forêt d'Andaine, la forêt de la Lande-Pourrie, le bois de Saint-Jean-des-Bois, la forêt de Halouze, le manoir de la Guyonnière et la Foutelaye à Saint-Jean-des-Bois et Yvrandes, le château de Flers.

Le Mesnil-Tôve est le premier succès avec un millier d'hommes, les bleus ont quarante tués, tout leur butin est pris. Frotté quitte trois semaines la Normandie en direction de Mayenne et de Laval. Il avance vers Le Lion-d'Angers et Vitré. De retour en Normandie, il tombe sur une fête des bleus qui est sanglante. Le lendemain, à la Vente-Henriet près d'Yvrandes, il accroche, avec une centaine de chouans, mille cinq cents bleus. Cinquante de ces derniers trouvent la mort.

D'octobre à décembre se succèdent les embuscades, les attaques de postes et les meurtres isolés dans les districts d'Avranches, Falaise, Mortain, Domfront et Vire. Le , au Teilleul, une trentaine de morts est dénombrée de chaque côté. Dans l'Avranchin, les chouans sont maîtres de Saint-James quelques jours. Le jour de Noël, cinq cents chouans se heurtent contre trois cents bleus à Marigny. Le , les chouans ont une soixantaine de morts à Villechien. Le , trente bleus sont tués à Bernières-le-Patry et le , pour la bataille de Tinchebray, mille chouans se portent sur la ville fortifiée et y mettent le feu, Frotté a plus de cent morts dont vingt officiers.

Au printemps, Frotté n'a plus d'argent ni de cartouches et demande la présence du comte d'Artois. Mais son entourage est méfiant et ignore les conditions de cette guerre. Les chouans poursuivent le combat : ils sont à la bataille de l'Auberge-neuve puis à Vassy où les bleus perdent une centaine d'hommes, au Petit-Celland, à Chanu, deux cents morts bleus et chouans. À la bataille du Val de Préaux, entre Chanu et Saint-Cornier-des-Landes, le , les chouans sont mille cinq cents des légions d'Avranches, Saint-Jean-des-Bois, Flers et les bleus aussi nombreux avec l'avantage aux chouans et un important butin en armes, munitions et vivres. La bataille du Grand-Celland, le premier juin est la plus meurtrière, mille chouans se battent contre mille bleus.

Fin , six mille hommes aguerris et assez bien armés suivent Frotté dont le nom a dépassé la province.

La pacification La chouannerie s'essouffle, les défections apparaissent, des bandes se soumettent, le pays est fatigué par la guerre et les effectifs républicains augmentent. Le Maine et la Bretagne sont soumis et la Normandie est le dernier bastion chouan. Pendant que le gros des troupes prépare sa soumission, seule la division de Saint-Jean-des-Bois est encore sous les armes. Frotté est de plus en plus seul et quand on lui propose une trêve, il ne peut se résoudre à traiter lui-même mais envoie à sa place le vicomte Jacques de Chambrayvoir Gouville - château du même nom et son histoire. La pacification est signée le .

Les chouans obtiennent le libre exercice du culte catholique, l'exemption du service militaire et l'admissibilité à toutes les places. Frotté quitte la France pour l'Angleterre. Les chouans ont gagné de ne pas accomplir leurs devoirs militaires et pour beaucoup c'est la revendication essentielle. Mais ils ont gardé leurs armes.

La deuxième guerre : 1799-1800 vignette|redresse=.7|Bonaparte, Premier consul Après de longues négociations avec l'Angleterre et les Princes, Frotté débarque dans la région de Bayeux le et passe en revue ses troupes dont les chefs présentent un état fort exagéré : Avranches : , Saint-Jean-des-Bois : , Flers : , Falaise : , Livarot et Vimoutiers : , Gavray : 240, Bayeux : 400 soit un total de .