La bataille de Labuan oppose les forces australiennes et japonaises durant la campagne de Bornéo lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle se déroule du en Malaisie sur l’île de Labuan et s’inscrit dans le cadre de l'invasion australienne du Nord de Bornéo. Engagée sur l'initiative des forces alliées, elle a pour but de prendre le contrôle de la baie de Brunei, base de soutien stratégique pour de futures offensives sur l'île de Bornéo.

Après plusieurs semaines d'attaques aériennes et un court bombardement naval, des soldats de la australienne débarquent depuis des navires américains et australiens sur Labuan le . Les Australiens s'emparent rapidement du port de l'île et de l'aérodrome principal. La garnison japonaise, en grande infériorité numérique, est principalement concentrée sur des positions fortifiées à l'intérieur de Labuan, et offre peu de résistance lors du débarquement. Les premières tentatives australiennes pour pénétrer la position japonaise dans les jours qui suivent l'invasion sont un échec alors que la région est soumise à un bombardement intense. Une force japonaise tente d'attaquer les positions alliées le , mais elle est vaincue. Plus tard ce jour-là, les forces australiennes se lancent à l’assaut des positions japonaises. Les jours suivants, les patrouilles australiennes tuent ou capturent les troupes japonaises restantes sur l'île. Au total, sont tués et onze sont faits prisonniers. Les Australiens comptent .

Une fois l'île sécurisée, les forces alliées y installent une importante base militaire, reconstruisent les infrastructures et fournissent une assistance à des milliers de civils restés sans abri depuis les bombardements précédant l'invasion. Fin juin, la part reconquérir la rive orientale de la baie de Brunei.

Après la guerre, un grand cimetière de la est établi sur Labuan.

Contexte Guerre du Pacifique

thumb|left|Offensives des Alliés dans le Pacifique (1943-1945).|alt=Carte couleur détaillant l'avancée des Alliés dans le Pacifique. thumb|right|upright=1.25|L'amiral Nimitz et le général MacArthur en 1945.|alt=Photo d'identité couleur de . L'un devant une carte, le second, pipe à la bouche et casquette sur la tête.

, les possessions territoriales japonaises en Malaisie et Indonésie demeurent importantes. Cependant, le pays est très affaibli, son industrie est surclassée par celle des États-Unis. Sa marine de guerre est à l'agonie après la perte de ses porte-avions et de la majeure partie de ses navires de guerre encore à flot lors de la bataille du golfe de Leyte, . Les bombardiers américains commencent à anéantir les villes japonaises sans rencontrer de véritable opposition.

Afin d’établir des bases militaires plus proches du Japon, les Américains hésitent entre deux options. La conquête de la colonie japonaise de Formose, située dans le prolongement direct de l'archipel nippon, au nord des Philippines, est préférée par l'amiral Nimitz, commandant en chef de la (POA) ; mais le général MacArthur, commandant en chef de la (SWPA) et se voulant fidèle à sa promesse de 1942, veut reconquérir l'archipel philippin. L'île de Formose s'avérant solidement défendue par l'Armée impériale japonaise, c’est finalement la stratégie du général MacArthur qui remporte la faveur des Américains lors de la conférence de Québec en .

Des troupes américaines débarquent sur l'île de Leyte en ; fin décembre, l'île est libérée après plusieurs mois de combats acharnés. La capitale des Philippines, sur l'île de Luçon, tombe le à l'issue d'une bataille meurtrière d'un mois. L'armée japonaise en déroute se disperse dans la jungle où elle mène une guérilla contre les Américains et les Philippins. La reconquête des Philippines ne s'achève qu'avec la capitulation du Japon, le .

Après les Philippines, les Alliés veulent reconquérir Bornéo. La libération de l’île est la dernière campagne d'envergure sur le théâtre du Pacifique. La prise de Bornéo doit priver le Japon notamment d'importantes ressources en pétrole. Les forces alliées, principalement australiennes, prévoient de débarquer au nord et à l'est de l'île et notamment à Labuan. Mais les prérequis à la compagne de Bornéo, et donc à une opération amphibie sur l’île, sont le contrôle du ciel et de la mer dans la zone. Le contrôle de la mer est globalement acquis depuis les victoires décisives de la flotte du Pacifique sur la Marine impériale japonaise lors de la bataille de la mer des Philippines en et de la bataille du Golfe de Leyte en . Pendant ce temps, les forces aériennes alliées de la SWPA repoussent les Japonais en Nouvelle-Guinée, aux Philippines et dans les Indes orientales néerlandaises. Au début de 1945, les Alliés disposent donc de la suprématie aérienne et maritime dans la région de Bornéo qui se retrouve isolée.

Campagne de Bornéo

thumb|left|alt=Carte de Bornéo montrant les progrès de la campagne militaire à la mi-1945.|Carte montrant la campagne de Bornéo à la mi-1945. Labuan est au large de la côte nord-ouest de Bornéo.

La campagne de Bornéo est l'une des rares où les militaires australiens sont choisis pour assumer le commandement opérationnel lors de la Seconde Guerre mondiale. En , le de l’armée australienne, dont les principaux éléments de combat sont les 7 et divisions d'infanterie, est chargé de la libération de Bornéo. La est commandée par le major-général Edward Milford et la par le major-général George Wootten. La planification de l'offensive est menée au cours des semaines suivantes. Initialement, l'invasion de la zone de la baie de Brunei ne fait pas partie des plans : cette opération est ajoutée début avril, après l’annulation d’un débarquement planifié sur Java. En effet, le , le Comité des chefs d’état-major interarmées (, le JCS) émet une directive à destination du général Douglas MacArthur, qui lui demande d'établir des plans pour reconquérir Bornéo avec les troupes australiennes. Dans la même directive, le JCS ordonne à MacArthur d'annuler ses plans pour libérer Java et d'occuper la baie de Brunei et Labuan immédiatement après Tarakan. Le but principal de l'attaque sur la baie de Brunei est d'installer une base pour la (BPF), et de prendre le contrôle des champs pétrolifères et des plantations de caoutchoucs dans la région. Avec Labuan qui doit accueillir une base aérienne, ces positions stratégiques doivent permettent aux Alliés de contrôler les eaux au large des côtes entre Singapour et Shanghai encore occupées par les Japonais .

Alors que la libération de la zone de Brunei est autorisée par le Comité des chefs d’état-major interarmées américain, elle n’est pas soutenue par le Comité des chefs d'état-major britannique. Ce dernier redoute que la flotte britannique du Pacifique ne soit écartée du théâtre principal des opérations au large du Japon et préfère établir une base pour sa flotte aux Philippines. Bien que l'état-major américain suggère que la baie de Brunei pourrait servir de base pour de futures opérations en Asie du Sud-Est, les Britanniques jugent que cela prendrait trop de temps pour y établir des installations militaires, d'autant plus que Singapour pourrait avoir été reprise le temps que ces dernières soient prêtes.

Préparation Situation

Labuan est une île d’une superficie de qui ferme la baie de Brunei. Avant la guerre du Pacifique, elle fait partie des Établissements des détroits administrés par les Britanniques et compte une population de . Sur sa côte sud, la ville de Victoria rassemble et dispose d’installations portuaires. Mis à part les de plage situés juste à l'est de Victoria, la côte est ceinturée de coraux. Labuan est prise sans opposition le par les forces japonaises lors de l’invasion de Bornéo.

Des ouvriers enrôlés par les Japonais dans les régions continentales de Bornéo (depuis les régions de Lawas et Terusan) construisent deux aérodromes sur l'île : Labuan et Timbalai. La population de l'île est également soumise à des conditions d'occupation difficiles. Après la répression japonaise d’une révolte dirigée par des Suluk et des Chinois dans la ville de Jesselton à la fin de l', sont maintenus captifs sur Labuan. Seuls neuf rebelles qui ont survécu sont finalement libérés par les forces australiennes en 1944. Jusqu'à la mi-1944, quelques unités de combat japonaises demeurent stationnées à Bornéo.

Planification et préparatifs alliés thumb|left|alt=Carte en couleur marquée avec des flèches et des dates.|Carte montrant les mouvements des principales unités d'infanterie australiennes à Bornéo du Nord au cours de juin et . Labuan est l'île à la pointe de la flèche bleue.

Les plans pour l'invasion de Bornéo évoluent considérablement au cours du mois d’avril. Dans un premier temps, l'offensive est prévue pour commencer le avec le débarquement d'une brigade de la sur l'île de Tarakan, au large de la côte est de Bornéo. La doit alors prendre d’assaut Balikpapan, puis Banjarmasin dans le Sud-Est de Bornéo. Ces positions doivent être utilisées pour soutenir l'invasion de Java par le reste du . Mais après l’annulation de l'attaque sur Java, il est décidé d'employer deux brigades de la pour la conquête de la baie de Brunei, afin que le puisse mener de nouveaux préparatifs depuis cette position. Cependant, le , le quartier général de MacArthur échange les rôles de la . Par conséquent, le plan final de l'attaque contre Bornéo précise que l'une des brigades de la doit débarquer sur l'île de Tarakan le , avec le reste de la division pour envahir la zone de Brunei le . La doit prendre d’assaut Balikpapan le . La campagne de Bornéo est désignée phase de l'offensive alliée dans les Philippines du Sud et les Indes orientales néerlandaises ; les débarquements à Tarakan, Brunei et Balikpapan sont désignés respectivement opérations , et .

En , la quitte l'Australie pour l'île de Morotai dans les Indes néerlandaises, où la campagne de Bornéo doit être préparée. La division a participé aux combats en Afrique du Nord et en Nouvelle-Guinée, et ses officiers ainsi que ses soldats sont aguerris et bien formés aux opérations amphibies et aux combats dans la jungle. Absentes des zones de combats depuis le , ses unités de combat doivent cependant retrouver un moral d'acier. Un grand nombre d’unités logistiques et la (RAAF) sont affectées à la division pour les opérations sur la baie de Brunei, portant sa force à plus de (dont américains et britanniques).

Les derniers préparatifs pour le débarquement dans la région de la baie de Brunei se déroulent en . Après des problèmes de logistiques qui ont conduit à des retards dans le transport maritime du australien vers Morotai, le quartier général convient le de reporter l'opération du au . L'état-major de la achève ses plans pour les opérations dans la région de la baie de Brunei, le . La a la charge de capturer Labuan, et la est chargée de sécuriser Brunei et l'île de Muara. Les deux brigades doivent débarquer simultanément le matin du . L'invasion de la région de la baie de Brunei doit être précédée par des attaques sur les bases japonaises et contre les infrastructures de transport à travers l’Ouest et le Nord de Bornéo menées par des unités aériennes américaines et australiennes, ainsi que par trois jours d'opérations de déminage dans la baie elle-même.

vignette|droite|alt=Photo en noir et blanc d'un général en uniforme posant avec des civils.|Le général Selwyn Porter à Beaufort en .