La Shoah en France recouvre les persécutions, les déportations et l'extermination subies par les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale en France occupée par l'Allemagne nazie, perpétrées par cette dernière et largement suppléés par la machine étatique, administrative et policière française, alors sous les ordres du régime de Vichy. La responsabilité de la France dans la Shoah sur son territoire n'est pleinement reconnue qu'en 1995 par Jacques Chirac.

Selon les recherches menées par Serge Klarsfeld, environ Juifs sur un total de vivant alors en France ont été déportés, la plupart vers le camp d'extermination d'Auschwitz et environ sont morts dans les camps d'internement en France.

Parmi ces quelque morts de la Shoah en France, la plupart sont des victimes polonaises (25 000 personnes). Viennent ensuite les Allemands (environ 7 000), les Russes (environ 4 000), les Roumains et Autrichiens (environ 3 000 pour chaque nationalité), les Grecs (environ 1 500), les Turcs (environ 1 300), et les Hongrois (environ 1 200). Les Juifs français représentent personnes dont environ juifs de métropole, juifs d'Algérie, enfants juifs nés de parents étrangers ou apatrides, et juifs naturalisésQuel fut le bilan de la déportation des Juifs de France ?.

Contexte thumb|redresse=1.5|Selon les termes de l’armistice, l’Allemagne annexe l’Alsace et la Lorraine, et occupe le nord et l’est de la France métropolitaine. Le reste de la France, y compris l’Afrique du Nord française et la Syrie, est zone non-occupée (en violet), que le maréchal Pétain gouverne depuis Vichy. En 1940, entre 300 000 et 330 000 Juifs vivent en France métropolitaine et en Afrique française du Nord. Parmi les premiers, sont de nationalité française et de nationalité étrangère..

À la déclaration de guerre, les Juifs français sont mobilisés comme tous leurs compatriotes et, comme en 1914, de nombreux Juifs étrangers s'engagent dans les régiments de volontaires étrangers. Si on estime à le nombre de volontaires juifs incorporés, des Juifs allemands réfugiés en France sont aussi incarcérés comme ressortissants ennemis. En règle générale, les Juifs sont confiants dans la capacité de la France à les protéger des nazis. Mais un bon nombre de Juifs, particulièrement ceux d'Alsace et de Moselle chassés de chez eux par les Allemands, se réfugient en zone non occupée dès .

La convention d'armistice du 22 juin 1940 signé entre le représentant du Troisième Reich d'Hitler et celui du gouvernement français de Pétain, s'il ne comprend aucune disposition relative aux Juifs, prévoit deux clauses qui vont lier leur sort à la politique antisémite de l'Allemagne : l'article 3 prévoit que ; les articles 16 et 19 prévoient que le gouvernement français doit procéder au rapatriement de la population dans les territoires occupés, que .

Les ordonnances allemandes et les lois contre les Juifs et les étrangers prises par le régime de Vichy

De l'armistice à l'invasion de la zone libre vignette|Une du Matin le 19 octobre 1940 Dès l'été 1940, Otto Abetz, l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, organise l'expropriation de riches familles juives.

Le , le (commandement militaire) publie la première ordonnance enjoignant impérativement aux Juifs de la zone Nord (français ou étrangers) de se faire recenser avant le . Le , à Paris, la préfecture de police communique, par voie de presse et d'affiches sur les murs : Le préfet de police rend compte au chef de l'administration militaire de la région de Paris, le : .. Ainsi commençait le fichage des Juifs, qui allait se poursuivre tout au long de l'Occupation allemande.

Le régime de Vichy prend simultanément ses premières mesures antijuives : le Statut des Juifs du 3 octobre 1940, préparé par Raphaël Alibert mais durci par Pétain lui-même selon un document rendu public en 2010 par Serge Klarsfeld, interdit aux Juifs français d'exercer certaines professions (enseignant, journaliste, avocat), tandis que l'acte dit loi du 4 octobre 1940 prévoit d'enfermer les étrangers juifs dans des camps d'internement au sud du pays comme celui de Gurs, où ils sont rejoints par des convois de Juifs déportés par les Allemands depuis des régions que le Reich désire définitivement annexer, comme l'Alsace, la Lorraine et même, pour certains, de Belgique. vignette|Affiche diffusée à Marseille en juillet 1941 ordonnant le recensement des Juifs Le Commissariat général aux questions juives créé par l'administration de l'« État français » en mars 1941 organise la spoliation des biens juifsVoir le rapport de la Mission d'étude sur la spoliation des Juifs, sur ladocumentationfrancaise.fr et orchestre la propagande antisémite, tandis que les Allemands commencent, en zone occupée, à établir des fichiers recensant les Juifs et que le Second statut des Juifs du achève de systématiser sur l'ensemble du territoire l'exclusion des juifs des emplois et de la vie de tous les jours . Ces fichiers, dont le fichier Tulard, secondent l'administration nazie dans sa politique de déportation, alors que l'absence de port de l'étoile jaune, qui n'est pas obligatoire en zone non occupée, ne protège pas les Juifs des grandes raflesVoir l'article Rafle de Marseille.

Les biens des Consistoires israélites régionaux, dont les synagogues, sont transférés à l'Union générale des israélites de France, sous la gestion du Commissariat général aux questions juives. Le culte israélite est reconnu par le régime de Vichy et la très grande majorité des synagogues reste ouverte pendant toute la guerre, à l'exception de celles d'Alsace-Lorraine où beaucoup sont détruites ou transformées. Ces synagogues restées ouvertes développent aussi des activités sociales ou culturelles pour aider les juifs. La synagogue de Bayonne est réquisitionnée par les nazis et utilisée par l'intendance de l'armée d'occupation mais, en dehors de l'Alsace-Lorraine, peu de synagogues sont mises à sac par les nazis. Néanmoins, six synagogues parisiennes sont attaquées en par la Milice française. Le gouvernement de Vichy protège les synagogues après ces attaques pour ne pas choquer l'opinion publique et pour nier la persécution envers les juifs. De même, la synagogue de Fontainebleau est incendiée par des malfaiteurs français en .

Instauration de l'UGIF Pour contrôler au plus près la communauté juive, les Allemands créent le l'Union Générale des Israélites de France (UGIF) chargée de fédérer l'ensemble des œuvres juives caritatives. Les Allemands peuvent connaître ainsi les domiciles des Juifs. Les dirigeants de l'UGIF prennent conscience trop tard la mesure du risque qu'il y a à dialoguer avec les nazis et disparaissent en déportation, tels Raymond-Raoul Lambert et André Baur.

Les rafles et la déportation vignette|Liste des objectifs de la conférence de Wannsee vignette|Femmes juives devant porter l'étoile jaune, Paris, juin 1942 Une ordonnance allemande ordonne le port de l'étoile jaune à tous les Juifs âgés de plus de le .

Antérieurement, des arrestations de Juifs en France commencent dès 1940 pour des personnes individuelles, et massivement en 1941. La première rafle a lieu le . Les Juifs arrêtés, hommes et étrangers, sont internés dans les premiers camps de transit : le camp de Pithiviers et celui de Beaune-la-Rolande dans le Loiret (). La deuxième rafle, les 20-, concerne français et étrangers, qui sont conduits au camp de Drancy.. Ces camps sont organisés par l'administration vichyste et gardés par des gendarmes français.

La déportation de Juifs de sexe masculin vers les camps d'extermination allemands commence le , date du départ de Paris pour Auschwitz du premier convoi. Elles visent également les femmes et les enfants à compter de la rafle du Vel d'Hiv des 16 et , durant laquelle sont arrêtés par des policiers de la Préfecture de Paris et par la police et la gendarmerie françaises, qui en zone occupée, sont sous l'autorité allemande et appliquent les ordonnances allemandes contre les Juifs.. En 1942 sont ainsi remis aux Allemands les Juifs qui, n'ayant pas la nationalité française, avaient antérieurement été internés dans des camps ; plusieurs dizaines de milliers d'entre eux partent du camp de Drancy pour être tués dans les camps d'extermination.

En zone non occupée, à partir d', les Juifs étrangers qui après l'armistice avaient été internés dans les camps de réfugiés du Sud-Ouest de la France, dont Gurs, sont à nouveau arrêtés et déportés dans des convois à destination de la zone occupée, puis des camps d'extermination en Allemagne et en Pologne.. Par la seule rafle du 26 août 1942, orchestrée par les services du secrétaire général à la Police du gouvernement de Vichy René Bousquet, étrangers ou apatrides résidant en zone sud (non encore occupée à cette date) sont arrêtés et livrés aux Allemands. Cette implication de la police et la gendarmerie françaises des de la zone libre joue un rôle certain dans la prise de conscience de la Shoah par les Français.

De l'invasion de la zone libre à la capitulation de l'Allemagne le 8 mai 1945 En , l'ensemble du territoire est sous contrôle allemand, à l'exception de la zone d'occupation italienne où les Juifs sont plutôt épargnés, ceci jusqu'à la chute du régime de Mussolini et au remplacement des troupes italiennes par les Allemands en Le banquier juif italien Angelo Donati et le Comité d'aide aux réfugiés (Comité Dubouchage) tentent ainsi de sauver les Juifs de la déportation par la police française entre novembre 1942 et septembre 1943. Donati réussit à convaincre les autorités d'occupation italienne de protéger les Juifs. Après la chute de Mussolini, il cherche en août 1943 à organiser le transport de milliers de Juifs en Afrique du Nord avec l'aide du Vatican, de l'Italie et des Alliés, mais l'invasion allemande consécutive à la signature par l'Italie de l'armistice du 8 septembre 1943 le fait échouer.. Alois Brunner organise alors de meurtrières rafles sur la Côte d'Azur.

Les autorités allemandes prennent de plus en plus en charge la traque des Juifs, alors que Vichy doit composer avec une opinion rendue progressivement sensible aux persécutions et que la Résistance juive se structure. Cependant, la Milice constituée de Français acquis à l'idéologie nazie, redouble d'activité pour livrer aux Allemands les familles juives dont elle connaît l'existence. C'est ainsi que le rythme des convois vers l'Allemagne s'amplifie. Les derniers, en provenance du camp de Drancy, quittent la gare de Bobigny le ..

En Algérie, le général Giraud puis le général de Gaulle tardent à rétablir la légalité républicaine : les Juifs ne retrouvent ainsi la citoyenneté française que le Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, ..

Entre 1942 et 1943, dans la clandestinité, des groupes de résistants favorisent la création du SERE (Service d'évacuation et de regroupement d'enfants — qui devient en 1944 l'OPEJ). Sa mission essentielle consiste alors à sauver des enfants juifs dont les parents ont été déportés ou ont disparu. Ces enfants, menacés d'arrestation et de déportation, sont mis à l'abri dans des familles et institutions non juives. Dès , l'OPEJ regroupe les enfants dans des maisons d'enfants de déportés, créées à leur intention..

L'hostilité de l'opinion publique et de l'église catholique, la crainte de la victoire des Alliés expliquent aussi une moindre coopération des autorités de Vichy avec les Allemands à partir de 1943,.

Le camp de Drancy