Locres Épizéphyre ( Lokroi Epizephyrioi en grec ancien, Locri Epizephyrii en latin, Locri Epizefiri en italien) est une polis de la Grande Grèce, fondée sur le littoral de la mer Ionienne au : elle se trouve actuellement en partie sur le territoire des communes de Portigliola et de Locri, dans la ville métropolitaine de Reggio de Calabre, en Calabre.
Histoire Fondation Les sources relatives à la fondation de Locres Épizéphyre divergent. Selon Strabon, elle a été fondée par des Locriens originaire du Golfe de Crisa, en Grèce, et guidés par un oïkiste du nom d'Euanthès peu de temps après la fondation de Crotone et de Syracuse.. Le général grec Polybe affirme qu'elle aurait été fondée par des colons grecs originaires de la Locride orientale, en face de l'île d'Eubée. Cette hypothèse est soutenue par l'orateur et historien grec Éphore de Cumes ainsi que par le poète latin Virgile qui nomme les fondateurs de Locres Épizéphyre les Narici..
Selon Polybe et Pausanias le Périégète, la fondation de Locres Épizéphyre concorde avec la première guerre de Messénie, donc bien avant la création des autres cités grecques de la Grande-Grèce sur le littoral de la mer Ionienne.. Eusèbe de Césarée, quant à lui, place la fondation de la cité en 673 av. J.-C... Jérôme de Stridon (347-420) situe la création à 679, et selon Strabon, elle suit de peu la fondation de Syracuse (en 733) et de Crotone (en 710) et elle daterait donc de la fin du Aristote soutient que les fondateurs de la ville auraient été des esclaves alliés de Sparte durant la première guerre de Messénie qui auraient fui avec les femmes de leurs maîtres. Cette hypothèse, bien que réfutée par Timée de Locres, est affirmée par Polybe qui dit avoir recueilli les témoignages des descendants de ces esclaves..
Le premier habitat grec est construit à l'endroit indiqué par l'Oracle de Delphes, c'est-à-dire aux environs du Cap Zéphyrion, dont la ville de Locres Épizéphyre tient d'ailleurs le nom, sur le territoire de l'actuelle commune de Bruzzano Zeffirio. Cependant, après quelques années d'occupation des lieux, les colons se déplacent plus au nord, dans la zone comprise entre la mer Ionienne, la rivière Gérace et la rivière Portigliola, sur le territoire des actuelles communes de Locri et de Portigliola. Locres Épizéphyre est connue depuis l'antiquité pour avoir été la patrie du législateur Zaleucos qui rédigea, aux alentours du , les premières lois écrites du continent européen à l'usage de sa cité natale, lois qui restèrent en vigueur pendant plus de deux cents ans.
À la fin du , entre 650 et 600, Locres Épizéphyre fonde deux colonies : Hipponion (actuelle ville de Vibo Valentia, chef-lieu de la province du même nom) et Medma (actuelle ville de Rosarno) pour faire face à la cité rivale de Crotone et à sa politique expansionniste.
L'alliance avec Rhêgion vignette|Une statue des Dioscures provenant de Locri.
Entre 560 et 550, la cité de Locri Epizefiri s'allie à celle de Rhêgion pour stopper l'avancée et l’expansion de la cité de Kroton vers le sud. Ensemble, elles gagnent la bataille de la Sagra, au bord de la rivière Sagra (actuel Turbolo) à proximité de la cité de Kaulon..
Selon la légende, les armées des Locriens et des Reggiani ne comptaient que au total contre les de Kroton, mais les premiers remportèrent quand même la bataille grâce au soutien du dieu Zeus et à l'intervention mythique des Dioscures qui seraient apparus à cheval. À la suite de cette victoire, le culte des Dioscures commence à être pratiqué par les cités de Locri et Rhêgion et des temples en leur honneur y sont construits ; leurs vestiges sont aujourd'hui conservées au Musée national de la Grande-Grèce.
L'alliance avec Syracuse vignette|Le tyran Denys l'Ancien.
Le voit les liens entre Locri Epizefiri et les tyrans de la cité de Syracuse, en Sicile, se resserrer. Le savant grec Hérodote rapporte qu'en 493 , un groupe de migrants originaire de l'île de Samos, au large de la Turquie, vient s'établir à Locri..
En 477 , le tyran de Rhêgion, Anaxilas II, décide d'envahir la cité de Locri et ses habitants font alors appel à l'aide du tyran de Syracuse, Hiéron , pour les protéger. Ensuite, quand la cité d'Athènes, alliée de Rhêgion, organise une expédition en Sicile, Locri Epizefiri vient en aide à Syracuse.
L'alliance entre Locri et Syracuse est définitivement scellée quand le nouveau tyran de la cité sicilienne, Denys l'Ancien, épouse Doris, une aristocrate locrienne. En 389 , le tyran syracusain bat la Ligue italiote, alliance politico-militaire de nombreuses cités du nord de la Grande-Grèce, et donne à Locri les terres de Kaulon et de Scolacium qui délimitaient la frontière nord avec la cité ennemie de Kroton, tandis qu'au sud, la frontière avec Rhêgion est le fleuve Halex, sur le territoire de l'actuelle commune de Palizzi. Le est pour la cité de Locri Epizefiri une période de splendeur artistique, économique et culturelle. Pendant la période de l'influence du tyran Denys l'Ancien sur la ville est créée l'École pythagoricienne de Locri par la poétesse Nossis, les philosophes Timée de Locres et Échécrate ainsi que par le poète et musicien Arion de Méthymne. Selon Cicéron, cette école accueillit même le philosophe Platon..
Après la mort de Denys l'Ancien en 367 , son fils le tyran Denys le Jeune lui succède à la tête de Syracuse. Dix ans plus tard, en 357 , Denys est banni de Syracuse après un coup d'état de son oncle et il s'exile à Locri dont il devient le tyran en mettant fin au gouvernement démocratique. Sa politique contre les aristocrates locaux visaient à mieux asseoir son pouvoir et à préparer un possible retour dans sa patrie natale, mais après qu'il a vidé les caisses de la cité en 347 , le peuple locrien s'insurge contre lui et le chasse de la ville après avoir tué sa famille. Locri Epizefiri redevient alors démocratique.
Conquête romaine
En 280 , Locri s'allie avec le roi des Molosses Pyrrhus , un cousin d'Alexandre le Grand, entrant ainsi dans la guerre entre Romains et Samnites, ce qui lui permet de conclure une alliance stable avec la cité de Tarente, dans les Pouilles. Cependant, après quelques années de conflit, les Locriens changent de camp pour s'allier avec les Romains, ce qui cause le saccage de la ville par Pyrrhus ..
Entre 216 et 215 , pendant la deuxième guerre punique, Locri se rallia aux Carthaginois et fut occupée par Hannibal Barca. En 206 , Scipion parvint à la soumettre. La ville est alors occupée par les Romains, dirigés par le légat Pléminius. Sous son commandement, les militaires romains accumulent les exactions (viols, pillages, etc.). Ils se partagent même les trésors sacrés, dont celui de Proserpine, qui était une déesse majeure des Locriens. Des tribuns militaires romains s'opposent à Pléminius, ce qui entraîne des bagarres entre les militaires soumis à Pléminius et ceux qui suivent les tribuns. Scipion revient de Messine et condamne les tribuns. Pléminius agit à sa guise, au point que des Locriens se rendent à Rome pour se plaindre auprès des sénateurs du sort qu'ils subissent. Cette plainte est entendue et le Sénat envoie des légats pour juger de la situation. Ceux-ci s'emparent de Pléminius et rétablissent l'ordre. L'argent du trésor de Proserpine est rendu et le sénat romain en ajoute pour effacer le crime des armées romaines contre cette déesse. Locri sera donc, à partir de 215 , considérée définitivement comme l'alliée de Rome..
Ceux-ci en font un municipe. Progressivement et à cause des incursions arabes, les locriens se déplacent vers la ville de Gerace, située sur les hauteurs, jusqu'à ce que la cité disparaisse aux alentours du .
Archéologie
Histoire de la recherche Dès le Moyen-âge, les vestiges de la cité antique ont attiré l’attention des habitants de la région : ceux-ci servent avant tout de carrière de pierre (des blocs sont visibles dans la cathédrale de Gerace). À partir du , les érudits calabrais tentent de retracer l’histoire prestigieuse des cités antiques de la région, Locres est alors mise en rapport avec la ville médiévale de Gerace, dans l'arrière pays. Des auteurs du comme l’Abbé de Saint-Non ou Swinburne se rendent sur place et décrivent, plus ou moins précisément, les lieux. Leurs récits montrent qu’en 1777, deux colonnes sont encore debout sur le site antique, probablement à Casa Marafioti, et des vestiges de l’enceinte romaine en briques sont visibles. La construction de la demeure du Prince Carafa della Roccella (aujourd’hui le Casino Macri, à Centocamere) englobe une partie de ces vestiges. Au cours de cette période, l’intérêt se concentre principalement sur les inscriptions, transportées à Gerace entre le XVIe et le .
La venue du Duc de Luynes marque l’historiographie de la cité : le français explore le site et propose un premier plan en 1830. À la suite de ses fouilles, une grande partie des blocs du temple de Casia Marafioti sont emportés par les habitants de la zone. En 1849, l’érudit Antonio Capialbi publie une traduction des recherches de Luynes accompagnée de l’étude de plusieurs inscriptions latines de Locres. En 1856, Pasquale Scaglione, habitant de Gerace, publie une « Storia di Locri e di Gerace », destinée à l’aristocratie calabraise. Dans le même temps, la construction du nouveau centre de Gerace accelère la destruction des vestiges antiques. En 1879, François Lenormant attire l’attention sur la situation et fait stopper les destructions. Dix ans plus tard, une première campagne archéologique est menée par une équipe italo-allemande, dirgiée par Eugen von Petersen et Paolo Orsi. Les résultats sont publiés dans la revue « Notizie degli Scavi » en 1889 et 1890. Paolo Orsi étend rapidement les recherches à l’ensemble de la cité et s’intéresse aux objets découverts et conservés par divers collectionneurs de la région. vignette|Paolo Orsi En 1902, Paolo Orsi est rappelé sur le site où il constate des destructions et l’amplification des pillages. Ses recherches le conduisent à travailler sur les nécropoles préhelléniques et sur le dépôt votif de Mannella dont sont issus les fameux pinakes de Locres. Sous son impulsion, le Ministère fait l’acquisition de la collection Candida, conclue en 1907 par le directeur du musée de Tarente où le matériel est emporté et en partie publié (il revient en Calabre en 1985). Avec l’organisation de la tutelle archéologique italienne, la Calabre se dote de sa propre surintendance archéologique dirigée par Paolo Orsi, qui poursuit ses travaux à Locres jusqu’en 1915 (Mannella, nécropoles indigènes, Casa Marfioti, nécropole de Luficero…). C’est ensuite le surintendant Paolo Enrico Arias qui reprend les fouilles en 1940 en travaillant sur le théâtre et à Grotta Caruso (sanctuaire des nymphes).