Plautilla est une de plusieurs femmes romaines du même nom, dont parlent des légendes chrétiennes.

Plautilla de la Passion de saint Paul thumb|La porte de Filarete dans la basilique Saint-Pierre au Vatican Selon la Passion de saint Paul, livre apocryphe attribué à saint Lin, Plautille est une dame d'une famille très noble romaine qui donne à saint Paul son voile, qu'il emploie comme bandeau sur les yeux pendant son exécution et qu'il lui rend miraculeusement après. Dans cette version Plautilla n'est pas présente à l'exécutionPassion de saint Paul dans Dictionnaire des apocryphes, ou Collection de tous les livres apocryphes relatifs à l'Ancien et au Nouveau Testament (Migne 1858), coll. 271–672.

La scène de la remise miraculeuse du voile à Plautilla est représentée dans la porte de bronze centrale de la basilique Saint-Pierre-de-Rome (pas la porte sainte) Ἡ Ἁγία Πλατίλλα ἡ Ρωμαία dsns Μέγας Συναξαριστής. Cette porte, la porte de Filarete, fut faite en 1445 par Le Filarète pour l'ancienne basilique et contient aussi scènes de la mythologie grecque et romaine comme l'enlèvement d'Europe et l'épisode de Dionysos et les pirates, qu'il transforme en dauphinsThe Filarete Door

Les vitraux de Chartres montrent les deux épisodes de la légende de Plautilla et Paul : Plautilla qui donne le voilePanel 31 - Plautilla gives her veil to Paul, en-route to his execution et Plautilla qui le reçoit de Paul après l'exécutionPanel 33 - After his execution, Paul returns Plautilla's veil.

Selon les Actes de Pierre et Paul du , la femme qui donne son voile à Paul s'appelle Perpetua et est aveugle d'un œil. Le voile lui est redonné non pas miraculeusement mais par les soldats chargés de l'exécution. Elle se met le voile et l'œil lui est guériJohn B. Polhill, Paul and His Letters (B&H Publishing Group 1999) , p. 444The Acts of Peter and Paul.

Selon Marie-Françoise Baslez, Plautilla a été témoin de l'exécution de Paul en compagnie des saintes Basilisse et AnastasieMarie-Françoise Baslez, Saint Paul, Paris, 2012, éd. Pluriel, ..

Plautilla des Actes de Rufine et Seconde

Selon les Actes de Rufine et Seconde les deux sœurs, Rufine et Seconde, sont torturées et tuées pour avoir refusé d'épouser leurs fiancés, qui avaient abandonné la foi chrétienne. On laisse leurs corps là où elles sont mortes, dans le verger une matrone païenne nommée Plautilla, à laquelle les deux sœurs martyres apparaissent dans une vision, la convertissent au Christ, et lui demandent de les ensevelir dans le même endroitLes Actes de sainte Rufine et sainte SecondeLes 7 Frères et les Stes Rufine et Seconde, martyrsMartyrs de l'Église primitive.

Sans mention de Plautilla, Rufine et Seconde sont inscrites dans le Martyrologe d'Adon le Martyrologe d'Adon, 10 juillet et plus tard dans le Martyrologe romain, où elles restent encore[Martyrologium Romanum, editio altera (Typis Vaticanis 2004 ), p. 380. Elles ont été inscrites aussi dans le calendrier romain général (sans mention de Plautilla) au à l'occasion du transfert des reliques à la basilique du Latran, mais en 1969 elles ont été retirées du calendrier général, en les laissant aux calendriers particuliers, car d'elles on ne sait que les noms et le fait qu'elles ont été enterrées à neuf miles de la Via CorneliaCalendarium Romanum (1969), p. 129.

Plautilla des Actes des saints Nérée et Achillée

Selon les Actes des saints Nérée et Achillée du ou du siècle, la mère de cette Flavia Domitilla qui est le personnage principal de cette légende s'appelait Plautilla et était sœur d'un certain consul Clemens, souvent identifié comme Flavius ClemensÉdition de Laurentius SuriusÉdition des Bollandistes Henschen et PapenbroeckTexte grec, p. 8. Ayant écouté la prédication de saint Pierre, elle a cru et a été baptisée. Elle a fait baptiser aussi sa fille et ses eunuques valets de chambre, Nérée et Achillée. Dans la même année de la conversion et du baptême de Plautilla, Pierre a été martyrisé et Plautilla est morteÉdition de Laurentius Surius des Acta SS. Nerei et AchilleiÉdition de Henschen et Papenbroeck

Dans le Bulletin d'archéologie chrétienne de 1874 Giovanni Battista De Rossi a fait un bref commentaire sur la différence qui existe entre l'inscription placée par le pape Damase dans le sur le tombeau des martyrs Nérée et Achillée, dans laquelle il les décrit comme des soldats, et cette « légende acceptée par Adon et propagée depuis dans les autres martyrologes »"Découverte de la basilique de sainte Pétronille, et du tombeau des martyrs Nérée et Achillée, au cimetière de Domitille" dans Bulletin d'archeologie chretienne de M. le commandeur J.B. de'Rossi (Belley 1874). De cet Adon, Henri Quentin déclare : « Presque partout où la tradition des martyrologes a causé aux historiens de graves embarras, nous avons retrouvé la main de cet auteur... Adon a donc exercé sur le développement de la littérature martyrologique la plus regrettable influence »Henri Quentin, Les martyrologes historiques du Moyen-Âge (Paris 1908), p. 687 Adon a utilisé les Acta SS. Nerei et Achillei directement et indirectement dans la composition de son martyrologeQuentin, p. 563, mais c'est un auteur plus récent qui a introduit le nom de Plautilla dans un martyrologe : la première forme (1583) du Martyrologe romain inclut comme dernier élément dans sa liste de saints du : « Romae sanctae Plautillae foeminae consularis, matris sanctae Flaviae Domitillae, quae a beato Petro Apostolo baptizata, eodem anno quo sanctus Petrus passus est, quievit in pace » (À Rome, sainte Plautille, femme consulaire, mère de la bienheureuse Flavia Domitilla ; ayant été baptisée par l'apôtre saint Pierre, elle mourut dans la paix dans la même année dans laquelle saint Pierre fut mis à mort)Martyrologium Romanum (Venise 1583) En 1586 Caesar Baronius fait une révision du Martyrologe romain et remplace la phrase « eodem anno quo sanctus Petrus passus est » par « omnium virtutum laude refulgens » (avec la réputation d'avoir excellé en toutes sortes de vertus) et corrige l'orthographe de foeminae en feminaeMartyrologium Romanum (Rome 1586). Dans les éditions successives du Martyrologe romain l'éloge de Plautilla est resté dans cette forme jusqu'à la fin du , mais dans l'édition de 2001 on ne la mentionne plusMartryrologium Romanum ex decreto sacrosancti oecumenici Concilii Vaticani II instauratum auctoritate Ioannis Pauli PP. II promulgatum (Typis Vaticanis 2001 ).

Quentin observe « qu'il serait aussi imprudent de s'appuyer aveuglément sur le Martyrologe Romain héritier direct des martyrologes du moyen âge, que téméraire de rejeter sur l'autorité ecclésiastique la responsabilité des erreurs qu'il contient »Quentin, p. 689. Et déjà à la fin du Adrien Baillet reconnaît que « ce qui reste à corriger dans ce martyrologe pour le rendre digne de l'Église Romaine, n'est pas une petite affaire, à n'y considérer même que ce qui regarde la vie des Saints »Adrien Baillet, Les vies des saints composées sur ce qui nous est resté de plus authentique et de plus assuré dans leur Histoire (Nouvelle édition, Paris 1739), tome I, p. xxxviii. Et des Actes des saints Nérée et Achillée il a dit qu'ils « sont fort corrumpus et peut-être supposés. Ils contiennent des faussetés visibles »Adrien Baillet, Les vies des saints composées sur ce qui nous est resté de plus authentique et de plus assuré dans leur Histoire (Nouvelle édition, Paris 1739), tome IV, p. x. Pour des jugements récents, voir Actes des saints Nérée et Achillée. Et la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements a déclaré, dans son décret de promulgation de l'édition de 2001 du Martyrologe romain, que, en vue de la décision du IIe concile œcuménique du Vatican que les récits du martyre ou de la vie des saints devaient être en accord avec la réalité historiqueSacrosanctum Concilium, 92 c, il faut soumettre au jugement de l'investigation historique les noms et les éloges des saints inscrits dans le Martyrologe et les examiner plus attentivement qu'auparavant. Le secrétaire de la Congrégation a observé ; « Le travail le plus forte et complexe au niveau de la rédaction a été certainement la vérification des données concernant les saints les plus anciens, ce qui a entraîné la suppression d'individus d'identité douteuse » Conférence de presse de présentation du Martyrologe romain de 2001

Flavia Domitilla selon Eusèbe de Césarée

Eusèbe de Césarée mentionne une Flavia Domitilla, fille de sœur du consul Flavius Clemens, reléguée par Domitien dans l'île Pontia parce qu'elle s'est déclarée chrétienne. Eusèbe en parle dans son Histoire ÉcclesiastiqueEusèbe de Césarée, Histoire Écclesiastique, livre III, chapitre 18 (traduction française), et dans sa ChroniqueChronique (traduction latine par Jérôme). Georges le Syncelle donne la même information de la Chronique d'Eusèbe, mais en utilisant un mot qui peut signifier soit nièce, soit cousineCité dans John Granger Cook, Roman Attitudes Toward the Christians: From Claudius to Hadrian (Mohr Siebeck 2011) , p. 130. Selon certains la mention de la nièce (ou cousine) écoule d'une erreur et la seule Flavia Domitilla véritable que Domitien a reléguée est l'épouse de Flavius Clemens, tandis que selon d'autres il y a eu deux Flavia Domitilla distinctes qui ont été relégués par Domitien dans des îles distinctes.

Paul Allard donne en 1892 une liste d'auteurs qui nient la distinction entre ces deux Domitilles (Joseph Juste Scaliger, Nathaniel Lardner, Ernest Renan, Benjamin Aubé, Richard Adelbert Lipsius, Joseph Lightfoot, Stéphane Gsell, Albert Dufourcq) et d'auteurs qui l'affirment (Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont, Giovanni Battista De Rossi, Karl Georg Wieseler, Henry Doulcet, Albert Imhof)Paul Allard, Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles (troisième édition, Paris 1903), pp. 113–114. Parmi les chercheurs les plus récents, Alessandro CarlettiAlessandro Carletti, Santa Flavia Domitilla Martire et P. KeresztesAndrew Cain, Jerome's Epitaph on Paula: A Commentary on the Epitaphium Sanctae Paulae with an Introduction, Text, and Translation (Oxford University Press 2013) , p. 196 affirment la distinction. De l'autre côté, Brian Jones la nieBrian Jones, The Emperor Domitian (Routledge 2002) , p. 48 et dit qu'avant César Baronius il n'y avait personne qui croyait dans l'existence de ces deux Flavia DomitillaJones, The Emperor Domitian, p. 116; John Granger Cook est du même avisJohn Granger Cook, Roman Attitudes Toward the Christians: From Claudius to Hadrian (Mohr Siebeck 2011) , p. 129, comme aussi Stephen SpenceStephen Spence, The Parting of the Ways: The Roman Church as a Case Study, Peeters 2004 , p. 167, Peter LampePeter Lampe, Christians at Rome in the First Two Centuries: From Paul to Valentinus, A&C Black 2006 , p. 200] et Jean ÉracleJean Éracle, Une grande dame de l'ancienne Rome: Flavia Domitilla, petite fille de Vespasien, ..

Dans les éditions du Martyrologe romain révisées en conformité avec les instructions du Concile Vatican II en 2001 et 2004, sainte Domitilla est présentée comme dans les indications d'Eusèbe et de Jérôme, qui dans la lettre où il parle de la vie de Paula de Rome, dit que dans l'île de Pontia « si célèbre par l'exil de Flavia Domitilla, la plus illustre femme de son siècle », Paula a vu « les petites cellules où elle avait souffert un long martyre» »Jérôme, Lettre CVIII, 7 (chapitre III)

Ces mêmes éditions ne mentionnent aucune Plautilla.

Église orthodoxe

Dans l'Église orthodoxe, sainte Plautilla est fêtée avec divers autres saints le et on raconte que, selon la tradition, elle a été baptisée par saint Pierre, était présente au martyre de saint Paul, est considérée mère de sainte Domitilla et est morte comme martyre dans l'an 67. Dans l'art elle est représentée en offrant le voile à saint Paul au temps de son martyre ou en le recevant des mains de l'apôtre qui lui apparaît et le lui rend.

Notes et références

Voir aussi Articles connexes