L'église Saint-Martin est une église catholique paroissiale située à Bailleval, en France. Le village est attesté dès le , et l'église romane actuelle succède sans doute à un édifice plus ancien. Elle est dédiée à saint Martin de Tours. Sa partie la plus ancienne est la seconde travée du chœur, et date des années 1120. Elle possède l'une des voûtes d'ogives les plus anciennes du département, et l'extérieur se signale en outre par sa décoration soignée et inhabituelle. La première travée du chœur date des années 1140, et est également voûtée d'ogives dès l'origine, mais plus sobre à l'extérieur. La grande nef non voûtée ne devrait, en toute logique, pas être antérieure. L'on note l'absence de clocher au-dessus de la première travée du chœur, contrairement à la règle au et au dans le Beauvaisis : il devait donc y avoir un clocher roman à l'emplacement du clocher gothique du milieu du , précédé par une petite nef à l'emplacement du bas-côté édifié également au , ou quelque temps après. Le clocher, d'un aspect majestueux car visible en intégralité depuis le sud, est l'un des meilleurs exemples des clochers rayonnants dans la région, avec Angicourt et Agnetz. Peu de temps après son achèvement, la chapelle de la Vierge a été ajoutée dans l'angle avec le chœur. Tant la base du clocher que la chapelle ont été revoûtées après la guerre de Cent Ans, dans le style gothique flamboyant, et deux fenêtres ont été refaites dans le même style. Ainsi, l'église Saint-Martin est assez hétérogène, ce qui n'enlève rien à ses qualités esthétiques. Plus dommageable sont la perte de la totalité des chapiteaux romans, et la restauration peu respectueuse de la voûte de la seconde travée du chœur. Pour sa vaste nef lambrissée, ses voûtes romanes, son chevet et son clocher, l'église de Bailleval est pour autant un édifice remarquable, qui n'est pas encore classé ni inscrit au titre des monuments historiques à cette date.
Localisation
L'église Saint-Martin est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, sur la commune de Bailleval, au bourg, place du Général-de-Gaulle, au bout de la Grande-Rue, qui s'appelle rue du Cimetière au-delà, vers l'est. La grande place, engazonnée, correspond à l'ancien cimetière. L'on y trouve le monument aux morts de la commune, et, à l'est, la nouvelle mairie. L'église barre la place au nord. Ainsi, elle est bien dégagée, et l'on peut apprécier son impressionnante silhouette avec suffisamment de recul. Ce n'est pas tout à fait le cas de la façade, d'intérêt moindre, et du chevet, qui sont desservis par de courtes impasses. Au nord, une étroite ruelle sépare l'église des jardins privés qui s'étendent sur le flanc de la colline. En s'approchant du bourg de Bailleval depuis Liancourt, au sud, l'on se rend compte que l'église est implantée à l'un des endroits les plus élevés du village, et elle semble ainsi veiller sur ses maisons. Des collines en grande partie couvertes de forêts dominent l'église au nord. Cette situation n'est pas sans pittoresque, et confère son caractère individuel au village.
Historique L'histoire de la paroisse thumb|upright|Nef, élévation nord. thumb|upright|Base du clocher, fenêtre rayonnante au réseau flamboyant. thumb|upright|Pile nord-est du clocher, refaite à la période flamboyante. thumb|upright|Arrêté de péril de 1923. thumb|upright|Vitrail du Paris, bienfaiteur de l'église.
Le village est mentionné dans des actes du sous le nom latin de Bactilione vallis. L'on ignore la date de fondation de la paroisse. Son vocable, saint Martin de Tours, renvoie généralement à une fondation ancienne. Dans une charte datée de 854, Odon, évêque de Beauvais, abandonne une partie de ses biens aux chanoines du chapitre cathédral, afin de pourvoir à leur entretien. Quelques biens à Bailleval font partie de cette importante donation, dont des vignobles. Le vin de Bailleval, Labruyère et Liancourt bénéficiait d'une certaine réputation dans le pays. Le collateur primitif de la cure n'est toutefois pas le chapitre, mais l'évêque de Beauvais. Il est également le principal seigneur temporel du village. On peut donc supposer que la paroisse est antérieure à la donation de 854. Au , l'évêque abandonne le bénéfice de la cure à l'abbaye Saint-Quentin près de Beauvais. Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, Bailleval est compris dans le doyenné de Pont-Sainte-Maxence et l'archidiaconé de Breteuil. Il est à signaler que Béthencourt, hameau de Bailleval depuis 1825, constitue une paroisse indépendante au titre de Saint-Nicolas jusqu'à la démolition de son église à la Révolution française. Sous le Concordat de 1801, le diocèse de Beauvais est annexé au diocèse d'Amiens, et ne recouvre son indépendance qu'en 1822. À l'exception de cette période, Bailleval a toujours appartenu au diocèse de Beauvais. Le village a le statut d'une succursale sous la Restauration, quand, en vertu des lois révolutionnaires, seuls les chefs-lieux de canton ont droit à une paroisse. Les villages de moindre importance n'ont généralement pas droit à ce statut de succursale. Les habitants de Béthencourt construisent une chapelle pour remplacer l'église disparue, et la commune dispose ainsi d'un second lieu de culte catholique. Les messes y sont d'abord célébrées le , jour de la translation des reliques de saint Nicolas ; le , jour de la fête patronale ; et les deux dimanches suivants... Aujourd'hui, Bailleval est affilié à la paroisse Saint-Martin du Liancourtois, qui s'étend sur une dizaine de communes. L'église Saint-Martin accueille des messes dominicales quelquefois par an.
L'histoire de l'église
Les six travées ou composantes de l'église proviennent toutes de périodes de construction différentes (nef, bas-côté, les deux travées du chœur, le clocher et la chapelle de la Vierge). Seules les deux travées du chœur ont été étudiées, dans le cadre d'une publication, par un spécialiste contemporain, en l'occurrence Dominique Vermand. Selon cet auteur, l'église de Bailleval compte parmi les quarante édifices de l'Oise possédant des voûtes d'ogives de la période romane, antérieures à 1150. L'une des voûtes les plus anciennes est celle de la deuxième (et dernière) travée du chœur, que Vermand date des années 1120 en raison du bombement très prononcé dans le sens transversal (nord-sud) ; de l'arc formeret en plein cintre ; du curieux appareillage des voûtains en forme de coupole ; et de la forte saillie des segments de corniche beauvaisine à l'extérieur. Comme l'a démontré Jean Vergnet-Ruiz, qui omet malheureusement de tenir compte de l'église de Baillval, les corniches beauvaisines deviennent en effet de plus en plus plates au fil des années, jusqu'à tomber en désuétude peu après 1200.. Avec l'église de Noël-Saint-Martin (commune de Villeneuve-sur-Verberie), la seconde travée du chœur présente l'une des premières apparitions d'arc formerets dans l'Oise. La première travée du chœur est plus récente, car la construction des églises se fait le plus souvent d'est en ouest, puisque le sanctuaire, qui se trouve à l'est, constitue la partie la plus importante sur le plan symbolique et spirituel. La comparaison des voûtes des deux travées permet de voir aisément que la première travée est d'un style plus avancé, car la voûte est en tiers-point, et moins bombée. La fenêtre est plus haute. L'arc en tiers-point apparaît dans la région au début du second quart du dans la nef de Villers-Saint-Paul (grandes arcades), dans le transept de Rieux, et dans le chœur de Morienval. L'arc-doubleau qui relie les deux travées appartient à la campagne de la première travée, mais le rang de claveaux inférieur a été retaillé à la période gothique flamboyante. Dominique Vermand date la première travée du chœur des années 1140. Elle est de style roman tardif..
La nef, également romane, a été décrite minutieusement par Eugène Woillez, mais pas réellement analysée, ni datée. Elle se caractérise uniquement par ses petites fenêtres en plein cintre, sans ébrasement extérieur, et par son appareil en opus spicatum, souvent cité comme preuve d'une grande ancienneté (Ansacq, Balagny-sur-Thérain, , Omerville, Sacy-le-Grand, Saint-Quentin-des-Prés et Ully-Saint-Georges), mais toujours employé pour les murs des granges et écuries à l'époque moderne. On pourrait donc être tenté de considérer la nef comme la partie la plus ancienne de l'église, et la faire remonter au . Mais puisqu'il n'y a pas d'église sans sanctuaire, le chœur actuel a bien dû être précédé par un chœur plus ancien, de dimensions certainement plus restreintes : son exigüité aurait motivé son remplacement. Or, la nef est de dimensions très généreuses, et s'accorde bien avec les dimensions du chœur actuel. L'on note en outre que la première travée du chœur ne sert pas de base au clocher, et que le clocher se situe au sud de la première. Les auteurs ne signalent pas non plus les vestiges d'un ancien clocher roman dans les combles de la première travée du chœur (sans que l'on sache si leurs explorations ont tenu compte des combles). En tout cas, le plan habituel des églises romanes à nef non voûtées de la région prévoit une première travée du chœur servant en même temps de base au clocher, et une abside. Ce plan se voit encore à Auvillers (commune de Neuilly-sous-Clermont), Ménévillers et , dans le Vexin français. Des églises sans clocher en dur existent, dont (commune de Warluis) et (commune de Pont-Sainte-Maxence), mais ce sont des édifices très petits. Ce n'est donc pas sans fondement que Louis Graves formule l'hypothèse que la moitié méridionale est le reste de la construction primitive (ce qui s'entend sur le niveau du plan ou de l'emplacement, pas de l'élévation). Le vaisseau central actuel aurait donc été bâti parallèlement à l'ancienne église, dont au moins le clocher aurait été conservé jusqu'à l'édification du clocher actuel, au milieu du . Les fenêtres à simple ébrasement constitueraient alors un archaïsme. La région connaît des exemples d'églises partiellement romanes, où l'actuel vaisseau central a été bâti à côté de l'ancien, qui a été maintenu : Allonne, Courcelles-sur-Viosne, Fontenay-en-Parisis, Limay (dans un premier temps, démoli au ), Monchy-Saint-Éloi, Villers-Saint-Frambourg, etc. Mais il n'y a aucune certitude sur cette évolution. Auger-Saint-Vincent, Béthisy-Saint-Martin, Cramoisy, Goussainville, Nesles-la-Vallée, Raray, etc., constituent des exemples de clochers latéraux romans, en forte minorité.