Claude-Louis de Buttet, né en 1562 à Chambéry en Savoie, mort en 1622 à TresserveLe testament de Claude-Louis de Buttet est évoqué par le président François Mugnier lors d'une séance de 1897 de la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, à son siège de Chambéry. Ce testament date du 31 juillet 1622 (et non de 1612, comme relevé par le comte Eugène d'Oncieu, victime d'une erreur de transcription, car à cette dernière date, le fils aîné du testateur, moine dominicain à Chambéry, aurait eu moins de !). Claude-Louis de Buttet demande à être inhumé dans le tombeau de ses ancêtres, à Sainte-Marie-Égyptiaque, comme l'avait demandé son oncle Marc-Claude de Buttet. Il lègue, entre autres, des aumônes de pain, vin et potage aux pauvres de Tresserve qui viendront prier pour le repos de son âme, est sénateur au Sénat de Savoie, chevalier de l'ordre des Saints-Maurice-et-Lazare et historiographe du duc Charles-Emmanuel de Savoie. Il est issu d'une famille savoyarde, originaire d'Ugine.
Il est l'auteur du libelle, publié à Chambéry en 1605, intitulé Le Cavalier de Savoie ou Réponse au soldat français. Ensemble, l'Apologie Savoisienne, en réponse aux polémiques françaises du temps du roi Henri IV.
Famille Claude-Louis est le fils cadet de Jean-François de Buttet, seigneur de la maison forte d'Entremont au Bourget-du-Lac, maréchal des logis de la cavalerie du duc Emmanuel-Philibert de Savoie, et d'Humberte de Pingon, sœur d' Emmanuel-Philibert de Pingon.
Son frère aîné, Jean-François II de Buttet, est nommé par Lettres Patentes du duc Charles-Emmanuel Ier, président du Conseil de Genevois à Annecy en 1610Laurent Perillat, , Académie Salésienne, T.I12, P.261-262, 2006, Annecy. Il succède à Antoine Favre qui devient président du Sénat de Savoie à Chambéry.
Le , Claude-Louis de Buttet épouse, en premières noces, Jeanne de Gilly, fille de Thomas de Gilly, seigneur de Rochefort et de Jeanne de Veigy. Elle est décédée le suivant, sans laisser de postérité.
Le , il épouse, en secondes noces, Philiberte de Montfalcon, fille de Claude-Henri de Montfalcon de Roasson et de Claudine de CartalPhiliberte de Montfalcon teste le 19 juillet 1604. Ses fils, Philippe-César et Louis, présentent requête le 31 juillet 1622 pour obtenir les droits dotaux de leur mère. De cette union sont issus trois fils : Philippe-César de Buttet, moine dominicain à Chambéry ; André de Buttet, mort jeune, sans alliance ni postérité ; Louis de Buttet, (1603-1677), seigneur de la maison forte d'Entremont au Bourget-du-Lac, qu'il a héritée en 1630 de son cousin Charles-Janus de Buttet, premier syndic de Chambéry (mort de la peste en 1630)Extrait du testament de Charles-Janus de Buttet en date du 16 septembre 1630 : Il institue et nomme de sa propre bouche son héritier universel, noble Louis de Buttet, seigneur de Malatrait et du Foug, fils de noble Claude-Louis de Buttet et après lui, ses mâles et leurs mâles par ligne masculine et ainsi jusqu'à l'infini... (En l'Étude de maître Favre, notaire à Chambéry).. Il épouse le Marie Jeanne Baptiste de Vincent de Fésigny. De cette union sont issus cinq enfants dont : Victor de Buttet (1621-1675), seigneur de la maison forte d'Entremont au Bourget-du-Lac, auteur de la famille de Buttet subsistante ; et Claude-Louis II de Buttet, (1624-1714), seigneur de Tresserve, nommé lieutenant général de l'artillerie du duc Victor-Amédée II de Savoie par lettres patentes du . À la tête de volontaires savoyards, et, accompagné de ses trois fils qui sont morts pour la Savoie, il est venu en renfort en 1690 pour défendre le fort de Montmélian assiégé par le maréchal de Catinat, commandant les armées du roi Louis XIVLéon Ménabréa, Montmélian et les Alpes, Chambéry, 1841, (insertion du Journal de Chamousset: ). Les actes paroissiaux de Tresserve en date des 9 et mentionnent la translation depuis Montmélian des cendres de Pierre et Charles de Buttet, morts au combat.
La branche de Tresserve est éteinte à la suite du décès survenu en 1841 de François Joseph Marguerite de Buttet, comte de Tresserve, qui fut président du Sénat de Savoie en 1833L'ensemble de la généalogie Buttet est contenu dans l Armorial et Nobiliaire de l'ancien duché de Savoie d'Amédée de Foras, Allier frères, Grenoble, 1873, tome I, .
Carrière Sénateur au Sénat de Savoie à Chambéry, Claude-Louis de Buttet accède aux fonctions d'historiographe du duc Charles-Emmanuel Ier, vers l'année 1582, date du décès de son oncle, Emmanuel-Philibert de Pingon, qui fut historiographe du duc Emmanuel-PhilibertLe comte de Foras a transcrit une partie des lettres patentes de sa nomination, signées, contre-signées et scellées, émises à une date non communiquée, (Armorial et Nobiliaire de Savoie, T1, - ibid) : « Désirant désormais de pourvoir à ce que l'Histoire et les annales de nos illustres antecesseurs et de la maison de Savoie soient purement, et selon la vérité, couchées sur des fidèles cahiers qui témoignent sans passion tout ce qui nous touche...nous avons cru bon de choisir un personnage dont la prudhommie, suffisance et doctrine peut répondre à la charge de notre historiographe annaliste...étant donc bien informés que toutes ces louables qualités sont en la personne de notre cher bien aimé et féal Claude-Louis de Buttet, seigneur de Malatrait, chevalier de la sacrée religion des Saints-Maurice-et-Lazare... »- Certains historiens estimaient que Claudes-Louis de Buttet avait été nommé historiographe à la fin de sa vie: c'est inexact, car c'est en qualité d'historiographe qu'il a eu accès avant 1605 aux nombreuses archives du palais royal de Turin qui sont à la base de son libelle Le Cavalier de Savoie et de ses études généalogiques sur la maison de Savoie..
Dans la droite ligne des ouvrages généalogiques de son prédécesseur, Claude-Louis de Buttet va poursuivre la légende sur les origines de la maison de Savoie attribuées au roi Bérold de Saxe, dans un récit resté manuscrit, intitulé Décades Savoisiennes, dont le duc de Savoie conservait précieusement un exemplaire dans sa bibliothèque de TurinRéjane Brondy, Bernard Demotz et Jean-Pierre Legay, Histoire de Savoie - La Savoie de l'an mil à la Réforme, Ouest-France Université, 1984, .. Samuel Guichenon, historiographe en 1650 de Christine de France, régente du duché de Savoie, conteste cette version légendaire dans la préface de lHistoire généalogique de la royale maison de Savoie, publiée à Lyon en 1660. Claude-Louis de Buttet est également l'auteur d'un manuscrit intitulé: Discours sur l'extraction des princes de Savoie.
Claude-Louis de Buttet est connu pour avoir rédigé, à la demande du duc de Savoie, un libelle anonyme intitulé .
Le Cavalier de Savoie Contexte historique Après avoir subi de nombreux échecs diplomatiques dans ses relations avec le royaume de France et avec la cité de Genève, alliée de la France, le duc Charles-Emmanuel est contraint de ratifier le traité de Lyon du pour mettre fin à l'invasion de la Savoie par les armées du roi Henri IV.
Puis, se retournant vers Genève, Lucien Cramer, La seigneurie de Genève et la Maison de Savoie, T.III, Genève, 1950, ., il subit le une défaite cinglante dans une tentative d'invasion de la République de Genève. Cette expédition désastreuse est connue sous le nom de L'Escalade. Le Traité de Saint-Julien, négocié à l'instigation du roi Henri IV, ratifié le , intervient pour instaurer la paix entre les deux adversaires, mais c'est mal augurer des réactions du bouillant duc de Savoie qui déclare : Victor Flour de Saint-Genis, Histoire de Savoie, Chambéry, Bonne, Conte-Grand, 1869, T2, ..
Effectivement, il subsiste une atmosphère de tension et de guerre couverte : De nombreux libelles fleurissent en France. Parmi ceux-ci, se distingue particulièrement un libelle virulent publié sous l'anonymat en 1603, intitulé : Le soldat Français. Son auteur sera plus tard identifié sous le nom de Pierre de L'Hostal, gentilhomme béarnais calviniste, vice-chancelier de Navarre. Les Savoyards et leurs alliés espagnols sont grossièrement vilipendés et traités, parmi d'autres amabilités, de grouillis de poux et d'ulcères puantesJean-Pierre Babelon, Henri IV, Paris, Fayard, 1982, page 20..
Le duc de Savoie, indigné par cette diatribe, entend répondre sous la même forme à de tels propos injurieux. Et il en profite pour relancer le vieux thème de la revendication de la souveraineté du duché de la Savoie sur Genève, en dépit des articles du traité de Saint-Julien.
Parution du libelle - Réaction du Conseil de Genève À la demande du duc de Savoie, Claude-Louis de Buttet va publier à Chambéry en 1605, sous l'anonymatAntoine et Alexandre Barbier, Dictionnaire des ouvrages anonymes, Paris, Paul Daffis, 1872 : *Soldat (le) françois (par Pierre L'Hostal)-sans lieu d'impression (SL), 1604, (plusieurs fois réimprimé) -T IV- - *Cavalier (le) de Savoye ou Réponse au soldat françois (par Marc-Antoine de Buttet, suivant Guichenon. SL. 1606-1607- (Scaliger, Epist. attribue cet écrit à Claude BULET- Dahtman, ). T.I, - *Citadin (le)de Genève, ou Réponse au Cavalier de Savoie (par Jacques Lect et Jean Sarrasin- Paris Le Bret, 1606 - TI, - *Fléau (le)de l'aristocratie genevoise par Marc-Antoine de Buttet, Saint-Gervais, 1606. Supplément. 1889. le libelle intitulé Le Cavalier de Savoie ou Réponse au Soldat Français. Ensemble, l'Apologie Savoisienne. À cette réponse drastique destinée aux Français vont s'ajouter les éternelles revendications de souveraineté du duché de Savoie sur Genève. Cet ajout va entrainer la réaction des Genevois.
Le Conseil de Genève envoie le un ambassadeur à Chambéry pour protester et mettre en cause le non-respect du Traité de Saint-Julien. Archives de la Sorbonne. Auteur: Théophile Dufour: Note bibliographique sur le Cavalier de Savoye, le Citadin de Genève et Le Fléau de l'Aristocratie genevoise, NDG19, Genève 1977/. L'ambassadeur genevois, Jacob Anjorrant, va tenter de découvrir l'identité de l'auteur du libelle. Il demande que l'auteur et son imprimeur soient punis. Son interlocuteur savoyard, le chevalier d'Albigny(Charles de Simiane, seigneur d'Albigny, (1570-1608), promu gouverneur de la Savoie et chevalier de l'Annonciade en 1602 ; trois ans après l'expédition de l'Escalade de Genève qu'il avait dirigée, il épousa Mathilde de Savoie. Mais, Charles d'Albigny était d'origine française et il fut exécuté le 17 février 1608, sous le règne du roi Henri IV pour connivence avec l'Espagne et haute trahison. in Louis Terreaux Histoire de la littérature savoyarde, ibid, lui répond que En d'autres termes, le chevalier d'Albigny s'engage à rechercher l'auteur, en la personne de Claude-Louis de Buttet et l'inspirateur du libelle, en la personne du duc de Savoie et à les punir par un juste châtiment, en vertu de l'article 22 du Traité de Saint-Julien. Voilà bien les subtilités de la diplomatie !.
Faute d'avoir obtenu de réponse plus précise, le Conseil de Genève décide de s'adresser à deux syndics pour rédiger une réponse circonstanciée au libelle de Claude-Louis de ButtetArchives de La Sorbonne. Note bibliographique reprise en page de discussion du présent article..
Subterfuge Pour éviter un nouvel incident diplomatique, il est décidé que l'auteur anonyme sera identifié et désigné sous le pseudonyme de Marc-Antoine de Buttet, personnage imaginaire sans rapport direct, ni avec Claude-Louis de Buttet, historiographe du duc, ni avec le duc de Savoie, inspirateur (et co-auteur ?) de l'ouvrage. Et voilà pourquoi, à l'instar de Samuel GuichenonJacques le Long, Bibliothèque Historique de la France, ed. Gabriel Martin, Paris, 1719, : , ou plus tardivement de Jean-Louis Grillet, les historiens de Savoie relatent en boucles l'existence de deux personnages distincts : Claude-Louis de Buttet et son imaginaire parent, Marc-Antoine de Buttet, sans avoir révélé ou même détecté le subterfugeJean-Louis Grillet, Dictionnaire du Mont-Blanc et du Léman, Chambéry, 1807, T.2, : Chapitre XLV Chapitre XLVI ..
Les échanges de libelles