L'intervention militaire de la Russie en Syrie a lieu durant la guerre civile syrienne et voit le déploiement à partir du de forces de l'armée russe en soutien à l'armée syrienne.

Elle répond à la demande officielle du président syrien Bachar el-Assad d'« aide militaire », en date du , auprès de la Russie... Le jour même, le Conseil de la fédération de Russie approuve l'appel du président de la Russie, Vladimir Poutine, pour permettre l'utilisation des forces armées russes à l'étranger, et débute par des bombardements contre des « terroristes ».

Il s'agit de la première intervention militaire de la Russie en dehors des frontières de l'ancienne Union soviétique depuis la guerre d'Afghanistan (1979-1989).

vignette|300px|Deux Soukhoï Su-25 de l'armée de l'air russe à l'aéroport international de Lattaquié en .

Historique

Les relations d'entente entre l’État syrien et la Russie datent d'avant l'indépendance de la Syrie, en 1946, où un traité secret est signé entre l'Union soviétique et les futurs dirigeants syriens. Cette entente traverse la guerre froide, la montée du nationalisme arabe, l'arrivée au pouvoir du parti Baas et se concrétise par des ventes de matériels militaires, et des aides pour les infrastructures (par exemple, construction du barrage de Tichrin sur l'Euphrate). En 1966, l'Union soviétique aide Salah Jedid à accéder au pouvoir, et, en 1970, lui préfère Hafez el-Assad, considéré comme moins aventureux. L'armée syrienne devient alors totalement tributaire de l'armement soviétique, et la Syrie permet à l'Union soviétique d'ouvrir une base militaire dans son port de Tartous.

À partir de 1985, la perestroïka a jeté un froid entre les deux pays, les orientant l'un et l'autre vers l'occident, jusqu'en 2003, quand le président russe Vladimir Poutine s'intéresse à nouveau à cette région et relance les ventes d'armes à la Syrie.

Depuis le début de la guerre civile syrienne, la Russie est un « allié indéfectible » du régime syrien de Bachar el-Assad, tant dans le domaine de l'armement que sur le plan diplomatique, par exemple, aux discussions de Genève en 2014, même si, aux discussions de 2012, la diplomatie russe avait affiché ses doutes sur l'avenir du régime syrien, déclarant : « On ne peut malheureusement pas exclure la victoire de l'opposition syrienne ».

La Syrie est le seul État méditerranéen allié à la Russie, ouvrant à ses navires de guerre le port de Tartous en permanence.

Le , une attaque chimique a lieu dans la Ghouta orientale, à l'est de Damas. Selon diverses estimations, entre 322 et sont tuées. Le gouvernement syrien et l'opposition armée se rejettent mutuellement la responsabilité des bombardements. Pour les pays occidentaux, la « ligne rouge » est franchie et les États-Unis, la France et le Royaume-Uni semblent prêts à intervenir militairement en Syrie contre le régime de Bachar el-Assad. Le , la Russie propose alors un plan de démantèlement de l'arsenal chimique syrien, sous la supervision de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques. Le régime syrien accepte et le , les États-Unis et la Russie annoncent qu'un accord a été trouvé. En octobre, le sénateur américain John McCain dénonce des raids visant des rebelles entraînés et financés par la CIA.

Au printemps 2015, l'armée russe s'est préparée à cette intervention par des exercices « grandeur nature », en Russie, ayant impliqué jusqu’à . Il y a eu également une succession de rencontres diplomatiques, depuis (à Oufa, avec quinze chefs d’État et de gouvernement d’Asie et du Moyen-Orient), et août avec les dirigeants des Émirats arabes unis, de la Jordanie, de l’Égypte – au point que la presse russe avait même fini par parler de « sommet arabe » à Moscou.

En , des soldats russes sont identifiés auprès de l'armée régulière syrienne, en septembre des mouvements de navires de guerre russes sont observés près des côtes syriennes, ainsi que la mise en place d'un pont aérien russe dans l'aéroport militaire syrien près de la ville de Lattaquié, où sont dénombrés plus de 30 avions militaires russes, et alors que l'arrivée de troupes russes y est remarquée (par satellite espion américain ou traçages par internet) depuis le printemps. Ces mouvements de troupes et de matériels ont d'abord été décrits par le ministère de la Défense russe comme des manœuvres militaires ou une assistance technique à la Syrie, puis ont été présentés explicitement comme un soutien total à Bachar el-Assad à l'approche du , date prévue d'un discours de Vladimir Poutine.

Le , Vladimir Poutine déclare : « Il faut mettre de côté les ambitions géopolitiques et abandonner les normes de “double standard” », visant ainsi ceux qui « utilisent les groupes terroristes pour atteindre leurs propres buts tactiques, y compris pour un changement de gouvernement et de régime désagréables à certains », affirmant alors : « Nous soutenons le gouvernement de Syrie. Nous fournissons, et nous continuerons à [lui] fournir aide et assistance technique et militaire ».

Le , Vladimir Poutine prononce son discours à l'occasion de la de l'Assemblée générale des Nations unies, où il prévient que la Russie proposera une résolution pour mener une « véritable coalition mondiale contre le terrorisme, semblable à la coalition anti-Hitler »..

L'intervention débute officiellement le sous le commandement d'Alexandre Dvornikov. Il semble que celle-ci était en préparation depuis , et qu'elle ait été planifiée précisément en , avec une coordination entre les moyens aériens russes et une offensive au sol des forces pro-gouvernementales syriennes et de leurs alliés iraniens et du Hezbollah libanais.

Selon le président de la commission des affaires étrangères de la Douma, cette intervention est destinée à durer trois ou quatre mois.

Le lendemain du début des opérations militaires, Vladimir Poutine propose une résolution à l'ONU, permettant la mise en place d'une « coalition contre le groupe État islamique et le Front al-Nosra » et s’appuyant sur le régime de Bachar el-Assad et l’armée syrienne (la proposition se voulant, selon la charte de l'ONU, « en accord avec les principes de souveraineté et d'intégrité territoriale des États membres »).. Cette proposition n'a pas l'aval des États-Unis et des diplomates occidentaux, car dès les premiers bombardements, ils reprochent à la Russie de nettement plus bombarder les groupes d'oppositions au régime syrien autres que l’État islamique lui-même, et s'interdisent de longue date de collaborer avec le régime syrien que certains pays veulent voir disparaître.

Le , à la télévision russe, Vladimir Poutine a évoqué l'intervention en Syrie en ces termes :

Le , à la télévision russe, Vladimir Poutine justifie son intervention en Syrie en disant que le président Bachar el-Assad est « pratiquement en état de siège » face à des combattants « au bord de Damas », qui « n’ont aucun désir de négocier », et que les « groupes terroristes » pouvaient envahir toute la Syrie..

Le , un mois et demi après le début des frappes, au bilan mitigé, Vladimir Poutine a déclaré à la télévision russe que l'objectif de cette intervention est de « stabiliser l’autorité légitime » de Bachar el-Assad et de « créer les conditions pour un compromis politique ». D'après Aron Lund, responsable du site Syria in Crisis pour le centre Carnegie, cela correspond à l'analyse russe de la situation syrienne : « Quand les autorités russes disent que leur intervention est dirigée contre l’EI et les djihadistes, il y a une part de propagande, mais aussi la vision que Bachar el-Assad est le dirigeant le plus crédible en Syrie et que, pour battre l’EI, il faut le soutenir. L’argument des Occidentaux et des pays du Golfe est inverse : Assad n’a plus de légitimité, il divise la population et la pousse dans les bras de l’EI ».

Le , le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, affirme que l’armée russe ne cesserait pas son intervention militaire avant d’avoir « réellement vaincu » l’EI et le Front al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaida.

Le , Moscou et Washington annoncent l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu à partir du . Cependant celui-ci ne concerne pas les organisations terroristes telles que Daech et le Front al-Nosra.

Le , Vladimir Poutine annonce le début du retrait d'une partie des forces russes engagées en Syrie. Il déclare alors à la télévision : « La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense et aux forces armées a été globalement accomplie et j'ordonne donc au ministère de la Défense d'entamer à partir de demain, le retrait de la majeure partie de nos contingents ». Les avions de combat russes commencent à quitter la Syrie dès le . La Russie conserve toutefois un site de maintenance de vols et des systèmes de défense antiaérienne sur le territoire syrien afin de surveiller la trêve dans les combats entrée en vigueur le .

Avec le respect du cessez-le-feu, une partie du corps expéditionnaire russe est rapatriée, dont une quinzaine d'avions ; l'état-major russe concentre alors ses frappes sur l'EI, conformément au souhait de la coalition internationale. Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense français, observe ainsi à la fin du mois de : .

Moyens déployés thumb|upright=1.2|Un Soukhoï Su-34 sur l'aéroport international de Lattaquié, le .

Début , les vols et bombardements russes se font d'abord sans coordination avec la coalition menée par les États-Unis, même si certaines concertations techniques semblent avoir eu lieu « pour permettre la sécurité des opérations aériennes en Syrie ». Le , un protocole est signé entre la Russie et les États-Unis afin d'éviter des incidents entre leurs avions dans le ciel syrien.

Début , la Russie n'a pas communiqué officiellement les moyens humains et matériels qu'elle mobilise dans cette intervention. Il semble qu'à cette date, il y ait environ russes en Syrie, dont un bataillon renforcé provenant de la brigade d'infanterie de marine de la flotte de la mer Noire, ainsi que des spetsnaz (provenant de plusieurs institutions p. ex. Zaslon du SVR RF), ces derniers sans doute employées directement sur la ligne de front, avec : Région de Lattaquié : au moins 36 avions de combat, un avion de reconnaissance, 20 hélicoptères, 2 batteries de missiles sol-air, des drones et un poste d'écoute. Début octobre, l'ordre de bataille estimé sur l'aéroport international de Lattaquié est le suivant : 1 Il-20M1 (reconnaissance) 4 Su-30SM (supériorité aérienne) 6 Soukhoï Su-34 (bombardement) 12 Su-24M2 (bombardement) 12 Su-25SM (attaque au sol) 16 hélicoptères Mi-24PN, Mi-35M et Mi-8AMTSh Drones Dozor 600

En , il est le suivant concernant les appareils de combat. : 12 Su-24M (6980 base aérienne de la Garde de l'aéroport Chagol de Tcheliabinsk) 7 Su-24MR (4 de la 6980 base aérienne, 3 de la 6988 base aérienne de l'aéroport de Komsomolsk-sur-Amour) 5 Su-24M2 (6988 base aérienne) 12 Su-25SM 2 Su-25UB 4 Su-30SM (6982 base aérienne de la ) 10 Soukhoï Su-34 (7000 base aérienne de Voronej - Baltimor)

Région de Hama : un soutien aux forces syriennes par des hélicoptères Mil Mi-24, des lance-roquettes multiples.

En mer Méditerranée : le croiseur Moskva de la classe Slava, le destroyer Smetlivy de la classe Kachine accompagnés d'un groupe naval, un navire collecteur de renseignement SSV-231. Navires de la Flottille de la mer Caspienne, dotés de missiles de croisière 3M14T, dont l'usage semble plus démonstratif, vis-à-vis de l'OTAN, qu'utile à la vue des autres moyens déployés.

Depuis le , les bombardiers stratégiques de l'aviation à long rayon d'action sont engagés dans des opérations de bombardement depuis le territoire russe ; ont été identifiés : 12 Tu-22M3 de la 6950 base aérienne, d’aviation de Chaïkovka, 2 de la 6953 base aérienne d'Irkoutsk 6 Tu-95MS de la 6950 base aérienne d'Engels-2 5 Tu-160 de la 6950 base aérienne d'Engels-2