thumb|Tétradrachme d' (171-v.145 av. J.-C.), buste héroïque à gauche, vu de dos, portant un diadème et un casque décoré d'une corne et d'une oreille de taureau, portant une lance. Rive du réservoir de Nourek, Tadjikistan. Musée national des antiquités du Tadjikistan.

Le royaume gréco-bactrien est un ensemble d'États hellénistiques fondés par des souverains grecs implantés en Asie centrale, centrés sur la Bactriane et la Sogdiane. Ils se sont épanouis à partir du milieu du dans le milieu des colons grecs installés dans ces régions depuis la conquête d'Alexandre le Grand, lorsque le satrape de Bactriane proclame son indépendance vis-à-vis des Séleucides. À leur apogée, vers 180 av. J.-C., les souverains gréco-bactriens dominent également la Tapurie, la Tranxiane, le Ferghana et l'Arachosie. À la suite des premières conquêtes de , les Grecs de Bactriane s'implantent au sud de l'Hindou Kouch, en Kapisène (région de Begrâm) et dans le Pendjab oriental, où sont fondés des royaumes indo-grecs. La domination de la Bactriane par les Grecs cesse dans le dernier tiers du , victime des invasions de plusieurs peuples nomades, dont les Parthes et les Yuezhi. Des royaumes indo-grecs subsistent jusqu'au début de notre ère.

La période gréco-bactrienne est une étape importante de l'histoire culturelle de l'Asie centrale. L'arrivée de nombreux colons grecs, les fondations de nouvelles villes et la mise en valeur de territoires agricoles initient une phase de prospérité. Les cités grecques de la région sont des foyers culturels importants, dans lesquels se mêlent les traditions locales et les apports grecs, aussi bien dans l'art et l'architecture que la religion. L'originalité culturelle de cette période est révélée en particulier grâce aux fouilles du site urbain d'Aï Khanoum (en Afghanistan actuel) qui reste une des principales sources de connaissances sur le royaume gréco-bactrien. L'influence culturelle grecque a eu un impact important dans ces régions, en particulier dans son art et son architecture, visible dans l'art gréco-bouddhique qui est florissant à l'époque de l'Empire kouchan lequel domine les anciens territoires grecs d'Asie centrale et d'Inde.

Sources L'histoire des royaumes gréco-bactriens est essentiellement connue par l'analyse numismatique, utilisée depuis plus d'un siècle et demi avec des résultats remarquables mais aussi des erreurs qui ont été parfois longues à faire admettre par la communauté des chercheurs.

Par ailleurs, la confusion de rois homonymes a souvent entraîné des aberrations chronologiques. On doit une compréhension plus large aux données archéologiques de fouilles, dont les plus riches en résultats historiques sont celles d'Aï Khanoum effectuées sous la direction de Paul Bernard. Ces fouilles ont également abouti à la découverte de nombreuses inscriptions (épigraphie)..

On dispose aussi de quelques sources gréco-romaines (Justin, Strabon), de sources chinoises pour la période finale (Sima Qian) et de rares sources indiennes.

Des parchemins retrouvés dans des grottes de l'Hindou Kouch datant du règne d'Antimaque ont permis de compléter la chronologie de la période en fournissant des indications sur les systèmes de datation utilisés.

Beaucoup de dates sont approximatives et la critique scientifique doit éliminer des parentés royales, des batailles et des invasions supposées.

Histoire Aperçu historique thumb|upright|Restes d'un chapiteau corinthien, découvert à Balkh. Peu documentée par les sources écrites antiques, la période grecque de la Bactriane n'est connue que dans ses généralités. Beaucoup d'incertitudes pèsent sur les dates des règnes et la succession des souverains, que l'analyse des émissions monétaires ne permettent que rarement de lever, même si de grandes avancées ont pu être effectuées. Il apparaît en tout cas que les colons grecs établis dans cette région à la suite des conquêtes d'Alexandre le Grand ont pu mettre en place des entités politiques devenues rapidement autonomes, capables de tenir en échec le puissant empire séleucide puis de s'étendre en direction du nord-ouest du sous-continent indien. Après un siècle et demi de prospérité, ce royaume s'effondre sous la pression conjuguée des Parthes puis de groupes nomades venus du nord, dont les Yuezhi.

Établissement des Grecs en Asie centrale La Bactriane passe sous domination grecque quand les troupes d'Alexandre le Grand investissent la région en 330-329 pour mater la révolte des satrapes achéménides des provinces d'Asie centrale (Bessos et Spitaménès). Celle-ci est difficilement réduite après deux années de luttes. C'est de cette période que datent les premières fondations de cités grecques dans la région. Après la mort d'Alexandre, les mercenaires grecs installés dans les satrapies d'Asie centrale se révoltent afin d'obtenir l'autorisation de rentrer dans leurs pays d'origine. Les événements des années suivantes sont mal connus, mais il apparaît que les gouverneurs grecs de la région sont suffisamment puissants pour peser dans les luttes entre les Diadoques et obtenir une certaine autonomie, comme l'atteste le fait qu'ils émettent leurs propres monnaies. Les satrapies centre-asiatiques échoient finalement à , qui confirme son assise lors d'une campagne en 307.. Mais son emprise sur la région est rapidement mise en péril : d'abord par l'empire indien des Maurya, dont le souverain Chandragupta lui enlève les provinces les plus orientales en 305, puis par des peuples nomades apparentés aux Scythes qui dévastent les provinces situées au nord de la Bactriane dans les années 290-280. Le fils de Séleucos, , s'établit à Bactres pour rétablir la situation, avant d'accéder au trône en 281..

Premiers rois grecs de Bactriane thumb|Pièce d'or de Diodote (circa 245 BC). Legende en Grec ΒΑΣΙΛΕΩΣ ΔΙΟΔΟΤΟΥ – "(du) Roi Diodote".

Les satrapes de l'est de l'Empire séleucide, isolés des régions où se déroulent les principaux conflits entre puissance hellénistiques et probablement de plus en plus négligés par les rois séleucides, s'agitent : Andragoras en Parthie (ou Parthiène) et Diodote en Bactriane s'octroient une autonomie de plus en plus grande afin d'affronter au mieux les invasions des nomades scythes. La sécession d'Andragoras est de courte durée : il ne tarde pas à être vaincu et tué par Arsace (v. 239-238), chef de la tribu des Parni, qui s'établit dans l'ancienne satrapie de Parthie et en prend le nom : c'est la naissance de l'Empire parthe. Le processus d'indépendance de la Bactriane, sous Diodote, est graduel et prend plusieurs années. Il se proclame sans doute roi au moment de l'avènement de en 246 en profitant des troubles qui secouent le pouvoir séleucide. En effet vers 245 av. J.-C., la troisième guerre de Syrie tourne au désastre pour les Séleucides : les armées de d'Egypte s'avancent jusqu'au Tigre, et doit également faire face à la sécession de son frère Antiochos Hiérax en Anatolie. Cette proclamation consacre la réussite de l'implantation grecque dans la région, où les descendants des premiers colons décident de prendre leur destinée en main devant la perte d'intérêt de leur région pour les souverains séleucides davantage tournés vers les conflits occidentaux à cette époque.

Le règne de Diodote est mal connu, mais semble voir une expansion territoriale : il domine l'Arie, la Margiane, peut-être la Sogdiane. Son fils monte sur le trône vers 230, après des années d'association avec son père et avec des monnaies communes. Il est allié aux Parthes contre Séleucos II qui a lancé une campagne pour reprendre les régions orientales perdues. Les armées séleucides rebroussent chemin, mais l'alliance avec les Parthes semble avoir coûté cher à Diodote, car c'est le prétexte invoqué lorsqu'il est renversé vers 225 par Euthydème (v. 225-190).

Ce dernier doit faire face en 208 à qui entreprend une Anabase dans les satrapies orientales. Celui-ci vient d'affronter les Parthes et de conclure la paix avec eux. Après avoir défait les Gréco-Bactriens sur le fleuve Arios en Arie, Antiochos assiège Euthydème dans Bactres pendant trois années, mais il ne parvient pas à prendre la ville. Il finit par reconnaître l'indépendance du royaume et donne une de ses filles en mariage au fils d'Euthydème, Démétrios. Les Séleucides ne reviendront plus en Asie centrale..

La Sogdiane, ou du moins sa partie nord (au-delà des « Portes de Fer » au nord de Samarcande), qu'Alexandre le Grand a conquis au prix de deux campagnes meurtrières, échappe dans ces années-là à la domination grecque. La route de l'or de l'Altaï est ainsi coupée et cela explique sans doute pourquoi Euthydème doit interrompre l'émission de monnaies d'or. Démétrios (v. 190-180) a eu plus de succès au sud, puisqu'il apparaît qu'il a fait passer la province d'Arachosie sous son contrôle, et probablement aussi la Drangiane, puis qu'il a lancé ses troupes en direction de l'Indus, où ses successeurs poursuivent ses conquêtes.

Expansion vers l'Indus et fractionnement L'histoire du royaume gréco-bactrien à proprement parler devient dès lors difficilement dissociable de celle des territoires indiens envahis, qui prennent dès lors une place prépondérante dans les affaires des rois grecs orientaux. Si les étapes de l'expansion grecque au sud de l'Hindou Kouch et dans la vallée de l'Indus restent mal connues, il est évident que cette région représente un objectif majeur. Démétrios est crédité par Strabon de nombreuses conquêtes en Inde, profitant de la division politique du sous-continent depuis la chute de l'empire Maurya. La numismatique indique qu'il domine les Paropamisades et l'Arachosie.

Ces succès militaires sont contrebalancés par le fractionnement politique de la région. Le successeur de , Euthydème II, règne au moins sur la partie orientale de la Bactriane, mais après lui personnages en lutte pour le pouvoir apparaissent dans les sources numismatiques. Il faut manifestement envisager la division politique de la Bactriane et des territoires indiens conquis entre plusieurs concurrents, qui fondent les royaumes indo-grecs, notamment Antimaque qui règne à l'ouest, Pantaléon qui règne en Inde du nord-ouest où lui succède Agathocle. Ces deux derniers étendent la domination grecque dans la vallée de l'Indus, prennent le Pendjab dans les années 180-170, et d'autres rois leur succèdent. Le plus important est (v. 165-135), qui réalise d'importantes conquêtes et mène des expéditions dans la vallée du Gange.

Les quelques informations laissées par les sources écrites antiques (surtout Justin) mettent en avant la figure d' (v. 170-145 av. J.-C.), dernier grand souverain gréco-bactrien. Ce général brillant a renversé Démétrios II, avant de se lancer dans d'ambitieuses campagnes militaires visant à constituer un empire grec en Orient. Il tente de rétablir la domination grecque sur la Sogdiane, mène des campagnes vers l'Inde où il se heurte au roi indo-grec auquel il enlève de grands territoires, ainsi qu'à l'ouest où il affronte le roi parthe , avec cette fois une issue défavorable pour lui puisqu'il lui cède des territoires. Il est assassiné par un de ses fils qu'il a associé au pouvoir..

Fin de la Bactriane grecque Après les règnes d'Eucratide et de Ménandre, les sources textuelles grecques ne parlent plus des rois gréco-bactriens et indo-grecs, et seule la numismatique donne leur nom : Hélioclès, Eucratide II, Platon. La domination grecque sur la Bactriane s'achève au plus tard en 130 av. J.-C./129. Le déroulement des événements n'est pas connu, mais il faut envisager une succession de pertes territoriales entreprises par des peuples nomades venus des steppes d'Asie centrale qui s'installent en Sogdiane puis en Bactriane même, comme les Sakas et les Yuezhi des textes chinois (ces derniers comprenant manifestement parmi eux les ancêtres des Kouchans). Aï Khanoum est détruite à cette période.