Saint-Just Victor Péquart, né à Saint-Laurent le et mort à Montpellier le , est un industriel, archéologue et préhistorien français. Il a partagé ses activités entre la Lorraine et divers chantiers de fouille, principalement en Bretagne et en Ariège. Il a également été un important collectionneur d'art, notamment de l'École de Nancy dont il fréquentait les artistes. À ce titre, il fut mécène de Jules Cayette et Jean Prouvé.
Biographie Saint-Just Péquart est né en 1881 près d'Épinal au sein d'une famille bourgeoise et aisée. Son père, qui portait également le prénom de Saint-Just, était un riche entrepreneur de travaux publics. Après une scolarité effectuée à Verdun chez son oncle Victor, qui sera maire de la ville, Saint-Just Péquart suit des études de droit à Nancy, où il obtient une licence.
Riche héritier au décès de son père en 1901, il reprend et développe de manière considérable la quincaillerie familiale de sa grand-mère maternelle Richier-Raison, située rue Saint-Georges à Nancy. Il investit de manière importante dans les fers à béton, technique alors nouvelle qui va connaître un grand essor, et dans les aciéries de Longwy, après son association avec les AertsÉtienne Martin, Saint-Just Péquart, mécène et collectionneur de l'École de Nancy, Garen-Ville de Laxou, 2024, p. 49.. Tout cela conforte et augmente sa fortune, très importante.
En 1906, il épouse Marthe César (1884-1963), fille d'un architecte nancéien. Le couple, qui aura trois enfants, habite dans un premier temps une grande propriété à Champigneulles, La Haute Rive, puis déménage pour Les Charmettes à Laxou. Cette dernière propriété est devenue la mairie. vignette|L'ancienne propriété Péquart à Laxou, devenue l'hôtel de ville de la commune.
Péquart côtoie également différentes personnalités politiques comme Louis Marin. En 1935, il participe à la création d'une section locale de l'Alliance démocratiqueAnonyme, Fédération lorraine de l'Alliance démocratique, L'Est républicain, 21 décembre 1935, . Celle-ci devient en la Fédération lorraine de l'Alliance démocratique. Péquart en dirige le comitéY figurent également deux conseillers généraux : Édouard Fenal, conseiller général républicain de gauche de Badonviller et Charles Jourdain, conseiller général URD de Toul-Nord, et des conseillers municipaux de Nancy : Jean Lionel-Pèlerin, vice-président de la Fédération, adjoint au maire, futur sénateur après la guerre, Delagoutte et Camille Mosser, élus en 1935 (commerçant nancéien, ancien combattant, membre de l'association des officiers de réserve de Nancy, cadre d'associations d'anciens combattants, Croix-de-feu puis membre et militant actif du Parti social français, résistant et futur conseiller municipal après la Seconde Guerre mondiale), ainsi que des notables : le président et le vice-président du Comité du commerce et de l'industrie, Louis Spillmann, doyen de la faculté de médecine, Henri Lalouel, professeur à la Faculté de droit et proche du couple Péquart. Mais son activité est inexistante et la Fédération, malgré quelques velléités, n'a présenté aucun candidat en 1936. Cf. J.-F. Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002.. Opérant un basculement politique, il adhère au Parti populaire français de Jacques Doriot peu avant la Seconde Guerre mondiale. Evanno ne source cependant pas cette information dans ses écrits.., mais semble quitter le parti en Étienne Martin, Saint-Just Péquart, mécène et collectionneur de l'École de Nancy, Garen-Ville de Laxou, 2024, ..
Collectionneur et mécène Certainement par goût personnel, et grâce aux moyens financiers dont il dispose, Saint-Just Péquart soutient de manière importante des artistes de l'École de Nancy.
En 1907, il commande à Jacques Gruber un important ensemble de salon aux orchidées, se composant d'une banquette, d'un ou de plusieurs fauteuils, d'une table à thé, d'une cheminée et d'une somptueuse vitrine aujourd'hui conservée au musée de l'École de Nancy. Vers 1908-1909, il passe commande d'une imposante bibliothèque au Grand-duc (également conservée au musée de l'École de Nancy, au premier étage) dont les vitraux ont été ultérieurement remplacés par des grilles de Jean Prouvé. C'est sans doute par ces commandes que Péquart fait la connaissance d'un jeune artiste né un an après lui : Jules Cayette. En effet, ce dernier travaille chez Gruber comme « collaborateur » à l'atelier d'ébénisterie-sculpture, Gruber n'en ayant pas lui-même les compétences techniques. Une grande amitié va naître entre les deux hommes et Péquart soutient financièrement Cayette lorsque ce dernier s'installe à son compte. Il lui passe de nombreuses commandes tout au long des années 1910 à 1930Étienne Martin, Jules Cayette, 1882-1953, créateur d'art à Nancy, Metz, éditions Serpenoise, 2011, .. Certaines témoignent de ses qualités de modeleur, comme un miroir à main en argent orné de cabochons en lapis-lazuliÉtienne Martin,Bijoux Art Nouveau, Nancy 1890-1920, Strasbourg, éditions du Quotidien, 2015, .. En 1915, Cayette réalise avec Victor Prouvé un ex-libris artistique pour PéquartA. de Mahuet et Ed. des Robert, Complément de l'Essai de Répertoire des Ex-libris et Fers de Reliure des Bibliophiles Lorrains, Saint-Amand, imprimerie A. Clerc, 1933, . Étienne Martin, Jules Cayette, 1882-1953, créateur d'art à Nancy, Metz, éditions Serpenoise, 2011, ..
Saint-Just Péquart côtoie également de manière intime la famille Prouvé. Il les héberge plusieurs mois en 1915 dans sa propriété de ChampigneullesM.Prouvé, Victor Prouvé, Nancy, Berger-Levrault, 1958, .. Victor Prouvé réalise plusieurs portraits de Saint-Just et Marthe Péquart, dont certains sont tirés en gravure. Péquart soutient financièrement l'installation de Jean Prouvé. Il siègera plusieurs années au conseil d'administration de la société de ce dernier. Les deux hommes se brouilleront ensuite. La tradition veut que Péquart, qui admirait avant tout l'artisanat et le « geste artistique », n'ait pas apprécié le tournant industriel que Jean Prouvé donna à sa production.
Parmi les autres artistes collectionnés par Péquart, il convient de citer les bijoutiers Séverin RongaÉtienne Martin,Bijoux Art Nouveau, Nancy 1890-1920, Strasbourg, éditions du Quotidien, 2015, p. 136-137., et Jules DéonÉtienne Martin,Bijoux Art Nouveau, Nancy 1890-1920, Strasbourg, éditions du Quotidien, 2015, p. 76-79., les frères Mougin, Ernest Wittmann, le graveur Léopold Poiré dont Péquart possède toute la productionÉtienne Martin, Saint-Just Péquart, mécène et collectionneur de l'École de Nancy, Garen-Ville de Laxou, 2024, p. 50., Victor Guillaume, etc. Péquart soutient aussi la broderie lorraineÉtienne Martin et Denise Bloch, Zoom sur l'Art Nouveau, un autre regard sur des Trésors méconnus de l'École de Nancy, Nancy : éditions Zoom, 2015, p. 70-73. Étienne Martin, Saint-Just Péquart, mécène et collectionneur de l'École de Nancy, Garen-Ville de Laxou, 2024, ., vieille tradition de la région.
Campagnes archéologiques vignette|Sépulture de TéviecMuséum de Toulouse Parallèlement à ses activités de « marchand de fer », Saint-Just Péquart et son épouse Marthe se passionnent pour l'archéologie préhistorique et les sites mégalithiques. Pendant presque vingt ans (1915-1934), à raison d'un à trois mois par an, ils fouillent le littoral sud de la Bretagne, d'abord en assistant l'archéologue breton Zacharie Le Rouzic qui les a formés, puis à partir de 1927, après une brouille avec ce dernier lors de la publication de Corpus des signes gravés des monuments mégalithiques du Morbihan, ils entreprennent et financent leurs propres fouilles, pendant leurs congés : 1915 : île Thinic. 1916 : Le Manio, Kerbois, Le Net, Queric la Lande, Roch er Talles, Kermarker. 1919 et 1920 : Peudrec. 1921 : Crucuny, Mane Bras, Le Net, Couregan, Saint-Adrien, Penher. 1922 : Crucuny, Le Manio, Limouzen, Mané Meur, Castellic. 1923 : Er Yoh, Cromlech d'Er Lannic, Le Lizo, Hoëdic (dolmen de la Croix). 1924 : Er Yoh, Cromlech d'Er Lannic. 1925 : Er Yoh, Cromlech d'Er Lannic, Kercado, Toul Braz. 1926 : Men Meur (Le Guilvinec), Brunec (les Glénan), prospections des Glénan. 1927 : île aux Moutons (les Glénan). 1928, 1929 & 1930 : TéviecMYSTÈRE. Tué de 2 flèches plantées dans le dos, qui était K6 ? Sur l'île de Téviec, l'énigme demeure. 1930 à 1934 : Hoëdic.
vignette|Le faon aux oiseauxMusée de préhistoire du Mas-d'Azil La seconde moitié des années 1930 et la période de la Seconde Guerre mondiale sont consacrées au Mas d'Azil, en Ariège où Henri Breuil les encourage à reprendre les travaux d'Édouard Piette à la Grotte du Mas-d'Azil. Ils visitent alors une galerie non encore fouillée où ils découvrent un outillage et des œuvres d'art du Magdalénien. 1935 : déblaiement de la rive gauche. 1936 : rive gauche. 1937 : rive gauche puis galerie rive droite. 1938 à 1940 : rive droite. 1941 à 1944 : achèvement de la rive droite, puis continuation de la rive gauche. En , Péquart est nommé directeur des antiquités pour les circonscriptions archéologiques préhistoriques (6e circonscription).
Parmi les principales découvertes réalisées au cours de leurs fouilles, il convient donc de citer la célèbre sépulture A du muséum de Toulouse, du Mésolithique, et, au Mas-d'Azil, le fameux propulseur dit du faon aux oiseaux, de l'époque magdalénienne.
Travaux scientifiques Si l'époqueavant la fameuse loi du 27 septembre 1941 (loi Carcopino) portant réglementation des fouilles archéologiques. permet aux riches amateurs de mener des campagnes de fouilles archéologiques, les Péquart sont loin de la seule recherche du « bel objet ». Ils opèrent avec méthode et rigueur. L'ensemble des découvertes est consigné puis publié régulièrement. Les fouilles archéologiques qu'ils effectuent dans les amas coquilliers de Téviec et de Hœdic (Morbihan) sont par exemple exposées dans leur Techniques de fouilles préhistoriques où est affirmé le caractère scientifique et novateur de leurs recherches (1928).
Parmi leurs nombreuses publications, citons : Carnac, fouilles faites dans la région, campagne 1922 : tumulus de Crucuny, tertre du Manio, Tertre du Castellic (commune de Carnac). Notes techniques, avec Zacharie Le Rouzic, 1923. Corpus des signes gravés des monuments mégalithiques du Morbihan, avec Z. Le Rouzic et Camille Jullian, 1927. « Techniques de fouilles préhistoriques », Revue des musées et collections archéologiques, III, 1928. Téviec, station-nécropole mésolithique du Morbihan, avec Marcellin Boule, 1937. « Grotte du Mas d’Azil : une nouvelle galerie magdalénienne », Annales de Paléontologie, 1960.
Cet engagement scientifique vaut à Saint-Just Péquart d'être vice-président de la Société préhistorique française en 1934, puis président l'année suivante.
Avec son épouse Marthe, il fonde également l'Association lorraine d'études anthropologiques (ALEA)Étienne Martin, « Saint-Just Péquart (1881-1944), bibliophile lorrain », Le Pays lorrain, 91 (2010), . L'ALEA édite un bulletin annuel. en 1928, ainsi que les prix de la « France d’Outre-Mer » et « Faidherbe - Galliéni - Lyautey » à l'Institut colonial de l'université de Nancy.
Décès Réformé des obligations militaires pour raison de santé (pied bot), âgé (62 ans), Saint-Just Péquart se laisse cependant convaincre en 1943 de rejoindre la milice. Les raisons et motivations de cet engagement restent mystérieuses. Peut-être par anticommunisme et fidélité au régime de Vichy. Il est peu probable, au vu de son âge et de sa condition physique, qu'il ait participé à des activités de la milice. En revanche, il est possible qu'il fut un soutien financier et « mondain ».