Prudenza Pisa (Naples, - Capri, ), connue sous son nom religieux de Séraphine de Dieu ( Serafina di Dio), est une religieuse, mystique, et femme de lettres italienne.
Après sa naissance sa famille s'installe très vite à Capri. C'est dans cette île qu'elle fonde un premier couvent de carmélites suivant la règle réformée par Thérèse d'Avila. Fondant plusieurs couvents de religieuses dans le royaume de Naples, ces établissements sont regroupés dans l'Institut du Saint Sauveur, mis en place dès 1661. Grande mystique, auteur d'une correspondance importante et de plusieurs traités, elle est néanmoins accusée auprès de l'Inquisition romaine pour hérésie et quiétisme. Après 6 ans de procédure, elle est finalement acquittée.
Après son décès, célébré solennellement par tout le clergé local, son procès en béatification s'ouvre rapidement. En 1876, le pape Pie IX suspend la procédure de béatification, mais en 1989 elle est déclarée vénérable. Depuis 1813, son corps repose dans l'église Saint-Étienne de Capri.
Biographie Enfance Prudenza Pisa est né à Naples le de Giustina Strina, la seconde épouse de Nicolò Antonio PisaUne autre source(Santi e Beati) indique comme nom du père Colantonio Pisa., marchand napolitain. Bien qu'installée à Naples, sa famille est une vieille famille de l'île de Capri : la branche paternelle y est présente depuis le début du , et la branche maternelle depuis 1202.. Le père de Prudenza a deux frères prêtres : Don Ottavio, chanoine pénitencier de la cathédrale de Naples et consultant auprès du tribunal diocésain, et Gennaro qui est jésuite. Sa mère a également un frère prêtre : Don Marcello.. La famille a une autre fille : VictoriaLa date de naissance de Victoria n'est pas connue, elle a une vingtaine d'années lors de son décès en 1643. Les deux sœurs sont proches spirituellement.. Le jour même de sa naissance, la petite Prudenza est baptisée dans l'église paroissiale de Saint-Jean-le-Majeur. La jeune fille est communément appelée Tenza dans sa famille. En 1623, alors qu'elle n'a que deux ans, ses parents décident de revenir s'installer sur l'île de Capri. La famille s'installe en ville, dans la maison maternelle, mais très vite elle se déplace à la campagne, dans une maison installée à du bourg. La jeune enfant va ainsi passer son enfance dans la nature, au bord de la mer, aimant aller se retirer dans la solitude pour méditer..
Encore enfant, elle fait secrètement le vœu de virginitéC'est-à-dire de se faire religieuse., mais lorsqu'elle a 15 ans, son père décide de la marierC'était alors la coutume de l'époque de marier les jeunes filles à cet âge. à un riche Napolitain. Au moment de rendre sa réponse, et pour clairement exprimer son refus, la jeune Prudenza coupe ses beaux cheveuxVoir également Anne de Jésus qui a utilisé la même technique pour échapper au mariage et entrer dans les ordres. et se présente devant son père vêtue de la soutane BizzocaLe terme de Bizzoca a des origines anciennes et désigne des femmes hésitant à embrasser la vie monastique (dans un couvent), mais souhaitant vivre une expérience religieuse particulière tout en restant dans leur milieu de vie. Ces femmes étaient parfois liées (et dirigées spirituellement) avec des ordres mendiants dans lesquels elles étaient intégrées comme membre du Tiers-Ordre. Ce mode de dévotion est alors très développé dans le sud de l'Italie, et à Naples en particulier. (soutane fournie par un ami). Son père, lorsqu'il la voit ainsi vêtue, se met en colère et la renie. Il contraint toutefois sa fille à se rendre à Naples, chez de riches cousins, en espérant que les attractions de la ville (capitale de la vice-royautéLe Royaume de Naples est alors rattaché à la Couronne d'Aragon.), la distrairaient de ses idées monastiques. Quelques années plus tard, lorsque Prudenza revient à Capri, son père lui demande pardon pour s'être emporté contre elle, et pour s'être opposé à son projet de se faire religieuse. Peu de temps après leur réconciliation, son père décède (le ), il est âgé de 70 ans.
Première fondation De retour à Capri, la jeune femme se met sous la direction spirituelle du père don Marcello Strina, curé de l'île, qui est aussi son oncle. Ensemble, ils essayent de mettre en œuvre un projet porté par le curé : ouvrir une maison religieuse pour accueillir les jeunes filles sans dot, ni titres de noblesse. Mais largement critiqué (par la population), le projet échoue, et le père Marcello est déposé de sa charge pastorale. Prudenza est contrainte d'entrer dans le Tiers Ordre dominicain. En 1656, le père Marcello décède de la peste le .
La peste fait alors des ravages dans le royaume de NaplesSur le site ocarm.org, il est indiqué que lors de l'épidémie de peste sur l'ile de Capri, qui débute en avril 1656, Prudenza s'est investie dans le soin des malades et l'aide aux pauvres., décimant la population. À la suite du décès de la mère de Prudenza (le ), une querelle sur l'héritage familiale s'ouvre. La jeune femme est appelée à Naples pour régler le différend juridique. Innocentée des accusations, elle reprend le projet de fondation religieuse conçu par son oncle Marcello et essaie d'obtenir les diverses autorisations nécessairesSur le site ocarm.org, il est indiqué que le Vicaire Apostolique de Capri a signé le décret de création de l'Institut du Saint Sauveur le .. Finalement, le , munie de toutes les pièces nécessaires, elle quitte Naples en compagnie de quelques futures religieuses et rejoint Capri. L'investiture officielle est donnée dans la cathédrale le Certaines sources indiquent que c'est à cette occasion qu'elles revêtent l'habit de carmélite.. Prudenza, élue prieure, est entourée de 8 novices8 novices ou 4 , l'information diffère suivant les sources.. Elles prennent possession de leur première maison à Capri (maison léguée par l'oncle Marcello en vue de la fondation du monastère) le Ou le 2 octobre, les dates diffèrent d'un site à l'autre.. Une première église est construite près de la maison, sa première pierre est posée le par l'évêque de Capri, cette première église est terminée et bénie le par le vicaire de l'évêque don Giuseppe Arena.
La règle suivie dans ce nouveau couvent est celle définie par Thérèse d'Avila, suivant le désir du père MarcelloSur une autre biographie (site monasterocarpineto.it), il est indiqué que Prudenza, étant à Naples en 1661, est allée prier dans la basilique Santa Maria del Carmine Maggiore devant la statue de la Vierge du Carmel et c'est là qu'elle se serait sentie appelée à entrer dans l'ordre du Carmel. D'où la fondation carmélitaine. Les deux informations ne sont pas forcément contradictoires.. Prudenza rédige ses propres Constitutions, inspirées de celles écrites par sainte Thérèse d'Avila, ainsi que de la règle du Carmel écrite par saint Albert de Jérusalem.
À peine installée, Prudenza lance le projet de construire un grand monastère Saint-Sauveur. Celui-ci demandera 20 ans de travaux et sera porté par l'architecte Dionisio Lazzari. Ce monastère est construit autour d'une ancienne petite chapelle. La bénédiction officielle du bâtiment est réalisée par l'archevêque de Bénévent Vincenzo Maria Orsini (futur pape Benoît XIII) le .
En 1670, par décision de l'évêque, il est décidé que les jeunes femmes doivent prendre un nom de religieuse. Prudenza prend alors le nom de Séraphine de Dieu.
La fondatrice L'augmentation du nombre de sœurs oblates pousse mère Séraphine à ouvrir de nouvelles maisonsEn 1700, soit 40 ans après la première fondation, les religieuses dans les couvents fondés par mère Séraphine de Jésus était au nombre de 60.. Si la fondatrice n'intervient pas directement pour prendre en main ces fondations, néanmoins, elle les soutient et les organise. Les couvents sont regroupés dans la . Mère Séraphine de Dieu s'investit également dans la formation des religieuses : elle écrit en 1675 un traité sur le sens de la vie en commun.
Le Le site Santi e Beati indique pour sa part que ce couvent aurait été créé en 1677, et serait donc le troisième couvent fondé par la religieuse. Mère Séraphine fonde un second couvent fondé à Massa Lubrense.. Puis vient celui de Vico Equense (couvent de la Sainte-Trinité) en 1676, celui de Torre del Greco (couvent de l'Immaculée Conception) en 1681, celui d'Anacapri (couvent Saint-Michel) en 1683Ce couvent a été fondé à la suite d'un vœu prononcée durant le siège de Vienne : si Vienne était sauvé, elle fonderait un couvent dédié à saint Michel., et enfin le couvent de Fisciano (couvent Saint-Joseph) en 1691. Après le décès de mère Séraphine, ses religieuses ouvrent d'autres couvents, basés sur les mêmes constitutions, et regroupés dans la même congrégation (couvents de Marigliano et de Scala en 1715, puis les couvents de Pagani et de Frasso Telesino).
Toutes ces communautés se soutiennent et s'entraident par des dons et une assistance réciproque. Ces maisons religieuses ont également un rôle social et éducatif au niveau de la population locale : les pauvres y reçoivent les premiers éléments d'éducation ainsi qu'un minimum d'aide (à cette époque l'État ne s'occupe pas de l'éducation et de l'aide sociale).
Accusée d’éréthisme
En 1685, des rumeurs commencent à circuler à son sujet, ainsi que des critiquesCritiques qui s'avèreront calomnieuses, après enquête et acquittement de l'Inquisition. qui finissent par alerter l'Inquisition romaine. Celle-ci décide d'ouvrir une enquête sur la religieuse. Bien qu'étant opposée aux doctrines quiétistes de Miguel de Molinos (elle a rédigé un écrit condamnant ces thèses), Mère Séraphine est personnellement accusée par le Saint Office d'être une tenante du quiétisme. Elle est désignée comme étant . Un procès de l'Inquisition s'ouvre contre elle : le elle est consignée dans sa cellule avec interdiction d'en sortir. Elle est interdite de parler avec des étrangers, et même d'accéder à l'Eucharistie.
Après 6 années de procédure, elle est finalement acquittée en 1692. Il lui est demandé de se rétracter, en privé, de certaines déclarations ou visions qu'elle avait notifiés dans ses écrits. Elle est également déchargée de ses fonctions de direction des couvents. Une fois réhabilité, sœur Séraphine de Dieu reprend une vie normale, ses biographes précisent : .
Décès et béatification thumb|150px|L'église Saint-Étienne de Capri. Mère Séraphine de Dieu décède le . Des phénomènes étrangesLa source bibliographique n'indique pas de quels phénomènes il s'agit. qui ont lieu sur son corps poussent l'évêque de la ville à faire procéder à une autopsie de la défunte. L'autopsie révèle des signes de transverbération sur son cœur. Les funérailles se déroulent sur plusieurs joursC'était alors la tradition pour les funérailles de personnes très populaires et réputées saintes., et rassemblent une grande partie de la population et du clergé. Elle est enterrée dans le chœur de l'église du couvent Saint-Sauveur. Mais en 1808 Achille Murat, roi de Naples, fait fermer le couvent Saint-Sauveur et s'approprie ses biens. Le la dépouille de la religieuse est alors déplacée dans l' où elle repose aujourd'hui.
Après son décès, la renommée de sainteté de la religieuse se répand rapidement. Le procès en béatification est amorcé par l'évêque de Capri Michele Gallo VandeneyndeD'autres sources donnent la date de 1742.. Dans ce cadre, sa biographie est publiée à Naples en 1723. Mais le , le pape Pie IX suspend le processus de béatification. En 1989, mère Séraphine de Dieu est inscrite dans le Index ac Status Causarum (registre des saints) comme vénérable.
Spiritualité
Mère Séraphine de Dieu nourrit une profonde dévotion à la Vierge Marie. Elle voue également un grand amour à Dieu et à l'acceptation de la volonté Divine. Un point important de sa vie spirituelle est la médiation sur la divinité et de l'humanité de Jésus-Christ, ce qui est en contradiction avec les idées largement répandues à son époque quiétiste qui considérait comme un obstacle à la . La religieuse a également un grand amour pour l'Eucharistie.