Clémentine de Corse est la dénomination d'une clémentine issue de monocultures de clémentiniers exclusivement mises en œuvre en Corse. Cette production agricole représente 98 % de la production en France. Cette appellation est préservée via une indication géographique protégée (IGP).

Histoire Les mises en culture d'arbres fruitiers pour la production d'agrumes est une activité agricole ancienne en Corse. Ce sont les Romains au Cahier des charges IGP de l'appellation Clémentine de Corse qui importent ce savoir-faire de la culture du genre citrus en Corse. Le rapport est alors centrée sur l'obtention de cédrats, fruit qui va largement modifier le paysage de l'île. Les vergers sont alors situés sur la côte orientale. La culture du cédratier a connu un développement économique important, ce fruit étant apprécié dans toute l'Europe. Qui plus est, à la suite de maladies qui ravagent les cultures de cédrat en Italie, la Corse est devenue le premier pays producteur mondial. de ce fruit à la fin du . Outre le cédratier, d'autre citrus furent complantés en Corse, l'oranger au ., le citronnier, le mandarinier et le clémentinier. Concernant ce dernier, c'est en Algérie, en 1892 que le frère Clément a eu l'idée de faire un croisement entre le mandarinier et l'oranger. Les premiers clémentiniers français ont été plantés en Corse par Don Philippe Semidei en 1925 à Figaretto. La culture de ce citrus s'est limitée à deux ou trois vergers pendant plusieurs décennies.

En 1952, l'Institut des fruits et agrumes coloniaux (IFAC) charge deux de ses ingénieurs, en provenance du Maroc, d'étudier la pertinence de mettre en place une filière de production d'agrume en CorseJanine Renucci, Tentatives de mise en valeur agricole de la Corse, Revue de géographie de Lyon, 36, 1961, lire en ligne. En 1959, avant la remise du rapport final, la Direction départementale de l'Agriculture met en place deux petits vergers à proximité de Bastia et d'AjaccioFrançoise Brun, Où en est l'agrumiculture en Corse ?, Méditerranée, 3, 1967, lire en ligne. C'est en 1957 que les choses vont largement évoluer puisque la Corse se voit dotée en 1957 d'un « Plan d'action régional » qui doit permettre de résoudre le problème de dépeuplement que connait alors l'île, notamment dans ses zones rurales. Au sein de ce plan, l'agriculture doit jouer un rôle majeur pour le développement de l'île. Ce plan impulse la création d'une société d'économie mixte, la Société d'économie mixte pour la mise en valeur de la Corse (SO.MI.VAC). Cette dernière est chargée de mettre en place des lotissements agricoles et de lancer la création d'équipements hydrauliques majeurs, afin de faire de la Corse une « Californie française ». En parallèle et après cinq années de recherches, les deux ingénieurs de l'IFAC remettent leur rapport à la SOMIVAC. L'étude montre que l'île possède des conditions pédo-climatiques aptes au lancement d'une agrumiculture. C'est pourquoi, elle lance la création d'une station de recherche agrumicole qui est inaugurée en 1959 à San-Giuliano. Enfin, un dernier phénomène contribue au développement de l'agrumiculture en Corse : la décolonisation, et ce dès 1957. Outre des colons, de nombreux chercheurs et techniciens en agronomie, en provenance de la Tunisie et du Maroc, viennent s'installer dans l'île, en prémices à l'arrivée majeure de Français d'Algérie entre les années 1962 et 1964. Il est important de noter que de nombreux colons exerçaient une activité agricole dans les colonies, notamment la culture d'orangers. Ainsi, la plaine est aménagée, les chercheurs en agriculture étudient les possibilités agricole de l'île et ces agriculteurs nouvellement installés travaillent de pair avec les deux premiers acteurs cités.

Le rôle de la station de recherche agrumicole de San-Giuliano

Inaugurée en 1959, la station se situe au nord de Ghisonaccia. Sa situation fait qu'elle connait des conditions pédo-climatiques équivalentes à la plupart des vergers. Le terrain s'étend sur , appartenant à différents. En 1967, 40 % de cette surface est dévolue à des vergers expérimentaux de citrus. Quant à la gestion, elle est confiée à des techniciens rapatriés du Maroc. Afin de faire fonctionner la station, ils emploient des agriculteurs-ouvriers originaires de Corse.

La fonction de la station est d'impulser le développement de l'agriculture dans la zone littorale en proposant un accompagnement aux agriculteurs. De plus, la gestion doit permettre à la station d'avoir un budget équilibré. Ainsi, la vente de plants de citrus lui permet de diffuser des espèces. Mais cela lui rapporte aussi des fonds pour son fonctionnement, puisqu'à l'époque, aucun pépiniériste n'est capable de répondre à ce type de demande. Ainsi, elle fournit en 1967, . En parallèle, elle fournit aussi des greffons et des porte-greffes, aidée par l'obtention d'une dérogation en 1963 qui lui permet d'acheter des greffons hors de France, notamment aux États-Unis et en Afrique du Sud. La station est alors le principal pépiniériste en citrus de l'île.

En parallèle de sa mission de pépiniériste, la station va jouer un rôle d'accompagnateur dans la mise en place de nouvelles structures agricoles. Par exemple, en 1964, la station a reçu près de venues s'informer et se former en vue du développement de surfaces de vergers. De plus, des techniciens ont pour mission de faire le tour des exploitations agricoles afin d'aider et de conseiller les agriculteurs. La station émet aussi des documents de communication destinés au grand public.

Ainsi, la station a joué un rôle essentiel dans l'implantation de la monoculture de citrus en Corse. Considérant qu'elle avait joué son rôle d'impulseur dans l'augmentation du rendement de terres agricoles corses, la SOMIVAC décida de la céder à l'INRA en 1965..

Le rôle des néo-agriculteurs

Du fait de la décolonisation en Afrique du Nord, de nombreux colons viennent s'installer en Corse. Aidés par la SOMIVAC qui leur promettait des terres agricoles, les nouveaux arrivants se lancent dans l'agriculture. Ces derniers vont être un facteur essentiel dans l'émergence de la monoculture des citrus. Selon Françoise Brun, En effet, la majorité des arrivants exerçaient une activité agricole dans les colonies françaises. Qui plus est, la monoculture des citrus est une activité rémunératrice qui leur permit de retrouver un style de vie proche de celui qu'ils possédaient avant. En outre, planter et cultiver des citrus leur permettait de recréer une chose qu'ils avaient abandonnée dans les colonies. Les paysans corses, de leur côté, restèrent à l'écart de ce type de production intensive durant plusieurs années.

Le choix du clémentinier

Dès les débuts du changement de destination agricole de la plaine littorale, la priorité est donnée à la production d'agrumes aux dépens de sa destination ancestrale à l'élevage. Une enquête parue en 1959 montre que la vente des agrumes dans le continent est possible et ce, à des tarifs intéressants. Qui plus est, avec un temps de voyage inférieur à 4 jours, les produits agricoles arrivent sur les étals continentaux dans un très bon état de fraicheur.

Les données sur les ventes de plants montrent que l'espèce la plus vendue par la station de San Guiliano est le clémentinier, 53 % pour la période 1963-64. Part qui va encore augmenter par la suite puisqu'en 1965, les chercheurs se rendent compte que la plupart des espèces plantées se sont mal adaptées au sol corse. L'INRA donne alors la priorité aux clémentiniers, cette espèce étant parfaitement adaptée au climat de l'île et notamment à ses hivers. Dès lors, les surfaces plantées ne vont cesser d'augmenter, et en parallèle la production. Cette dernière passant de en 1965 à en 1975. La production va alors se stabiliser à ce niveau puisqu'au début des années 1990, récoltent entre de clémentine chaque année sur une superficie de <ref name="Agostini">Christine de Sainte Marie et Dominique Agostini, Du signe à l'inscription géographique de l'origine: la requalification de la clémentine de Corse, dans Sophie Dubuisson-Quellier et Jean-Philippe Neuville (dir.), Juger pour échanger: la construction sociale de l'accord sur la qualité dans une économie des jugements individuels, 2003</ref>. À titre de comparaison, cette production est équivalente à celle d'une coopérative espagnole de taille moyenne. La Corse, qui est le seul territoire producteur de clémentine en France, est donc un territoire d'agriculture modeste et familiale.

Les feuilles du clémentinier cultivé en Corse

Au début des années 90, la production de clémentine est organisée collectivement. Un organisme est au centre de cette organisation : le Comité Économique Agricole Fruits Légumes de la région Corse (CEAFLC). Créée en 1973, c'est la seule structure reconnue par les institutions comme organisation de producteurs. C'est là un élément essentiel puisque ce sont ces institutions (nationale et communautaire) qui distribuent les aides compensatoires agricoles.

Ces années sont marquées par l'intégration de nouveaux pays à la Communauté économique européenne, notamment l'Espagne en 1986. Ce pays produisant beaucoup d'agrumes, le CEAFLC décide de se lancer dans une démarche de labellisation régionale afin de valoriser la production de ses agriculteurs adhérents. Mais cette démarche va se faire retoquer par l'administration des fraudes car il existe trop peu de moyens pour vérifier la qualité et la traçabilité des produits. Le seul détail qui restera de cette tentative est que la Corse est la seule zone ayant l'autorisation de vendre ses productions de fruits accompagnés de leurs feuilles. L'île étant considérée comme une zone indemne de viroses du fait de son insularité, les feuilles accompagnant les clémentines ne peuvent porter de maladies végétales, et donc, les transmettre dans le continent. Mais, en 1993, sous l'impulsion de certains pays membres de la CEE, il va y avoir une modification du règlement phytosanitaire qui va entraîner une perte de l'« exclusivité de la feuille ».

La crise de la clémentine corse

Les années 90 furent une période difficile pour les agriculteurs producteurs. Outre le fait qu'ils perdirent le monopole sur la feuille, le cours du fruit s'effondra et la concurrence avec d'autres pays s'accrut. Afin de répondre à cette crise, ils décidèrent de planter des variétés étrangères connues pour posséder un plus grand rendement du fait d'une taille plus grosse et d'une saison de production plus longue. Mais ce choix n'a pas porté ses fruits puisque la majorité des fruits n'étaient pas de bonne qualité.

Afin d'y remédier, l'INRA lança un nouveau programme de recherche centré sur la qualité. Un axe majeur de travail de l'institution fut l'observation et l'étude des différentes étapes de la chaîne de production, du champ à l'étal continental. La chose essentielle qui ressort de cette étude, c'est que les acteurs de la filière, notamment en France continentale, perçoivent la clémentine produite en Corse comme un produit particulier. Après diverses recherches, il ressort que c'est la variété dite clémentine de Corse qui est la plus appréciée. Cette dernière était une variété contre laquelle les différentes campagnes de plantation avaient tenté de lutter car le fruit possédait de nombreux défauts, mais c'est justement ces défauts que les acteurs appréciaient. Enfin, des épisodes climatiques viennent parfois accentuer la crise de la clémentine. C'est par exemple le cas en 1999 où une tempête fait tomber 50 % des fruits présents sur les arbres..

La qualité fut la caractéristique qui parut la plus importante, c'est pourquoi les différents acteurs décidèrent de se lancer dans une démarche de valorisation de la clémentine à travers une démarche de labellisation.

La protection de l'appellation d'origine