est un ancien terme japonais utilisé pour désigner des mammifères carnivores de taille moyenne, comme le blaireau japonais, la civette masquée, mais surtout le chien viverrin. Source de confusions et de malentendus juridiques, le terme sera progressivement relégué à des expressions idiomatiques ou sous les traits d’un yōkai, créature du folklore japonais, ressemblant à un blaireau.

Description Apparence L’apparence du mujina est très variable et soumise à différentes interprétations selon les sources : la plus populaire et représentée dans la culture japonaise contemporaine est celle du blaireau japonais Harada, Violet H. (1976). "The Badger in Japanese Folklore". Asian Folklore Studies. 35 (1): 1–6. . . Archived from the original on 2022-12-08, souvent quelque peu modifiée de sorte à ne ressembler à aucun animal connu. L’aspect général du mujina est celle d’un mammifère carnivore de taille moyenne au corps longiligne, un pelage allant du brun au beige, un masque facial sombre allant de haut en bas sur la face, cernées de blanc. Les oreilles sont petites et généralement rondes. Ses pattes sont d'une couleur plus foncée et il possède des griffes lui permettant de creuser des terriers. Sa queue est plus ou moins longue et de forme arrondie. Toutefois, cette description est basée sur le travail d’artistes, d’illustrateurs et de commentateurs, qui ont bien conscience du caractère pluriel de la créature.

Selon des témoignages de témoins oculaires locaux de l’époque, la taille du mujina est à peu près de celle d'un chien, les pattes avant sont plus courtes que les pattes arrière. La couleur du pelage est brune. Les individus les plus vieux développent une fourrure blanche ou noire en forme de croix sur le dos. Il n’y a pas de différence visible entre mâles et femelles, et les deux sexes vivent en couple. Il se caractérise par rapport au tanuki, par sa queue fine, des poils ne pouvant pas être utilisés pour la confection d’objets, mais surtout, le mujina possède des pattes lui permettant de grimper aux arbres pour attraper sa nourriture, des fruits notamment des kakis Kunio Yanagida(柳田国男), Tanuki et Mujina (狸とムジナ), 「上毛の民俗」煥乎堂,1er août 1948, https://www.aozora.gr.jp/cards/001566/files/58036_76060.html#:~:text=そりゃ違いますよ%25E3%2580%2582,をよく食うものだ%25E3%2580%2582. Les données encyclopédiques les plus anciennes, comme le Wakan sansai zue ou encore le kinmō zui, font état du mujina comme un animal au pelage brun clair, épais, chaud et lisse, dont la forme générale ressemble à divers animaux, comme le renardTanuki in japanese artwork, A to Z Photo dictionnary, Japanese Buddhist Statuary http://www.onmarkproductions.com/html/tanuki.shtml, le tanuki, le mami et le toradanukiEncyclopédie japonaise : le chapitre des quadrupèdes avec la première partie de celui des oiseaux, Serrurier, L. (Lindor), Publication info: Leyde Netherlands, Brill 1875, PAGE XIX, https://www.biodiversitylibrary.org/item/125679#page/39/mode/1up. Sur le plan comportemental, c’est un animal qui habite les champs et les montagnes, aux tendances nocturnes, qui dort beaucoup la journée et sort à la nuit tombée. Il est décrit comme semblant lent, sourd, et non réactif à l’approche de l’homme. Toutefois, s’il se sent repéré, il tombe dans un sommeil qui n’en est pas vraiment un, avant de s’enfuir à toute vitesse『江戸時代の本草書に垣間見える、たぬき・むじな事件の源流』浅原正和(京都大学霊長類研究所), http://www.toothedplatypus.com/Asahara_Tanuki2014. Le wakan sansai zue dit également que cet animal aime la compagnie des humains et fut vénéré dans les temps anciens, dans lesquels on lui offrait des sacrifices“国立国会図書館デジタルコレクション 和漢三才図会 :巻38”. dl.ndl.go.jp. 2023年6月16日閲覧.

Folklore vignette | gauche | Le moine Shukaku de la légende bunbuku chagama, sous les traîts d’un mujina dans le Konjaku Gazu Zoku Hyakki (今昔画図続百鬼).

Tout comme le chat, le renard et le tanuki, les mujina peuvent également disposer de pouvoirs magiques. Ils sont alors spécifiquement désignés sous le nom de bake-mujina (化け狢) « le monstre-mujina ». Étant donné que les mujina sont en fait, un ancien nom pour désigner le tanuki dans de nombreuses régions, ils disposent, de facto, des pouvoirs identiques au bake-danuki : Ils peuvent se métamorphoser en différents objets et êtres vivants comme des humains, se transformant parfois en moine bouddhiste, en belle jeune femme ou bien en inspecteur des impôtsU. A. Casal, The Goblin Fox and Badger and Other Witch Animals of Japan, vol. 18, 1959, 93 p. (, ). Et ce, également grâce à une feuille sur la tête. Il lui arrive également de transformer les objets en d’autres pour tromper les humains, comme du crottin de cheval en succulent festin. Comme les tanuki, les mujina sont également plus doués dans l’art de la métamorphose que les renards. Dans les régions où mujina et tanuki coexistent. L’expression kitsune nanabake, tanuki hachibake (狐七化け、狸八化け) "le renard a sept déguisements, le tanuki en a huit", le mujina est ajouté comme ayant une neuvième transformation, le rendant plus fort que les deux autres. Dans certaines localités, le mujina serait en fait un tanuki qui a atteint un certain nombre d'années de vie. Ces pouvoirs de métamorphoses sont si grands qu’ils peuvent modifier l’apparence d’un lieu, pouvant transformer l’apparence d’un champs ou d’un chemin en fin fond d’une rivière. Ils utilisent ce genre de tour pour désorienter les personnes. Dans certains récits, seuls un "véritable héros" parmi les hommes, serait capable de démasquer un bake-mujina.

Tout comme le bake-danuki, le bake-mujina possède également un ventre rebondi sur lequel il peut jouer des percussions en chantant sous la lune. Mais ont également un scrotum surdéveloppé qu’ils peuvent grossir sur huit tatamis. Il peuvent également générer des feux follets appelés mujina-bi (狢火) ou même générer d’énormes incendies en crachant du feu, tel un dragon. Ils conservent également les défauts inhérents au tanuki, comme l’insouciance ou l’instabilité de leurs transformations. Mais la caractéristique la plus évidente du bake-mujina est la légère luminescence qu'il émet, comme les renards. Les récits les plus anciens parlent d’un magatama contenant ses pouvoirs surnaturels contenu dans son estomac.

En termes de tempérament, les sources divergent ; certaines sources parlent du mujina de la même manière que le tanuki, comme d’un être facétieux jouant des tours aux hommes pour s’amuser. Mais en vue de le différencier du premier, il est couramment admis, et transmis, notamment par l’intermédiaire de la culture populaire, que les mujina ont une certaine tendance à l’agressivité et à la méchanceté gratuite, en faisant des animaux-métamorphes particulièrement dangereux. Ils sont alors craints et respectés et appelés localement Ōmujina古河市史編さん委員会「古河市史 民俗編」野田市史編さん委員会「野田市史編さん調査報告書第1集~第9集戸田市「戸田市史 民俗編」.

Mentions dans la littérature vignette|Illustration d’un mujina (狢) chevauché par une divinité bouddhique, dans le calendrier des animaux présent dans le zodiac chinois. Le mujina est associé à l’Est, au 11ème jour et au signe du lièvre (兎). Sa forme rappelle celle d’un renard. La première mentions du mujina (狢) a une origine ancienne, puisqu’il était déjà présent à la période Nara, sous le nom de ujina, plus précisément dans le chapitre du Nihon Shoki parlant du règne de l’impératrice Suiko :

« Au deuxième mois du printemps, il y a des ujina dans le pays de Mutsu »(春二月、陸奥有狢) Dōbutsu Yōkaitan. p. 106., « Ils se changent en Homme et chantent des chansons » (化人以歌) Dōbutsu Yōkaitan. Vol. 2. pp. 105–139. Murakami, Kenji (2008). "Yōkai to natta kitsune to tanuki (妖怪となった狐と狸)". In 講談社コミッククリエイト (ed.). Discover Yōkai Nihon Yōkai Daihyakka 妖怪 日本妖怪大百科. KODANSHA Official File Magazine. Vol. 07. Kōdansha. p. 15. . Gensō sekai no jūnintachi. pp. 235–240..

À cette époque, les mujina (狢), réputés pour se transformer en humain, tout comme les renards en Chine, sont également dotées d’une perle de pouvoir. Les références à la créature se feront plus discrètes pendant plus d’un millénaire jusqu’à réapparaître aux alentours du dans de 1610 du Sancai Tuhui (三才圖會) sous le caractère chinois 貉 avec la prononciation Hó or Háo, aux côtés du tanuki (狸), du mami (猯) et ce qui semblerait être le blaireau (貛). Toutefois, il s’agit d’une édition chinoise publiée au Japon où le tanuki (狸) est plutôt décrit et illustré comme un chat sauvage. Le mujina réapparaîtra sur un document japonais par l'intermédiaire du kinmō-zui en 1666, puis dans le Yamato honzō (大和本草) finalisé en 1709, dans ce dernier, où il est présenté avec le mami (猯). Peu d’informations sur le mujina, mais le mami est décrit comme un animal à cinq doigts et dont la chair est bonne à manger, ce qui laisse à certains experts qu’il s’agissait du blaireau et le mujina, une créature qui lui ressemble. Une information confirmée dans le Waken sansai zue (和漢三才図会) publié en 1713, dont les illustrations reprennent celles du kinmō-zui, où l’animal est décrit de manière bien plus élaborée, comme un animal nocturne a l’allure d’un renard, qui "dort beaucoup, ne se réveille pas même si les gens s’approchent, et même si on le frappe avec du bambou pour le réveiller, il se rendort immédiatement. Ou peut-être qu’il n’aime pas dormir, mais qu’il est sourd, et s’il voit des gens, il s’enfuit". Cela peut faire référence à la thanathose du chien viverrin, bien connue des japonais sous l’idiome tanuki ne iri suru (狸寝入りする ; "faire semblant de dormir").

Dans de nombreuses régions et îles du Japon, notamment dans les provinces de l'Est, le caractère 狢 est majoritairement utilisé pour désigner le tanuki : Dans une ancienne version du conte kachi kachi yama (« la montagne qui craque »), l'animal capturé par le couple de personnes âgées, avant que celui-ci n'en vienne à tuer la vieille dame était désigné sous le nom de mudjina (むぢな) . Danzaburō-danuki, l’éminent tanuki originaire de l’île de Sado était localement appelé Danzaburō-mujina. Le terme mujina était également utilisé pour traduire le terme aïnu moyuk "petite proie" désignant le chien viverrin d’Hokkaidō, sachant que le blaireau japonais n’est pas présent sur l’îleアイヌ語を普及するには - 萱野志朗.

Dans le Nippon yōkai henge goi (日本妖怪変化語彙, « Glossaire Japonais des yōkai et métamorphes »), le folkloriste Iwao Hino parle du mujina comme étant un terme permettant de désigner une espèce de tanuki日野他 1926, p. 300. Une information que l'on retrouve également dans le cinquième volume de fauna japonica, consacré aux mammifères. Lorsque le scientifique Coenrad Jacob de Temminck analysa la dépouille qu’on lui avait ramenée sous le nom de « muzina-tanuki », il constata qu’il s’agissait, en fait, du chien viverrin sous son pelage d’étéSiebold, Philipp Franz von,1796-1866; Haan, W. de(Willem),1801-1855; Temminck, C. J.(Coenraad Jacob),1778-1858; Schlegel, H.(Hermann),1804-1884, Fauna japonica, sive, Descriptio animalium, quae in itinere per Japoniam, jussu et auspiciis, superiorum, qui summum in India Batava imperium tenent, suscepto, annis 1823-1830 volume 5 mamalia, 1842 page 40 (Consulter en ligne). Il y a une confusion entre le terme mujina 狢 pour l'animal et muji-na 無地な pour adjectif pour "uni" qui est utilisé dans le domaine de l'élevage de fourrures de chiens viverrins. Ce motif mujina se caractérise par une couleur de pelage d'un brun-gris bien plus clair que les autres individus de son espèce avec les pattes et le bout de la queue plus foncé. Ce motif ressemble au pelage d'été, mais avec un poil plus grossier. Le masque facial, généralement moins marqué, et restreint qu'aux contour des yeux, le faisant ressembler à certains motifs présents chez le blaireau japonais, 村田哲郎-中村沙給+南宗明+上保利樹+萩野(文)賢一. たぬきの本 里山から街角まで « Le livre du Tanuki ; des villages reculés jusqu’au coin de la rue ». 共和国. 30 avril 2023. , En Europe du nord, cette catégorie de pelage est appelée localement finraccoon.