alt=schéma de blason|vignette|upright=0.9|Armes actuelles de la ville d'Épinal.

Lhistoire d'Épinal inventorie, étudie et interprète l'ensemble des événements du passé liés à cette ville.

Épinal au Moyen Âge Épinal appartient à la seconde vague d'urbanisation du territoire nationalMichel Bur, Michel Pernot, Jacques Grasser, « Épinal dans l'histoire », Épinal, Éditions Bonneton, 1991, .. La première est représentée par les cités gallo-romaines devenues sièges d'évêchés, Toul, Metz, Reims ou Strasbourg ; la seconde par de nombreux chefs-lieux de canton ou d'arrondissement (Lunéville, Neufchâteau, Montbéliard, Rethel…) nés de la croissance démographique du Moyen Âge, mais aussi par quelques grandes villes telles que Lille, Nancy, Montpellier, Luxembourg ou Pau. Épinal est née d'un choix et d'une décision de l'évêque de Metz, Thierry de Hamelant, cousin germain de l'empereur Otton .

La fondation par Thierry de Hamelant au

D'après le texte de la Vie d'Adalbéron II, évêque de Metz, par Constantin de Saint-Symphorien (1012-1017), on sait que Thierry de Hamelant construisit un monastère entre la Moselle et une hauteur sur la pente de laquelle s'élevait un château. Le lieu s'appelait Spinal, non point, comme le prétend le savant biographe, à cause des particularités du relief (, arête rocheuse) mais parce que les paysans se souvenaient du mal qu'ils avaient eu à débroussailler le sol pour le mettre en culture. Adalbéron II trouva le monastère à peine achevé, encore vide. Il y installa des moniales qu'il soumit à la règle de saint BenoîtMichel Bur, Michel Pernot, Jacques Grasser, « Épinal dans l'histoire », Épinal, Éditions Bonneton, 1991, ..

Tributaire de Constantin, mais plus prolixe sur le rôle de son héros, l'évêque Thierry, Sigebert de Gembloux, dans sa Vita Theoderici (vers 1050), permet d'avoir une chronologie relative. Sur le domaine ( de Spinal, en Chaumontois et diocèse de Toul, Thierry commença par construire un château pour mettre à l'abri ses biens, mais aussi la frontière lotharingienne, des incursions des Bourguignons. La vision est ici géopolitique (la Bourgogne est un royaume indépendant de l'Empire) et patrimoniale. Il s'agit de défendre la patrie mais aussi les possessions de l'Église de Metz. À l’époque, la ville de Remiremont était bourguignonne. Ensuite, également soucieux du bien des âmes, Thierry fonda un monastère et le dota de toutes les ressources nécessaires à la vie de la communauté. Il y fit transférer solennellement les reliques de saint Goëry, évêque de Metz et successeur direct de saint Arnoul, qui se trouvaient dans le monastère messin de Saint-Symphorien. Arnoul était sous doute le premier évêque à avoir joui du domaine si, comme il est légitime de le penser, c'est bien lui qui donna à l'église de Metz le vaste territoire paroissial de Dogneville auquel se rattachait la villa de Spinal. On sait en effet que saint Arnoul venait se reposer à Dogneville, localité qui avec ses immenses dépendances appartenait à sa femme Dode et qui en porte encore le nom. Les reliques de saint Goëry furent l'objet de nombreux pèlerinages ce qui permit l'essor de la ville.

Enfin, pour assurer le peuplement de Spinal et le ravitaillement des habitants et de la garnison du château, Thierry ouvrit avec l'accord de l'empereur Otton II un atelier monétaire et institua un marchéDiplôme de Otton II du Saint-Empire confirmant la création de l'Abbaye Saint-Vincent de Metz et d'un marché à Épinal daté du 20 juin 983 ; Monumenta Germanicae Historica, scriptores, IV, , Documents Rares ou Inédits de l'Histoire des Vosges, T I, ; Archives Départementales de Meurthe & Moselle, B 673 Épinal I (copie sur papier du ). L'atelier paraît avoir fonctionné dès sa création et il existe des deniers frappés sous l'épiscopat de son second successeur Thierry IIMichel Bur, Michel Pernot, Jacques Grasser, « Épinal dans l'histoire », Épinal, Éditions Bonneton, 1991, ..

Ainsi, dans un site frontalier, géographiquement placé au contact de la montagne et de la plaine, sur une terre appartenant à son église, Thierry de Hamelant créa successivement, avant 984, date de sa mort, un château, une église et un marché. Il y avait là une rivière torrentueuse que rejoignaient, de part et d'autre de l'arête rocheuse portant le château, deux ruisseaux encombrés de galets. L'église était construite sur une sorte de cône de déjection à l'abri des divagations de la rivière et des inondations. La population, dispersée aux alentours, redoutait le voisinage de la Moselle et ne l'utilisait guère que pour le flottage du bois et la pêche au saumon. Épinal n'aura pas d'activité portuaire au Moyen Âge et ne fondera pas sa prospérité sur l'eau.

En revanche, la ville semble être née de la route. L'antique voie romaine de Bâle à Metz quittait la vallée à Épinal pour escalader le plateau en direction de Dogneville et plus loin de Saint-Nicolas et de Nancy, qui étaient l'une et l'autre en train de naître d'initiatives seigneuriales analogues et du même mouvement de circulation. La voie était en effet toujours empruntée au . Elle l'était peut-être davantage au , quand Arnoul quitta son siège messin et sa retraite de Dogneville pour se faire ermite au Saint-Mont. Soldats, marchands, clercs et vagabonds l'empruntaient pour se rendre d'Italie en Lotharingie. De Saint-Maurice d'Agaune, église fondée en 515 dans l'étroite vallée qui conduit du Léman au pays d'Aoste, le culte du martyr thébain s'était propagé vers le nord. Au , il est attesté à Toul. Au , par le relais de Luxeuil et du Saint-Mont, il gagne la vallée de la Moselle et celle de la Meurthe. Il est vraisemblable qu'avant le démantèlement de la grande paroisse de Dogneville il existait à Spinal une chapelle vicaire dédiée à ce saint.

Quant au grand domaine épiscopal, il était formé d'une vaste réserve exploitée en direct et de tenures satellites, les manses. Un personnel domestique cultivait la réserve au profit du seigneur. Les manses, qui pouvaient atteindre une quinzaine d'hectares et plus, étaient mis en valeur par des familles de tenanciers tirant leur subsistance de la terre, des prés et de la forêt. Spinal, était l'un de ces manses, sans doute vide d'occupants au moment où Thierry de Hamelant y bâtit son monastère.

Des paysans qui sont aussi artisans du bois, du textile et du cuir, des colporteurs et des marchands de plus en plus nombreux sur la vieille route romaine, un homme enfin, attentif aux signes de la croissance, apte à en tirer le meilleur parti : vers la fin du , il y a un seuil à franchir. Thierry de Hamelant le franchit en décideur. Il s'agit pour lui, non de créer ce qui existe, mais de l'encourager, de l'organiser, de l'encadrer et il prend pour ce faire, des dispositions administratives et juridiques. Dans un château est implanté le pouvoir local, la justice et le ban, le droit de commander, de contraindre par la force, de punir par la loi. Jamais Épinal ne perdra les prérogatives que lui valut cette première châtellenieMichel Bur, Michel Pernot, Jacques Grasser, « Épinal dans l'histoire », Épinal, Éditions Bonneton, 1991, ..

Pour favoriser les transactions commerciales, il institue un jour et un lieu de marché, c'est-à-dire qu'il regroupe topographiquement marchands et clients et leur assure sa protection au jour fixé. Limités jusqu'alors par le manque d'espèces, les échanges sont favorisés par la création d'un atelier monétaire. Sans disparaître tout à fait, le troc dépérit. En retour de cette réglementation, le seigneur perçoit de substantielles taxes de péage et de tonlieu.

Soucieux d'être aussi bon pasteur que bon administrateur (les deux faces de son où se mêle le service de Dieu et le service de l'empereur), Thierry édifie un monastère et y dépose les reliques de saint Goëry. Surtout il songe à créer une nouvelle paroisse en démembrant celle de Dogneville, dont il est le patron et le décimateur. Arrivé à ce point de ses projets, il se heurte à la résistance de l'évêque diocésain. Tout ce qu'il pouvait faire comme seigneur et propriétaire, il l'a réalisé, mais il lui est interdit d'ériger une paroisse sur son propre domaine sans l'autorisation de l'évêque de Toul, Gérard, dont la juridiction s'étend sur Dogneville, Spinal et tout le Chaumontois. Thierry négocie avec lui, tout en bâtissant le monastère, montre que la nouvelle église, qui englobe probablement la chapelle Saint-Maurice, pourrait avantageusement devenir le siège d'une paroisse, finalement invite son confrère à procéder à la dédicace du nouveau sanctuaire et obtient ce qu'il demandait. C'est également ce que rapporte la charte de l'évêque Ricuin de Toul, datée de 1119.

Dans cette charte, appartenant à un dossier où figure, sous le nom de l'archevêque Hillin de Trêves, un faux daté de 1161, fabriqué à l'occasion d'une querelle entre l'abbaye d'Épinal et le curé de Dogneville concernant la perception de la dîme, on trouve les attendus du jugement que Ricuin aurait prononcé au cours d'un synode à Toul en 1119 et semblant avoir une consistance historique. Il y rappelle que son prédécesseur Gérard avait créé la paroisse d'Épinal, défini son ressort, placé son autel dans l'abbaye et fait de cette dernière le curé perpétuel habilité à se substituer le desservant de son choix. Le ressort devait comprendre une bonne partie du territoire de Dogneville, en particulier cinq manses échelonnés le long de la voie romaine, Avrinsart sur le plateau, Villers à l'endroit où la voie amorce sa descente vers la vallée, Spinal au pied de l'éperon fortifié, Rualménil dans une île de la Moselle et Grenneveau un peu en amont. Ces manses pourraient avoir constitué dans un premier temps la dot foncière de l'abbaye. Leur structure était éclatée puisqu'il est dit que leurs habitants, devenus paroissiens d'Épinal, paieraient à l'abbaye la dîme, quelle qu'ait été la dispersion de leurs parcelles dans le terroir, et ce, sans nulle contestation du curé de l'église-mère, à savoir celle de DognevilleMichel Bur, Michel Pernot, Jacques Grasser, « Épinal dans l'histoire », Épinal, Éditions Bonneton, 1991, ..

Ainsi en quelques années l'évêque de Metz a changé, par une série de mesures concertées, son mode de présence à Épinal. De grand propriétaire foncier qu'il était exclusivement, il est devenu aussi, conformément à la nouvelle conjoncture politique, un seigneur châtelain, détenteur de la justice et du ban, garant de l'ordre et de la paix publique. Il a réglementé le commerce en créant un marché pour tirer parti de l'accélération des échanges. Enfin, il a procuré un cadre paroissial aux nouveaux habitants. Par quelles opérations d'accensement ou même de lotissement ceux-ci ont pu s'installer, on ne le sait pas. Toujours est-il que la population augmenta rapidement et qu'au bout de deux générations, il a fallu démolir la première église pour la remplacer par une basilique dont le pape Léon IX, toujours évêque de Toul, fit la dédicace en 1050.

L'intégration au duché de Lorraine

En 1444, la ville d'Épinal faisait encore partie du domaine des évêques de Metz. En septembre, des représentants de la ville profitent du passage du roi Charles VII à Nancy pour lui offrir la soumission de la ville et lui demander en retour sa protection. L'acte de soumission d’Épinal est daté du Relation du siège de Metz en 1444, par Charles VII et René d'Anjou, par Louis Félicien J. Caignart de Saulcy, Jean François Huguenin, 1835<ref>[http://medievaltest.library.nd.edu/seals/muni/d5697.shtmlSelon une autre source le 10 septembre (Medieval Institute Library]</ref>. Le roi promet de ne jamais aliéner la cité, mais Louis XI cède la place au maréchal de Bourgogne en 1465Michel Bur, Le château d'Épinal. -, Comité des travaux historiques et scientifiques, Paris, 2002, p. 22. Finalement, Épinal passe sous la tutelle du duc de Lorraine.

L'époque moderne : Épinal au cœur des relations entre la France et la Lorraine