thumb|200px|La faucille et le marteau sont un symbole du communisme. La révolution communiste est une révolution prolétarienne souvent, mais pas nécessairement, inspirée par les idées marxistes qui visent à remplacer le capitalisme par le communisme, généralement avec le socialisme comme étape intermédiaire. L'idée que la révolution prolétarienne est nécessaire est une pierre angulaire du marxisme, pour lequel les travailleurs du monde doivent s'unir et se libérer de l'oppression capitaliste. La classe ouvrière prendra alors le pouvoir pour mettre en place une dictature du prolétariat, phase transitoire qui devra aboutir à une société sans classes et à la phase supérieure de la société communiste.

La forme que doit prendre la révolution - et notamment le rôle de la violence - pas plus que la dictature du prolétariat ou la nature exacte du régime politique issu de la révolution, ne sont pas clairement définies dans la théorie marxiste. Les communistes de gaucheNoam Chomsky on Revolutionary Violence, Communism and the American Left et les conseillistes considèrent que les conseils ouvriers doivent être les principales structures organisant la révolution et la société socialiste. A contrario, le léninisme envisage une révolution dirigée par parti politique composé d'une avant-garde de « révolutionnaires professionnels » et disciplinée ; des hommes et des femmes entièrement dévoués à la cause communiste et formant un noyau révolutionnaire.

Théorie Conditions de la révolution communiste Conditions objectives thumb|left|alt=Pyramide du système capitaliste|Pyramide du système capitaliste, début du . Selon la théorie marxiste, l'évolution historique des modes de production nous a conduit au capitalisme, qui est lui-même traversé de contradictions qu'il est incapable de résoudre. Le capitalisme a accru considérablement les forces productives qui permet dès lors abondance et prospérité. Mais la mainmise des capitalistes sur les moyens de production prive les travailleurs d'une gestion collective, démocratique et rationnelle des outils de production. Le capitalisme a détruit les anciens rapports de production et tend à réduire la société à deux classes : le prolétariat et la bourgeoisie. Le premier, composé de ceux qui n'ont que leur force de travail à vendre, est concentré sur des lieux de travail et a des intérêts communs face aux propriétaires des moyens de production. Tout ceci forme les conditions objectives à une révolution sociale en vue de renverser le capitalisme.

On peut décliner, a priori, deux conditions objectives précises :

Premièrement, un niveau très élevé de développement des forces productives, qui correspond à la classe ouvrière et aux outils de production. Karl Marx et Friedrich Engels pensaient effectivement que la révolution partirait des pays les plus industrialisésFriedrich Engels, Principes du communisme, 1847. Deuxièmement, les crises économiques peuvent ouvrir une crise révolutionnaire qui pourrait bien davantage menacer le capitalisme. Ainsi Marx écrivait :

Enfin, les conditions de la révolution sont influencées par l'état de développement du capitalisme dans le pays. Selon Léon Trotsky, conquérir le pouvoir est plus facile dans un pays où le régime est faible, comme en Russie en 1917, mais en revanche la situation une fois au pouvoir est plus difficile pour les révolutionnaires, alors que dans un pays capitaliste avancé, c'est l'inverseLéon Trotsky, Les leçons d'Octobre, 1924.

Conditions subjectives Selon les marxistes, la conscience de classe est absolument nécessaire. Or celle-ci connaît des hauts et des bas. De plus, en plus de cette conscience, il est nécessaire que les militants communistes parviennent à proposer un parti révolutionnaire porteur de la conscience de classe et de la théorie marxiste, d'abord au niveau national, puis rapidement au niveau international, grâce à la construction de l'internationalisme.

Lorsque Trotsky écrit le Programme de transition en 1938, il pense que toutes les conditions objectives sont réunies pour la révolution, et également toutes les conditions subjectives (partis de masses issus de la troisième ou de la deuxième internationale) sauf la direction de ces partis qui n'est pas révolutionnaire. Or, en l'absence de révolution, ce sont les idées nationalistes et réactionnaires qui dominent. D'où sa célèbre formule :

Plusieurs débats ont eu lieu par la suite pour savoir si ce jugement de Trotsky était toujours valable.

Situation révolutionnaire Lorsque les conditions sont réunies, on peut parler de situation révolutionnaire. Il y a bien sûr un lien entre l'aspect objectif (les conditions matérielles) et l'aspect subjectif (les conditions culturelles i.e les conditions idéologiques), mais ce lien est complexe.

Engels écrit en 1885 que « L’ère périodique des révolutions européennes, 1815, 1830, 1848-1852, 1870, occupe dans notre siècle de quinze à dix-huit années. » Kautsky ajoute en 1905 que « si l’expérience enseigne que le cycle économique s’accomplit en général dans une période de dix années, elle montre que le cycle politique est plus long, qu’il lui faut de quinze à vingt ansKarl Kautsky, 1789 - 1889 - 1905, Le Socialiste, 3 mai 1905. »

Le sujet révolutionnaire thumb|upright|Imagerie socialiste (Roumanie, 1895). Un prolétaire, porteur d'un drapeau rouge orné du slogan , fait face à une allégorie de la social-démocratie, qui lui indique les principes des droits politiques et du suffrage universel. L'enfant assis à leurs pieds tient des armoiries portant le titre du Capital de Marx. Selon les communistes révolutionnaires, c'est la classe ouvrière (ou prolétariat) qui est porteuse de la révolution communiste : elle est la seule classe sociale ayant la possibilité de renverser le capitalisme car formant la majorité de la population et ayant des intérêts opposés à ceux des capitalistes. Son émancipation ne peut se faire que par l'expropriation de la grande bourgeoisie et la collectivisation des capitaux et des moyens de production. C'est la classe qui est le produit "brut" du capitalisme, et qui doit être son fossoyeur :

Toujours selon les communistes révolutionnaires, la petite-paysannerie ou la petite-bourgeoisie sont souvent menacées par l'évolution économique du système. Mais à l'inverse du prolétariat, elles ont quelque chose à conserver dans le capitalisme.

Critique marxienne du "sujet révolutionnaire" intrinsèquement prolétarien Cependant, certains penseurs marxistes et marxiens remettent en cause ou relativisent le rôle qui serait intrinsèquement (voire par essence) révolutionnaire du prolétariat. Par exemple, l'historien Moishe Postone, en interprétant la pensée de Marx dans un angle particulier, déclare ceci :    [Marx] définit bien plutôt le travail productif sous le capitalisme comme travail produisant la survaleur, c'est-à-dire comme contribuant à l'autovalorisation du capital. [...] Loin de glorifier le travail productif, Marx écrit : « La notion de travailleur productif n'inclut donc nullement le seul rapport entre activité et effet utile, entre travailleur et produit du travail, mais en même temps un rapport social spécifique, né de l'histoire, qui appose sur le travailleur le sceau de moyen de valorisation immédiat du capital. Être un travailleur productif n'est donc pus une chance, mais au contraire une déveine ». En d'autres termes, le travail productif est la source structurelle de son autodomination. Dans l'analyse de Marx, le prolétariat reste ainsi structurellement important pour le capitalisme en tant que source de la valeur, mais non pas de la richesse matérielle. Cela est aux antipodes des interprétations traditionnelles concernant le prolétariat : loin de constituer les forces productives socialisées qui entrent en contradiction avec les rapports sociaux capitalistes et qui conduisent du même coup à un possible futur postcapitaliste, la classe ouvrière est pour Marx l'élément constitutif essentiel de ces rapports eux-mêmes. Tant le prolétariat que la classe capitaliste sont liés au capital, mais le prolétariat l'est davantage : on peut imaginer le capital sans capitalistes, mais pas sans le travail créateur de valeur. Selon la logique de l'analyse de Marx, la classe ouvrière, au lieu de porter en elle une possible société future, est la base nécessaire du présent sous lequel il souffre ; il est lié à l'ordre existant d'une manière qui en fait l'objet de l'histoire. Bref, l'analyse que Marx fait de la trajectoire du capital ne montre nullement la possible autoréalisation, dans une société socialiste, du prolétariat comme vrai sujet de l'histoire. Elle présente au contraire la possible abolition du prolétariat et du travail que le prolétariat accomplit comme une condition de l'émancipation.Le prolétariat étant une personnification du "capital variable" (c'est-à-dire le travail salarié, tandis que le capitaliste personnifie le capital s'auto-valorisant), il est également un acteur interne au développement du capitalisme. Dans un autre article, Moishe Postone précise également ceci : Le prolétariat est-il crucial pour le capitalisme ? Oui, absolument. Il est en fait plus crucial pour le capitalisme que la bourgeoisie. Vous pouvez avoir le capitalisme sans bourgeoisie mais vous ne pouvez pas avoir le capitalisme sans le prolétariat. Le dépassement du capitalisme nécessite l'auto-abolition du prolétariat. Cela rend la question de la politique de gauche extrêmement difficile. Comment pouvez-vous parler de l'auto-abolition du prolétariat lorsque les travailleurs sont poussés contre le mur ? Je pense qu'il est très difficile d'essayer de faire la médiation entre la question de la défense des acquis des mouvements ouvriers dans un univers néolibéral, et une position qui évite d'hypostasier la classe ouvrière comme porteuse d'avenir. Je ne prétends pas avoir de réponses faciles à cela, mais je pense que l'abolition de la classe ouvrière est la clé de la libération de l'humanité. Je suis d'accord avec la formulation de MarxMoishe Postone, "Rethinking the critical theory of capitalism", dans Principia Dialectica, London, No. 2, 2006, p. 12.

Pendant et après la révolution Dictature du prolétariat Selon les communistes révolutionnaires, l'histoire a démontré que la classe dominante était prête à utiliser tous les recours, y compris la violence d’État pour écraser les révoltés ou les insurgés. C'est ce qui a fait dire à Karl Marx que les régimes politiques dit "bourgeois", au-delà de leurs grandes différences, sont tous fondamentalement une "dictature du capital", qui montre son vrai visage quand l'ordre établi est attaqué. C'est précisément pour cela qu'il a utilisé sa formule militante de "dictature du prolétariat" pour définir les mesures révolutionnaires que le prolétariat devrait prendre pour vaincre les contre-révolutionnaires.