vignette|Une fille Krobo participant une cérémonie de Dipo au Ghana. Les Krobou, appelés Krobo ou Kloli au Ghana, sont un groupe ethnique originaire de la sous-préfecture d'Oress-Krobou dans la région de l'Agnéby en Côte d'Ivoire. C'est l'une des ethnies minoritaires du pays. La légende dit qu'ils seraient descendus du ciel par une chaîne. D'après les historiens, c'est l'un des groupes ethniques du pays à n'avoir pas migré. Ils sont concentrés dans le département ivoirien d'Agboville ainsi qu'à , Kpong et au Ghana. On retrouve les krobou dans les villages suivants : Oress-Krobou, Aboudé-Mandéké, Aboudé-Kouassidé et Aboudé-Dadié.
Le terme initial pour désigner ces populations est "Aboudé". Toutefois, l'appellation Krobou, terme par lequel les Baoulé les désignent, s'est popularisée.
Histoire « La tradition orale des N'zomon, principal clan Krobou rapporte : « Leurs ancêtres sont descendus du ciel à l'aide d'une chaîne sous la conduite d'Adjé Menimbou, détenteur d'un tabouret. Seuls trente-deux hommes et une femme stérile formaient cette communauté venue de l'au-delà, dont le point de chute fut Oress Krobou ».
La scission des sous-préfectures d’Agboville et de Rubino (décret - 105 du 15 février 2001) a entraîné la création de trois nouvelles circonscriptions administratives : Céchi, Grand-Morié et Oress-Krobou.
Il y a en Côte d’Ivoire plusieurs clans, plusieurs sous-groupes au sein d’ensembles ethniques qui clament que leurs ancêtres sont descendus du ciel au moyen d’une chaîne. Curieusement cette tradition se retrouve chez les Akrade, un clan au sein de l’ethnie krobou au Ghana actuel ainsi que chez les Nkwanta que l’on trouve dans le Brong et au sein des Abron Gyaman en Côte d’Ivoire.
Il a fallu suivre le filon de cette tradition commune pour voir quelles relations il y a entre ces groupes humains. Des traditions orales fondamentales nous ont éclairées et nous ont permis de comprendre qu’une migration et un peuplement pratiquement méconnus de l’historiographie se profilaient derrière cette tradition de l’origine céleste.
Identifier l’origine de ces groupes qui affirment que leurs ancêtres sont descendus du ciel à l’aide d’une chaîne jusqu’à présent pose problème. Ils évoquent leur présence sur les terres est une autochtonie ancienne par rapport à des groupes venus ultérieurement.
Cet article comprend deux parties : d’abord la découverte de la migration Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime, et ensuite les fondements historiques du peuplement Akpapou-Ga-Krobou-Adele-AvatimeRemarque :Les peuples qui disent être descendus du ciel sont nombreux en Afrique. On les rencontre dans l’espace akan, chez les wê et chez bien d’autres groupes en Afrique comme les Kabyè du Nord Togo. Il s’agit d’un lieu commun, d’un mythe qui tend à justifier l’antériorité de l’installation de leurs ancêtres sur le sol. Cependant, notre objectif ici, est de montrer le lieu géographique d’où est originaire les peuples dont nous parlons dans cet article, les raisons de leur migration et de leur installation en Côte d’Ivoire.
I –DE LA DECOUVERTE DE LA MIGRATION AKPAFOU-GA-KROBOU-ADELE-AVATIME
Les groupes qui se donnent une origine céleste en Côte d’Ivoire sont plusieurs. Le clan Kpanyi kpin au sein des Ano Abè de Katimanso au centre de la Côte d’Ivoire affirme que ses ancêtres sont descendus du ciel à l’aide de la chaîne Nzogo Connais-tu mon beau-pays ? Radio CI. Katimanso.17-06-1990.Informateur Nguetta Kouadio..Des groupes qui ont précédé la migration et le peuplement Baoulé Assabou à savoir celui conduit par la célèbre reine Abraha Pokou disent aussi que leurs ancêtres sont descendus du ciel. Parmi eux il y a les Ngen de la région de M’bahiakro, mais aussi dans l’Ano et l’Ano Abè. Les Akpo, Akpatifiè du Baoulé évoquent une origine céleste. C’est le cas des Wamala/ Mamala que l’on trouve sur l’axe routier Toumodi-Dimbokro. Leur ancien établissement était Wamelakpri/ Mamalakpri.
Au sein de l’ensemble Baoulé les Akrowoufoè /Akrowou qui ont créé les villages de Ndènou, Ndébo et Konankouassikro regroupés pour former le village de Lolobo évoquent une origine céleste de leurs ascendants. Toujours dans l’ensemble Baoulé, les Battra/ Battrafoè ou Asrin, les Kpata/ Kpati du Bas-Bandama disent la même chose. À travers le nom du clan kpataboèbo des Battra de Tiassalé, l’on retrouve justement la racine Kpata. Les Battra vivent à Tiassale, Asenze, Eloso Boussoue et Gboudie.
Les Baoulé Gbomi de Gbomizambo et Gbomi Kondéyaokro affirment l’origine céleste de leurs ancêtres Patrimoine. GbomiKondéyaokro. Baoulé Gbomi. Sous-préfecture (S/P) deTiébissou, 09-09-1996. Radio Côte d’Ivoire. (Radio-CI). Pour avoir une idée exacte de l’origine de ces groupes, il suffisait de se référer aux traditions orales des Krobou d’Ores Krobou dans la région d’Agboville. En effet il y a là, un clan, celui des Nzomon qui parle de l’origine céleste de ses ancêtres descendus grâce à une chaîne. La similitude étymologique entre Krobou d’Ores Krobou et Akrowou du Baoulé nous apparaissait trop évidente.
Les traditions orales des Krobou d’Ores Krobou disent que l’ancêtre détenteur d’un siège qui dirigeait le peuple se nommait Adjé Memimbou. Les Nzomon ont été précédés sur le site d’Ores Krobou par les Kpa /Kpaman. Ces derniers face à la tyrannie d’Adjé Menimbou se sont rendus à Boussoue, lieu où l’on trouve justement des Battra.
Autre fait important qui nous a permis de découvrir la migration que nous appelons la migration Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime, c’est l’importante tradition orale du clan Dabou d’Ores Krobou. En effet ce clan affirme que ses ancêtres sont originaires du pays Krobou dans le Ghana actuel. Ils sont venus à Ores Krobou sous la direction de l’ancêtre Dibo Ayewra. C’est lui qui a donné le nom Krobou à la région et au peuple en souvenir de leur terre d’origine. Face à la tyrannie d’Adjé Menimbou, certains membres de la migration se sont réfugiés en pays Dida, où ils vont former le groupe Ega. De là, ils vont tenter en vain de revenir à Ores Krobou. Les Ega dans le pays Dida ont conservé leur langue.
La tyrannie d’Adjé Menimbou a provoqué une dispersion de la population. Le fait que les Akpati et les Battra se soient retrouvés ensemble dans le Bas-Bandama est révélateur de l’histoire commune qu’ils ont vécue à Ores Krobou. Cette dispersion a fait que le peuplement Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime va toucher plusieurs ensembles ethniques en Côte d’Ivoire. À savoir l’Ano, l’Ano Abè, le Baoulé, l’Akyé, l’Ebrié, l’Avikam, le Krobou, l’Ega, l’Abidji, le pays Adjoukrou, le pays Bété etc.
Les futurs Baoulé-Goli issus de cette dispersion à partir d’Ores Krobou s’installeront d’abord à Goliblénou avant de s’en aller plus tard à Bodokro et sa région. Leur nom Goli est une résurgence de Kloli ethnonyme par lequel se désignent encore les Krobou du Ghana actuel . Or nombreux sont les clans Krobou qui situent leur origine dans la vallée du Mono, à Tugoulogo près des collines de Lolovo. La tradition orale des Battra parle à la fois de l’origine céleste mais dit aussi que les ancêtres sont venus de l’Est. Il n’y a pas en réalité contradiction. En effet, les Krobou, Ega, Ngen, Akpati, Battra sont certes originaires du Mono, de la basse vallée de la Volta, de la région d’Accra et des plateaux du Krobou mais se regrouperont à Ores Krobou avant de se disperser. Cependant, certains clans ont gardé la tradition de l’origine céleste.
Les groupes d’ascendance Ga donc originaire de la région d’Accra donneront les Ngen du Baoulé, de l’ano et de l’ano Abé, les Ega du pays Dida, les Nkadje/ Ngadjé/ Nkadze du pays Akyé, du Krobou et de l’Abé, les Akandjé du pays Ebrié Kwè et les Kpanda de l’Avikam. À travers ces noms la racine Ga/ Nka/ Nga transparaît nettement.
Le village d’Akandje fondé par des Nkadje en pays Ebrié a vu ses membres séjourner à Bago. Les traditions orales de ce village historique évoquent le passage aussi bien des Akandje que d’Adjé Menimbou le chef du clan Nzomon des Krobou à Bago. Les guerres provoquées à Bago par Adjé Menimbou vont entraîner la dispersion de la population. Seuls ceux de Kossihouen sont restés dans les environs de Bago.
Le personnage d’Adjé Menimbou est bien connu des traditions orales des Ebrié de Kossihouen sous le nom de Djem Ringbou. Il est décrit comme un homme cruel qui sera responsable des guerres qui se produiront à Bago. Nous avons donc raison de dire que les Ebrié d’Akandlé relèvent des Ga au sein de la migration Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime. Les Ebrié d’Akandjé sont donc des Ngadje/Nkadje et ont été les compagnons d’exode des clans Orode, Assahou, Ngo Deboussou qui clament leur origine krobou dans l’arrière-pays de la côte de l’or. Le clan Nzomon qui revendique une origine céleste tient cette tradition de son groupe d’origine à savoir le clan Akrade, clan autochtone du pays krobou en côte de l’or.
En effet, les Akrade au sein des Krobou du Ghana actuel disent que leurs ancêtres sont descendus du ciel à l’aide d’une chaîne, pour atterrir dans deux grands récipients en cuivre. Le chef-prêtre de ces récipients sacrés se nommait Mantse et la reine était Aberewa Sansamango .
Les fondateurs de Kpandadon (village des Kpanda) étaient majoritairement des Kpanda/Kpata/Kpati donc des membres du groupe Akpafou au sein de la migration Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime. L’on trouve les Kpanda sous le vocable Panda à Lehiri Kpanda en pays Ega. Les Kpanda vont créer plusieurs villages dans l’Avikam.
Les Edzem Egn du village d’Orqbaf sont des originaires de Kpandadon dans l’Avikam donc une fraction du peuplement Akpafou. Les fondateurs de Pass/Akpass dans le pays Adjoukrou sont une fraction des Akpati du Baoulé dans le Bas Bandama.
Les Panda de Lehiri Kpanda dans le pays Ega se veulent aujourd’hui des autochtones qui ont émergé de la rivière Golou . En réalité ils sont une fraction des Kpanda. Leur nom l’indique clairement. L’onomastique ici vient au secours de la vérité historique.Certains Kpanda iront plus à l’Ouest dans la région de Soubré dans l’actuel canton Guibouo en pays Bété. Là, ils sont appelés Kpada .
Les Kpa /Kpaman qui ont précédé les Nzomon à Ores Krobou étaient l’une des têtes de pont de l’exode Akpafou-Ga-Krobou-Adele-Avatime.Ils étaient issus de l’ensemble Akpafou, un peuple Guan de la Vallée de la Volta . C’est la racine kpa de leur nom que l’on retrouve à travers kpati/Akpa/Kpata/Kpanda etc.
Les Ega des villages de Dumbaro, Guawan, Dairo, Guiguedugu, Didizo se réclament du pays Ga dans la région d’Accra au Ghana actuel. Les Edele de Labodoukou se réclament du Mono, région disent-ils entre les actuels Togo et Dahomey (Bénin). Ils sont donc issus des Adele Avatime populations guan qui vivent dans la vallée de la Volta et du Moyen Dahomey.
Les Ga et Krobou ne sont pas originellement de culture akan, mais ils ont subi l’influence akan du fait de la proximité des Akwamu, des Akyem, des Kwahou et des Guan. Ceux qui arrivent à Ores Krobou sont donc très « akanisés » bien que leurs lointains ascendants relèvent de la culture Ga-Adangbè (Adangme).
Les Akpafou sont des Guan du pays Buem. Ils habitent le district actuel de Kawou dans la vallée de la volta. Les Akpafou sont aussi appelés Mawou. Les Adele Avatime sont également des Guan qui portent aussi le nom Kèdane .
Les Ega de Labo/Labodoukou précisent que leurs ancêtres se nommaient La et étaient originaires du Mono, une région située dans le Togo actuel . C’est aussi ce que disent les Edelé, Edalow et Evape du village d’Evape-Kpanda. Le nom Kpanda apparaît dans la dénomination de leur village.
Carte : Le pays Krobou d’Ores-Krobou : zone de dispersion des peuples de ladite migration en Côte d’Ivoire.