Benjamin Stora, né le à Constantine en Algérie.., est un historien français, ancien professeur à l'université Paris-XIII.
Ses recherches portent sur l'histoire de l'Algérie et notamment la guerre d'Algérie..., et plus largement sur l'histoire du Maghreb contemporain, ainsi que sur l'Empire colonial français et l'immigration en France. Il assure la présidence du conseil d'orientation du musée de l'Histoire de l'immigration d'août 2014 à , et fait partie du conseil d'administration de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Il a été inspecteur général de l'Éducation nationale de à .
Biographie Famille et études Fils d'Élie Stora dont la famille est originaire de Khenchela dans les Aurès et de Marthe Zaoui dont la famille est originaire de Constantine, Benjamin Stora grandit dans une famille juive d'Algérie à Constantine, où il assiste à la guerre d'Algérie. Ses parents s’exilent en en France métropolitaine.. Il fait ses études secondaires au lycée Janson-de-Sailly à Paris, puis au lycée Marcel-Roby de Saint-Germain-en-Laye et à l'université Paris-X Nanterre où il milite au sein de l'extrême-gauche lambertiste.
Carrière universitaire Benjamin Stora est docteur en histoire en 1978 à l'EHESSJury : Jacques Berque, Charles-Robert Ageron, Annie Rey-Goldzeiguer puis en sociologie en et à Paris VIIJury : Pierre Fougeyrollas, Jean Duvignaud, Pierre Ansart, Gérard Namer..
Jeune assistant universitaire, il donne des cours en prisonAriane Bonzon, « Benjamin Stora, l'incontournable "monsieur Algérie", historien engagé », slate.fr, 19 octobre 2017..
Il devient maître de conférences en 1986 et soutient sa thèse d’État en 1991 à Paris-XII sur l’histoire politique de l'immigration algérienne en France (1922-1962)Jury : Charles-Robert Ageron, Jean Leca, Mohammed Harbi, Gilbert Meynier, René Gallissot., sous la direction de Charles-Robert Ageron.
Chercheur internationalement reconnuIl a enseigné à Hanoï, Berlin, New York : ., il a fait appel aux sources orales et audiovisuelles en l'absence d'archives écrites accessibles. Benjamin Stora a publié une quarantaine d'ouvrages et a dirigé plusieurs publications. Parmi ses œuvres les plus notables, figurent ses travaux sur la mémoire de la guerre d'Algérie (La Gangrène et l'Oubli, 1991), sur l'Algérie contemporaine (avec sa biographie de Messali Hadj en 1982) et sur l'immigration algérienne en France (Ils venaient d'Algérie, 1992). Il a codirigé avec Abdelwahab Meddeb une somme encyclopédique sur L’Histoire des juifs et des musulmans (2013), à laquelle ont participé cent vingt chercheurs, traduite chez Princeton University Press sous le titre ..
Il a également été conseiller historique du film Indochine de Régis Wargnier (qui a reçu l’Oscar du meilleur film étranger en 1993), de Là-bas... mon pays d'Alexandre Arcady en 2000, du Premier homme, de Gianni Amelio (2010), adaptation pour le cinéma du roman éponyme d'Albert Camus, et du film Les Hommes libres d'Ismaël Ferroukhi, présenté au Festival de Cannes en 2011. Il est l'auteur de plusieurs documentaires : Les Années algériennes (France 2, 1991), Algérie, années de cendres (France 3, 1995), L'Indépendance aux deux visages (France 5, 2002) et Conversations avec les hommes de la révolution algérienne (Chaine Histoire, 2003), François Mitterrand et la guerre d'Algérie (France 2, 2010), La Loi de mon pays (France 3, 2011). Le , le documentaire Guerre d'Algérie, la déchirure (coréalisé avec Gabriel Le Bomin) est diffusé en première partie de soirée sur France 2. Avec Jean-Michel Meurice, il est l'auteur du documentaire Notre histoire, diffusé le sur Arte.
Après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2007, Benjamin Stora ne voit pas se renouveler son émission consacrée au Maghreb sur France Culture, ni son cours à Sciences-Po ParisAriane Bonzon, « Benjamin Stora, l'historien qui murmurait à l'oreille des présidents », slate.fr, 20 octobre 2017..
Chargé en 2009 d'organiser une exposition sur Albert Camus à Aix-en-Provence, Benjamin Stora est évincé du projet en . La fille d'Albert Camus, Catherine Camus, qui gère l'œuvre et le fonds de son père, expliqua n'avoir pas reçu dans les délais la liste des documents requis pour l'événement. Un article de L'Express fait état de soupçons (laissés anonymes) selon lesquels la maire UMP d'Aix-en-Provence, Maryse Joissains-Masini, aurait « délibérément évincé Benjamin Stora, dont le point de vue favorable à l'Algérie indépendante aurait déplu aux nostalgiques de l'Algérie française » au profit du philosophe Michel Onfray.. Michel Onfray se retire lui-même du projet quelques semaines plus tard.
Benjamin Stora a été le commissaire général des expositions La France en guerre d'Algérie, avec Jean-Pierre Rioux et Laurent Gervereau (hôtel des Invalides, 1992), et Photographier la guerre d'Algérie, avec Laurent Gervereau (hôtel de Sully, 2004). Il a été l'un des conseillers scientifiques de l'exposition « Juifs d'Algérie » au musée d'Art et d'Histoire du judaïsme ( - ), et commissaire général, avec Linda Amiri, de l'exposition « Vies d'exils, les Algériens en France, 1954-1962 », à la Cité nationale de l'histoire de l'immigration ( - ).
En 2012, le projet de Maison de l'histoire de France auquel Benjamin Stora a participé, est abandonné par la ministre de la Culture Aurélie FilippettiRapport d'enquête sur la maison de l'histoire de France..
Nommé au tour extérieur, il est inspecteur général de l'Éducation nationale (groupe histoire et géographie) du à .
Le , la ministre des Outre-mers, George Pau-Langevin, le nomme à la tête d'une commission temporaire et d'information et de recherche historique sur les événements de en Martinique, de et de en Guadeloupe..
Le , Benjamin Stora est nommé président du Conseil d'orientation de l’Établissement public du palais de la Porte Dorée qui inclut la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, par décret du Premier ministre Manuel Valls..
En , il est nommé membre du conseil scientifique de la délégation interministérielle à la Lutte contre le racisme et l'antisémitisme (DILCRA), présidé par Dominique SchnapperCommuniqué de presse: « Installation d'un Conseil scientifique auprès de la DILCRA », gouvernement.fr, 9 février 2016..
Le président Emmanuel Macron le reçoit le vendredi et lui confie une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie », en vue de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien ».. Le rapport, remis en , préconise plusieurs initiatives scientifiques et mémoriellesRemise du rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie. Site Élysée. (consulté le 22 janvier 2021).. Ce rapport propose, entre autres, l’entrée au Panthéon de Gisèle Halimi qu'il qualifie de . Cependant, dans une tribune publiée par le quotidien Le Figaro, plusieurs enfants d'anciens harkis s'élèvent contre l'entrée au Panthéon de Gisèle Halimi, non pas en raison de son engagement durant la guerre d'Algérie, mais en raison de propos qu'elle a tenus à l'égard des harkis. Ils proposent, à sa place, la panthéonisation d'Henri Alleg, favorable, lui aussi, à l'indépendance. Benjamin Stora, de son côté, affirme que les enfants de harkis se sont opposés à la panthéonisation de Gisèle Halimi au motif qu'elle avait été .«Nous, filles et femmes de harkis, récusons le rapport Stora sur la guerre d’Algérie», site le figaro.fr, 3 mars 2021.Mémoire de la guerre d’Algérie : «Quand Benjamin Stora déforme les faits», site lefigaro.fr, 30 janvier 2026..
Benjamin Stora travaille sur le défi mémoriel de la guerre d’Algérie et le questionnement de la réconciliation entre ces deux pays meurtris par les idéologies, les traditions, les positions identitaires. Selon lui, les chercheurs essuient de nombreuses critiques dans leur pays. Il resterait deux entraves à la réconciliation : les archives non-accessibles et les disparus de la guerre d’Algérie. Pour Stora, le président Macron montre une volonté mémorielle en reconnaissant l’assassinat de Maurice Audin et le recours à la torture pendant la guerre, même s'il rencontre des difficultés d'ordre social et politique. Selon B. Stora, les nombreuses années de colonisation ne sont pas bien connues par les Français alors que l'histoire française est bien connue par les Algériens. Il propose de créer un musée de la France et de l'Algérie, même s'il estime que cela sera difficile.
Engagements politiques vignette|Benjamin Stora (2015). De 1968 à 1984, Benjamin Stora est membre du groupe trotskiste Alliance des jeunes pour le socialisme, animé par des militants de l'Organisation communiste internationaliste (OCI).Clara Dupont-Monod, « Benjamin Stora : souviens-toi de l'Algérie », sur benjaminstora.univ-paris13.fr, L'Histoire, , . dirigée par Pierre Lambert. Benjamin Stora assiste en 1971 à la scission de l'UNEF entre l'UNEF-Renouveau syndical et l'UNEF-Unité syndicale. Il fait partie du comité directeur de l'OCI de 1977 à 1984. Il est permanent de l'OCI de 1976 à 1981..
En 1978, Benjamin Stora consacre une biographie au nationaliste algérien et leader indépendantiste Messali Hadj (fondateur du Mouvement national algérien), qui a été proche des trotskystes français. Benjamin Stora est un des principaux fondateurs du syndicat UNEF-ID, lors du congrès de Nanterre en 1980, qui mobilise des éléments de gauche en dehors du PCF (trotskystes lambertistes, courant auquel il appartient, et socialistes). Il s'agit donc d'une première réunification. L'UNEF s'est totalement réunifiée en 2001. Au début des années 1980, le travail politique était divisé ainsi au sommet de l'OCI pour le secteur jeunesse : , selon Robi Morder.
Il rencontre alors plusieurs fois le président de la République François Mitterrand : .
Avec l'ensemble du secteur jeunesse de l'OCI, Benjamin Stora rejoint le Parti socialiste en 1985 pour le courant « Convergences socialistes », mais quitte officiellement tout engagement politique organisé en 1988, à la suite d’un drame personnel, quand sa fille meurt d'un cancer à l’âge de ..
Il a apporté son soutien à la candidature présidentielle de Ségolène Royal en 2007« Avant qu'il ne soit trop tard », Le Nouvel Observateur, 13 mars 2007.. En 2012, Benjamin Stora a soutenu la candidature présidentielle de François Hollande, qu’il lui est arrivé de conseiller avant comme après son électionJean-Pierre Mignard, Benjamin Stora, Cynthia Fleury, « L’appel à une République nouvelle », MediaPart, 28 mai 2014.. Ces liens ont contribué à la reconnaissance en 2012 par la République française du massacre du 17 octobre 1961 perpétré par la police française sur des manifestants algériens répondant à l'appel du FLN en plein cœur de Paris. En 2011, le candidat François Hollande avait participé à une commémoration de la répression sur le pont de Clichy en sa présence..
Il fait partie des qui appellent dans une tribune au maintien de la candidature de Cédric Villani pour les élections municipales de 2020 à Paris..
Accueil des travaux de Benjamin Stora vignette|Benjamin Stora (Paris, 2015).