La stèle du Prêtre, appelée aussi stèle du Prêtre-à-l'Enfant, est une stèle de calcaire retrouvée en 1921 sur le site archéologique de Carthage, plus précisément dans le tophet, dans l'actuelle Tunisie.
Découverte lors de fouilles illégales, elle est le déclencheur de recherches qui se veulent méthodiques au tophet de la cité punique, qui se sont poursuivies pendant un demi-siècle de façon discontinue. Toutefois, ces fouilles réalisées n'ont pas couvert l'ensemble du site antique, du fait d'investigations ayant suivi les acquisitions successives de parcelles, de méthodologies parfois approximatives, et de l'urbanisation importante dans l'ancienne capitale de la province romaine d'Afrique pendant la période du protectorat français, puis à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et enfin depuis l'indépendance du pays.
Elle est actuellement conservée au musée national du BardoNuméro d'inventaire au musée du Bardo : cb. 229.. Par une interprétation de la rare figuration humaine, un individu identifié comme un prêtre avec un enfant dans les bras, elle a constitué une pièce à charge dans le débat qui a agité les spécialistes à propos de la question des sacrifices humains à l'époque punique et qui n'est pas encore tranchée par les spécialistes de la civilisation carthaginoise. En dépit du caractère non déterminant du monument pour régler une question historiographique majeure pour l'étude de cette civilisation, la stèle demeure incontournable, pourvue selon Hélène Bénichou-Safar d'une .
Histoire Tophet de Carthage Connaissance très faible de la topographie religieuse de la Carthage punique
vignette|gauche|alt=Vue d'un espace recouvert de stèles en pierres|Vue générale d'une partie du tophet de Carthage.
Peu de temples d'époque punique ont été reconnus par l'archéologie à Carthage même. Certains sanctuaires sont connus par les sources écrites non puniques, comme le temple d'Eshmoun, lieu de la résistance des derniers combattants et de leur famille lors de l'incendie qui ravage la cité lors de l'assaut à la fin de la troisième guerre punique. D'autres sites sont connus par l'archéologie, que ce soit au début du ou lors des fouilles de la fin du , en particulier les fouilles réalisées lors de la campagne de l'Unesco . Hédi Dridi a recensé 22 lieux de culte destinés à un , d'origine phénicienne, autochtone et également grecque et égyptienne.
Tophet est un terme issu de l'hébreu qui désigne un sanctuaire ouvert. Les morts dans la civilisation punique étaient déposés dans des nécropoles ou dans les tophets. Les tophets, selon Hélène Bénichou-Safar, accueillaient des jeunes enfants âgés de moins de six mois et, éventuellement, de jeunes animaux. Le tophet était selon elle à la fois un lieu de culte et un cimetière pour enfants.
vignette|gauche|alt=Présentation des différentes couches du tophet avec les artefacts présents|Stratigraphie du tophet (fouilles ASOR en 1976-1979).
Le tophet est un enclos ouvert composé de divers niveaux d'occupation : chaque urne comportant des cendres funéraires est marquée par un bétyle, un cippe ou une stèle. L'évolution des urnes en céramique et des stèles a permis de dater les différentes couches d'occupation. Quatre périodes ont été identifiées. Les urnes peuvent contenir des objets tels que des éléments de colliers, outre des ossements d'enfants en bas âge ou d'animaux. Les stèles comportent parfois l'. Les dédicaces mettent en avant Ba'al Hammon ou Tanit. Les stèles sont d'.
Le tophet de Carthage occupe le même emplacement pendant toute la durée de l'histoire phénico-punique de la ville. De nombreuses stèles ont été découvertes de façon dispersée sur le site archéologique de Carthage, . La découverte la plus importante de stèles, , a lieu en 1873 par Jean-Baptiste Évariste Charles Pricot de Sainte-Marie mais la cargaison sombre avec le Magenta dans le port de Toulon le .
Site mal fouillé et encore méconnu au Le site est sauvé d'une destruction complète et des fouilles parfois dénuées de méthode y ont lieu, aboutissant à une qui est rassemblée au début des années 2000 par Hélène Bénichou-Safar. Une dizaine de campagnes de fouilles a lieu sur une soixantaine d'années, mais la fouille du site n'a jamais été totale. La fouille du site du tophet a été et le site est un selon Clémentine Gutron, anthropologue et spécialiste de l'histoire de l'archéologie en Tunisie.
vignette|alt=Partie du tophet sous des fondations d'époque romaine|Tophet sous des fondations datables de l'époque de la domination romaine, un souterrain selon François Icard.
Aucun élément ne permettant d'identifier un temple distinct du champ de stèles n'a été mis au jour au tophet au début des années 2000. Un temple dans le secteur d'un tophet est connu sur d'autres sites comme à Motyé, Monte Sirai, Sulcis et Bithia. Hélène Bénichou-Safar évoque un temple d'une certaine taille consacré à Ba'al Hammon.
Le tophet conservé de nos jours est une partie seulement de l'espace initial du tophet, en raison des rassemblements de parcelles qui ont eu lieu tout au long de l'histoire des recherches du site. L'urbanisation du secteur empêche par ailleurs d'en connaître les limites précises. La même connaissance partielle touche également les tophets de Sousse et Cirta, contrairement à des sites italiens qui ont pu être fouillés intégralement, comme à Motyé, Monte Siraï ou Tharros. Le site occupait une surface de plus de et a livré plus de . La localisation précise des stèles mises au jour sur le site du tophet n'est pas possible, et cet état de fait concerne évidemment un artefact mis au jour lors de fouilles clandestines.
Stèle du prêtre : histoire et redécouverte Histoire ancienne La stèle est un monument funéraire qui surmontait une urne contenant les restes brûlés d'un défunt et accompagnés parfois de bijoux. Il n'existe aucune information sur l'urne qui accompagnait la stèle du Prêtre ou sur l'éventuel mobilier qui y était déposé. Le site de Carthage a livré de nombreuses stèles mais pas en place. Ces stèles de Carthage présentent toutefois qui est en outre . Les stèles trouvées à Carthage se distinguent de celles des autres sites puniques par une iconographie et une technique spécifiques.
Madeleine Hours-Miédan date les représentations figurées du , ainsi que cette stèle en particulier. Celle-ci est datée du même siècle par Aïcha Ben Abed et du - par Abdelmajid Ennabli. Mohamed Yacoub propose la date de la fin du ou du début du . Du fait du décor et de la forme du monument, M'hamed Hassine Fantar propose la même datation que Yacoub.
Découverte déclenchant les fouilles du tophet Une aire sacrée est dès 1817. Dès le milieu du , des stèles sont découvertes en différents endroits du site de Carthage lors de fouilles clandestines, de travaux de construction ou même d'orages violents. Les découvertes ont lieu dans des terrains très bouleversés. En 1921 est mise au jour la stèle du Prêtre dans le cadre de fouilles archéologiques clandestines, très fréquentes à l'époque, menées par un Tunisien. Elle est proposée par un pourvoyeur à des amateurs éclairés d'antiquités en . Le fouilleur clandestin voulut proposer l'artefact à un inspecteur de police à Tunis. François Icard évoque pour sa part une découverte de la stèle lors d'extraction de pierres issues d'un dont les matériaux devaient permettre de construire une villa. La stèle est présentée alors à Paul Gielly.
vignette|alt=Photographie ancienne représentant des fouilles avec des stèles dégagées et des personnages posant pour la photographie.|Fouilles du tophet de Carthage de 1921.
Gielly et Icard, fonctionnaires en poste en Tunisie (fonctionnaire municipal à Carthage pour le premier et inspecteur de police pour le second) et amateurs, décident de mettre fin à la clandestinité, prenant connaissance fin du lieu précis de la découverte de l'item à proximité du port de commerce, au lieu-dit Salammbô, à la suite d'une filature menée sur le pourvoyeur. Ils découvrent sur le site livré à la .
L'achat d'une partie du terrain de la découverte est conclu sur le champ et ouvre ainsi à la recherche le tophet de Carthage, mettant fin au pillage des stèles et à la destruction du sanctuaire. Icard et Gielly y pratiquent des fouilles à partir de et jusqu'à l'automne 1922. Ils fouillent une tranchée de de long sur de large, sur une profondeur supérieure à . Les analyses menées sur les cendres présentes dans les urnes sont très vite identifiées comme des cendres humaines, ce qui ravive le débat sur la pratique de sacrifices humains.
La stèle du Prêtre rejoint les collections du musée national du Bardo. La découverte de la stèle selon Hélène Bénichou-Safar. La découverte de la stèle est signalée très vite à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Description La stèle comporte le numéro d'inventaire du musée national du Bardo et également la référence stèle Icard C 217.
Description générale
vignette|alt=Vue générale d'une élancée en pierre exposée dans un musée au milieu de deux autres stèles plus massives.|Vue générale de la stèle au milieu de deux autres stèles au musée national du Bardo en 2008.
La stèle en calcaire gris-bleu de la région ou , en forme d'obélisque, mesure plus d'un mètre de haut ( selon Hédi Slim et Nicolas Fauqué et sur selon Slim et ). Le côté gauche est abîmé. La stèle a une épaisseur de .
La stèle, , ne porte pas d'inscription mais est pourvue d'une . Il y a des motifs sur plusieurs registres, motifs qui sont gravés sur la pierre , , selon la technique de la toreutique.
Iconographie de la stèle Agencement général des motifs La stèle du Prêtre présente .
La partie supérieure présente un croissant de lune, un disque solaire, deux symboles évoquant les divinités principales du panthéon punique, Ba'al Hammon et Tanit, des rosaces et deux dauphins qui représentent l'Océan céleste et sont opposés. Les dauphins sont également . Sur les frises sont également présents des oves et des rosaces, sans aucune limite marquée. Il y a également . La ligne du sol est marquée par un trait.
Au-dessus du croissant de lune du sommet se trouvent . Au-dessous du croissant de lune une rosace comporte huit pétales. Trois rosaces sont situées au-dessus des personnages.
Les symboles ont peut-être : la roue qui est présente dans les monnaies de Sidon et dans la religion hébraïque est ainsi considérée parfois comme un symbole . La frise d'oves est peut-être une synecdoque, la représentation d'une partie du temple par une partie de son architecture. La représentation peut aussi symboliser la simple représentation d'une partie de l'édifice cultuel. Le répertoire iconographique des stèles, avec des symboles et des représentations diverses, est une source de connaissance importante.
Personnages traités de façon différenciée
vignette|alt=Figure d'un personnage de profil présentant une offrande, une tête de bétail, sur une table|Stèle décorée d'un orant apportant une offrande, calcaire, Musée du Louvre, AO 5081.
La stèle figure un adulte imberbe de profil gauche, plus précisément de trois quarts ; il porte une tiare plate, chapeau typique des kohanim (prêtres puniques) ou phénico-achéménide et une tunique punique à manches longues retenue par une ceinture, et tient dans ses bras un jeune enfant . Le profil gauche est le profil le plus usuellement représenté, peut-être du fait du sens de l'écriture phénicienne. La tunique est sans doute en lin, tissu utilisé pour les vêtements des prêtres orientaux. Le pied droit est avancé et la main droite de l'adulte est levée en signe de prière ou de bénédiction. Le est connu en Phénicie et se retrouve aussi sur une stèle de Sousse. Les limites du vêtement sont marquées par des traits au cou et autour du poignet. Les traits du visage du personnage , et . La bouche du personnage n'est pas tracée ; selon Hélène Bénichou-Safar, il est muet et attend une réaction de la divinité dans un , après avoir énoncé une prière. Lors d'une cérémonie dans un temple, le personnage est .