thumb|Tentes des Enfants de Don Quichotte au bord du canal Saint-Martin, Paris Le marché immobilier d’un pays est en situation de « crise du logement » lorsqu’il y existe un manque de logement dû à une demande de logement beaucoup plus importante que l’offre, et que l’ajustement par les prix ne permet pas un rééquilibrage rapide, notamment en raison d'une rigidité de l’offre ou des prix.

Le marché immobilier français a connu plusieurs crises du logement au cours de son histoire.

Entre 2001 et 2012, le nombre de personnes sans domicile fixe a augmenté de 50 %. Leur nombre atteint 300 000 en 2020. En outre, quatre millions de personnes n'ont pas de logement ou sont mal-logées en France en 2019. Près de 15 millions de personnes sont atteintes par la crise du logement (risques pour la santé, risque d'expulsion, confort insuffisant ou environnement quotidien et vie de famille affectés)..

Historique Crise du logement durant l'entre-deux-guerres en France Un blocage des loyers stricts décidé en 1914 et jamais remis en cause après la première guerre mondiale va entraîner une paralysie quasi totale de l'investissement locatif privé : le blocage des loyers obérant toute rentabilité de ce type d'investissement, les propriétaires de logements existants cessent de les entretenir, faute de revenus suffisants. Pareillement, la perspective de rendements faibles réduit la construction de nouveaux logements. Ainsi, entre les deux guerres, la France a construit 2,5 fois moins de logements que la Grande-Bretagne et deux fois moins de logements que l'Allemagne, pourtant affligée par une crise monétaire grave (1923). Entre les logements manquants et les unités insalubres, la pénurie est estimée à 2 millions d'unitésLe logement social en France : 1789 à nos jours, Jean-Marc Stébé, coll. Que sais-je ?, Presses universitaires de France, Paris, revue en novembre 2007, La dramatique crise du logement de l’entre-deux-guerres, par Marina Bellot, mai 2018..

Crise du logement après la Seconde Guerre mondiale en France vignette|Logement sociaux du quartier des Fontaines de Tours.

Les destructions massives de la Seconde Guerre mondiale en France ont accentué considérablement la crise du logement dans l’immédiat après-guerre. Le quart du parc immobilier du pays a été endommagé et certaines localités comme Royan ou Le Havre ont été particulièrement touchées par les bombardements. Des familles doivent vivre dans des logements exigus ou provisoires. « Améliorer les conditions de l'habitat » est un des principaux objectifs du .

L’État revoit la législation (loi de 1948) et, tout en continuant à exercer un contrôle des loyers, relâche ce contrôle sur les constructions neuves ou rénovées, dans l'espoir de stimuler l'investissement. Par ailleurs il lance la construction de grands ensembles, tant pour répondre rapidement à la demande, que pour stimuler l'apparition d'une véritable industrie du bâtiment capable de mettre en œuvre les nouvelles techniques maintenant disponibles (alors que le secteur était resté très artisanal).

Les années 1950 et 1960 ont été enfin marquées par l’apparition de bidonvilles, qui accueillent des immigrés de fraîche dateDes bidonvilles aux portes de Paris. L'État met alors plusieurs structures sur place, dont le Fonds d'Action sociale pour les travailleurs musulmans d'Algérie en métropole et pour leur famille qui finance les foyers de travailleurs migrants de la SONACOTRA. Ces bidonvilles disparaissent dans les années 1970.

L'essentiel du parc social HLM est constitué entre 1953 et 1972. Après le tournant de la rigueur, le désinvestissement public dans les aides à la pierre provoque une chute du nombre de mise en chantier.

Crise contemporaine Divers acteurs, dont la Fondation Abbé-Pierre (abbé à l'origine d'un appel public lors de l'Hiver 1954) dénoncent la réémergence d'une crise du logement en France, avec selon la fondation, de personnes très mal logées. Un million sans domicile personnel, n'ayant même aucun toit, vivant en centres d'hébergement d'urgence, dans des abris de fortune (cabane, camping…), environ en chambre d'hôtel, chez des tiers ou étant en instance d'expulsion. Un million n'auraient pas accès au confort de base et autant vivraient dans un logement trop étroit.

Juste avant la crise de 2008, la part des ménages français se déclarant (selon les enquêtes de l'Insee) mal logés est passé de 13,4 % en 1978 à 6,0 % en 1996, puis est remontée à 7,2 % en 2002 avant de redescendre à 6,5 % en 2006enquêtes sur le logement, France métropolitaine ; source : Quelques caractéristiques du parc de résidences principales, Insee. Consulté le 13 avril 2008. La crise de 2008 ou d'autres facteurs ont été source dans certaines villes d'une diminution de la demande de logement (faillites d'agences) et dans d'autres (grandes villes en général) d'une aggravation des tensions sur le marché de l'immobilier. Bien que 2008 ait été historique en termes de construction ( mis en chantier), la crise de 2008 a cassé cette dynamique dès 2009 (), avec une reprise annoncée en 2010 () et confirmée en 2011 avec plus de . De grandes Régions ont soutenu une dynamique en faveur de la réhabilitation du logement ancien, mais l'offre reste inférieure à la demande, ou mal répartie.

En 2012, la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés estime que près de sont « mal logées », et plus de 5 millions de personnes fragilisées par la crise du logement ; et 10 millions sont touchées, de près ou de loin par la crise du logement.

En 2013, le législateur reconnaît l'existence d'une nouvelle « crise du logement » ; En 10 ans (2000-2010), le marché immobilier urbain s'est « tendu » avec une forte inflation des prix et une insuffisance de l'offre de logements, provoquant une augmentation de 110 % en 10 ans du logement ancien (moyenne nationale) qui a atteint 120 % en région Rhône-Alpes, 135 % en Île-de-France et 140 % en région PACA. Dans le même temps, (+86 % pour les maisons et +94 % pour les appartements). Le loyer moyen d'habitation a de 1984 à 2010 grimpé à un rythme annuel moyen de 3,4 % (. . Durant ces 10 ans, voir chap I Le déficit structurel de l'offre à l'origine des difficultés d'accès au logement, et paragraphe 1) La situation économique du logement en France et ses conséquences sociales, in étude d'impact de la loi ALUR, Assemblée nationale (2013). Selon l'étude d'impact de la loi ALUR, cette crise n'est pas comparable à celle des après-guerre, notamment car se déroulant alors qu'une partie des logements existants sont vacants. Les régions et centres touchés sont également différents et le parc immobilier français contemporain est caractérisé par d'importants coûts de mobilité. Et en outre, notamment en région parisienne, un grand nombre d'immeubles de bureaux, vides, pourraient être réaffectés au logement. Selon le ministère chargé du logement, les besoins de construction étaient en 2013 de par an durant 10 ans, notamment à la suite de la diminution continue de la taille moyenne des ménages, et en raison d'une croissance démographique qui contrairement aux prévisions de nombreux démographes est de 2,1 % (2012), la plus forte d'Europe. En France, il se crée chaque année qui doivent se loger dans un contexte de mobilité accrue, de décohabitation accrue, etc.. La part de revenus consacré par les ménages à leur logement, inférieur à 10 % dans les années 1960, dépasse 18 % en 2013 selon l'Insee (cette proportion est proche des 30 % pour les locataires).

En 2016, quatre millions de personnes en France sont mal logées selon la Fondation Abbé-Pierre, et douze millions sont en situation de précarité énergétique, et/ou d'impayés de loyer, etc.). En 2019, près de 3,6 millions de personnes ont froid dans leur logement, pour des raisons liées à la précarité. Les Français sont 44 % de plus qu'en 2006 à se priver de chauffage à cause de son coût.

En 2018, plus de ont été expulsées de leur logement par des forces policières (près de 3 % de plus que l'année précédente).. Pourtant, trois millions de logements sont inoccupés en 2019.. La même année, 612 personnes sans-abris sont mortes, selon une liste non exhaustive du collectif Les Morts de la rue (+ 15 % en un an). Selon d'autres estimations publiés par le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de l'Institut de veille sanitaire, les chiffres seraient six fois supérieurs. Sur la période 2012-2016, le nombre de décès serait de , soit plus de par an..

Les étudiants et les jeunes isolés sont particulièrement touchés, malgré les structures Habitat Jeunes (résidences sociales destinées aux 16-30 ans, étudiants, apprentis, stagiaires, salariés ou en recherche d’emploi), portées par un réseau national engagé dans les valeurs de l’éducation populaire et de l’économie sociale et solidaire, offrant un hébergement temporaire meublé à loyers modérés, assorti d’un accompagnement socio-éducatif visant à favoriser l’autonomie, l’insertion professionnelle et la citoyenneté ; Présentes dans plus de 250 villes, avec des espaces collectifs, des services d’orientation et des actions de soutien à la vie quotidienne, dans une logique de mixité sociale et de vivre-ensemble.. À la rentrée 2025, selon une étude de l'Union nationale pour l'habitat des jeunes (Unhaj), basée sur plus de séjours pour mars- : 86 % des résidents des structures Habitat Jeunes vivent sous le seuil de pauvreté, malgré des loyers encadrés et réputés accessibles (429 euros mensuels en moyenne). Les taux d'effort sont très élevés (53,2 % en moyenne), avec des écarts de reste à vivre variant selon le statut professionnel, la localisation et le type de logement. Les jeunes en CDI à temps plein disposent encore de euros après paiement du logement, contre seulement 359 euros pour les étudiants ou scolaires, avec des situations aggravées en zone tendue (Île-de-France) et pour les logements de type T2. Les politiques publiques actuelles, malgré des programmes ambitieux comme celui de la Banque des Territoires (5 milliards d'euros pour places d'ici 2030), restent insuffisantes face à la précarité croissante des jeunes. L'étude appelle à un « bonus logement » dans les politiques de jeunesse, alors que près de 50 % des moins de 30 ans vivent sous le seuil de pauvreté selon l'Insee. Un communiqué commun de 27 organisations (dont la FAS, l'Unafo, l'Uncllaj et l'Unhaj), alerte sur les conséquences sociales de ceci (abandon d'études, renoncement à l'emploi, maintien prolongé chez les parents, mauvaise santé mentale...), et dénoncent une offre dédiée insuffisante (5 % des jeunes logés hors du domicile parental) et une dépendance au parc privé souvent coûteux et dégradé. Ces ONG proposent notamment de créer un revenu de solidarité dès 18 ans, une stabilisation des aides au logement pour les moins de 25 ans, la production de logements adaptés, une meilleure coordination des politiques locales et nationales, et une attention renforcée aux jeunes issus de l'aide sociale à l'enfance.

L'ONU a estimé en 2019 la France « coupable de violations du droit au logement ». Pour la rapporteure spéciale de l'ONU sur le droit au logement, « La France est bien placée pour parvenir à remplir ses obligations en matière de droits de l'homme. C'est un pays riche, le sans-abrisme et le nombre de morts sans-abris ne sont pas acceptables, vu les ressources disponibles »..

La période 2024-2025 est marquée par une stabilisation des prix dans l’ancien au niveau national au trimestre 2024 (+0,1% après −0,1% au T3 2024), après six trimestres de baisse, et par une chute prolongée en Île-de-France (-7,2% sur un an au T2 2024).

Côté accès au crédit, les nouveaux prêts à l’habitat se stabilisent autour de 3,1 % au printemps 2025, avec une croissance nulle des encours, traduisant un marché encore contraint. La Fédération bancaire française fait état d’un taux moyen proche de 3,0 % à l’été 2025 et d’un redressement de la demande.

Déterminants vignette|Démolition de logements sociaux à L'Ariane de Nice.