La Bibliothèque patrimoniale et d’étude de Dijon (BPE) est une bibliothèque municipale classée, située au 3 rue de l’École-de-Droit à Dijon. Héritière à la fois de l’ancienne bibliothèque des Jésuites et des confiscations révolutionnaires, elle conserve des collections riches et variées, comprenant des monographies, manuscrits, incunables, livres d’artistes, estampes, photographies, affiches, cartes, et bien d’autres documents. Elle a pour mission la conservation, la mise à disposition et la valorisation de ce patrimoine écrit. La BPE est ouverte à tous les publics, qu’il s’agisse de chercheurs, d’étudiants ou d’amateurs de lecture. Elle fait aujourd’hui partie du réseau des bibliothèques municipales de Dijon, qui compte huit établissements répartis sur l’ensemble du territoire communal.
Historique
Fondation du Collège des Godrans En 1581, Odinet Godran, président du Parlement de Bourgogne, fait don de son hôtel particulier aux Jésuites pour la fondation d'un collège. Les premiers membres de la Compagnie de Jésus s'installent en . Une première campagne de travaux débute vers 1585 sous l'impulsion du duc de Mayenne et de son architecte resté anonyme.
La tentative d'assassinat du roi Henri IV, survenue en 1594, entraîne le bannissement des Jésuites du royaume de France, ce qui interrompt brutalement les activités du collège. Les Jésuites ne reviennent qu'en , lorsque l'interdiction est levée par le roi. Les travaux reprennent alors activement.
L'architecte Étienne Martellange, inspecteur des ouvrages de la Compagnie de Jésus, est chargé de poursuivre l'édification du collège. Il s'appuie sur les plans de son prédécesseur et entame notamment la construction de la chapelle conçue pour répondre aux besoins spirituels des élèves et des enseignants. Sa construction dure une vingtaine d'années et la chapelle est consacrée le par l'évêque de Langres, Sébastien Zamet.
Rapidement, les Jésuites établissent une bibliothèque qui s'enrichit progressivement au fil des décennies. Entre 1654 et 1657, grâce à un don de 500 livres de l'intendant de Bourgogne Louis Laisné, une galerie de 28,90 mètres de long sur 4,50 mètres de large est aménagée sous les combles pour accueillir l'ensemble des collections. Cette salle dite « des devises », abrite alors la bibliothèque privée du collège.
Naissance de la bibliothèque publique Bien avant la Révolution française, les Jésuites possèdent déjà une importante bibliothèque privée au sein du Collège. Elle est enrichie dès 1632 par Bernard Martin, seigneur de la Outre qui fait don de sa propre collection. Seulement, la bibliothèque n'est alors accessible qu'à un nombre restreint de personnes autorisées par le recteur.
Une seconde bibliothèque s'installe dans l'établissement en 1701. Pierre Fevret, premier conseiller clerc au Parlement de Bourgogne, lègue sa bibliothèque personnelle au collège. Il précise dans son testament que cette collection doit être accessible au public deux jours par semaine : le mardi et le jeudi. Il accompagne ce legs d'une rente annuelle de 120 livres destinée à l'entretien et à l'enrichissement régulier de la bibliothèque. Ce geste marque la naissance de la première bibliothèque publique de Dijon.
Après l'expulsion des Jésuites en 1763, la Ville de Dijon prend en charge l'administration du Collège. L'abbé Boullemier, nommé bibliothécaire en 1764 décide de réunir les différentes collections en une seule bibliothèque accessible à tous. La salle des devises qui accueillait la bibliothèque privée étant trop exiguë, le bibliothécaire fait aménager une nouvelle salle conçue sur le modèle de la Bibliothèque royale. Elle est achevée en 1792 et porte aujourd'hui le nom de son fondateur : la salle Boullemier.
De la confiscation révolutionnaire à la bibliothèque municipale Le décret du 2 novembre 1789 place les biens de l’Église à la disposition de la Nation. Il concerne principalement les propriétés foncières, qui sont alors mises en vente, mais aussi les bibliothèques des communautés religieuses et des émigrés, dont les collections sont confisquées. Le collège des Godrans, nationalisé à cette période, devient un lieu de dépôt pour ces « livres nationaux », issus des bibliothèques saisies auprès des différents ordres religieux et des émigrés.
En 1795, le collège devient le siège de l’École centrale du département, qui prend le contrôle de la bibliothèque. À la suppression des écoles centrales, le décret impérial du 28 janvier 1803 transfère la gestion des bibliothèques aux municipalités. La bibliothèque de Dijon subit le même sort que les autres et devient ainsi municipale.
À partir de 1804, Jean-Baptiste Toussaint est nommé bibliothécaire. Il exerce cette fonction jusqu'en 1848 et joue un rôle majeur dans l'enrichissement des collections. Il dresse un premier catalogue et obtient de nombreux dons de la part d'érudits locaux, comme Philibert Milsand, qui lègue un important ensemble de brochures dijonnaises et bourguignonnes.
À la fin du , la bibliothèque compte plus de 100 000 volumes. L'accroissement des collections rend nécessaire de nouveaux aménagements : les salles du Globe et du Tombeau sont alors créées dans la continuité de la salle Boullemier.
Bibliothèque municipale : installation et donations En 1829, l'ancien collège des Godrans accueille l’École normale d'instituteurs puis, en 1832, une école primaire supérieure, appelée « École préparatoire » y est greffée. La chapelle du collège est transformée en salle de classe pour l'école primaire devenue annexe de l’École normale. Cette dernière est transférée en 1883, libérant ses locaux au profit de la bibliothèque municipale et de plusieurs établissements scolaires.
En 1909, la bibliothèque municipale s'installe complètement dans l'ancienne chapelle, qui devient la salle de lecture après quelques travaux menés par l'architecte Paul Deshérault et conservateur Charles Oursel.
Durant le , les collections continuent de s'enrichir, à la fois par des acquisitions mais aussi par le biais d'importantes donations. Parmi celles-ci figure celle de Jules Legras, universitaire à Dijon, qui lègue un fonds thématique conséquent dédié aux pays de l'Est, notamment à la Russie.. En 1971, Henri Breuil, chocolatier dijonnais et bibliophile, fait don de sa collection de manuscrits et d'imprimés parmi lesquels se trouvent un exemplaire du seul incunable connu imprimé à Dijon ainsi qu'un recueil de privilèges de l'ordre cistercien daté de 1491..
Collections La Bibliothèque Patrimoine et Étude de Dijon conserve aujourd'hui plus de 500 000 documents patrimoniaux. Parmi eux, 60 000 sont empruntables et 2000 accessibles en libre consultation..
Manuscrits Cette collection compte plus de 4 000 pièces dont certaines remontent au . Elle comprend notamment environ 300 manuscrits issus de l'abbaye de Cîteaux et une quarantaine provenant de l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon. Le fonds Baudot occupe également une part importante, puisqu'il constitue un ensemble de plus de 1 300 documents du milieu du .
Archives La bibliothèque abrite une cinquantaine de fonds d'archives privées, dont ceux d'écrivains tel que Henri Vincenot ou encore d'ecclésiastiques comme Pierre Gras.
Autographes Plusieurs fonds d'autographes sont conservés dont le fonds Stephen Liégeard dans lequel on retrouve une collection d'autographes de Rossini, George Sand ou encore une lettre d'Alfred de Vigny adressée à Victor Hugo à la mort de sa fille. Le fonds Muteau occupe également une part majeure dans cette collection.
Incunables La bibliothèque possède 245 incunables en grande partie issus des confiscations révolutionnaires. Parmi eux figure le recueil des Privilèges de Cîteaux réalisé en 1491 par l'imprimeur Pierre Mettlinger à la demande de l'abbé de Cîteaux, Jean de Cirey.
Collection iconographique La BPE conserve entre 200 000 et 300 000 documents iconographiques : estampes, gravures, cartes et plans, affiches, photographies (y compris des plaques de verre), cartes postales, dessins, peintures
Parmi les fonds notables, on retrouve le fonds Chamblanc composé d'environ 10 000 pièces dont 6000 estampes appartenant donc à Jean-Baptiste-François Jehannin de Chamblanc, conseiller au Parlement de Dijon. Le fonds Henry Druot alimente également l'importante collection de cartes postales (environ 45 000).
Bibliophilie contemporaine et livres d'artistes Cette collection comprend environ 9000 ouvrages. Elle est partagée en deux fonds : un fonds consultable uniquement sur place et un fonds empruntable dit « Mercure ». Ce dernier rassemble à la fois des livres objets, des albums poétiques ou humoristiques sous des formes diverses et variées. Parmi les pièces remarquables figurent Le Fleuve et Le Corbeau illustrés par Édouard Manet.
Fonds ancien Il s'agit d'approximativement 60 000 ouvrages couvrant des domaines divers (droit, religion, arts, lettres…) dont 3 700 imprimés au , 10 000 au et 25 000 au qui concernent ce fonds. On peut y retrouver une collection de reliures remarquables dont l'édition avec planches peintes à la main de l'Histoire naturelle de Buffon.
Fonds contemporain Ce sont plus de 100 000 ouvrages publiés entre 1820 et 1914 qui composent ce fonds, parmi lesquels figurent Les Voyages Pittoresques et romantiques du baron Taylor.
Fonds d'étude 100 000 ouvrages de ce fonds sont consultables en salle pour ceux qui ont été publiés avant 1980 et empruntables pour ceux qui ont été publiés postérieurement à cette date.
Fonds Gourmand Depuis les années 1980, la BPE a constitué un important fonds documentaire consacré à la gastronomie, l'œnologie et aux arts culinaires. Il repose notamment sur le fonds Muteau qui regroupe plus de 1000 documents fournis ou encore le dépôt de 500 menus par Jean Bourgeois vers 1985 et enfin par l'acquisition de la collection Piat en 2011, comprenant 2 463 menus données et 3 144 achetés et qui couvre la période 1860-1940.
Ce fonds de plus de 19 000 menus est organisés en cinq volets :
Menus relatifs à la vie politique (qui concerne surtout la IIIème République) Menus relatifs à la vie culturelle et associative (associations sportives, sociétés savantes…) Menus relatifs aux milieux socioprofessionnels (militaire, ecclésiastique, administration publique…) Menus relatifs au domaine du privé (baptême, mariages, anniversaires…) Menus relatifs aux institutions gastronomiques et vinicoles (foire gastronomique de Dijon, Confrérie des Chevaliers du Tastevin…) Menus ne donnant pas de contexte sur leur utilisation, non employés pour des repas mais plutôt à des fins commerciales (publicité pour les chocolats Suchard…)
Fonds Bourgogne Il réunit les publications (documentaires ou fictions) postérieures à 1801 relatives à la Bourgogne. Ce fonds s'est structuré autour du Catalogue de la bibliothèque bourguignonne de Robert Milsand (1885), enrichi par une bibliographie publiée dans Les Annales de Bourgogne (1939-2008) et aujourd'hui disponible dans une base de données créée en 1995 : La Bibliothèque bourguignonne.
Fonds particuliers Il s'agit d'un ensemble de legs constitués depuis le jusqu'à nos jours. Il mêle manuscrits, estampes, imprimés, papiers d'archives et autres sur des thématiques variées (Histoire de France, religieuse et révolutionnaire…). Le fonds Legras pour la Russie est un exemple type de fonds particuliers.
Fonds jeunesse Il regroupe des ouvrages relatifs à la littérature de jeunesse pour les enfants et les adolescents depuis 1960.
Objets d'art et patrimoine matériel La BPE conserve également un patrimoine dit « transverse » regroupant des œuvres et objets : peintures, sculptures, mobiliers, éléments architecturaux, arts décoratifs, numismatiques. Le globe et le plafond peint de la salle des devises font partie de ce patrimoine.
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